Test Blu-ray / Project X, réalisé par William Castle

PROJECT X réalisé par William Castle, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 décembre 2025 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Christopher George, Greta Baldwin, Henry Jones, Monte Markham, Harold Gould, Phillip Pine, Lee Delano, Ivan Bonar…

Scénario : Edmund Morris, d’après les romans de Leslie P. Davies

Photographie : Harold E. Stine

Musique : Van Cleave

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

2118, un agent du gouvernement en mission en Asie prévient les États-Unis que le bloc occidental sera détruit quatorze jours plus tard. On le retrouve finalement inconscient et amnésique. Des scientifiques congèlent son corps et lui donne l’identité d’un voleur de banques de l’année 1968. Toutes les nuits, avec opiniâtreté, ils explorent son cerveau dans l’espoir qu’il finisse par se souvenir du message qu’il avait à transmettre à ses supérieurs.…

Quel film se cache sous ce titre mystérieux, Project X ? Celui-ci est réalisé en 1968 par le prolifique William Schloss, connu sous le pseudonyme de William Castle (1914-1977), connu pour Tuer n’est pas jouerI Saw What You Did (à ne pas confondre avec le premier James Bond de Timothy Dalton), La Nuit de tous les mystères – House of Haunted Hill, La Bataille de Rogue River – The Battle of Rogue River ou bien encore le sympathique western Duel sur le MississippiDuel on the Mississippi. Grand spécialiste de la série B, solide artisan de la Columbia et producteur malin qui a toujours su suivre et répondre aux goûts des spectateurs, William Castle en viendra même à produire Rosemary’s Baby et à mettre en scène des films d’horreur (13 Ghosts, Macabre, La Meurtrière diabolique). Project X est l’avant-dernier long-métrage du cinéaste, un opus de science-fiction indépendant, distribué par la prestigieuse Paramount Pictures, adapté de deux romans, The Artificial Man et Psychogeist de L. P. Davies. C’est le scénariste Edmund Morris, formé à la télévision sur moult séries policières des années 1950, puis de western la décennie suivante, qui se charge de cette double transposition. Pour l’une de ses rares incursions au cinéma, on peut aussi citer le mythique Walk on the Wild SideLa Rue chaude d’Edward Dmytryk, ils’en tire fort honorablement et surfe à la fois sur le côté espionnage, alors en pleine effervescence avec la saga James Bond, et SF, alors que 2001, l’odyssée de l’espace triomphait dans le monde entier. Comme souvent avec ce genre de petit bijou de genre, oublié durant de longues années, on redécouvre à quel point Project X posait quelques miettes, de petites bases de la science-fiction à venir sur le petit comme sur le grand écran, en évoquant la manipulation des rêves comme Le Monde sur le filWelt am Draht, minisérie réalisée par Rainer Werner Fassbinder en 1973, Total Recall de Paul Verhoeven et (bien plus tard) Inception de Christopher Nolan, la réalité virtuelle de Dark City d’Alex Proyas, de Matrix des Wachowski et de Passé VirtuelThe Thirteenth Floor de Josef Rusnak, Nirvana de Gabriele Salvatores et bien d’autres. Autrement dit, Project X en a sérieusement sous le capot, conserve un charme rétro (les costumes du futur qui font penser à des pyjamas pilou pilou, les portes automatiques qui font « ppschiiit ») et contient son lot de scènes particulièrement impressionnantes quand le récit plonge les spectateurs dans les méandres du cerveau de son personnage principal. Un spectacle toujours aussi rafraîchissant.

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Test DVD / Alpha, réalisé par Julia Ducournau

ALPHA réalisé par Julia Ducournau, disponible en DVD et Blu-ray le 6 janvier 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Mélissa Boros, Tahar Rahim, Golshifteh Farahani, Emma Mackey, Finnegan Oldfield, Louai El Amrousy, Jean-Charles Clichet, Ninon Le Henry…

Scénario : Julia Ducournau

Photographie : Ruben Impens

Musique : Jim Williams

Durée : 2h03

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Lors d’une soirée, Alpha, 13 ans, se fait tatouer le bras. Au matin sa mère, infirmière, s’inquiète qu’elle ait pu, à cause de l’aiguille, être contaminée par un virus mortel, qui se propage dans la population. Au collège, Alpha est ostracisée. En rentrant chez elle, elle trouve, installé dans le salon, son oncle Amin, qu’elle n’avait plus vu depuis l’enfance. Il est toxicomane, atteint par le virus, et est venu pour se sevrer. 

Qu’elle semble loin la réussite de Grave…Il y avait pourtant tellement de promesses dans ce premier long-métrage. Certes, Titane a remporté la Palme d’or en 2021, mais cette récompense suprême n’était en rien justifiée. Tant mieux pour Julia Ducournau (née en 1983), tant pis pour nous. Immédiatement après le Festival de Cannes, la réalisatrice écrit un nouveau scénario pendant des mois…mais l’abandonne finalement au profit (ou au détriment) de ce qui sera finalement Alpha, son troisième opus, annoncé comme étant un body horror…Hélàs, cette fois encore, la cinéaste déçoit (euphémisme) et livre une œuvre ronflante, prétentieuse, pesante, interminable et glaciale, saupoudré de dialogues pauvres qui feraient passer ceux de Luc Besson pour du Modiano. Julia Ducournau est une brillante formaliste…mais il faudrait qu’elle se mette au service du scénario d’un autre, plutôt que de livrer des films vides ou plutôt qui croulent sous des métaphores, les allégories, une musique OMNIPRÉSENTE, une hystérie jamais contenue, assourdissante, tandis que le montage alambiqué, aux pâquerettes, finit ici de nous achever dans un va-et-vient constant entre le passé et le présent, pour au final ne rien raconter. Mais si Julia Ducournau est satisfaite…En l’état, Alpha a bien eu du mal à dépasser la barre des 100.000 entrées, la réception a été catastrophique sur la Croisette où il était en compétition officielle, tandis que l’accueil critique et public a sans doute été le plus virulent de 2025, au même titre que Toutes pour une de Houda Benyamina.

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Test Blu-ray / Dragon est de retour, réalisé par Eduard Grečner

DRAGON EST DE RETOUR (Drak sa vracia) réalisé par Eduard Grečner, disponible en Combo Blu-ray + DVD depuis le 2 décembre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Radovan Lukavský, Gustáv Valach, Emília Vásáryová, Viliam Polónyi, Jela Buckovan, Jozef Cierny, Pavol Chrobák, Mikulás Ladizinský…

Scénario : Eduard Grečner, d’après le roman de Dobroslav Chrobak

Photographie : Vincent Rosinec

Musique : Ilja Zeljenka

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Martin Lepiš, surnommé Dragon, est un potier solitaire. Les villageois le considèrent comme étrange et l’accusent à tort d’être à l’origine des catastrophes naturelles qui troublent leur quotidien. Après des années d’absence, il retourne au village mais ne parvient pas à gagner la confiance des habitants. Même lorsque Martin risque sa vie pour sauver un troupeau de moutons, pris dans les flammes d’un feu de forêt, il n’obtient pas la reconnaissance attendue…

Dragon est de retourDrak sa vracia (1968), réalisé par Eduard Grečner (né en 1931), est un récit de suspicion, de solitude et de rédemption. Chassé de son village à cause de ses superstitions, Martin aka « Dragon », doit regagner la confiance des habitants et se heurte à une résistance farouche. Le film d’Eduard Grečner se déroule comme un poème médiéval : la quête d’un homme en quête d’acceptation, d’amour et d’une place dans le monde. Oeuvre expérimentale, difficile d’accès et donc réservée aux cinéphiles les plus pointus, Dragon est de retour vaut surtout pour la beauté de la photographie de Vincent Rosinec, qui contribue à envelopper le film d’un voile de mystère. Même chose en ce qui concerne la musique d’Ilja Zeljenka (La Vierge miraculeuse, Le Soleil dans un filet, Trois filles, tous réalisés par Stephan Uher), hypnotique, participant à l’immersion désirée par le réalisateur. Celui-ci adapte le roman éponyme de Dobroslav Chrobak, que Béla Balázs avait déjà projeté de transposer à la fin des années 1940, sans y parvenir. Eduard Grečner s’y colle à son tour, cette fois avec succès, un travail pourtant fastidieux, pour ne pas dire courageux, beaucoup prétendant que le livre ne pouvait pas donner naissance à un long, voir même à un court-métrage. La première tentation d’adapter le roman se présenta alors que Grečner était encore étudiant en cinéma à Prague. La version du scénario qu’il écrivit était destinée au réalisateur Stanislav Barabáš, Grečner n’envisageant alors pas encore de devenir metteur en scène. Mais son scénario, pourtant de grande qualité, ne passa pas le test idéologique. En raison de l’évolution du contexte socio-politique, cette première mouture fut tout simplement refusée et même interdite dans les années 1950. Sept ans plus tard, en 1965, Eduard Grečner soumit de nouveau son scénario, qui reçut cette fois un accueil favorable. Si le film n’obtient pourtant pas de succès à sa sortie, Dragon est de retour a depuis été bien réhabilité, au point d’obtenir un statut culte auprès des passionnés du septième art, rejoignant ainsi celui jamais démenti du livre de Dobroslav Chrobak, monument de la littérature slovaque. Une curiosité, hermétique sans douter, mais une expérience tout de même, enfin disponible en France, en DVD et Blu-ray chez Artus Films.

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Test DVD / The Return, le retour d’Ulysse, réalisé par Uberto Pasolini

THE RETURN, LE RETOUR D’ULYSSE (The Return) réalisé par Uberto Pasolini, disponible en DVD le 3 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Ralph Fiennes, Juliette Binoche, Charlie Plummer, Marwan Kenzari, Claudio Santamaria, Roberto Serpi, Chris Corrigan…

Scénario : John Collee & Edward Bond, d’après le poème L’Odyssée de Homère

Photographie : Marius Panduru

Musique : Rachel Portman

Durée : 1h56

Année de sortie : 2025

LE FILM

De retour de la guerre de Troie après vingt ans d’absence, Ulysse échoue sur les côtes d’Ithaque, son ancien royaume. Sa femme Pénélope, restée fidèle, y vit prisonnière dans sa propre demeure, repoussant tous les prétendants à la couronne. Télémaque, leur fils, qui n’a jamais connu son père, devient, lui, un obstacle pour ceux qui veulent s’emparer du pouvoir.

A travers les cieux
L’espace et le temps
Un vaisseau s’en vient
Ulysse
Contrôlés des Dieux
Les pièges géants
C’est l’Odysseus
Ulysse

Ulysse revient
Et c’est un bien long chemin
Ulysse revient
Il lutte pour son destin
(air connu)

L’Odyssée d’Homère a inspiré la littérature, la poésie, le théâtre, la danse, la musique, la peinture, le dessin animé, la bande dessinée et bien sûr le cinéma et la télévision. En 1954, sort le péplum sobrement intitulé Ulysse, réalisé par Mario Camerini, avec Kirk Douglas dans le rôle titre. Triomphe en Italie, le film reste encore aujourd’hui le quinzième plus grand succès au box office transalpin avec plus de 13 millions d’entrées, entre Le Petit monde de Don Camillo de Julien Duvivier et Le Guépard de Luchino Visconti. Depuis, le mythe a été abordé librement, entre autres par les frères Coen dans O’Brother (2000). Si 2026 sera marqué par L’Odyssée de Christopher – Zzz Zzzz – Nolan, un cinéaste italien vient lui aussi de s’emparer d’Homère. Il s’agit d’Uberto Pasolini, neveu, non pas de Pier Paolo Pasolini comme on pouvait peut-être le penser, mais de Luchino Visconti, producteur du légendaire The Full Monty, remarqué aussi lui-même derrière la caméra avec Une belle fin Still Life en 2013, qui relate ici le retour d’Ulysse à Ithaque, ainsi que son affrontement contre les prétendants de Pénélope. Contrairement à ce que la bande-annonce essayait de nous faire croire, point ou peu d’action dans The Return, le retour d’Ulysse, qui s’avère plutôt une proposition dite réaliste, contemplative, psychologique, doublée du portrait d’un homme blessé, meurtri, traumatisé, exténué, loin du héros mythologique. Uberto Pasolini dall’Onda, de son véritable nom, signe une œuvre crépusculaire, pourtant tournée sous un soleil de plomb, entre la Grèce et l’Italie, et propose sa version « resserrée » en condensant les chants I à XXIV en deux heures de temps, soit les prétendants qui attendent que Pénélope choisisse l’un deux, leur complot contre Télémaque, pendant qu’Ulysse, recueilli après son naufrage, raconte ses aventures, rentré à Ithaque, se fait reconnaître de ses proches, avant de massacrer ses rivaux et de ramener la paix dans l’île. Et cela fonctionne, séduit les yeux, le coeur et l’âme. Une très belle réussite.

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Test DVD / The Girl in the Pool, réalisé par Dakota Gorman

THE GIRL IN THE POOL réalisé par Dakota Gorman, disponible en DVD le 2 décembre 2025 chez AB Vidéo.

Acteurs : Freddie Prinze Jr., Kevin Pollak, Monica Potter, Angie Ayala, Brielle Barbusca, Dionysio Basco, Rickey Eugene Brown, Micah Giovanni…

Scénario : Jackson Reid Williams

Photographie : Alonso Homs

Musique : Adam Bosarge

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

Le jour de son anniversaire, la vie de Tom s’effondre lorsque sa maîtresse est retrouvée morte dans sa piscine. Terrifié par les conséquences et afin de préserver sa famille, il dissimule la vérité…

Celles et ceux qui n’ont pas connu les années 1990 (dommage pour vous), ne savent probablement pas qui est Freddie Prinze Jr. Né en 1976, le comédien américain devient à 21 ans l’idole des jeunes (filles, il faut bien le dire, nous on s’en foutait) grâce à son rôle dans Souviens-toi… l’été dernier I Know What You Did Last Summer de Jim Gillespie, immense succès suivi évidemment d’une suite tournée dans la foulée, Souviens-toi… l’été dernier 2I Still Know What You Did Last Summer, réalisé cette fois par Danny Cannon. Les comédies-romantiques s’enchaînent pour lui, Elle est trop bienShe’s All That de Robert Iscove, In LoveDown to You de Kris Isacsson, Boys and Girls de Robert Iscove, Folles de luiHead over Heels de Mark Waters, qui mettent toutes sa belle gueule en valeur. Tout en volant le coeur de Sarah Michelle Gellar, qu’il avait rencontré sur le premier volet de Souviens-toi…, avec laquelle il est d’ailleurs encore aujourd’hui et qui lui a donné deux enfants, Freddie Prinze Jr. est au top du box-office avec les deux opus live de Scooby-Doo, emballés par Raja Gosnell. Et depuis vingt ans ? Bah rien…des séries télévisées par-ci par-là, principalement des voix enregistrées pour les jeux vidéos. Ah si, il a aussi sorti un livre de recettes de cuisine. Il revient avec The Girl on the Pool dans lequel il cultive le navet justement. Ou le nanar plutôt. Et celui-ci en est un beau. On lorgne vers le thriller des nineties, mais du style qui fleurissait le dimanche après-midi sur TF1 ou sur la même chaîne le samedi soir dans Hollywood Night, les scènes de cul (ce qui nous faisait veiller tard adolescent) en moins. Si le hasard ou la perversité vous a conduit à The Girl in the Pool, vous devrez faire preuve d’indulgence, de patience, de courage aussi sans doute pour aller jusqu’au bout de cette calamiteuse entreprise. Cela est d’autant plus dommage que Freddie Prinze Jr. a pris en charisme et souhaite prouver qu’il en a sous le capot. Mais ce n’est certainement pas avec « ça », ce truc « filmé » par une certaine Dakota Gorman, qu’il en fera la démonstration.

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Test Blu-ray / La Nuit des clowns, réalisé par Eli Craig

LA NUIT DES CLOWNS (Clown in a Cornfield) réalisé par Eli Craig, disponible en DVD & Blu-ray le 18 décembre 2025 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Katie Douglas, Aaron Abrams, Carson MacCormac, Vincent Muller, Kevin Durand, Will Sasso, Cassandra Potenza, Verity Marks…

Scénario : Carter Blanchard & Eli Craig, d’après le roman de Adam Cesare

Photographie : Brian Pearson

Musique : Brandon Roberts & Marcus Trumpp

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Kettle Spring est une petite bourgade du fin fond des États-Unis perdue au milieu des champs de maïs. Et que ça lui plaise ou non, Quinn emménage avec son père, nouveau médecin de ce trou paumé sans réseau. Très vite, Quinn fait la connaissance de la bande de jeunes casse-cou locale et remarque que plusieurs choses pas nettes se passent en ville. Et alors que les habitants se préparent à la fête annuelle, des mystérieux clowns font irruption pour rajouter un peu de barbaque à la soirée…

En 2011 sort une toute petite comédie d’horreur intitulée Tucker et Dale fightent le malTucker and Dale vs Evil. La critique s’emballe, les spectateurs répondent présent, un statut culte s’installe même d’emblée et le film connaîtra un remake en Corée. Qu’est devenu depuis le réalisateur Eli Craig ? Comme metteur en scène, on l’a revu à la barre d’un épisode de la série Brothers & Sisters, du pilote de la série avortée Zombieland (inspirée du film de Ruben Fleischer) et de Little Evil (avec Evangeline Lilly et Adam Scott), emballée pour le compte de Netflix, avec lequel il retrouvait la veine de son premier long-métrage. Mais tout cela remonte à presque dix ans au minimum. Eli Craig revient enfin aux affaires avec La Nuit des clownsClown In A Cornfield, ou l’adaptation du roman Un clown dans un champ de maïs d’Adam Cesare. Produit pour un petit million de dollars, tourné en seulement cinq semaines, le film en a rapporté dix fois plus, dont sept millions rien que sur le sol américain où il est sorti bien avant l’été. Soyons honnêtes, il n’y a absolument aucune surprise dans La Nuit des clowns avec son récit ultra-balisé et ses rebondissements aussi attendus que clichés, mais ce ride permet à Eli Craig de se remettre en scène et de prouver son efficacité derrière la caméra. Toutefois, il faut s’armer de patience, car la première partie avant le massacre est trèèèès longue à se mettre en route, l’installation des personnages est aussi interminable que maladroite. Mais lorsque le massacre démarre, cela ne s’arrête quasiment plus jusqu’à la fin et l’humour tant attendu permet de passer un agréable moment.

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Test DVD / Fêlés, réalisé par Christophe Duthuron

FÊLÉS réalisé par Christophe Duthuron, disponible en DVD le 3 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Pierre Richard, Charlotte De Turckheim, Bernard Le Coq, François Berléand, Émilie Caen, Patrick de Valette, Arthur Jugnot, Méliane Marcaggi…

Scénario : Christophe Duthuron, Alfred Lot & Christophe Carrière

Photographie : Pierric Gantelmi d’Ille

Durée : 1h27

Année de sortie : 2025

LE FILM

L’Arc-en-ciel est un authentique lieu associatif à Marmande (Lot-et-Garonne) qui accueille des personnes ordinaires mais violentées par la vie. Ses adhérents se soutiennent mutuellement dans leur lutte contre les difficultés quotidiennes. Quand on menace de les expulser, un élan de solidarité s’organise autour de Pierre, le fondateur, pour sauver cette maison d’accueil unique.

Entre Pierre Richard et Christophe Duthuron, c’est une grande histoire d’amitié. En 1991, alors étudiant en lettres et âgé de 17 ans, le second, grand admirateur du premier, monte à Paris et parvient à trouver où le comédien résidait alors, autrement dit la fameuse péniche amarrée quai de la Concorde. Le jeune homme parvient à attirer son attention, au point où Pierre Richard l’invite à prendre un café chez lui. Les deux hommes ne se quitteront plus. Christophe Duthuron obtient un petit rôle dans Droit dans le mur (1997), signe la mise en scène et parfois même le texte de ses spectacles (Détournement de mémoire, Pierre et fils), participe au scénario du Bonheur de Pierre (de Robert Ménard), avant de le diriger enfin dans Les Vieux fourneaux (2018), gros succès au box-office adapté de la bande dessinée de Lupano et Cauuet, qui connaîtra une suite en 2022, dont l’accueil ne sera pas du tout du même acabit. Après l’édition de Souvenirs d’un distrait (avec Pierre Richard), disponible chez Le Cherche midi, les deux refont équipe avec Fêlés, ou l’histoire de la véritable association Arc-en-ciel située à Marmande, fondée par le psychiatre et psychanalyste François Tosquelles dans les années 1970, qui accueille des personnes atteintes de troubles psychiques. Un lieu qui aura inspiré Christophe Duthuron et ses co-scénaristes Alfred Lot (metteur en scène de l’excellent La Chambre des morts, adapté de Franck Thilliez) et le journaliste Christophe Carrière. Il en résulte une comédie sociale, proche de l’univers des films anglais à la The Full Monty et Les Virtuoses, sympathique et reposant essentiellement sur son casting. Car on ne peut pas dire que l’histoire passionne plus que cela et l’on a même souvent l’impression que le récit a été improvisé pendant le tournage, avec son intrigue qui part dans tous les sens, pour finalement ne plus savoir où aller en fin de parcours. Il n’en restera sûrement rien après quelques heures, si ce n’est l’énergie toujours contagieuse de Pierre Richard, qui à plus de 90 ans passés continue encore et toujours de nous enchanter.

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Test Blu-ray / L’Accident de piano, réalisé par Quentin Dupieux

L’ACCIDENT DE PIANO réalisé par Quentin Dupieux, disponible en DVD et Blu-ray le 4 novembre 2025 chez Diaphana.

Acteurs : Adèle Exarchopoulos, Jérôme Commandeur, Sandrine Kiberlain, Karim Leklou, Clara Choï, Gabin Visona, Georgia Scalliet, Sava Lolov…

Scénario : Quentin Dupieux

Photographie : Quentin Dupieux

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Magalie est une star du web sans empathie et sans morale, qui gagne des fortunes en postant des contenus durs et violents sur les réseaux. Un grave accident survenu sur le tournage de l’une de ses vidéos la pousse à s’isoler à la montagne avec son assistant personnel afin de faire un break. Mais l’obstination d’un fan local et le chantage mené par une journaliste vont faire basculer sa vie…

C’est un rendez-vous quasi-annuel, puisqu’en près de vingt piges, Quentin Dupieux aura livré pas moins de quatorze long-métrages, dont la moitié tournée et sortie ces cinq dernières années. On attend patiemment la nouvelle cuvée en se demandant quel goût aura le nectar. L’Accident de piano est apparu dans les salles un peu plus d’un an après Le Deuxième acte, qui en frôlant la barre du demi-million d’entrées était devenu le plus grand succès du réalisateur au box-office. Pour son dernier opus en date, Mr Oizo collabore pour la troisième fois avec Adèle Exarchopoulos, qui se voit confier ici le rôle principal, après le génial Mandibules (dans lequel elle volait toutes les scènes) et Fumer fait tousser, l’un des gros échecs du metteur en scène. Du point de vue dégustation, L’Accident de piano pique en bouche et s’apparente à du gros rouge qui tâche. Rien de péjoratif là-dedans, puisque la critique amère de l’âme humaine est percutante, défonce le palais et s’avère même gouleyante dès la première gorgée. Et en ce qui concerne la couleur évoquée, il s’agit bien sûr de celle du sang qui coule dans la dernière partie de ce conte de la folie ordinaire comme l’écrivait Charles Bukowski. Comédie noire, surréaliste, d’horreur aussi donc, où trône la comédienne, totalement métamorphosée à cette occasion, L’Accident de piano est à nouveau une savoureuse attraction pensée et conduite par le plus forain des cinéastes français en activité.

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Test Blu-ray / La Taverne de l’irlandais, réalisé par John Ford

LA TAVERNE DE L’IRLANDAIS (Donovan’s Reef) réalisé par John Ford, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 14 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : John Wayne, Lee Marvin, Elizabeth Allen, Jack Warden, Cesar Romero, Dick Foran, Dorothy Lamour, Marcel Dalio…

Scénario : Frank Nugent & James Edward Grant

Photographie : William H. Clothier

Musique : Cyril J. Mockridge

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

Guns et Boats, deux anciens combattants du Pacifique se sont installés en Polynésie. La fille d’un troisième camarade, élévée dans la société puritaine de Boston, vient à la recherche de son père. Alors qu’ils se retrouvent, comme chaque année, dans l’île de Haleakaloa, où habite Guns, pour une rituelle bagarre, cet ancien marin irlandais va donner à la jeune héritière prude et pleine de préjugés une leçon de charité et de joie de vivre.

Le dernier baroud d’honneur ! La Taverne de l’irlandaisDonovan’s Reef est en effet l’ultime collaboration avec John Ford et John Wayne. On serait tenté de dire que le comédien doit tout au cinéaste, mais ce serait franchement réducteur, d’autant plus que Raoul Walsh avant lui avait confié son premier grand rôle au Duke dans La Piste des géants The Big Trail (1930). Cette association fut néanmoins décisive, marquée par un respect réciproque, des engueulades, des beuveries à n’en plus finir, mais aussi et surtout par un amour incommensurable qui devait lier à jamais les deux hommes. Environ 20 films, cela compte dans une carrière. Si John Wayne avait fait quelques panouilles chez John Ford de 1928 (Maman de mon coeur Mother Machree) à Born Reckless (1930), La Chevauchée fantastique Stagecoach va changer la donne en 1939. Suivront Les Hommes de la mer The Long Voyage Home (1940), Les Sacrifiés They Were Expendable (1945), Le Massacre de Fort Apache Ford Apache et Le Fils du désert3 Godfathers en 1948, La Charge héroïqueShe Wore a Yellow Ribbon (1949), Rio Grande (1950), L’Homme tranquille The Quiet Man (1952), La Prisonnière du désertThe Searchers (1956), L’Aigle vole au soleilThe Wings of Eagles (1957), Les CavaliersThe Horse Soldiers (1959), L’Homme qui tua Liberty ValanceThe Man Who Shot Liberty Valance et La Conquête de l’OuestHow the West Was Won en 1962, puis enfin La Taverne de l’irlandais en 1963. Et comme il s’agit plus ou moins d’une œuvre « testamentaire » sur leur relation et association, autant que cela finisse en beauté. Certes, Donovan’s Reef n’a pas et n’aura jamais l’aura, le prestige des monuments susmentionnés, mais le film agit comme un dernier verre avant que les deux John ne voient leur chemin se séparer. Si Wayne continuera encore d’incarner le cowboy pendant plus de dix ans, à quelques exceptions près (Le Plus Grand Cirque du monde de Henry Hathaway, Première victoire d’Otto Preminger, Les Feux de l’enfer d’Andrew V. McLaglen, Brannigan de Douglas Hickox), La Taverne de l’irlandais est l’antépénultième opus du réalisateur. Après celui-ci, John Ford ne reviendra derrière la caméra que pour Les CheyennesCheyenne Autumn (1964) et Frontière chinoiseSeven Women (1965). Grand succès au box-office, contrairement à ce qui a longtemps été dit, histoire d’enfoncer le clou sur le fait qu’il ne s’agissait que d’un « simple divertissement », La Taverne de l’irlandais, au-delà de son évidente légèreté, contient tout de même d’immenses séquences et mérite d’être largement redécouvert. D’autant plus que plastiquement, on en prend plein les mirettes. Alors pourquoi faire la fine bouche ?

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Test DVD / Miroirs No. 3, réalisé par Christian Petzold

MIROIRS NO. 3 réalisé par Christian Petzold, disponible en DVD le 2 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt, Philip Froissant, Enno Trebs, Victoire Laly, Christian Koerner, Marcel Heuperman…

Scénario : Christian Petzold

Photographie : Hans Fromm

Durée : 1h23

Année de sortie : 2025

LE FILM

Lors d’un week-end à la campagne, Laura, étudiante à Berlin, survit miraculeusement à un accident de voiture. Physiquement épargnée mais profondément secouée, elle est recueillie chez Betty, qui a été témoin de l’accident et s’occupe d’elle avec affection. Peu à peu, le mari et le fils de Betty surmontent leur réticence, et une quiétude quasi familiale s’installe. Mais bientôt, ils ne peuvent plus ignorer leur passé, et Laura doit affronter sa propre vie.

Et de quatre ! Le réalisateur Christian Petzold et la comédienne Paula Beer s’associent pour la quatrième fois après Transit (2018), Ondine Undine (2020), Ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale, Le Ciel rouge Roter Himmel (2023) et Miroirs n°3 (2025). Petit à petit, le cinéaste a quelque peu délaissé sa première muse Nina Hoss, pour un temps sûrement (on l’espère), après six œuvres en commun tournées sur près de quinze ans, pour collaborer avec sa deuxième égérie née en 1995. Il en résulte une trilogie fondée sur les mythes dont Miroirs No. 3 serait le dernier volet. Rétrospectivement, ce dix-neuvième opus est comme qui dirait un film-somme du chef de file de la « nouvelle nouvelle-vague allemande ». On y retrouve ainsi des éléments de Yella, de Jerichow, de Barbara et bien d’autres (le deuil, une relation sur le déclin, l’espoir d’une nouvelle vie, les échos du passé, un drame teinté de fantastique, des personnages solitaires, taciturnes et méfiants, les sentiments qui s’expriment essentiellement qu’à travers le regard, les intentions, les non-dits) et évidemment un nouveau portrait de femme, ici un double portrait. Avec Miroirs No. 3, drame intimiste, Christian Petzold retrouve l’univers dépouillé, clinique et fantomatique de ses premiers films, et offre une fois de plus un rôle hyper-sensible à Paula Beer, qu’on ne quitte jamais, dont le regard hypnotique foudroie du début à la fin et transporte le spectateur. Cependant, ce dernier un tant soit peu habitué à l’univers du metteur en scène, devinera bien à l’avance où celui-ci désire l’emmener et, une fois n’est pas coutume, il n’est pas rare de trouver le temps long, pour ne pas dire de s’ennuyer quelque peu…

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