Test Blu-ray / Un papillon aux ailes ensanglantées, réalisé par Duccio Tessari

UN PAPILLON AUX AILES ENSANGLANTÉES (Una farfalla con le ali insanguinate) réalisé par Duccio Tessari, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Helmut Berger, Giancarlo Sbragia, Evelyn Stewart, Silvano Tranquilli, Wendy D’Olive, Günther Stoll, Wolfgang Preiss, Lorella De Luca…

Scénario : Duccio Tessari, d’après une histoire originale de Gianfranco Clerici

Photographie : Carlo Carlini

Musique : Gianni Ferrio

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Une jeune étudiante française est assassinée dans un parc. Tous les éléments pointent vers un suspect, le notable Marchi et l’issue du procès semble inéluctable. Mais la rigueur du travail de la police se voit battue en brèche par l’avocat de la défense, le témoignage du petit ami de la victime… et bientôt un second meurtre.

A l’instar de Luciano Ercoli dans notre précédente chronique, nous ne retracerons pas le parcours et la carrière de son confrère Duccio Tessari (1926-1994) et nous vous invitons à relire nos articles sur Zorro et Le Retour du Ringo. L’ancien assistant de Mario Bonnard et Sergio Leone sur Les Derniers jours de Pompéi – Gli ultimi giorni di Pompei (1959), de Vittorio Cottafavi (1960) sur Messaline, de Vittorio Sala sur La Reine des Amazones – La Regina delle Amazzoni (1960), et scénariste sur Pour une poignée de dollars Per un pugno di dollari (1964) en est déjà à son quinzième long-métrage quand il entreprend Un papillon aux ailes ensanglantéesUna farfalla con le ali insanguinate. Connu en France sous le titre Cran d’arrêt, réalisé après le formidable Mort ou vif… De préférence mortVivi o preferibilmente morti avec Giuliano Gemma, Nino Benvenuti et Sydne Rome, qui posait les bases des futurs grands classiques immortalisés par Terence Hill et Bud Spencer, ce thriller surfe allègrement sur les gialli qui fleurissaient dans les salles de cinéma, non seulement italiennes, mais du monde entier. Dans le sillage du « giallo animalier » tracé par Le Chat à neuf queuesIl Gatto a nove code et L’Oiseau au plumage de cristalL’Uccello dalle piume di cristallo de Dario Argento, L’Iguane à la langue de feuL’Iguana dalla lingua di fuoco de Riccardo Freda et autres opus du genre aux titres emblématiques et facilement reconnaissables, Un papillon aux ailes ensanglantées débarque sur les écrans transalpins en septembre 1971. Soyons honnêtes, le film de Duccio Tessari vaut aujourd’hui bien plus pour sa forme que pour son récit il faut bien le dire peu enthousiasmant et passionnant, qui s’étire trop en longueur et qui commence réellement à devenir intéressant dans sa dernière partie, plus focalisée sur le personnage incarné par le légendaire Helmut Berger.

Un journaliste de télévision Alessandro Marchi accusé d’avoir tué à coups de couteau une jeune fille, Françoise Pigaut, dans un parc de Bergame, est condamné à perpétuité. Son avocat, Giulio Cordaro, qui est aussi son ami, se réjouit d’avoir perdu le procès, car il est l’amant de Maria, la femme d’Alessandro. Après le procès, Sarah, la fille d’Alessandro, rencontre par hasard Giorgio, un jeune contestataire qui, lors du procès a tenté d’innocenter Alessandro. Une relation sentimentale naît entre Sarah et Giorgio, dont le comportement paraît étrange. Deux nouveaux crimes semblables à l’assassinat de Françoise Pigaut et le témoignage de la maîtresse de Marchi, Marta Clerici, qui avait étrangement disparu durant son premier procès, conduisent la Cour d’appel à réviser le jugement et à innocenter le journaliste, le considérant victime d’une erreur judiciaire.

Moui…Ce n’est pas que c’est déplaisant tout ça, mais on s’ennuie pas mal en fait…Sur le coup on va dire que c’est très bien fait, excellemment mis en scène même avec un Duccio Tessari comme d’habitude assez virtuose dans son utilisation du cadre large (on se souvient de son boulot avec Alain Delon sur Zorro et Big Guns), que la photographie de Carlo Carlini (Une langouste au petit déjeuner, La Grande pagaille) a vraiment de la gueule et que les acteurs font le job. Mais l’ensemble demeure malheureusement plat, la faute à un montage qui ne fait rien pour tenter de dynamiser un peu le tout, même en éclatant la temporalité des événements. On passe d’un personnage à l’autre, en changeant de point de vue sur le meurtre d’une étudiante française commis dans un parc public (un corps qui roule comme à la fin de Mouchette de Robert Bresson), comme dans une adaptation cinématographique du jeu de société Les Mystères de Pékin, puis les scènes de procès se succèdent avec un intérêt somme toute relatif.

Reposant sur un scénario de Duccio Tessari et le talentueux Gianfranco Clerici (L’Éventreur de New York et La Longue nuit de l’exorcisme de Lucio Fulci, Le Témoin à abattre d’Enzo G. Castellari, L’Antéchrist d’Alberto De Martino), qui serait inspiré par un roman d’Edgar Wallace (Le Cirque de la peur), Una farfalla con le ali insanguinate aura sans doute du mal à captiver les amateurs de sensations fortes, de crimes crapuleux et d’hémoglobine, éléments quasiment absents du film. Mais celui-ci reste toutefois au-dessus de la moyenne et se démarque du tout-venant, avec une certaine et évidente rigueur (à la limite du documentaire en ce qui concerne les faits et geste de la police scientifique, qui a d’ailleurs apporté son concours au film), une élégance formelle, une bonne partition de Gianni Ferrio (California, La Mort caresse à minuit) et une distribution solidement dirigée (Carole André, Giancarlo Sbragia, Eveyn Stewart, Wendy D’Olive, Günther Stoll) sur laquelle trône Helmut Berger, s’offrant alors une « récréation » entre Les Damnés et Ludwig ou le Crépuscule des dieux de Luchino Visconti, même si le comédien apparaît en pointillés, avant de tenir le dernier acte d’Un papillon aux ailes ensanglantées, sans aucun doute la meilleure partie du film. Il faut donc s’armer de patience, car la résolution en vaut finalement la chandelle et laisse au final une impression positive.

LE BLU-RAY

Un papillon aux ailes ensanglantées débarque en Blu-ray chez Le Chat qui fume. Une édition de très grande classe, qui interpelle d’emblée par la beauté de son fourreau cartonné, sans aucun doute l’un des plus beaux visuels concoctés par Frédéric Domont. Le disque repose dans un Digipack à trois volets, par ailleurs du même acabit que le fourreau, d’une classe folle. Le menu principal est animé et musical. Édition limitée à 1000 exemplaires.

Nous commencerons par le supplément le plus anecdotique, l’interview de la comédienne Lorella De Luca (8’), décédée en 2014 à l’âge de 73 ans. Vue dans le merveilleux Il bidone de Federico Fellini, le classique Pauvres mais beaux Poveri ma belli de Dino Risi, elle épouse Duccio Tessari et apparaîtra dans ses films comme dans Un pistolet pour Ringo, Le Retour de Ringo, Les Sorciers de l’île aux singesSafari Express et bien sûr dans Un papillon aux ailes ensanglantées dans lequel elle interprète Marta Clerici. Marta Clerici parle ici de sa rencontre avec Duccio Tessari, de la carrière de celui qui fut son époux, de sa façon de travailler, de sa longue collaboration avec Giuliano Gemma et de son association avec Ennio Morricone.

Nous passons ensuite à la présentation du film par Jean-François Rauger (29’). Réalisant les interventions les unes à la suite des autres, on se demande comment le directeur de la programmation à la Cinémathèque française ne s’emmêle pas les pinceaux, toujours est-il que ce dernier donne comme d’habitude moult informations sur Duccio Tessari, sur son œuvre, son parcours et bien évidemment sur Un papillon aux ailes ensanglantées. Durant près d’une demi-heure, on en apprend beaucoup sur le cinéaste « qui n’était pas n’importe qui, qui a fait des films absolument remarquables, qui avait de l’ambition et qui a peut-être signé le meilleur film d’action d’Alain Delon, Big Guns ». Jean-François Rauger parle aussi du scénariste Gianfranco Clerici, des acteurs, des thèmes du film (« assez difficile à cataloguer, un peu atypique […] une observation clinique d’une classe sociale »), de la représentation des personnages féminins et masculins, de la musique, de la dimension scientifique de l’investigation (« héritée des films de Dario Argento »), du montage (« ce n’est pas un film construit sur la ritualisation des meurtres »), de sa mise en scène, des lieux de tournage…vous l’aurez compris, ce module est indispensable.

L’autre analyse présente dans cette section est celle de Fabio Melelli, historien du cinéma que nous avions déjà croisé dans les bonus de l’édition collector du Moulin des supplices de Giorgio Ferroni, sortie chez Artus Films en 2019 (21’30). Passionnant du début à la fin, l’intervenant parvient à compléter très largement les propos précédents de Jean-François Rauger. Également l’auteur d’un livre consacré à Duccio Tessari (Kiss kiss…Bang bang. Il cinema di Duccio Tessari, chez Bloodbuster, 2013), Fabio Melleli explique pourquoi le réalisateur est avant tout un auteur important du cinéma italien, malheureusement trop souvent oublié des livres sur le septième art transalpin. Un cinéaste et scénariste qui aura abordé divers genres, avec une vision extrêmement personnelle et un style qui se distingue, un raffinement dans la mise en scène et une approche du récit jamais dépourvue d’humour et d’autodérision. La longue association de Duccio Tessari (aka L’Homme à l’oeillet rouge ») avec Giuliano Gemma, son travail dans le western, ce qu’il a apporté à ce genre en particulier, sa passion pour Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick et John Ford, son élégance, son travail à la télévision dès les années 1980, ses démêlés avec la censure (qui ont entraîné la quasi-disparition de certains de ses films) et bien d’autres sujets tout aussi riches sont au coeur de ce supplément de haute qualité réalisé en 2021.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Ce master restauré édité par Le Chat qui fume, est flatteur pour les mirettes. Tout d’abord, la palette chromatique retrouve un certain éclat, surtout sur les lumineuses séquences diurnes. Le lifting est indéniable, quelques rares points et poils en bord de cadre demeurent constatables mais subliminaux, et même si certaines séquences sont plus altérées, les noirs et les contrastes affichent une nouvelle densité et le piqué n’a jamais été aussi tranchant. Ajoutez à cela un grain d’origine respecté, un cadre fourmillant de détails et vous obtenez une très belle copie qui redonne un certain intérêt à Un papillon aux ailes ensanglantées. Blu-ray au format 1080p.

L’éditeur propose les versions italienne et française dans un Mono original. Passons rapidement sur cette dernière au doublage old-school très réussi, qui se concentre essentiellement sur le report des voix. Aucun grésillement ou craquement, pas de résonances ou d’étranges bruits de fond. Elle n’est cependant pas aussi fluide et homogène que la version originale, plus ardente. Dans les deux cas, cela reste dynamique, tout comme le génial score de Gianni Ferrio qui profite d’une excellente exploitation.

Crédits images : © Le Chat qui fume / RAI Com / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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