Test Blu-ray / She’s So Lovely, réalisé par Nick Cassavetes

SHE’S SO LOVELY réalisé par Nick Cassavetes, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Sean Penn, Robin Wright, John Travolta, Harry Dean Stanton, James Gandolfini, Susan Traylor, Debi Mazar, Bobby Cooper…

Scénario : John Cassavetes

Photographie : Thierry Arbogast

Musique : Joseph Vitarelli

Durée : 1h40

Date de diffusion initiale : 1997

LE FILM

Quand Maureen, enceinte, se fait violenter par un voisin, Eddie son mari réagit avec violence. À tel point qu’il se fait enfermer dans un hôpital psychiatrique. Il en sort dix ans après. Mais Maureen a refait sa vie, la fille qu’elle a eue d’Eddie a maintenant neuf ans et elle en a deux autres avec son nouveau mari, Joy. L’amour d’Eddie, toujours aussi fort, toujours aussi fou, va bouleverser la vie de Maureen.

John Cassavetes meurt en février 1989 à l’âge de 59 ans, des suites d’une cirrhose. Il avait alors pour projet de diriger Sean Penn, pour lequel il avait écrit She’s So Lovely. Le projet est finalement repris en main, sous l’impulsion de Gérard Depardieu, ami proche de la famille Cassavetes, qui décide de produire le film avec René Cleitman pour le compte d’Hachette, en partenariat avec les frères Weinstein, tandis que Sean Penn se joint aussi au financement. Notre Gégé national parvient aussi à convaincre son pote John Travolta, non seulement de participer à la production, mais aussi de tenir également le haut de l’affiche, en baissant son cachet à un million de dollars, l’acteur revenu bankable depuis Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Ainsi, entre les deux opus de John Woo, Broken Arrow et Volte-Face – Face-Off, le comédien prouve qu’on peut aussi le trouver tout aussi convaincant dans le cinéma d’auteur. À la barre, Nick Cassavetes (né en 1959), fils de John et donc de Gena Rowlands, reprend le flambeau, même si Sean Penn avait lui-même envisagé de repasser derrière la caméra pour ce film. Acteur à ses heures, Nick Cassavetes passe à la mise en scène en 1996 avec l’intéressant Décroche les étoiles Unhook the Stars, dans lequel Marisa Tomei donne la réplique à…Gena Rowlands et Gérard Depardieu. Un petit monde. Avec She’s So Lovely, Nick Cassavetes passe à l’échelon supérieur et le film est accueilli en grandes pompes dans tous les festivals, quand bien même la critique ne peut s’empêcher de comparer le talent du fils à celui de son légendaire père. Sean Penn, à qui revient le rôle principal comme le désirait John Cassavetes avant son décès, se voit récompenser par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes. Si rétrospectivement Kevin Spacey, Russell Crowe et Guy Pearce auraient mérité un prix collectif pour L.A. Confidential de Curtis Hanson, tout comme Kevin Kline pour son intense interprétation dans Ice Storm d’Ang Lee, Sean Penn ne démérite évidemment pas. Mais étrangement (ou pas), son personnage demeure particulièrement antipathique, tout comme celui tenu par Robin Wright (alors Penn) et finalement John Travolta vole la vedette dans la peau de ce brave type, qui ne demandait rien et qui se voit non seulement voler sa compagne, mais aussi la mère de ses enfants. Revoir She’s So Lovely trente ans après sa sortie permet de réhabiliter la prestation de l’ami John, à qui l’on aurait bien décerné aussi un prix d’interprétation.

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Test Blu-ray / L’Esclave, réalisé par Radley Metzger

L’ESCLAVE (The Image) réalisé par Radley Metzger, disponible en DVD & Blu-ray le 11 février 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Mary Mendum, Carl Parker, Marilyn Roberts, Valerie Marron, Michelle Vence, Estelle McNalley, Nicole Rochambeau…

Scénario : Radley Metzger, d’après le roman L’Image de Catherine Robbe-Grillet

Photographie : Robert Lefebvre

Musique : George Craig

Durée : 1h31

Date de diffusion initiale : 1975

LE FILM

Lors d’une soirée mondaine Jean rencontre Claire, une vieille amie qu’il n’avait pas vue depuis longtemps. Elle est accompagnée d’une belle et jeune femme, Anne, qui ne dit mot, lui obéit au doigt et à l’oeil et qui fait forte impression à Jean. Rapidement Jean va être impliqué dans la relation de domination/soumission qui lie les deux femmes.

Il est parfois bon de se rincer l’oeil. Et quoi de mieux que de se replonger dans le cinéma érotico-porno des années 1970. L’Esclave ou The Image en version originale, connu aussi sous les titres The Punishment of Anne ou The Mistress and the Slave est réalisé par Radley Metzger (1929-2017). Si ce nom ne vous dit rien ou pas grand-chose, nous avions déjà parlé d’un de ses opus les plus célèbres, Le Chat et le canariThe Cat and the Canary (1978), sorti chez Rimini dans sa collection Angoisse. Cette adaptation d’une pièce de théâtre de John Willard, étrange, mais passionnant mélangeait les genres, en combinant à la fois le film d’horreur (plusieurs meurtres y sont commis), l’enquête policière (un assassin se cache dans une demeure) et le whodunit (le meurtrier en question est peut-être dissimulé parmi les personnages principaux). L’Esclave est la transposition de L’Image (éditions de Minuit, 1956) de Catherine Robbe-Grillet, femme de lettres, à ses heures actrice chez son conjoint Alain Robbe-Grillet, connue pour son œuvre abordant frontalement le sujet du BDSM et également comme maîtresse de cérémonie sadomasochiste. Il faut bien arrondir ses fins de mois. Publié sous le pseudonyme de Jean de Berg, L’Image connaît de sérieux problèmes avec la censure, au point d’être refusé à deux reprises. L’ouvrage détonne dans la France de René Coty. 1969, année érotique. 1974, Emmanuelle de Just Jaeckin sort au cinéma. 9 millions d’entrées en France, 4 millions en Allemagne, 3,7 millions en Espagne. Les producteurs s’engouffrent dans la brèche. Sans métaphore. 1975, Radley Metzger met en scène L’Esclave et respecte le roman original en situant son action à Paris. À la production, un certain Max Pécas via sa société Les Films du Griffon, qui avait déjà à son actif Club privé, Sexuellement vôtre, Je suis frigide…pourquoi ?, Les Liaisons particulières…Sa griffe est indéniable dans L’Esclave, où on y retrouve cette esthétique ouatée du film érotique ou film « de charme ». Mais il s’agit en fait d’un deal entre Max Pécas et Radley Metzger, puisque le second assurait en réalité la distribution des films du premier sur le sol américain. Beau à regarder, The Image est le formidable représentant d’un genre éculé, aujourd’hui décrié par les plus « sensibles », qui ravit pourtant les sens, notamment par son esthétique léchée. Non, nous ne ferons pas de jeux de mots.

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Test DVD / Cherchez l’erreur…, réalisé par Serge Korber

CHERCHEZ L’ERREUR… réalisé par Serge Korber, disponible en DVD le 16 septembre 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Roland Magdane, Roland Dubillard, Henri Virlojeux, Micheline Luccioni, Jacques Monod, Tanya Lopert, Marthe Villalonga, Henri Attal…

Scénario : Roland Magdane

Photographie : Georges Barsky

Musique : Jean Bouchéty & Roger Candy

Durée : 1h26

Date de diffusion initiale : 1980

LE FILM

Paul est un chercheur qui travaille à la mise au point d’une nouvelle arme nucléaire. Il a pour compagnon un chien qui s’est imposé à lui. L’animal, assez doué, va faire comprendre à Paul le danger de ses recherches…

C’est un OVNI, un OFNI plutôt, un Objet Filmique Non Identifié, sorti du cerveau fécond de Roland Magdane, sorti sur les écrans français en 1980 et qui a peu rameuté les spectateurs dans les salles…Pourtant ce long-métrage a su marquer les esprits. Non pas en raison de son histoire, il n’y en a pour ainsi dire pas, mais pour son non-sens, sa poésie, son délire assumé, son caractère inclassable. On doit Cherchez l’erreur… à Serge Korber (1936-2022), réalisateur quelque peu touche-à-tout, à qui l’on doit le magnifique Un idiot à Paris (1966), adapté d’un roman de René Fallet, offrant son plus beau rôle à Jean Lefebvre, deux films avec Louis de Funès au début des années 1970 (L’Homme orchestre et Sur un arbre perché), deux autres portés par Annie Girardot (Les Feux de la Chandeleur en 1972 et Ursule et Grelu l’année suivante) et un opus avec Les Charlots (Et vive la liberté !). Parallèlement et cela est sans doute moins connu, Serge Korber, sous le pseudonyme de John Thomas, s’adonne au cinéma pornographique avec des titres aussi explicites que À bout de sexe (ou Un grand coup dans le pare-chocs), Dans la chaleur de Julie, Hurlements de plaisir, L’Odyssée de l’extase et Pornotissimo. La même année que Ta gueule, je t’aime !, aventure érotique avec Brigitte Lahaie, Serge Korber revient au cinéma dit classique (quoique) avec Cherchez l’erreur… Nous sommes ici à mi-chemin entre Le Fou du labo 4 (1967) de Jacques Besnard et Le Distrait (1970) de Pierre Richard. Des influences disparates, des ingrédients repris, mixés, réarrangés par Roland Magdane, en charge du scénario et qui obtient ainsi son premier rôle au cinéma. Irracontable, le film enchaîne les saynètes sur un faux rythme étonnant, parfois lassant, enfile les gags mous comme des perles sur un collier, mais en totale décontraction. L’expérience est là, réelle, mais le résultat ne plaira pas à tout le monde…

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Test Blu-ray / La Vie rêvée des anges, réalisé par Érick Zonca

LA VIE RÊVÉE DES ANGES réalisé par Érick Zonca, disponible en DVD & Blu-ray le 14 mai 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Élodie Bouchez, Natacha Régnier, Grégoire Colin, Jo Prestia, Patrick Mercado, Francine Massenhave…

Scénario : Érick Zonca, Robert Bohbot & Pierre Chosson

Photographie : Agnès Godard

Musique : Yann Tiersen

Durée : 1h28

Date de diffusion initiale : 1985

LE FILM

Isabelle, jeune vadrouilleuse se trouvant par hasard dans la ville de Lille, rencontre Marie, une jeune Nordiste. Elles vont d’aventure en aventure, l’une à la recherche de la vie, l’autre dans une quête difficile du bonheur.

En cette rentrée septembre 1998, l’auteur de ces mots, âgé de 17 ans, débarque devant le cinéma L’Artistic, situé Boulevard Alexandre Martin à Orléans. Nous sommes le 16 septembre et j’ai rendez-vous avec mon pote Greg pour aller voir Godzilla de Roland Emmerich. J’arrive le premier et, si le blockbuster avec Jean Reno monopolise la salle 1 THX, l’affiche du film placé dans la salle 2 annonce fièrement « La Vie rêvée des anges, réalisé par le metteur en scène orléanais Érick Zonca ». Je suis attiré par le contraste entre les deux actrices, que je ne connais absolument pas, la brune au sourire éclatant, et la blonde, qui sourit aussi, mais plus discrètement et au regard triste…Puis mon ami déboule, nous prenons notre place (50 francs, plein tarif, pour la meilleure salle de la ville), le logo THX défonce les enceintes, Godzilla commence et j’oublie le petit film qui joue de l’autre côté du mur insonorisé. Quand je découvre La Vie rêvée des anges quelques années plus tard, c’est un choc et je n’ai jamais oublié ce premier contact déjà magnétique avec le premier long-métrage d’Érick Zonca (né en 1956). Je le revois plusieurs fois, puis les années passent, deux décennies, au bas mot. C’est pour sa sortie en Blu-ray que je décide de revoir La Vie rêvée des anges, avec pas mal d’appréhensions. Le cinéma social a beaucoup évolué, muté, en France comme ailleurs, pas forcément dans le bon sens, parfois en plongeant – involontairement ou non – dans le pathos, en cherchant à émouvoir à tout prix, en oubliant souvent tout réalisme. En fait, La Vie rêvée des anges n’a pas pris une seule ride et demeure même brûlant d’actualité, intemporel, universel, inaltérable. En collant au plus près de ses deux magnifiques comédiennes, en 16mm, Érick Zonca touche parfois au (faux) documentaire et certaines scènes, qui semblent avoir été tournées clandestinement, en caméra cachée, enregistrent la réaction des passants, choqués, outrés par le comportement de ces deux nanas qui « osent » entamer un dialogue avec ceux qui se trouvent à leur portée. C’est cette liberté qui manque cruellement de nos jours dans le cinéma hexagonal et c’est ce qui fait encore la richesse de La Vie rêvée des anges, chef d’oeuvre touché par la grâce, récompensé par le double prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes et par trois Césars du cinéma (meilleur film, meilleure actrice pour Elodie Bouchez et meilleur espoir féminin pour Natacha Régnier) lors de la 24e cérémonie des César en 1999, tandis qu’1,5 million de spectateurs se déplaceront dans les salles.

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Test Blu-ray / Moi vouloir toi, réalisé par Patrick Dewolf

MOI VOULOIR TOI réalisé par Patrick Dewolf, disponible en DVD & Blu-ray le 5 février 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Gérard Lanvin, Jennifer Lanvin, Daniel Russo, Corine Marienneau, Clémentine Célarié, Anna Gaylor, Guy Laporte, Jean-Luc Porraz…

Scénario : Gérard Lanvin, Patrick Dewolf & Patrice Leconte

Photographie : Eduardo Serra

Musique : Éric Demarsan

Durée : 1h28

Date de diffusion initiale : 1985

LE FILM

Patrick Montanet, animateur radio matinal, rencontre Alice Wexler, directrice artistique dans une maison de disques et noctambule née. Ils ne tardent pas à tomber amoureux, et Alice accepte de s’installer chez Patrick. Mais leurs rythmes de vie si différents ne tardent pas à poser de sérieux problèmes…

1984 est un tournant pour Gérard Lanvin. Il se retrouve en haut de l’affiche du plus grand succès de l’année, Marche à l’ombre de Michel Blanc (plus de six millions d’entrées) et côté vie privée, le comédien se marie avec Chantal Benoist, connue comme mannequin, chanteuse et actrice sous le pseudo de Jennifer. Cette dernière avait cartonné en 1976 avec le tube disco Do It For Me, dont la pochette du 45 tours avait su marquer les esprits, dont celui de l’auteur de ces mots quand il devait la découvrir dix ans plus tard à l’âge de cinq ans. C’est bon vous êtes allés voir sur internet de quoi il en retournait, on peut reprendre ? Jennifer sort deux albums, puis son joli minois ne passe pas inaperçu auprès des producteurs de cinéma. Connue en Italie, Jennifer démarre devant la caméra de l’autre côté des Alpes en 1978 dans Geppo il folle d’Adriano Celentano, puis Figlio delle stelle de Carlo Vanzina. Chez nous, c’est Gérard Lauzier qui lui offre un rôle dans Psy. La rencontre avec Gérard Lanvin va bouleverser son existence. Le couple se marie en 1984 et cette histoire perdure plus de quarante ans après. Nous arrivons en 1985 et là encore, Gérard Lanvin connaît le deuxième plus grand hit de sa carrière, Les Spécialistes de Patrice Leconte, qui avec 5,3 millions de spectateurs, se placera sur la troisième marche du podium cette année-là, entre Rambo 2 : La Mission et Retour vers le futur. Neuf mois plus tard, un bébé arrive dans la vie de Gérard Lanvin et de Jennifer. Il s’agit non pas d’un petit bonhomme (pas encore), mais bel et bien d’un film très personnel coécrit par Gérard Lanvin, qui s’agit ni plus ni moins d’une déclaration d’amour pour celle qui partage désormais son quotidien et dont il a d’ailleurs adopté le fils Emmanuel né en 1974. Ce long-métrage c’est Moi vouloir toi que Gérard Lanvin a donc signé en collaboration avec Patrice Leconte et Patrick Dewolf, qui avaient déjà écrit Les Spécialistes. Cette comédie-romantique, qui avait remporté un bel accueil dans les salles à sa sortie avec près d’1,5 million de spectateurs, rend compte de la relation fusionnelle qui unissait déjà Gérard Lanvin et Jennifer. Les deux acteurs débordent de naturel, sont magnifiques à regarder et l’histoire de leurs personnages dans le film possède évidemment un côté méta qui participe à sa belle réussite. Moi vouloir toi est un divertissement totalement ancré dans les années 1980 (ça, on ne peut pas se tromper avec les costumes, les décors, la musique…) et son charme subsiste encore aujourd’hui. Devenu rare avec les années, Moi vouloir toi surprend, car au-delà de son côté kitschouille qui peut faire gentiment sourire de nos jours, l’histoire fonctionne rudement bien.

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Test Blu-ray / Lacenaire, réalisé par Francis Girod

LACENAIRE réalisé par Francis Girod, disponible en DVD et Blu-ray le 12 février 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Daniel Auteuil, Jean Poiret, Jacques Weber, François Périer, Geneviève Casile, Jean Davy, Jacques Duby, Paul Le Person, Maïwenn Le Besco…

Scénario : Francis Girod & Georges Conchon

Photographie : Bruno de Keyzer

Musique : Laurent Petitgirard

Durée : 2h06

Date de diffusion initiale : 1990

LE FILM

Dans sa prison, Lacenaire , condamné à mort, vit ses derniers jours en attendant la guillotine qu’il désire comme une forme de suicide spectaculaire et une immense gifle à l’ordre social. Il reçoit diverses visites – son ami intime et complice Avril, un phrénologue venu étudier le crâne d’un grand criminel, sa tendre maîtresse Ida, l’écrivain et journaliste Arago, le Préfet de police Allard, à qui il décide de conter ses tristes aventures et sa vision personnelle de la vie. Né dans une famille bourgeoise, il a souffert enfant du manque d’amour d’une mère qui préférait son frère. Il découvre peu à peu le chemin du mal comme voie vers le suicide par la guillotine. Parti du simple vol, c’est à l’armée qu’il franchit le pas du meurtre en se vengeant d’un tricheur. Il se fait envoyer en prison pour de petites escroqueries afin d’y recruter des hommes de main dont il serait le cerveau et s’y lie d’amitié avec Avril et le jeune, naïf et maladroit Baton, avec lesquels il monte des coups de plus grande envergure, dont le meurtre d’un receleur qu’ils dépouillent. Trahi par Avril, qui espérait ainsi un allégement de peine et qu’il entraînera dans sa chute, Lacenaire avoue sans difficulté ses crimes au Préfet Allard, fait de son procès une tribune et supplie le jury de le condamner à mort. En prison, il écrit ses mémoires. Il confie à Allard, avec qui il s’est lié d’une amitié fondée sur une estime réciproque, le soin de publier son ouvrage et de s’occuper de sa pupille Hermine, une orpheline qu’il a recueillie et élevée. Après l’exécution, Allard tient ses promesses, même si Arago empiète largement sur sa mission.

Quand il tourne Lacenaire, Daniel Auteuil est tout juste auréolé du César du meilleur acteur pour le diptyque Jean de Florette/Manon des sources de Claude Berri (qui resteront les deux plus grands succès de son illustre carrière), vient d’être encore nommé dans la même catégorie pour Quelques jours avec moi de Claude Sautet, connaît un beau score au box-office avec Romuald et Juliette de Coline Serreau et double Bruce Willis, qui lui-même prête sa voix au bébé (et même à un spermatozoïde avant cela) pour Allô maman, ici bébé. Mais en décembre 1990, c’est un revers pour le comédien, Lacenaire de Francis Girod n’attire guère les foules, ce qui n’est pas étonnant en cette période de fêtes, propice aux triomphes de Pretty Woman et La Petite sirène, sorti depuis déjà un bon mois, tandis que Maman, j’ai raté l’avion et Uranus font le plein, ainsi que Rocky 5, dans une moindre mesure par rapports aux précédents épisodes. Froid comme la glace, ce biopic du plus célèbre dandy criminel du 19e siècle ne franchira pas la barre des 300.000 spectateurs.

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Test Blu-ray / Au revoir…à lundi, réalisé par Maurice Dugowson

AU REVOIR…À LUNDI réalisé par Maurice Dugowson, disponible en DVD et Blu-ray le 12 mars 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Carole Laure, Miou-Miou, David Birney, Claude Brasseur, Frank Moore, Gabriel Arcand, Raymond Cloutier, Renée Girard…

Scénario : Jacques & Maurice Dugowson, d’après le roman de Roger Fournier

Photographie : François Protat

Musique : Lewis Furey & Jean-Daniel Mercier

Durée : 1h43

Date de diffusion initiale : 1979

LE FILM

À Montréal, Lucie la Canadienne et Nicole la Française partagent le même appartement. Chacune a un amant, marié, qui la quitte en fin de semaine sur l’inévitable « Au revoir, à lundi… ». Lucie s’aperçoit qu’elle est enceinte et décide de garder son bébé, dans l’espoir que Julien divorcera enfin pour l’épouser. Mais Julien préfère prendre la poudre d’escampette. Nicole, quant à elle, excédée par cette relation « à mi-temps », va provoquer son amant chez lui, le soir de Noël…

On ne connaît pas grand-chose de la carrière de Maurice Dugowson (1938-1991), qui a essentiellement oeuvré pour la télévision, comme assistant sur de nombreux épisodes de la série Les Cinq dernières minutes dans les années 1960, avant de passer lui-même réalisateur pour la petite lucarne, puis logiquement pour le cinéma en 1975 avec Lily, aime-moi, suivi de près par F…comme Fairbanks (1976), deux longs-métrages avec Patrick Dewaere et Miou-Miou, deux honnêtes succès et dont le second vaut une nomination à la comédienne pour le César de la meilleure actrice. Pour son troisième opus, adapté ici d’un roman de Roger Fournier, Maurice Dugowson souhaite à nouveau réunir l’ancien couple, dont la rupture était déjà consommée sur F…comme Fairbanks, mais sans succès. Au revoir…à lundi sera essentiellement un film de femmes, Miou-Miou donc, qui a alors le vent en poupe et enchaîne les tournages chez Georges Lautner, Claude Miller, Joseph Losey et Luigi Comencini, et Carole Laure, qui sort tout juste de Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier et de La Menace d’Alain Corneau. Le tandem fait des étincelles à l’écran et l’action se déroulant à Montréal apporte un cadre dépaysant à cette histoire de jeunes de pré-trentenaires arrivées à un carrefour de leur existence, qui recherchent enfin une stabilité qui leur échappait jusqu’alors. Si l’on a tout d’abord un peu de mal avec certaines séquences visiblement reprises en postsynchronisation médiocre (comprenez pas là que le résultat manque cruellement de naturel), soit parce que les scènes ont été tournées en anglais et ont nécessité un doublage français, soit parce que ces passages ont eu un souci technique au moment des prises de vue ou ont été jugées à reprendre pour obtenir une meilleure prise a posteriori, Au revoir…à lundi mérite d’être (re)découvert. Car cette tendre comédie-dramatique renvoie à un cinéma français de qualité, en apparence « simple », porté par des acteurs somptueux et marqué par des dialogues magnifiques. Qu’est-ce que ça manque…

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Test Blu-ray / Le Marchand de Venise, réalisé par Michael Radford

LE MARCHAND DE VENISE (The Merchant of Venice) réalisé par Michael Radford, disponible en DVD et Blu-ray le 19 mars 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Al Pacino, Jeremy Irons, Joseph Fiennes, Lynn Collins, Zuleikha Robinson, Kris Marshall, Charlie Cox, Heather Goldenhersh…

Scénario : Michael Radford, d’après la pièce de William Shakespeare

Photographie : Benoît Delhomme

Musique : Jocelyn Pook

Durée : 2h11

Date de diffusion initiale : 2004

LE FILM

Venise 1596. Afin de courtiser la belle Portia, Bassanio demande à son ami Antonio, un talentueux marchand, de lui prêter une forte somme. Contraint d’emprunter l’argent à l’usurier juif Shylock, Antonio promet de lui donner une livre de sa chair s’il ne peut rembourser le prêt à la date convenue.

Ceux qui ont eu la bonne idée de lire l’autobiographie d’Al Pacino intitulé Sonny Boy (Paris, éditions du Seuil, 2024), savent à quel point l’oeuvre de William Sheakespeare a été importante dans la vie du comédien né en 1940 et ce depuis ses débuts. En 1977, il joue Richard III au théâtre, puis Jules César, également sur les planches, avant de passer derrière la caméra pour réaliser et jouer dans Looking for Richard (1996), un documentaire sur la pièce Richard III, mi-adaptation, mi-documentaire sur le tournage de la pièce dans le film. Les années 2000 sont rétrospectivement les pires pour Al Pacino. Quelques titres ? Amours troubles Gigli de Martin Brest, 88 Minutes et La Loi et l’OrdreRighteous Kill de Jon Avnet…on va arrêter là. Certains évoqueront Memento de Christopher Nolan, mais non, cela reste un mauvais remake du film éponyme d’Erik Skjoldbjærg, qui ne vaut que pour la confrontation Pacino/Williams. C’est alors que débarque Le Marchand de VeniseThe Merchant of Venice, tourné entre La Recrue – The Recruit de Roger Donaldson  et Two for the Money de D. J. Caruso, un projet très personnel pour la star, dans lequel il tient le rôle de Shylock. Si la presse sera positive, le film se fera discret dans les salles, au point qu’il ne parviendra même pas en France autrement qu’en DVD en 2006. Cela est d’autant plus dommage que Le Marchand de Venise demeure le plus grand film d’Al Pacino depuis L’Enfer du dimancheAny Given Sunday d’Oliver Stone et il faudra attendre encore 2019 pour que le comédien retrouve encore de sa superbe dans The Irishman de Martin Scorsese, dans lequel il campe Jimmy Hoffa. Mais là nous en sommes en 2004 et Michael Radford, réalisateur acclamé pour 1984 et Le Facteur Il Postino, s’occupe de l’adaptation de la pièce de Shakespeare. Et c’est une immense réussite, plastique tout d’abord, mais aussi une œuvre passionnante à suivre. Si quelques bémols sont à signaler au niveau de la distribution, nous n’avons d’yeux que pour Al Pacino quand il apparaît à l’écran et ses scènes sont en tout point magistrales, virtuoses, inoubliables. Encore méconnu, même plus de vingt ans après, Le Marchand de Venise plaira sûrement aux passionnés et amateurs de Shakespeare, comme aux néophytes.

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Test Blu-ray / Les Filles de Grenoble, réalisé par Joël Le Moigné

LES FILLES DE GRENOBLE réalisé par Joël Le Moigné, disponible en DVD et Blu-ray le 18 juin 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Zoé Chauveau, André Dussollier, Alain Doutey, Régis Anders, Georges Berthomieu, David Jalil, Steve Kalfa, Patrick Lafani…

Scénario : Joël Le Moigné & Paul Lefèvre, d’après le roman de Paul Lefèvre

Photographie : Roland Dantigny & Jean-Claude Rivière

Musique : Alain Jomy

Durée : 1h28

Date de diffusion initiale : 1981

LE FILM

À Grenoble, une prostituée est assassinée dans son lit d’hôpital. Cora, vingt-deux ans et elle aussi prostituée, était l’une de ses amies. Au quotidien, ces femmes subissent des violences, touchent une paye de misère et travaillent sans arrêt, dans la terreur des souteneurs. Cora se décide à parler au juge Le Pérec qui découvre ce monde avec effarement. Il va alors partir en bataille contre ce réseau de proxénètes…

Tiens donc, mais de quelles Filles de Grenoble parle ce second et par ailleurs dernier long-métrage réalisé par Joël Le Moigné ou Joël Le Moign’ (1938-1999) comme il est crédité ainsi au générique ? En regardant l’affiche et en entendant ce titre, on pourrait penser à un film d’exploitation bien de chez nous (on pouvait imaginer un petit navet ou à un nanar du dimanche), qui sent le gros rouge qui tâche et surferait sur une tendance érotique héritée des années 1970. Les Filles de Grenoble est en réalité un excellent thriller judiciaire, adapté du roman du même nom écrit par le journaliste Paul Lefèvre et publié début 1981. Le cinéma n’a pas mis longtemps pour s’emparer de cette histoire vraie et on pourrait dire enquête d’investigation, le film sortant au mois de novembre de la même année. Joël Le Moigné bénéficie du soutien de Paul Lefèvre lui-même pour cette transposition, dont le résultat final est on ne peut plus convaincant et tient encore sacrément le coup près de 45 ans plus tard. Avec sa mise en scène sèche et immersive parfois proche du documentaire, son casting impeccable et l’élégance de sa photographie, Les Filles de Grenoble s’impose comme une franche réussite et mérite assurément d’être (re)découvert.

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Test Blu-ray / Les Héros de Télémark, réalisé par Anthony Mann

LES HÉROS DE TÉLÉMARK (The Heroes of Telemark) réalisé par Anthony Mann, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 21 septembre 2022 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Kirk Douglas, Richard Harris, Ulla Jacobsson, Michael Redgrave, David Weston, Sebastian Breaks, Maurice Denham, Anton Diffring…

Scénario : Ivan Moffat & Ben Barzman, d’après le roman de John Drummond (But for These Men) et le roman de Knut Haukelid (Skis Against the Atom)

Photographie : Robert Krasker

Musique : Malcolm Arnold

Durée : 2h10

Date de diffusion initiale : 1965

LE FILM

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands produisent de l’eau lourde à Télémark en Norvège dans le but de fabriquer la bombe atomique. Les forces britanniques délèguent un petit commando qui a pour mission de s’introduire dans l’usine de Télémark afin de détruire la dangereuse production ennemie.

Les Héros de TélémarkThe Heroes of Telemark est le dernier long-métrage réalisé par Anthony Mann, qui décédera en 1967 lors du tournage de Maldonne pour un espion, qui sera ensuite repris par Laurence Harvey, alors en tête d’affiche. Cette petite référence du film de guerre s’inspire une fois de plus d’une histoire vraie, un exploit qui avait d’ailleurs déjà donné naissance à La Bataille de l’eau lourde, semi-documentairede Jean Dréville et Titus Vibe-Müller, sorti en 1948. Une opération qui avait été menée en plusieurs étapes grâce à une collaboration entre français, norvégiens et anglais, ce que nous dévoile (même si tout a été revisité) Les Héros de Télémark, superproduction hollywoodienne classique, qui accuse aujourd’hui quelques baisses de rythme, mais qui n’en reste pas moins passionnant sur le fond et surtout admirable sur la forme avec l’un des meilleurs cinéastes américains à la barre. Pas rancunier, il y dirige Kirk Douglas, la star (également producteur) qui l’avait viré du plateau de Spartacus six ans auparavant, pour divergences artistiques. Anthony Mann devait alors enchaîner avec deux spectacles gigantesques, Le Cid El Cid et La Chute de l’Empire romain The Fall of the Roman Empire, qui ont pu démontrer à Kirk Douglas que le metteur en scène pouvait tenir un budget conséquent, mais aussi se montrer très l’aise dans les séquences d’action et pas seulement que dans le western, genre dans lequel on l’a trop souvent catalogué. S’il n’est pas non plus un chef d’oeuvre, il lui manque en outre un certain souffle épique pour y prétendre, Les Héros de Télémark demeure un divertissement haut de gamme, « à l’ancienne », bourré de charme et beau à regarder, plein de rebondissements et de sentiments, où le tandem Kirk Douglas – Richard Harris fait des étincelles.

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