Test Blu-ray / La Mariée est trop belle, réalisé par Pierre Gaspard-Huit

LA MARIÉE EST TROP BELLE réalisé par Pierre Gaspard-Huit, disponible en combo DVD/Blu-ray le 21 octobre 2020 chez Pathé.

Acteurs : Brigitte Bardot, Louis Jourdan, Micheline Presle, Marcel Amont, Marcelle Arnold, Roger Dumas, Madeleine Lambert, Roger Tréville, Jean-François Calvé…

Scénario : Philippe Agostini, Juliette Saint-Giniez d’après le roman et une histoire originale d’Odette Joyeux

Photographie : Louis Page

Musique : Norbert Glanzberg

Durée : 1h34

Année de sortie : 1956

LE FILM

Chouchou, jeune mannequin remarqué par Judith, rédactrice d’un journal féminin, tombe amoureuse de Michel, l’amant de cette dernière. Mais Michel reste indifférent face à Chouchou. La jeune fille décide alors de tout faire pour capter son attention…

Depuis son apparition très remarquée aux côtés de Bourvil dans Le Trou normand, douce comédie de Jean Boyer réalisée en 1952, la jeune Brigitte Bardot, tout juste âgée de 18 ans, commence à se faire rapidement un nom. Elle participe au monument de Sacha Guitry Si Versailles m’était conté… (près de sept millions d’entrées), dans lequel elle interprète Mademoiselle de Rosille. Les cinéastes n’ont de cesse de la mettre de plus en plus en avant, comme Mario Bonnard dans Haine, Amour et Trahison et Jean-Devaivre dans Le Fils de Caroline Chérie, tous les deux réalisés en 1954. Les grands metteurs en scène commencent alors à l’approcher, Marc Allégret (Futures vedettes) et René Clair (Les Grandes manœuvres). Mais c’est en 1956 que la chrysalide s’opère véritablement. Avant l’éruption d’Et Dieu… créa la femme (3,8 millions d’entrées) de Roger Vadim, BB se retrouve à l’affiche la même année de La Lumière d’en face (2 millions d’entrées), Hélène de Troie (2,4 millions d’entrées) de Robert Wise, Cette sacrée gamine (4 millions d’entrées) de Michel Boisrond, En effeuillant la marguerite (3,3 millions d’entrées) et La Mariée est trop belle (2,4 millions d’entrées) de Pierre Gaspard-Huit. Le phénomène Bardot prend forme, s’étend, les spectateurs se ruent en masse dès que son nom apparaît sur l’affiche, jusqu’à l’explosion internationale qui clôt cette année exceptionnelle dans Et Dieu… créa la femme qui fera de la comédienne de 22 ans un des plus grands sex-symbols de tous les temps et qui sortira d’ailleurs deux jours seulement après le film de Pierre Gaspard-Huit. Dans La Mariée est trop belle, BB s’amuse dans un rôle qui lui collera à la peau, celui de l’ingénue devant laquelle les hommes se mettent à baver et sont prêts à tout pour la prendre dans leurs bras. Cette histoire concoctée par la comédienne et auteure Odette Joyeux, qui adapte ici son propre roman du même nom publié en 1954, conserve un charme rétro inaltérable et l’ensemble se tient surtout grâce au jeu naturel de Brigitte Bardot, ainsi qu’à son immense beauté qui crève l’écran.

Flash-back sur le parvis de l’église : Catherine raconte ce qui s’est passé auparavant, avant que Judith ne se jette dans les bras de Michel, en lui disant qu’elle est divorcée et que Catherine ne s’évanouisse. Catherine, jeune provinciale, est repérée par Michel, amant de Judith, directrice d’un journal de mode. Elle devient mannequin sous le nom de « Chouchou » et elle forme un couple pour le magazine avec Patrice, un ex-acteur. Judith décide de marier Catherine et Patrice, faussement, pour faire un coup médiatique. Catherine et les autres vont faire des photographies et filmer le mariage dans le village natal de Catherine. Tout le monde est hébergé chez les tantes de Catherine, qui l’ont élevée. Catherine repousse la demande en mariage de Patrice, qui part dans la nuit. Michel est contraint de prendre la place de Patrice pour faire les photos, réalisées par Toni et Marc.

C’est ce qu’on pourrait appeler une petite sucrerie. La Mariée est trop belle est le troisième long métrage de Pierre Gaspard-Huit (1917-2017). Si les titres de ses films sont de plus en plus obscurs dans la mémoire des cinéphiles, le cinéaste reste surtout connu pour avoir signé la première rencontre à l’écran d’Alain Delon et de Romy Schneider dans Christine, réalisé en 1958. Avant cela, il avait surtout mis en scène quelques documentaires (Coeur de France, La Vie tragique de Maurice Utrillo, Le Palais du Luxembourg, La Marche glorieuse), divers courts-métrages, coréalisé La Fugue de monsieur Perle avec Roger Richebé, avant de se lancer seul derrière la caméra en 1955 avec Sophie et le crime. Comme s’il pressentait la floraison définitive de sa jeune actrice, Pierre Gaspard-Huit filme BB sous tous les angles. Son rôle de mannequin la fait passer par moult costumes et autres tenues plus légères, et l’on imagine aisément que la gent masculine ait été quelque peu émoustillée devant La Mariée est trop belle, d’autant plus que la moue boudeuse de la comédienne n’en finit pas d’en rajouter dans le glamour.

Au-delà de sa sensualité et même de sa sexualité, la scène où Catherine décide de se donner à Toni (Marcel Amont, qui pousse la chansonnette) et à Marc (Roger Dumas, blond platine) est très étonnante même si l’humour est là pour montrer que tout cela n’est pas « sérieux », Brigitte Bardot campe un personnage qui affirme son indépendance, n’hésitant pas à repousser les avances d’un tel ou à décider avec quel homme elle souhaite passer la nuit, même si ce dernier risque d’être quelque peu décontenancé devant tant d’audace. En revanche, on a aujourd’hui un peu de mal à croire qu’une telle femme puisse tomber amoureuse de ce Michel Bellanger, l’amant de Judith, interprété par Louis Jourdan, particulièrement arrogant et faible avec les femmes, arriviste et même foncièrement antipathique. On préférera donc la première partie du film, durant laquelle on retrouve d’ailleurs la griffe de l’ancien documentariste Gaspard-Huit quand il dévoile les rouages d’un magazine de mode, plutôt que la seconde quand Michel finit par repousser Judith (merveilleuse Micheline Presle), pour se marier réellement avec Catherine.

Mais une petite pirouette sympathique fait définitivement pencher la balance du bon côté et La Mariée est trop belle demeure une petite comédie sentimentale bien sympathique, aux dialogues – écrits par Odette Joyeux – amusants et surtout illuminée par l’astre Bardot.

LE BLU-RAY

La Mariée est trop belle a connu quelques vies antérieures dans les bacs. En 2000, un premier DVD sort chez Alcome Distribution, puis aucune nouvelle jusqu’en 2013 où le film de Pierre Gaspard-Huit sort chez Isis. Il aura donc fallu attendre 2020 pour que La Mariée est trop belle soit pris en charge par Pathé, qui pour l’occasion n’a pas fait les choses à moitié avec une Édition Collector Blu-ray + DVD. Le menu principal est animé et musical, mais ne mentionne pas le titre du film.

Le module rétrospectif (36’30) réalisé par l’éditeur donne la parole à Didier Griselain (spécialiste du cinéma français des années 1930-60) et Guillaume Evin (biographe de Brigitte Bardot, écrivain et spécialiste du cinéma). Ces propos croisés replacent notamment La Mariée est trop belle dans la carrière de Brigitte Bardot, en 1956, année durant laquelle la comédienne est omniprésente sur les écrans. La genèse du film, l’adaptation du roman d’Odette Joyeux par cette dernière qui signera également les dialogues, les conditions de tournage durant l’été 1956, les personnages, le réalisateur, le casting (Didier Griselain se la joue un peu Henri-Jean Servat en racontant la vie privée des stars…) et enfin la sortie au cinéma sont abordés au fil de ce documentaire toujours très apprécié par les cinéphiles que nous sommes, désireux d’en savoir plus.

L’interactivité se compose aussi de quatre petits segments provenant des actualités Pathé, à savoir un aperçu du premier tour de manivelle à Saint-Emilion de La Mariée est trop belle (36 secondes), un clip promotionnel pour la sortie du film (57 secondes), un autre reportage où Brigitte Bardot, invitée aux côtés de Marilyn Monroe et Victor Mature, rencontre la reine d’Angleterre (55 secondes), puis un dernier segment consacré à la lune de miel de BB (38 secondes) après son mariage avec Jacques Charrier.

L’Image et le son

La Mariée est trop belle a été restauré en 4K grâce aux bons soins de L’Image retrouvée / Paris-Bologne. Et voilà un Blu-ray qui en met souvent plein les yeux avec une définition qui laisse pantois. La copie se révèle souvent étincelante et pointilleuse en terme de piqué (les scènes en extérieur), de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux, richesse des gris), de détails ciselés et de relief. La propreté de la copie est sidérante, la stabilité est de mise, la photo retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé.

Aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets. La très jolie musique de Norbert Glanzbergest est joliment délivrée et aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi que les sous-titres anglais et une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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