LES CRIMINELS (THE CRIMINAL) réalisé par Joseph Losey, disponible en combo Blu-ray+DVD le 31 août 2022 chez Studiocanal
Acteurs : Stanley Baker, Margit Saad, Sam Wanamaker, Jill Bennett, Patrick Magee, Grégoire Aslan…
Scénario : Alun Owen
Photographie : Robert Krasker
Musique : Johnny Dankworth
Durée : 1h38
Date de sortie initiale : 1960
LE FILM
Prisonnier au long cours, Johnny Bannion a profité de son dernier séjour derrière les barreaux pour organiser, en collaboration avec ses complices habituels et grâce au réseau de caïds et de gardiens corrompus de l’établissement pénitentiaire, le casse d’un champ de courses. À sa sortie de prison, les ennuis commencent avec son ex-petite amie qui fait un esclandre lors d’une soirée organisée en son honneur par ses associés. Puis ce sont lesdits associés qui, au grand étonnement de Johnny, ne semblent plus vouloir jouer le jeu selon les anciennes règles…
C’est toujours un bonheur de voir revenir chez plusieurs éditeurs toute une filmographie par petites touches, lorsqu’il s’agit d’un cinéaste aussi énorme et aussi peu considéré que Joseph Losey. Fleuron de sa période anglaise que l’on pourrait qualifier d’intermédiaire, The Criminal (le pluriel du titre français change tout !) est une œuvre extrêmement curieuse, qui pourrait paraître bancale si l’on décidait de ne la regarder que comme un film de genre régi par les motifs et les codes consacrés. Mais elle ne surprendra aucunement de la part de celui qui fut en son temps le plus européen des cinéastes américains, et dont le moins qu’on puisse dire est que le compromis esthétique n’a jamais été son fort ! Quand tel ou tel aspect d’un script n’intéresse pas Losey, on s’en rend compte très vite : ses trajectoires ont souvent de quoi surprendre, mais elles sont toujours franches, on ne peut que s’en féliciter.
LE MEURTRIER réalisé par Claude Autant-Lara, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 28 octobre 2022 chez Coin de Mire Cinéma.
Acteurs : Marina Vlady, Robert Hossein, Maurice Ronet, Yvonne Furneaux, Gert Fröbe, Paulette Dubost, Jacques Monod, Harry Mayen…
Scénario : Jean Aurenche, d’après le roman de Patricia Highsmith
Photographie : Jacques Natteau
Musique : René Cloerec
Durée : 1h52
Date de sortie initiale : 1963
LE FILM
Walter est marié à Clara, femme d’une nervosité excessive, qui lui rend la vie impossible. Un jour, Clara est retrouvée morte, par suite d’une chute dans un précipice. Walter se sent responsable de ce suicide. N’a-t-il pas dit à Clara qu’il voulait divorcer pour épouser Éllie, l’amie de sa femme ? Mais Clara s’est-elle bien suicidée ? Walter affirme à Éllie qu’il est innocent. Elle l’aime et voudrait le croire, et pourtant… N’a-t-il pas toutes les coupures sur la mort violente d’une autre femme, l’épouse du libraire, retrouvée assassinée au même endroit…
Claude Autant-Lara (1901-2000). Près de 55 ans de carrière, autant de films (courts et longs-métrages compris), plus de cinquante millions d’entrées, son plus grand succès au box-office restant La Jument verte (1959), dont la sortie s’était accompagnée de scandale, d’une interdiction dans certaines villes ou aux spectateurs âgés de moins de 21 ans. Quelques titres en vrac ? Sylvie et le fantôme, Le Diable au corps, L’Auberge rouge, Le Blé en herbe, Le Rouge et le Noir, La Traversée de Paris, En cas de malheur, Le Comte de Monte-Cristo, Les Patates, Le Franciscain de Bourges et tellement d’autres…Si certains le réduisent malheureusement à son rapprochement du Front National après avoir mis un terme à sa carrière à la fin des années 1970, Claude Autant-Lara est et demeure un des réalisateurs français les plus importants de l’après-guerre. Maintenant, il est vrai que ses derniers longs-métrages ne sont pas ceux qui reviennent le plus en mémoire et ce malgré un succès qui ne s’est jamais démenti, comme le triomphe de Journal d’une femme en blanc (1965) avec Marie-José Nat et Claude Gensac. Tout au long de sa vie professionnelle, Claude Autant-Lara n’aura eu de cesse d’expérimenter au cinéma, d’utiliser les nouvelles possibilités techniques mises à sa disposition. Parmi ses dix derniers opus, Le Meurtrier, qui s’était soldé sur un semi-échec (à peine un million de billets vendus), apparaît comme un pur film de mise en scène. Du début à la fin, avec parfois une économie de dialogues (surtout dans la première partie), le cinéaste s’empare d’un roman de Patricia Highsmith (L’Inconnu du Nord-Express, Plein soleil) et en restitue la mécanique quasi-mathématiques avec une réelle virtuosité. Même si tout n’est pas réussi, notamment un surjeu de quelques comédiens, Le Meurtrier n’en reste pas moins impressionnant et déroutant en ce qui concerne le portrait dressé d’un flic schizophrène aux méthodes expéditives, magistralement incarné par Robert Hossein, qui vole la vedette à chaque apparition.
HAMLET réalisé par Laurence Olivier, disponible en Édition Blu-ray + DVD + DVD bonus + livre – Boîtier Mediabook le 18 octobre 2022 chez Rimini Editions.
Acteurs : Laurence Olivier, John Laurie, Esmond Knight, Anthony Quayle, Niall MacGinnis, Peter Cushing, Harcourt Williams, Patrick Troughton, Tony Tarver, Stanley Holloway, Basil Sydney, Eileen Herlie, Norman Wooland, Felix Aylmer, Terence Morgan, Jean Simmons…
Scénario : Laurence Olivier, d’après l’oeuvre de William Shakespeare
Photographie : Desmond Dickinson
Musique : William Walton
Durée : 2h30
Année de sortie : 1948
LE FILM
Le roi du Danemark est mort. Son spectre apparaît à son fils, le prince Hamlet, et lui révèle avoir été assassiné par Claudius, son propre frère, qui s’est ainsi emparé de sa couronne et de sa femme. Hamlet décide de simuler la folie afin de confondre le couple et de préparer sa vengeance.
Hamlet de Laurence Olivier, c’est tout d’abord un record de récompenses. Quatre Oscar en 1948 (meilleurs acteur, direction artistique, création des costumes et le premier film non-américain à remporter celui du meilleur film), Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine, Lion d’or à la Mostra de Venise, BAFTA du meilleur film, Golden Globe du meilleur acteur et celui du Meilleur film étranger. Puis, Hamlet est la seconde adaptation de William Shakespeare réalisée pour le cinéma par Laurence Olivier, quatre ans après Henry V – The Chronicle history of King Henry the Fift with his battell at Agincourt in France (qui avait déjà valu un Oscar d’honneur au cinéaste), et sept ans avant le dernier volet de son triptyque, Richard III. « Voici la tragédie d’un homme qui ne pouvait se décider à agir », ainsi débute ce film-fleuve de 150 minutes, mené sans aucun temps mort, ou presque, car on ne saurait mettre en scène Hamlet sans casser un peu les œufs. Bon, ça c’était pour la blague totalement gratuite, car le monument de Laurence Olivier demeure sans doute la plus grande transposition, la plus intense, la référence, et ce même si l’on est aussi en droit d’aimer celle de Franco Zeffirelli avec Mel Gibson (1990) ou celle plus massive et étendue de et avec Kenneth Branagh (1996). L’histoire d’Hamlet a été maintes et maintes fois reprises, chez Walt Disney Pictures pour Le Roi Lion (1994) ou dernièrement par Robert Eggers dans son formidable The Northman pour ne citer que ceux-là. Mais si vous ne deviez voir qu’une seule mouture cinématographique de l’oeuvre de William Shakespeare, nous ne saurons que trop vous conseiller celle de Laurence Olivier, qui captive et subjugue encore 75 ans après sa sortie.
Dolores et Antonio, couple de nantis, sont invités sur une île reculée par leur fille Ana, son mari Alejandro et leurs deux adolescents pour concrétiser un projet financier. Les plans tournent court quand ils se retrouvent abandonnés par le gardien de l’île. Désormais sans moyen de communication, les membres de la famille tentent de survivre dans un climat hostile, la tension s’installe et libère de sombres démons…
En tant que spectateurs européens, nous n’avons sans doute pas tous les codes pour déchiffrer totalement Algunas Bestias, deuxième long-métrage de Jorge Riquelme Serrano, très largement diffusé dans les festivals et récompensé entre autres au Havana Film Festival, ainsi qu’au San Sebastián International Film Festival. Pensé comme “un miroir, un portrait de la société chilienne. C’est un film douloureux, naturaliste et urgent, qui s’attache à faire réfléchir le public, d’une manière franche et douloureuse” comme le décrit le réalisateur lui-même, Algunas Bestias s’inspire de L’Ange exterminateur, oeuvre matricielle de toute la filmographie de Luis Buñuel, référence ultime du huis clos dans lequel le cinéaste espagnol naturalisé mexicain s’attaquait à l’un de ses thèmes de prédilection, la bourgeoisie, figée et hypocrite, qui devenait prisonnière de son propre système. Dans Algunas Bestias, la classe aisée est aussi repliée sur elle-même et cette caste va alors perdre le contrôle et le vernis de la bienséance commencer à s’écailler. Dans une unité de lieu, de temps et d’action, comme qui dirait le chaînon manquant entre Théorème de Pier Paolo Pasolini et Festen de Thomas Vinterberg, Jorge Riquelme Serrano observe ses personnages avec l’oeil d’un entomologiste, dilate le temps pour créer une atmosphère lourde et troublante, joue avec les attentes, jusqu’au final très difficile, à ne pas mettre devant tous les yeux. Si l’on ne sait pas trop quoi en penser sur le coup, Algunas Bestias reste en tête, s’enfouit dans la mémoire, la triture, lui fait mal, certaines scènes revenant sans cesse nous hanter. Un cinéaste est né.
NITRAM réalisé par Justin Kurzel, disponible en DVD le 6 septembre 2022 chez Ad Vitam.
Acteurs : Caleb Landry Jones, Judy Davis, Anthony LaPaglia, Phoebe Taylor, Sean Keenan, Conrad Brandt, Essie Davis, Zaidee Ward…
Scénario : Shaun Grant
Photographie : Germain McMicking
Musique : Jed Kurzel
Durée : 1h47
Date de sortie initiale : 2021
LE FILM
Australie, milieu des années 90, Nitram vit chez ses parents, où le temps s’écoule entre solitude et frustration. Alors qu’il propose ses services comme jardinier, il rencontre Helen, une héritière marginale qui vit seule avec ses animaux. Ensemble, ils se construisent une vie à part. Quand Helen disparaît tragiquement, la colère et la solitude de Nitram ressurgissent. Commence alors une longue descente qui va le mener au pire.
Nitr-oglycérine ! Nitram est le cinquième long-métrage explosif de Justin Kurzel, découvert avec Les Crimes de Snowtown en 2011, qui avait ensuite dirigé Michael Fassbender et Marion Cotillard dans Macbeth (2015) et Assassin’s Creed (2016), avant de signer un western avec Russell Crowe, Nicholas Hoult et Charlie Hunnam, Le Gang Kelly. Le film s’inspire d’une histoire vraie. En avril 1996 à Port Arthur en Tasmanie (Australie), un forcené agissant en solitaire ouvre le feu sur la foule. 35 personnes perdront la vie, 23 autres seront grièvement blessés. L’individu responsable de ce massacre, Martin Bryant, 28 ans, écope de 35 peines d’emprisonnement à perpétuité et de 1 035 ans sans liberté conditionnelle. Suite à cet événement, l’Australie révisa sa législation sur le port d’arme et adopta le National Firearms Agreement, des réformes acceptées en une douzaine de jours. Près de 650.000 armes à feu sont alors rachetées par l’État et détruites. Cependant, comme nous l’indique un panneau glaçant en guise de conclusion, aucun état ni territoire ne s’est entièrement conformé au NFA et il y aurait aujourd’hui plus d’armes à feu détenues en Australie qu’à l’époque de l’attentat. Nitram ne montre pas la tuerie, qui intervient dans les dernières secondes du film et nous ne verrons que son auteur s’installer tranquillement à une table, manger une salade de fruits, avant de sortir un fusil de son sac, de se lever et de se diriger vers ses premières victimes. Justin Kurzel dresse le portrait de Martin Bryant, 66 de Q.I., qui après sa courte scolarité reçoit une pension d’invalidité et se fait quelques billets ici et là en proposant ses services comme jardinier ou homme à tout faire. Comment cet individu « lent » a-t-il pu tourner ainsi ? Sans faire de psychologie à deux balles, mais en exposant l’environnement, l’entourage, le quotidien et le rapport avec ses parents, le réalisateur reste constamment collé au plus près de son personnage principal, extraordinairement tenu par Caleb Landry Jones, très justement récompensé par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 2021. Attention, film choc !
MAIS…QU’AVEZ-VOUS FAIT À SOLANGE ? (Cosa avete fatto a Solange?) réalisé par Massimo Dallamano, disponible en Blu-ray – Édition limitée chez Le Chat qui fume.
Acteurs : Fabio Testi, Karin Baal, Joachim Fuchsberger, Cristina Galbó, Camille Keaton, Günther Stoll…
Scénario : Peter M. Thouet, Bruno Di Geronimo & Massimo Dallamano, d’après le roman d’Edgar Wallace Les Deux Épingles
Photographie : Joe d’Amato
Musique : Ennio Morricone
Durée : 1h47
Date de sortie initiale : 1972
LE FILM
La stupeur frappe Londres suite au meurtre sauvage d’une collégienne dans un petit bois au bord de la Tamise. Présents sur les lieux au moment des faits, Enrico Rossini et Elizabeth Seccles, respectivement professeur d’italien et lycéenne dans le même établissement que la victime, entretiennent une liaison. Tandis que l’enseignant mène sa propre enquête, l’assassin traque sa prochaine victime… Elizabeth !
Bien qu’il ait livré une douzaine de films, Massimo Dallamano (1917-1976) demeure surtout connu pour son travail comme directeur de la photographie : L’Homme aux cent visages – Il Mattatore de Dino Risi, Pour une poignée de dollars – Per un pugno di dollari et Et pour quelques dollars de plus – Per qualche dollaro in più de Sergio Leone,Un vrai crime d’amour – Delitto d’amore de Luigi Comencini portent tous la griffe du chef opérateur. Il devient metteur en scène en 1967 avec le western Bandidos. Il consacrera désormais le reste de sa carrière uniquement à la réalisation, en variant les genres, du giallo (Le Tueur frappe trois fois – La Morte non ha sesso) en passant par le drame-érotique (Vénus en fourrure – Le Malizie di Venere), le thriller-érotique (Le Dépravé – Il Dio chiamato Dorian), lé néo-polar (Piège pour un tueur – Si può essere più bastardi dell’ispettore Cliff?). Son opus le plus célèbre reste indubitablement Mais… qu’avez vous fait à Solange ? – Cosa avete fatto a Solange?, référence du giallo sortie sur les écrans français en mars 1973 sous le titre Jeux particuliers. En dehors d’une première partie un peu longuette, on se laisse encore happer par l’atmosphère pesante et ambiguë, ainsi que par ce récit troublant (inspiré par le roman Les Deux épingles – The Clue of the New Pin d’Edgar Wallace), le tout bercé par une musique magnifique signée par le maestro Ennio Morricone.
L’HOMME QUI TUA LA PEUR (Edge of the City) réalisé par Martin Ritt, disponible en DVD depuis le 9 janvier 2020 chez LCJ Editions & Productions.
Acteurs : John Cassavetes, Sidney Poitier, Jack Warden, Kathleen Maguire, Ruby Dee, Val Avery, Robert F. Simon, Ruth White…
Scénario : Robert Alan Aurthur
Photographie : Joseph C. Brun
Musique : Leonard Rosenman
Durée : 1h22
Date de sortie initiale : 1957
LE FILM
Axel North, un déserteur devenu vagabond, se fait embaucher sous une fausse identité comme docker dans le port de New York. Pour conserver son travail, il lui faut reverser une partie de son salaire à Charly Malik, un contremaître corrompu. Intrigué par le courage d’un collègue noir, Tommy Tyler, Axel se lie peu à peu avec lui au point de rompre ouvertement avec Malik. Tommy devine que son nouvel ami est hanté par un passé difficile et l’accueille chez lui. Axel y fait la connaissance d’une jeune femme, Ellen, dont il s’éprend. Un matin, une violente dispute éclate entre Malik et Tommy : un crochet de docker à la main, les deux hommes sont prêts à se battre à mort…
Edge of the City ou L’Homme qui tua la peur en version française, est le premier long-métrage réalisé par Martin Ritt (1914-1990), celui qui nous donnera Les Feux de l’été – The Long, Hot Summer (1958), Paris Blues (1961), L’Espion qui venait du froid – The Spy Who Came in from the Cold (1965), Norma Rae (1979) et bien d’autres. Pour son coup d’essai, il installe son récit dans sa ville natale, New York, dont il connaît les moindres recoins par coeur, y compris les quais sur lesquels se déroulent essentiellement l’action, l’Empire State Building et autres gratte-ciel apparaissant en toile de fond. Depuis toujours très actif pour dénoncer les injustices sociales et politiques, il s’engage très vite auprès de groupes de théâtre afin de défendre les droits des afro-américains, n’hésitant pas à camper l’un des rares personnages blancs dans la pièce Porgy and Bess, saluée pour la modernité de son approche de la culture noire. Martin Ritt monte ensuite des pièces dites de gauche radicale (bien qu’il n’adhérera jamais au Parti communiste US) et parcourt la terre de l’Oncle Sam, ce qui lui vaudra plus tard d’être pointé du doigt par le tristement célèbre sénateur Joseph McCarthy. Durant la guerre, il s’engage dans l’US Air Force, tout en démarrant une carrière d’acteur au cinéma (Winged Victory de George Cukor). Il reprend le théâtre, comme comédien, mais aussi comme metteur en scène, puis entre dans le monde de la télévision au début des années 1950, où il s’occupe principalement de produire et de réaliser quelques adaptations de pièces. Mais ses idées politiques (qu’il ne reniera jamais tout au long de sa vie) le rattrapent. Soupçonné de sympathiser avec l’ennemi rouge situé de l’autre côté du Rideau de fer, il est interdit de télévision, black-listé et revient sur les planches, où il enseigne la légendaire méthode Stanislavski auprès des aspirants comédiens, dont un certain James Dean. En 1957, il a donc l’opportunité de passer derrière la caméra de nouveau, mais pour le cinéma cette fois, avec L’Homme qui tua la peur, transposition d’une pièce de Robert Alan Aurthur (futur scénariste d’All That Jazz de Bob Fosse, de L’Homme aux colts d’or d’Edward Dmytryk et de Grand Prix de John Frankenheimer), déjà adaptée pour la petite lucarne en 1955 (par Robert Mulligan et déjà avec Sidney Poitier). L’histoire prend place dans le milieu des syndicats de dockers de la Grosse Pomme, où un jeune homme d’une vingtaine d’années affronte un collègue animé par la haine de la peau noire. La nouvelle recrue sera accueillie par un docker afro-américain, qui l’aidera à faire sa place, à vivre décemment, jusqu’à devenir son ami. Ce qui sera évidemment mal perçu. Edge of the City ne connaîtra qu’un succès d’estime à sa sortie, mais sera néanmoins très vite reconsidéré par la suite une fois l’explosion de John Cassavetes deux ans plus tard avec son premier film Shadows et celle de Sydney Poitier, qui sera nommé pour l’Oscar du meilleur acteur en 1958 pour La Chaîne – The Defiant Ones de Stanley Kramer. Rétrospectivement, la hargne, les thèmes, l’élégance et l’humanisme de Martin Ritt sont déjà à l’oeuvre dans L’Homme qui tua la peur et mérite toute l’attention du cinéphile.
ALICE, SWEET ALICE (Communion) réalisé Alfred Sole, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 23 septembre 2022 chez Rimini Editions.
Acteurs : Linda Miller, Niles McMaster, Mildred Clinton, Rudolph Willrich, Paula Sheppard, Michael Hardstark, Jane Lowry, Alphonso DeNoble, Brooke Shields…
Scénario : Alfred Sole & Rosemary Ritvo
Musique : Stephen Lawrence
Durée : 1h43
Date de sortie initiale : 1976
LE FILM
Alice Spages, 12 ans, vit avec sa mère et sa sœur Karen, à laquelle elle adore faire peur. Karen s’apprête à fêter sa première communion lorsque son corps est retrouvé atrocement mutilé dans l’église. Certains pensent qu’Alice pourrait être à l’origine du meurtre, mais comment une enfant si jeune pourrait-elle commettre une telle abomination ? Pourtant, les meurtres se poursuivent dans l’entourage d’Alice…
Alice, Sweet Alice, Communion sanglante, Holy Terror (dans un montage censuré), The Mask Murders, Communion, ou Alice, douce Alice chez nos amis québécois, est un slasher psychologique réalisé par un certain Alfred Sole (1943-2022), qui se situe rétrospectivement après Black Christmas de Bob Clark et Halloween – La Nuit des masques de John Carpenter. Le film surfe sur un sous-genre en éclosion, La Baie sanglante de Mario Bava, La Dernière Maison sur la gauche de Wes Craven et Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper étant sortis durant les cinq années précédentes, mais qu’il a aussi contribué à son identité, à sa « croissance », à sa mutation. Emballé pour la modique somme de 350.000 dollars, le tournage ayant été interrompu à plusieurs reprises faute de moyens, ce qui a entraîné la succession d’une demi-douzaine de directeurs de la photographie et le passage du 35 au 16mm selon les billets verts mis à disposition de l’équipe, Alice, Sweet Alice demeure un fleuron de l’épouvante, foncièrement ambigu, redoutablement inquiétant, subtil, malsain, qui prend pour cible le fanatisme religieux et dresse le portrait d’une des adolescentes les plus flippantes du cinéma de genre, formidablement interprété par Paula Sheppard, feu follet du cinéma, mais dont le visage reste imprimé dans la mémoire des cinéphiles.
LE COUP DE L’ESCALIER (Odds Against Tomorrow) réalisé par Robert Wise, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 20 septembre 2022 chez Rimini Editions.
Acteurs : Harry Belafonte, Robert Ryan, Shelley Winters, Ed Begley, Gloria Grahame, Will Kuluva, Kim Hamilton, Mae Barnes…
Scénario : John O. Killens & Nelson Gidding, d’après le roman de William P. McGivern
Photographie : Joseph C. Brun
Musique : John Lewis
Durée : 1h33
Date de sortie initiale : 1959
LE FILM
Dave Burke, ancien policier licencié injustement, décide de préparer un cambriolage dont le plan semble facilement réalisable. Pour cela, il a besoin d’Earle Slater, un ancien soldat ne réussissant pas à retrouver sa place dans la société, et de Johnny Ingram, un chanteur noir criblé de dettes. Mais Slater est un raciste et Ingram est réticent à l’idée de sombrer dans la criminalité…
Ce n’est pas tous les jours que nous pouvons parler de Robert Wise (1914-2005), qui avec Richard Fleischer reste probablement l’un des plus grands artisans éclectiques et prolifiques de l’histoire du cinéma hollywoodien. Plus de soixante-cinq ans de carrière, dix ans au banc de montage, cinquante-cinq passés derrière la caméra, plus de quarante films au compteur. Quelques titres emblématiques ? Est-ce vraiment nécessaire ? D’accord, rien que pour le plaisir de les nommer et histoire de convoquer quelques extraits dans les mémoires : La Malédiction des hommes-chats, Le Récupérateur de cadavres, Né pour tuer, Nous avons gagné ce soir, Le Jour où la Terre s’arrêta…, Je veux vivre !, West Side Story, La Maison du diable, La Mélodie du bonheur, La Canonnière du Yang-Tsé, Le Mystère Andromède, L’Odyssée du Hinderburg, Audrey Rose, Star Trek, le film…Prenez un petit moment pour savourer ces réminiscences…C’est bon ? Si la liste ne saurait être exhaustive, il y en a un que l’on ne saurait omettre quand on évoque Robert Wise. Il s’agit d’Odds Against Tomorrow, plus connu en France sous le titre Le Coup de l’escalier, le dernier opus du cinéaste mis en scène dans les années 1950, son dix-huitième long-métrage de la décennie, emballé juste avant West Side Story, qu’il signera d’ailleurs avec Jerome Robbins. S’il n’atteint peut-être pas la puissance dramatique de Quand la ville dort – The Asphalt Jungle (1950) de John Huston, Le Coup de l’escalier, souvent cité comme le chant du cygne du film noir américain avec L’Ultime Razzia – The Killing de Stanley Kubrick, est une référence intemporelle du genre, où des personnages au bout du rouleau participent à un braquage, même s’ils n’y croient pas ou plus, avant même de s’être lancés. À l’instar de John Huston, Robert Wise s’avère plus intéressé par les protagonistes eux-mêmes et leurs motivations, plutôt que par le casse proprement dit. Comme son confrère, il les ancre dans une réalité crépusculaire (magnifique photo) marquée par l’échec. Le Coup de l’escalier est un film noir à part, centré sur un afro-américain interprété par Harry Belafonte (à l’origine du projet) et traitant ouvertement de la ségrégation et de la discrimination. Le film sera récompensé par un Golden Globe spécial pour sa « promotion de la compréhension internationale ». Pamphlet antiraciste, Le Coup de l’escalier se clôt sur la morale irréfutable : blancs ou noirs, les hommes sont tous égaux face à la mort et chacun retournera à l’état de poussière. Vous avez dit chef d’oeuvre ?
LE DERNIER RIVAGE (On the Beach) réalisé par Stanley Kramer, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 21 septembre 2022 chez Rimini Editions.
Acteurs : Gregory Peck, Ava Gardner, Fred Astaire, Anthony Perkins, Donna Anderson, John Tate, Harp McGuire, Lola Brooks…
Scénario : John Paxton, d’après le roman de Nevil Shute
Photographie : Giuseppe Rotunno
Musique : Ernest Gold
Durée : 2h09
Date de sortie initiale : 1959
LE FILM
La guerre nucléaire a eu lieu. Personne n’a gagné. La mort et la désolation règnent sur le monde. Seuls les Australiens et les hommes du sous-marin Sawfish ont survécu à l’apocalypse nucléaire. Le Capitaine Dwight Towers part en mission sur le Sawfish afin de vérifier le niveau de radiations sur terre. Il revient avec de mauvaises nouvelles : le nuage radioactif approche et l’issue est inéluctable. Leurs dernières heures venues, chaque personne affronte l’adversité à sa manière.
Quand il sort sur les écrans en 1959, Le Dernier rivage – On the Beach, adaptation du roman éponyme du britannique Nevil Shute, peu de films avaient osé aborder les dangers du nucléaire, en dehors de Cinq survivants – Five (1951) d’Arch Oboler et Day the World Ended (1955) de Roger Corman. Quelques mois avant l’arrivée du Dernier rivage dans les salles, Le Monde, la Chair et le Diable – The World, The Flesh and the Devil de Ranald MacDougall lui dame le pion en surfant sur le même thème. Dans Cinq survivants, la Terre, devenue un vaste cimetière, était dépeuplée des suites d’un holocauste nucléaire et seules cinq personnes, semblant avoir miraculeusement survécu, se retrouvaient dans un site privilégié épargné par les retombées radioactives, où il devaient apprendre à coexister face au tragique de la situation. De son côté, Roger Corman partait d’un postulat de départ assez similaire, autrement dit le monde détruit par une guerre nucléaire, pour ensuite bifurquer vers le survival et le film d’épouvante avec une victime des rayonnements devenu un mutant cannibale. En plus de tirer un signal d’alarme sur le nucléaire, Le Monde, la Chair et le Diable se doublait quant à lui d’une réflexion sur le racisme. Mais ces opus montraient alors un nouveau monde qui émergeait. Ce n’est pas le cas du Dernier rivage qui se concentre sur les dernières heures du reste de la race humaine, après une guerre nucléaire qui a ravagé la quasi-intégralité de la population terrienne. Toute ? Non ! (air connu) Quelque part entre les océans Indien et Pacifique subsistent encore des hommes, des femmes et des enfants, épargnés par les retombées radioactives…mais cela n’est qu’une question de temps, car celles-ci approchent doucement, mais sûrement de l’Australie où malgré tout la vie continue. Comment se préparer à l’inévitable ? Le Dernier rivage propose une profonde et contre toute attente sereine méditation sur l’extinction de l’humanité, en s’attachant à une poignée de personnages, qui hormis un jeune couple venant d’avoir une petite fille, sont marqués par la solitude. Un dialogue s’instaure, les philosophies de vie s’entrecroisent et se mêlent, il est temps désormais pour ceux qui ont survécu jusqu’à présent, d’accepter que l’air vicié par ceux qui ont appuyé sur le bouton rouge enflammera bientôt leurs poumons…Le Dernier rivage foudroie par sa beauté plastique, la photographie à la fois crépusculaire et luminescente du légendaire Giuseppe Rotunno (La Bataille pour Anzio, Ce plaisir qu’on dit charnel, Fellini Roma, Rocco et ses frères, Le Guépard), la mise en scène immersive (parfois à la limite du documentaire) de Stanley Kramer (1913-2001) et l’interprétation bouleversante d’un quatuor d’acteurs exceptionnels, Gregory Peck, Ava Gardner, Anthony Perkins et Fred Astaire.