Test Blu-ray / Transgression, réalisé par Tinto Brass

TRANSGRESSION (Tra(sgre)dire) réalisé par Tinto Brass, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 7 mai 2024 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Yuliya Mayarchuk, Jarno Berardi, Francesca Nunzi, Max Parodi, Mauro Lorenz, Leila Carli, Vittorio Attene, Antonio Salines…

Scénario : Tinto Brass, Carla Cipriani, Nicolaj Pennestri, Silvia Rossi & Massimiliano Zanin

Photographie : Massimo Di Venanzo

Musique : Pino Donaggio

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2000

LE FILM

Carla est une jolie vénitienne de vingt ans, à la recherche d’un appartement à Londres pour s’installer avec Matéo, un étudiant dont elle est amoureuse. Le couple propriétaire de l’agence immobilière, aux moeurs très libre, vont entraîner Carla, dans une course folle dans le Londres érotique… Mais Matéo a décidé de la rejoindre…

Voilà, le scénario de Transgression est pour ainsi dire entièrement résumé en quatre lignes. Mais soyons honnêtes, on ne regarde pas vraiment un film de Tinto Brass pour son intrigue, surtout ceux réalisés après La Clé La Chiave (1983). Après ce merveilleux opus, l’un de ses plus connus et qui fera de Stefania Sandrelli un sex-symbol à près de quarante ans, le cinéaste italien s’adonnera à l’érotisme pur et dur. Suivront donc Miranda, Paprika, Monella…autant de personnages féminins, marquants à défaut d’être inoubliables, interprétés par de quasi-inconnues, Serena Grandi, Debora Caprioglio et Anna Ammirati, se livrant corps (pulpeux) et âme à la caméra intrusive d’un Tinto Brass souvent déchaîné qui ne recule devant rien pour placer ses objectifs dans les angles les plus insolites. Nous voici rendus en 2000 et le cap de ce nouveau siècle ne change en rien celui du metteur en scène hédoniste. Il livre ainsi Transgression, ou Tra(sgre)dire en version originale (jeu de mots combinant les verbes trasgredire et tradire, désobéir et tromper, ou trahir), comédie polissonne qui va à cent à l’heure, qui repose uniquement sur la plastique irréprochable de ses deux comédiennes principales, Yuliya Mayarchuk et Francesca Nunzi, qui passent plus de temps nues que vêtues (un record en la matière), tandis que Tinto Brass brasse (on ne peut pas s’en empêcher) ses thèmes de prédilection, l’amour libre, la mise en pratique des fantasmes, la gent masculine à la traîne et la femme forte. Contre toute attente, Transgression est bandant à souhait, excitant du début à la fin, complètement improbable dans les années 2020…ça fait un bien fou.

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Test Blu-ray / L’Homme qui voulait savoir, réalisé par George Sluizer

L’HOMME QUI VOULAIT SAVOIR (Spoorloos) réalisé par George Sluizer, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret – Édition limitée chez Sidonis Calysta le 7 juin 2024.

Avec : Bernard-Pierre Donnadieu, Gene Bervoets, Johanna Ter Steege, Gwen Eckhaus, Bernadette Le Saché, Tania Latarjet, Lucille Glenn, Roger Souza…

Scénario : Tim Krabbé & George Sluizer, d’après le roman L’Oeuf d’or de Tim Krabbé

Photographie : Toni Kuhn

Musique : Henny Vrienten

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

Sur la route des vacances, Rex et Saskia s’arrêtent sur une aire d’autoroute. L’homme s’éloigne du véhicule pendant quelques minutes. À son retour, sa compagne a disparu. Fou de douleur, il renonce à sa vie professionnelle et sociale pour se consacrer exclusivement à la recherche de la disparue. Après trois années d’une quête infructueuse, il reçoit une étrange carte postale, dont l’auteur prétend connaître la vérité sur la disparition…

Film culte des années 1980, récompensé dans tous les festivals, L’Homme qui voulait savoir est une oeuvre éprouvante pour les nerfs, qui continue de hanter les mémoires bien longtemps après. Bernard-Pierre Donnadieu livre une admirable prestation tandis que la mise en scène de George Sluizer (1932-2014) dissèque le mécanisme mental et les agissements d’un esprit malade avec originalité, renvoyant à nos peurs les plus primaires et universelles. Vous connaissez peut-être le remake, La Disparue The Vanishing, avec Jeff Bridges, Sandra Bullock et Kiefer Sutherland réalisé par George Sluizer lui-même – à l’instar d’Alfred Hitchcock pour L’Homme qui en savait trop, Ole Bornedal pour Le Veilleur de nuit et Michael Haneke pour Funny Games – en 1993, mais pas forcément le film original sorti cinq ans auparavant. Alors jetez-vous immédiatement dessus, vous ne le regretterez jamais. Le cinéaste néerlandais (mais né à Paris) George Sluizer demeure encore aujourd’hui peu connu du grand public et reste un cas atypique dans le cinéma. À l’origine de L’Homme qui voulait savoir, il y a un roman, Het Gouden Ei L’Œuf d’Or, écrit par Tim Krabbé, néerlandais comme George Sluizer, qui a participé à l’adaptation de son livre avec le réalisateur, avant d’être remercié par ce dernier pour divergences artistiques. Si le remake est étonnamment plus diffusé, L’Homme qui voulait savoir est un thriller dramatique aussi sensationnel qu’insoutenable. Bernard-Pierre Donnadieu trône de façon impériale sur ce film diabolique. Sa présence est de celle qu’on ne peut oublier et qui marque à vie l’esprit des cinéphiles.

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Test Blu-ray / Pendez-les haut et court, réalisé par Ted Post

PENDEZ-LES HAUT ET COURT (Hang’Em High) réalisé par Ted Post, disponible en DVD et Blu-ray chez Sidonis Calysta le 12 avril 2024.

Avec :  Clint Eastwood, Inger Stevens, Ed Begley, Pat Hingle, Ben Johnson, Charles McGraw, Ruth White, Bruce Dern, Dennis Hopper…

Scénario : Leonard Freeman, Mel Goldberg

Photographie : Richard H. Kline

Musique : Dominic Frontiere

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Sauvé de justesse après avoir été lynché par une bande d’aventuriers qui l’accusaient à tort de voler du bétail, Jed Cooper, reconnu innocent par le juge Fenton, devient marshal. Énergique et habile, il remplit ses fonctions avec une redoutable efficacité et réussit à mettre sous les verrous les pires criminels de l’Oklahoma, espérant secrètement retrouver un jour les auteurs de sa pendaison manquée.

Rétrospectivement, Pendez-les haut et courtHang’Em High (1968) est le film du retour de Clint Eastwood sur la terre de l’Oncle Sam après son triomphe dans la trilogie de Sergio Leone Pour une poignée de dollars (1964) – Et pour quelques dollars de plus (1965) – Le Bon, la Brute et le Truand (1966). Auréolé de ces trois succès essentiellement européens, l’ancien comédien de la série Rawhide revient donc à Hollywood et lance sa maison de production Malpaso. Quelque peu réticent, il accepte tout de même la proposition – opportuniste – de la United Artists de retrouver le genre qui a fait de lui une star sur le Vieux Continent, en espérant ainsi surfer sur sa popularité. Libre de choisir le sujet de son choix, le réalisateur et le casting, Clint Eastwood propose alors à Sergio Leone de réaliser Pendez-les haut et court, sur un scénario de Mel Goldberg et Leonard Freeman, mais le cinéaste italien est pris sur Il était une fois dans l’Ouest. Clint Eastwood choisit alors Ted Post, ami et réalisateur qui l’avait dirigé sur Rawhide. Souvent oublié, Pendez-les haut et court est pourtant un film essentiel dans l’immense filmographie du comédien, mais aussi pour les futurs westerns qu’il réalisera lui-même.

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Test Blu-ray / Le Maître des îles, réalisé par Tom Gries

LE MAÎTRE DES ÎLES (The Hawaiians) réalisé par Tom Gries, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 22 mars 2024 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Charlton Heston, Tina Chen, Geraldine Chaplin, Mako, John Phillip Law, Alec McCowen, Don Knight, Miko Mayama, Virginia Ann Lee…

Scénario : James R. Webb, d’après le roman de James A. Michener

Photographie : Lucien Ballard & Philip H. Lathrop

Musique : Henry Mancini

Durée : 2h14

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

L’archipel d’Hawaï dans les années 1880. Descendant d’une riche famille de planteurs, Whip Hoxworth abandonne le commerce maritime pour prendre possession des terres héritées de son grand-père. Contre vents et marées, il devient à l’issue de quelques années le plus grand propriétaire de la région grâce au travail acharné de ses ouvriers chinois dont un couple élève son fils. Sachant son activité menacée par l’indépendance des îles, il fomente une révolution de manière à ce que son territoire bénéficie du protectorat américain…

La carrière de Charlton Heston est telle que nous avons toujours cette impression de découvrir sans cesse de nouveaux films ou des pépites quasi-inédites. C’est encore le cas pour Le Maître des îles, que l’auteur de ces mots ne connaissait pas du tout et n’en avait même jamais entendu parler. Nous sommes en 1970 et la star hollywoodienne vient de connaître l’un des plus grands succès avec La Planète des singes Planet of the Apes de Franklin J. Schaffner. Voyant le vent tourné à Hollywood, Charlton Heston se réfugie dans le répertoire de William Shakespeare et tourne Jules César de Stuart Burge, tout en préparant Antoine et Cléopâtre de son côté et mettra en scène lui-même. Avant de retrouver son rôle du capitaine George Taylor pour une petite apparition dans Le Secret de la planète des singes Beneath the Planet of the Apes de Ted Post, il revient au film d’aventure historique avec Le Maître des îles The Hawaiians, qui n’est autre que la suite d’Hawaï, réalisé par George Roy Hill quatre ans plus tôt, adaptation du roman-fleuve éponyme de James Michener. Cet auteur américain avait déjà inspiré le cinéma et avait vu quelques-uns de ses livres être adaptés par Mark Robson (Retour au paradis et Les Ponts de Toko-Ri), Robert Wise (Femmes coupables) et Joshua Logan (Sayonara et South Pacific). Ancien lieutenant de l’US Navy envoyé dans le Pacifique Sud durant la Seconde Guerre mondiale, James Michener se spécialise dans le roman historique, reçoit le prix Pulitzer en 1948 pour son premier livre Tales of the South Pacific. Forcément, après le triomphe d’Hawaï, lauréat de deux Golden Globes et sept fois nommé aux Oscar, la tentation est alléchante de revenir au pavé original de l’écrivain, dont une petite partie seulement avait été transposée. Le producteur Walter Mirisch (Scorpio, Mr. Majestyk, Deux sur la balançoire, Le Shérif aux mains rouges, Fort Massacre) met donc cette séquelle en route, alors que ce genre de divertissement devient pour ainsi dire obsolète, dépassé par l’avènement du Nouvel Hollywood. Néanmoins, Le Maître des îles demeure un formidable spectacle, à la mise en scène comme d’habitude inspirée de Tom Gries (Le Solitaire de Fort Humboldt, Les 100 fusils), qui avait déjà dirigé Charlton Heston dans Will Penny, le solitaire, et sublimement photographié par deux illustres chefs opérateurs, Lucien Ballard (7 secondes en enfer, Les 4 fils de Katie Elder, Boeing Boeing, Le Tueur s’est évadé, Baïonnette au canon), tombé malade et remplacé par Philip H. Lathrop (Le Bagarreur, Tremblement de terre, Seuls sont les indomptés). Et est-ce utile de préciser que Charlton Heston est comme toujours immense ?

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Test Blu-ray / Smith le taciturne, réalisé par Leslie Fenton

SMITH LE TACITURNE (Whispering Smith) réalisé par Leslie Fenton, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 22 mars 2024 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Alan Ladd, Robert Preston, Brenda Marshall, Donald Crisp, William Demarest, Fay Holden, Murvyn Vye, Frank Faylen…

Scénario : Frank Butler & Karl Kamb, d’après le roman de Frank H. Spearman

Photographie : Ray Rennahan

Musique : Adolph Deutsch

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1948

LE FILM

Luke Smith, employé par une compagnie de chemins de fer est à la poursuite des frères Barton. Blessé au cours d’une attaque de train, Murray Sinclair, un vieil ami, le ramène chez lui pour le soigner. Smith découvre que Murray a pour relation un certain Rebstock, criminel qui cache le dernier des frères Barton. Smith essaye de faire revenir Murray dans le droit chemin, mais en vain.

Nous sommes en 1948, Alan Ladd vient d’avoir 35 ans et le comédien, alors star de la Paramount, tourne son premier western (ainsi que son premier film en couleur) comme tête d’affiche, Smith le taciturne Whispering Smith. S’il avait déjà tâté du genre en 1940 dans The Light of Western Stars de Lesley Selander, l’acteur de Tueur à gages This Gun for Hire de Frank Tuttle, La Clé de verre The Glass Key de Stuart Heisler et du Dahlia bleu The Blue Dahlia de George Marshall, délaisse le film noir pour le Far West. Il deviendra très vite l’un des visages incontournable du western et Smith le taciturne est une belle entrée en matière. Dans le rôle principal, Alan Ladd fait preuve d’un évident charisme et campe un personnage célèbre outre-Atlantique, qui a réellement existé et dont la vie a inspiré un roman de Frank H. Spearman au début des années 1900, qui narrait les aventures du detective de l’Union Pacific Railroad, James « Whispering » Smith. Le cinéma muet s’était déjà emparé de ses exploits, ainsi que le cinéma parlant bien sûr et ce à deux reprises avant le film qui nous intéresse aujourd’hui. Smith le taciturne est le plus connu d’entre tous. Cet opus mis en scène par Leslie Fenton (La Chevauchée de l’honneur), également vu devant la caméra de Raoul Walsh, Frank Borzage, Howard Hawks, John Ford, Josef von Sternberg, William A. Wellman, Michael Curtiz, fait preuve de rigueur dans la forme et parvient à maintenir l’intérêt des spectateurs, en dépit d’un scénario on ne peut plus classique.

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Test Blu-ray / Monella – Lola la frivole, réalisé par Tinto Brass

MONELLA – LOLA LA FRIVOLE (Monella) réalisé par Tinto Brass, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 16 janvier 2024 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Anna Ammirati, Patrick Mower, Max Parodi, Susanna Martinková, Antonio Salines, Francesca Nunzi, Vittorio Attene, Laura Trotter…

Scénario : Tinto Brass, Barbara Alberti & Anna Cipriani

Photographie : Massimo Di Venanzo

Musique : Pino Donaggio

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1998

LE FILM

Dans les années 1950, dans la campagne du Nord italien, Lola est sur le point de se marier avec Masetto. Lola, toujours vierge, a hâte de faire l’amour, entre autres pour être sûre que Masetto est l’homme qu’il lui faut mais ce dernier préfère qu’elle reste vierge jusqu’au mariage. Lola a bien l’intention de le faire changer d’avis et met tout en oeuvre pour cela.

On ne sait pas si la publicité pour l’huile d’olive Puget aura inspiré quelques plans iconiques de Monella – Lola frivole, mais toujours est-il que Tinto Brass (né en 1933) multiplie dans cet opus les gros plans sur les fesses magnifiques de sa comédienne, dévoilées par un coup de vent qui soulève la jupe de la délicieuse donzelle. Bon, ça c’était pour le prologue. Monella – la frivole est évidemment un nouveau portrait de femme moderne dressé par le maître italien et expert dans ce domaine, son héroïne rejoignant ainsi Teresa (dans La Clé), Miranda et Paprika. Nous sommes à la fin des années 1990 et le cinéaste continue envers et contre tous de s’adonner à l’érotisme et à sa représentation graphique à l’écran. Pour cela, il peut encore une fois compter sur le plein investissement de la superbe Anna Ammirati, âgée seulement de 18 ans au moment du tournage, qui n’était apparue que dans quelques épisodes d’une obscure série télévisée et qui fait ici ses premiers pas au cinéma. Et pour une introduction on peut dire que l’actrice est servie par Tinto Brass, qui ouvre d’ailleurs le film (et le clôt) dans la peau d’un chef d’orchestre et qui donne le la de cette symphonie du désir. Celui-ci va alors filmer son actrice sous tous les angles (s’il avait pu immiscer sa caméra plus profondément, on imagine qu’il ne se serait pas gêné), la met constamment en valeur (le bougre sait y faire pour exciter le spectateur), recréer une époque qu’il a lui-même connue et durant laquelle il a brûlé sa propre jeunesse, pour au final livrer la radiographie de son pays après la Seconde Guerre mondiale, doublée de celle d’une jeune femme à l’aube de son existence, de son éveil sexuel (la masturbation sur fond de Be Bop a Lula…) et de son émancipation. Une réussite.

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Test Blu-ray / Orgueil et Passion, réalisé par Stanley Kramer

ORGUEIL ET PASSION (The Pride and the Passion) réalisé par Stanley Kramer, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 7 décembre 2023 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Cary Grant, Frank Sinatra, Sophia Loren, Theodore Bikel, John Wengraf, Jay Novello, José Nieto, Carlos Larrañaga…

Scénario : Edna Anhalt & Edward Anhalt, d’après le roman The Gun, de C.S. Forester

Photographie : Franz Planer

Musique : George Antheil

Durée : 2h12

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

Après avoir saisi un canon à longue portée, Miguel, guerrier espagnol, prévoit d’attaquer l’armée de Napoléon en abattant les murs de la ville d’Avila occupée par l’armée française. Mais pour y parvenir, il doit compter sur l’aide du Capitaine Trumbell, un officier britannique. Mais, s’ils sont alliés sur le champ de bataille, Trumbell et Miguel sont ennemis dans la guerre qu’ils se livrent pour gagner le coeur de la sulfureuse Juana…

Producteur indépendant acclamé (Le Champion, C’étaient des hommes, le Cyrano de Bergerac de Michael Gordon, L’Homme à l’affût, L’Équipée sauvage), Stanley Kramer (1913-2001) décide de passer lui-même derrière la caméra en 1955 avec Pour que vivent les hommes Not as a Stranger. Aussi ambitieux que lorsqu’il officiait avec d’autres réalisateurs, il jette son dévolu sur le roman de Cecil Scott Forester (auteur de L’Odyssée de l’African Queen et de Capitaine sans peur), Le Canon The Gun, publié en 1933, dans le but d’en faire un grand spectacle hollywoodien, mais aussi un pamphlet contre la guerre. Malheureusement, le scénario coécrit par Edna (Panique dans la rue, Sierra) et Edward Anhalt (L’Étrangleur de Boston, 7 secondes en enfer, Boeing Boeing), couple alors en instance de divorce, n’est pas à la hauteur des aspirations du cinéaste, qui devra commencer les prises de vue sans véritable script. Résultat des courses, Orgueil et Passion apparaît comme une succession ininterrompue de scènes de batailles, de rebondissements « hénaurmes » et de vagabondages des personnages, qui ne savent pas quoi faire, en dehors du transport de leur canon encombrant (on ne parle pas de Sophia Loren ici) et d’affronter les français qu’ils rencontrent sur le chemin. Même si The Pride and the Passion n’a rien à voir avec les intentions originales de Stanley Kramer, le divertissement est on ne peut plus généreux, de qualité et superbe à regarder.

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Test Blu-ray / Malicia 2000, réalisé par Salvatore Samperi

MALICIA 2000 (Malizia 2mila) réalisé par Salvatore Samperi, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 5 décembre 2023 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Laura Antonelli, Turi Ferro, Roberto Alpi, Luca Ceccarelli, Barbara Scoppa, Miko Magistro…

Scénario : Ottavio Jemma & Salvatore Samperi

Photographie : Paolo Carnera

Musique : Fred Bongusto

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

Le riche Ignazio La Brocca coule des jours heureux avec Angela, son ancienne bonne, dans une splendide villa sicilienne. Le jour où un jeune architecte s’y installe avec son fils Jimmy âgé de quinze ans, l’harmonie du couple se fissure. L’adolescent tombe immédiatement sous le charme de la belle maîtresse des lieux et, pour la séduire, redouble d’imagination. S’il réussit à sortir son mari de sa maison en pleine nuit pour arriver à ses fins, il ne s’attendait pas à que ce soit son père qui profite des faveurs d’Angela. Aussi rusé qu’amoureux, Jimmy n’a pas dit son dernier mot…

Ah oui mais là non quoi…Même en étant indulgent, il est impossible de défendre Malicia 2000, ou Malizia 2mila de l’autre côté des Alpes, ultime apparition à l’écran de Laura Antonelli. Alors que la cinquantaine approche, la carrière de la comédienne bat de l’aile. À cela s’ajoute son arrestation en avril 1991, après que la police ait retrouvé 36 grammes de cocaïne à son domicile suite à une perquisition. Assignée à résidence, Laura Antonelli fait la première page des journaux, les images de l’affaire judiciaire sont diffusées en boucle à la télévision et demeurent dans toutes les mémoires. La même année, elle accepte pourtant un projet inespéré, Malicia 2000, autrement dit la suite de son plus grand succès, réalisé près de vingt ans auparavant. Si toute l’équipe ou presque est réunie, devant comme derrière la caméra, rien, plus rien, absolument rien ne fonctionne dans cet immense navet honteux. Le charisme éteint, les yeux soulignés de cernes qu’elle peine à dissimuler, le corps fatigué, Laura Antonelli n’est plus que l’ombre d’elle-même dans cette séquelle inappropriée, qui ne lui offre rien à jouer et dans laquelle elle déambule comme un spectre qui ne demanderait qu’à se cacher ou à disparaître définitivement. Suite à ce gigantesque échec au box-office et aux critiques unanimement négatives (pléonasme) qui accompagneront le film à sa sortie, l’actrice fera ses adieux au cinéma, avant de connaître d’autres drames. Après avoir accepté des injections de collagène en vue du tournage de Malicia 2000, elle se retrouve avec le visage défiguré par la chirurgie esthétique, ce qui entraînera treize années de procès contre le chirurgien, Salvatore Samperi et le producteur Silvio Clementelli. Elle passera sa vie recluse dans un petit appartement de Ladispoli, dans l’ombre, dans la foi, avant de disparaître en 2015 à l’âge de 73 ans. Mais Laura Antonelli est éternelle, son talent et son incommensurable beauté ont été imprimés à vie sur la pellicule de Mario Bava, Jean-Paul Rappeneau, Philippe Labro, Pasquale festa Campanile, Lucio Fulci, Claude Chabrol, Dino Risi, Luigi Comencini, Luchino Visconti, Mauro Bolognini, Ettore Scola et bien d’autres, dont Salvatore Samperi, qui, en dépit de cette conclusion pathétique, tant sur le plateau que dans le privé, fera d’elle une déesse du septième art.

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Test Blu-ray / Péché véniel, réalisé par Salvatore Samperi

PÉCHÉ VÉNIEL (Peccato veniale) réalisé par Salvatore Samperi, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 5 décembre 2023 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Laura Antonelli, Alessandro Momo, Orazio Orlando, Lilla Brignone, Tino Carraro, Monica Guerritore, Lino Toffolo, Stefano Amato, Lino Banfi…

Scénario : Ottavio Jemma & Alessandro Parenzo

Photographie : Tonino Delli Colli

Musique : Fred Bongusto

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Dans la station balnéaire de Versilia où il passe ses vacances, le jeune Sandro passe le plus clair de son temps à feuilleter des revues érotiques et à observer les filles sur la plage. Son frère ainé contraint de s’absenter, il porte toute son attention sur Laura, sa belle-sœur, une femme terriblement attirante dont il est chargé de prendre soin. Et, effectivement, Sandro se montre tout particulièrement attentionné à l’égard de la belle Laura…

Aujourd’hui encore, Malicia (ou Malizia pour les puristes) de Salvatore Samperi, figure dans le top 20 des plus grands succès de l’histoire du cinéma en Italie, avec plus de 11,7 millions de spectateurs, ce qui lui avait valu la même année la troisième marche sur le podium, juste derrière les 21,7 millions d’entrées du Parrain et les 15,6 millions du Dernier Tango à Paris. Ce triomphe international allait faire de son actrice, Laura Antonelli, l’un des sex-symbols les plus célèbres des années 1970. La comédienne, peu avare de ses charmes (et quels charmes!) depuis le bandant (mais pas queue) Ma femme est un violon Il merlo maschio de Pasquale Festa Campanile, enfonce le clou avec le tordant (et turgescent) Sexe fou Sessomatto de Dino Risi. Mais Salvatore Samperi (1944-2009) a de la suite dans les idées, ou presque, autrement dit réunir les deux têtes d’affiche de Malicia, Laura Antonelli et Alessandro Momo, les mêmes auteurs, Ottavio Jemma (La Fille de Trieste, La Proie de l’autostop, Sacco et Vanzetti, L’Amour à cheval) et Alessandro Parenzo (Les Chiens enragés, Qui l’a vue mourir?), y compris le même compositeur, Fred Bongusto (Les Ordres sont les ordres, Venez donc prendre le café chez nous, Exécutions, L’Homme à la Ferrari). Toujours sous la houlette du producteur Silvio Clementelli (Les Adolescentes, Il Bidone), le réalisateur surfe bien sûr sur son hit précédent, prolonge les thèmes qu’il abordait précédemment. Intensément sensuel, Péché véniel est avant tout le récit d’apprentissage, sentimental et sexuel d’un adolescent de seize ans, qui n’est en aucun cas un copier-coller de Malicia, mais à (re)voir plutôt comme une version alternative, par ailleurs nullement redondante. Les deux longs-métrages se complètement parfaitement et Péché véniel repose aussi bien sur l’extraordinaire beauté de son actrice principale, mais aussi et surtout sur son jeu beaucoup plus fin, intelligent et pertinent qu’on avait bien trop souvent tendance à sous-estimer. Une très grande réussite.

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Test Blu-ray / Les Envahisseurs de la planète rouge, réalisé par William Cameron Menzies

LES ENVAHISSEURS DE LA PLANÈTE ROUGE (Invaders from Mars) réalisé par William Cameron Menzies, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 21 novembre 2023 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Helena Carter, Arthur Franz, Jimmy Hunt, Leif Erickson, Hillary Brooke, Morris Ankrum, Max Wagner, William Phipps, Milburn Stone, Janine Perreau…

Scénario : Richard Blake

Photographie : John F. Seitz

Musique : Raoul Kraushaar

Durée : 1h19

Date de sortie initiale : 1953

LE FILM

Une nuit, alors qu’il est à la fenêtre de sa chambre, le jeune David McLean, passionné d’astronomie, aperçoit un engin spatial qui se pose près de sa maison. Il prévient son père George McLean, un scientifique, qui part investiguer les lieux. Revenu du site suspect, celui-ci n’est désormais plus tout à fait le même. David soupçonne une emprise extraterrestre. Et, très vite, celle-ci s’étend, transformant les habitants de la localité en marionnettes humaines.

Vous ne le savez peut-être pas, mais on doit au réalisateur William Cameron Menzies (1896-1957) l’un des films de science-fiction les plus importants de l’histoire du cinéma, La Vie future Things To Come (1936), adaptation du roman d’H.G. Wells, produit par Alexander Korda et supervisé par l’écrivain lui-même. Également décorateur et scénariste, William Cameron Menzies signait une fresque méconnue, troublante, ahurissante, prophétique et souvent prodigieuse, une réflexion politique sur la société sous la forme d’un pamphlet virulent ainsi que sur l’avenir de l’homme, étroitement lié au progrès technologique, rendant compte de l’anxiété ambiante à l’idée de voir le monde basculer à nouveau dans un conflit mondial. Formidable cinéaste à réhabiliter d’urgence, connu aussi pour son western Le Rocher du diableDrums in the Deep South (1951), qui se déroulait essentiellement au pied de la Devils Tower, monolithe naturel situé dans le Nord-Est du Wyoming aux Etats-Unis, rendu célèbre par Rencontres du troisième type de Steven Spielberg, William Cameron Menzies avait plusieurs cordes à son arc et était l’un des artistes les plus respectés à Hollywood. En 1953, il se voit confier les rênes d’un gros film de science-fiction, supposé concurrencer La Guerre des mondes de Byron Haskin, qui marquera alors toute une génération de metteurs en scène en devenir (John Landis, Joe Dante, Steven Spielberg, George Lucas, Don Coscarelli), Les Envahisseurs de la planète rouge Invaders from Mars, qui sera son avant-dernier long-métrage comme réalisateur. Avec ses effets spéciaux soignés qui n’ont rien perdu de leur magie (le film devait même être exploité en 3D, procédé abandonné par manque de moyens), mais aussi ses décors conçus à hauteur d’enfant, cet opus de SF vintage a tout de même pris du plomb dans l’aile et en dépit d’une première partie très réussie, le film finit par s’enliser dès l’arrivée de l’armée qui prend le relais aux côtés de notre jeune héros. Sympathique, amusant, mais nullement indispensable.

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