Test Blu-ray / Les Adolescentes, réalisé par Alberto Lattuada

LES ADOLESCENTES (I Dolci inganni) réalisé par Alberto Lattuada, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 20 octobre 2020 chez Tamasa Diffusion.

Acteurs : Catherine Spaak, Jean Sorel, Christian Marquand, Juanita Faust, Marilù Tolo, Milly, Antonella Erspamer, Giovanna Pignatelli…

Scénario : Alberto Lattuada, Francesco Ghedini, Claude Brulé

Photographie : Gábor Pogány

Musique : Piero Piccioni

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Jeune fille de bonne famille, Francesca, dix-sept ans, découvre son attirance pour Enrico, un architecte de vingt ans plus âgé qu’elle. Une attirance qui va hanter cette journée d’été au cours de laquelle elle va décider de ne pas résister à l’appel de la vie adulte. Au risque de subir une désillusion…

Deuxième film que le cinéaste Alberto Lattuada (1914-2005) consacre aux jeunes filles, Les AdolescentesI Dolci inganni sort en Italie en octobre 1960, accompagné d’un petit parfum de scandale, aussi bien de la part de la censure démocrate-chrétienne que des spectateurs. En effet, le film, dont le titre original – beaucoup plus évocateur – signifie « les douces déceptions », dresse le portrait d’une jeune fille/femme de 17 ans, qui découvre le désir et la sexualité, avec une rare frontalité pour l’époque. Dès l’extraordinaire introduction filmée en plan-séquence, Alberto Lattuada capte l’attention du spectateur. Celle que l’on va suivre toute une journée, se réveille en plein milieu de la nuit, visiblement sous le choc de ce dont elle vient de rêver. Un cauchemar ? Non. Parcourue de frissons, se caressant ou plutôt frôlant doucement ses très belles jambes et sa poitrine que l’on devine derrière la mince étoffe de sa chemise de nuit, Francesca ne sait pas ce qui lui arrive. L’éveil des sens n’a probablement jamais été aussi intense et explicite au cinéma en 1960, surtout concernant un personnage aussi jeune. Cette adolescente, c’est la sublime et fascinante Catherine Spaak, qui faisait ici ses débuts au cinéma, la même année que Le Trou de Jacques Becker. De tous les plans, la comédienne et fille du scénariste Charles Spaak (collaborateur de Jean Grémillon, Georges Lacombe, Julien Duvivier, Jacques Feyder, Marcel L’Herbier et bien d’autres), crève l’écran du haut de ses 15 ans et représente toutes les jeunes filles de son âge dans ce merveilleux drame passionnel et psychologique, prolongement naturel de Guendalina sorti trois ans auparavant, dans lequel Alberto Lattuada narrait une première passion amoureuse. Avec une sensualité encore plus appuyée, une délicatesse de tous les instants et une mise en scène qui effleure le visage et la peau de son héroïne, Les Adolescentes est une des autres réussites majeures de son auteur.

Francesca, adolescente de dix-sept ans sans problème, issue d’un milieu aisé, profite pleinement de la liberté que lui laisse sa famille. La journée qu’elle s’apprête à vivre, passage rituel entre l’enfance et l’adolescence, ne sera à nulle autre pareille. Réveillée par son frère Eddy, Francesca se prépare et fait mine de se diriger vers son lycée. Mais, au dernier moment, elle décide de rendre une visite impromptue à Enrico, un architecte ami de la famille, de vingt ans son aîné. À la vision de sa silhouette, Enrico prend conscience que Francesca n’est plus la gamine qu’il a connue, mais une jeune fille qui n’est pas dénuée de charme. Retrouvant son lycée, Francesca y console une camarade qui a des peines de coeur, puis rend visite à son amie Maria-Grazia. Cette dernière vit recluse dans sa chambre, comme pour lancer un défi à sa mère, la Comtesse, une courtière extravertie à la vie privée dissolue. Attirée par la joie de vivre de Francesca, la Comtesse l’entraîne dans sa course effrénée à travers Rome…

Vous avez changé depuis la dernière fois !

Oui, j’ai grandi…

24 heures de la vie d’une nouvelle femme. C’est ainsi que l’on pourrait résumer Les Adolescentes, réalisé la même année que La Novice Lettere di una novizia, autre portrait d’une jeune fille signé Alberto Lattuada (avec Pascale Petit et Jean-Paul Belmondo). Dans I Dolci inganni, le cinéaste suit son personnage principal, sans jamais la quitter, en l’observant tel un entomologiste, avec une élégance de tous les instants. Catherine Spaak, future grande vedette du cinéma italien qui tournera avec les plus grands (Dino Risi, Marco Ferreri, Luigi Comencini, Mario Monicelli, Mauro Bolognini, Dario Argento, Pasquale Festa Campanile…) enflamme la pellicule avec sa sensualité innocente, son désir contenu, son regard perdu ou au contraire provocant. Comme dans Lolita de Vladimir Nabokov, la relation qui s’installe entre Francesca, 17 ans, et Enrico (Christian Marquand), homme divorcé de vingt ans son aîné (et l’objet de son rêve érotique), est tour à tour troublante et excitante, surtout lorsque Alberto Lattuada filme le contact des mains ou un baiser inattendu et offert à cet homme dans la fleur de l’âge, ami des parents de Francesca et que celle-ci connaît depuis sa plus tendre enfance, se souvenant même qu’Enrico l’a fait sauter sur ses genoux.

Le réalisateur s’attarde sur les pieds, sur les chevilles de sa protagoniste, cherchant par là à capter et à ne rien manquer de la transformation qui s’opère dans et sur son corps. Puis, Alberto Lattuada ne lâche pas cette jeune romaine, honteuse et troublée, toujours préoccupée par l’éveil de sa sensualité. Elle se rend chez son amie Maria-Grazia dont la mère, une soi-disant comtesse ruinée, entretient de jeunes élégants. Francesca accepte d’accompagner cette dernière en promenade. Un accident de la route met l’adolescente en présence de Renato, une des «utilités» de la quadragénaire. Cette partie s’avère la plus lente et la plus longue du film. Un ventre mou pourrait-on dire, qui ralentit le rythme, surtout en raison de dialogues un peu lourds, pourtant déclamés avec la classe habituelle de Jean Sorel, qui interprète Renato, gigolo qui ne cesse d’être humilié publiquement. Même si on ne perd pas de vue Francesca, qui assiste malgré-elle aux difficultés sentimentales rencontrées par l’impitoyable monde adulte, cet acte peut déconcerter. Mais le récit initiatique doit certainement passer par là pour Francesca, qui ne s’attendait probablement pas à ce que la vie soit finalement dissolue et triste.

Elle retrouve ensuite son frère Eddy et se joint à sa bande de copains, en partance pour une discothèque. Mais en chemin, Francesca convainc son frère de faire un détour par Marino, afin de visiter une maison dont Enrico supervise les travaux. Au moment de se séparer, Francesca lance l’idée d’un dîner aux chandelles pour le trio et part faire des courses avec Enrico. La jeune fille en profite pour avouer son amour à ce dernier et commence à esquisser avec lui des projets de vie commune. À leur retour, Eddy s’est enfui et le couple se retrouve en tête-à-tête. Alors qu’Enrico propose de la raccompagner chez elle, Francesca se jette dans ses bras et se donne à lui. Rêveuse et nostalgique face à cet adieu à l’enfance, Francesca décide de regagner le domicile parental. Dans le trajet de retour en automobile, le silence s’instaure entre les deux amants, qui se séparent rapidement sur une vague promesse de se revoir. Revenue dans sa chambre, seule, Francesca fixe longuement son miroir, puis les spectateurs droit dans les yeux, comme pour y déchiffrer une réponse à ses interrogations. Elle se rend compte qu’elle a franchi l’un des fleuves de l’existence et qu’elle ne pourra plus revenir sur l’autre rive.

Toute la complexité du sentiment amoureux est représentée dans Les Adolescentes. De la naissance d’un nouveau sentiment à la « petite mort », en passant par l’excitation, la perte de la virginité, les promesses qui ne seront pas ou qui ne pourront pas être tenues, tout cela en un bouillonnement permanent à la fois du corps et de l’esprit. Guendalina était souvent imprégné de la sensibilité de Valerio Zurlini, qui avait écrit l’histoire originale et qui devait mettre en scène le film. Sa griffe manque aux Adolescentes, même si ce fabuleux portrait introspectif demeure superbe (y compris sur la forme avec la photo de Gábor Pogány), d’une folle modernité, pour ne pas dire intemporel et universel.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Tamasa Diffusion avait déjà mis Alberto Lattuada en valeur à travers ses éditions en DVD de Venez prendre le café chez nous (1970) et Mafioso (1962). Après Guendalina dont nous vous parlions il y a peu, Les Adolescentes fait son apparition dans les bacs dans un superbe combo Blu-ray + DVD qui se présente sous la forme d’un Digipack très élégant, comprenant également un livret passionnant de 32 pages écrit par Aldo Tassone, qui s’avère un entretien riche et dense entre l’historien du cinéma et le réalisateur, dans lequel les deux hommes abordent la carrière, les thèmes de prédilection et les films les plus emblématiques du cinéaste. Le menu principal est fixe et musical.

En guise de supplément en vidéo, Tamasa Diffusion propose une présentation du film par l’éminent Jean-François Rauger (9’30), qu’on ne présente plus, mais qu’on a toujours beaucoup de plaisir à retrouver. Le critique de cinéma et directeur de la programmation de la Cinémathèque française se penche sur cette «deuxième partie » d’un diptyque consacré aux portraits de jeunes filles par Alberto Lattuada, « un sujet qui va passionner, obséder le réalisateur, qu’il va décliner de façon de plus en plus osée et audacieuse durant le reste de sa carrière », composé de Guendalina et des Adolescentes. L’invité de Tamasa replace le second dans la carrière du réalisateur, revient brièvement sur la carrière de ce dernier, puis analyse à la fois sur le fond (l’illusion de l’amour romantique, ainsi que du désir physique et sexuel) et sur la forme (la beauté de la photographie et des décors) du film qui nous intéresse aujourd’hui. Les partis-pris et les intentions, ainsi que le casting sont aussi abordés.

L’interactivité se clôt sur les bandes-annonces française et italienne de 1960, ainsi que le film-annonce de la ressortie en 2020 et celui de Guendalina.

L’Image et le son

A l’instar de Guendalina, Les Adolescentes a été restauré en 4K à partir du négatif image original et des négatifs son conservés à la Cineteca di Bologna. Les travaux de restauration numérique et photochimique ont été réalisés au laboratoire L’Image retrouvée à Paris et à Bologne. La copie est immaculée, débarrassée de toutes les poussières possibles et imaginables, des griffures et des rayures, qui apparemment constellaient la première bobine, qui de ce fait a été traitée en immersion, tandis que les éléments argentiques étaient scannés sur Arriscan en 4K. Le master HD est d’une stabilité à toutes épreuves, les contrastes sont fabuleux et l’étalonnage, retravaillé entièrement, est à se damner de beauté. L’un des plus beaux N&B que vous pourrez voir cette année chez vous !

Comme le veut la tradition, la version italienne a été entièrement postsynchronisée. Elle est ici proposée en LPCM 2.0, équilibrée, douce, propre, fluide, dynamique quand il le faut, malgré un très léger souffle. La piste française Dolby Digital 2.0 se focalise trop sur le report des voix, parfois au détriment des effets annexes. Mais les deux options acoustiques ont subi un vrai dépoussiérage à partir du négatif son original et cela s’entend. Dans la langue de Molière ou de Dante, les deux mixages s’en sortent haut la main. L’éditeur joint également une piste française en Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © Tamasa Diffusion / Titanus / LAETITIA FILMS / LES FILMS MARCEAU – COCINOR / TF1 DROITS AUDIOVISUELS / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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