Test Blu-ray / Larry le dingue, Mary la garce, réalisé par John Hough

LARRY LE DINGUE, MARY LA GARCE (Dirty Mary, Crazy Larry) réalisé par John Hough, disponible en DVD et Blu-ray le 7 septembre 2016 chez Esc Conseils

Acteurs : Peter Fonda, Susan George, Adam Roarke, Vic Morrow, Kenneth Tobey, Eugene Daniels, Lynn Borden

Scénario : Leigh Chapman, Antonio Santean d’après le roman de Richard Unekis

Photographie : Michael D. Margulies

Musique : Jimmie Haskell

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Larry, pilote de course féru de vitesse, Deke le mécanicien et Mary, l’amante de Larry sont tous les trois pourchassés par la police. Plus tôt, ils ont dévalisé les caisses d’un supermarché et se sont enfuis à bord d’un bolide qui fonce droit sur la route sans se soucier des dangers et des barrages placés par les forces de l’ordre. Parviendront-ils à quitter l’État et à participer au circuit international de course automobile ?

A l’instar de Point limite zéro Vanishing Point de Richard C. Sarafian (1971), Macadam à deux voiesTwo-Lane Blacktop de Monte Hellman (1971) et Electra Glide in Blue de James William Guercio (1973), Larry le dingue, Mary la garce Dirty Mary, Crazy Larry de John Hough (1974) demeure un symbole de la contre-culture américaine. A la fin des années 60, aux Etats-Unis, le road-movie prend son envol avec la sortie du film de Dennis Hopper, Easy Rider. C’est l’époque des grands chamboulements, la guerre du Vietnam a traumatisé l’Amérique, la révolution sexuelle bat son plein, les mœurs et les actes changent et se libèrent. Il y a eu Woodstock en 69 et l’affaire Charles Manson. Les films mentionnés se situent à une époque charnière de l’histoire de l’Amérique faite de bouleversements et de changements profonds. Le cinéma aussi se renouvelle avec la naissance du Nouvel Hollywood et l’émergence de jeunes réalisateurs : Coppola, Scorsese, Lucas, Spielberg. D’autres font figure d’outsiders et s’engouffrent dans la brèche du road-movie, parfois mystique et mélancolique. Si Easy Rider était un film sex, drug and rock n’roll, Macadam à deux voies se distinguait par son absence totale de violence, de sexe et de substances illicites.

Le pilote de course Larry et son mécanicien Deke réussissent de manière astucieuse à voler la recette d’un supermarché. Obligés d’emmener Mary Coombs, une rencontre d’un soir de Larry qui a été témoin du vol, ils parviennent à passer à travers tous les barrages que les policiers mettent sur leur route, grâce à leur bolide trafiqué, une Dodge Charger 1969 modèle sport. Le capitaine Franklin, qui dirige l’opération, commence à en faire une affaire personnelle et tente de les arrêter par tous les moyens possibles. Larry le dingue, Mary la garceDirty Mary, Crazy Larry marque la fin d’une époque, mais ne se résume pas à une des plus hallucinantes courses-poursuites de l’histoire du cinéma.

Durant 1h33, on ne saura quasiment rien des personnages, de leur vie et du but de ce voyage, à part celui de prendre la fuite avec le butin d’un casse, mis en scène de manière plutôt cool, afin de pouvoir concourir à une course sur un circuit professionnel. Ils se situent pleinement dans la contre-culture des années 70 avec un caractère bien trempé (Mary est d’ailleurs la plus explosive du trio), contestataire et provocateur. Larry le pilote (Peter Fonda, qui fait le lien avec Easy Rider), Deke son mécanicien (Adam Roarke) qui prend autant soin de la bagnole que de Larry quand il s’égare, et Mary (Susan George) la copine d’un soir de Larry qui s’est incrustée dans leur cavale, refusent d’obtempérer avec les autorités, qu’ils écoutent en étant branchés sur leurs ondes. D’où cette fuite éperdue où tous les coups sont permis, où Larry, lancé à fond sur le bitume, défie toutes les règles en tentant d’échapper à tous les flics – qui s’en donnent également à coeur joie sur la route – de la région, dont un en particulier, Everett Franklin (Vic Morrow, génial) qui les poursuit dans un hélicoptère, dans un affrontement encore très impressionnant aujourd’hui.

Larry et ses deux comparses, sont les derniers héros de l’Amérique, libres face aux forces répressives. Larry le dingue, Mary la garce est devenu pour de nombreux cinéphiles un vrai film de chevet et le mythe autour de ce film s’est construit avec le temps, certaines répliques vachardes étant même entrées dans le langage courant chez certains cinéphiles US. Grand fan de Larry le dingue, Mary la garce, Quentin Tarantino s’en est grandement inspiré (comme d’habitude) pour Boulevard de la mort. Pourtant ce n’est pas tant l’histoire qui nous captive mais les engueulades du couple principal, la splendeur des paysages américains, son rythme trépident, les routes longilignes à n’en plus finir, là où le réalisateur britannique John Hough (Les Sévices de Dracula, La Montagne ensorcelée, Les Yeux de la forêt), prend plaisir à nous égarer à fond la caisse, dans un nuage de poussière, pour son premier film américain. Approche palpable du chaos, dénouement brutal, désenchanté et étourdissant, film enragé, indispensable !

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Larry le dingue, Mary la garce, disponible chez ESC Conseils, repose dans un boîtier classique de couleur rouge. La jaquette aux couleurs flashy saura attirer l’oeil des cinéphiles. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur joint une présentation du film par Olivier Père (20’), intitulée En route vers la contre-culture. Le directeur du cinéma d’Arte France se penche tout d’abord sur la carrière du cinéaste John Hough. Il évoque ses films de genre et fantastiques, puis en vient ensuite au film qui nous intéresse en analysant à la fois le fond et la forme. Olivier Père considère Larry le dingue, Mary la garce comme un des films les plus intéressants du réalisateur, analyse les personnages, le dénouement et le casting.

L’Image et le son

Jusqu’alors inédit dans nos contrées en DVD et Blu-ray, Larry le dingue, Mary la garce nous arrive en Haute-Définition grâce aux bons soins d’ESC Conseils. Cette édition Blu-ray au format 1080p (AVC) nous propose des couleurs étincelantes, un piqué vif, des contrastes très élégants et une remarquable stabilité. L’élévation HD n’est pas négligeable pour un titre comme celui-là, loin de là. Saluons avant tout l’impeccable étalonnage qui rend justice aux tonalités originelles du film. L’image retrouve son caractère fluide et naturel, notamment au niveau des splendides décors, paysages et longues routes de l’Amérique profonde, mais également au niveau des visages. Le cadre est riche en détails. Chaque plan ou sujet d’arrière-plan est d’une qualité et d’une profondeur séduisantes. Aucune tâche ou défaut n’est constatable, si ce n’est quelques troubles et sensibles pertes de la définition sur les scènes sombres. Que les puristes soient rassurés, le superbe grain de la photo est savamment restitué. Larry le dingue, Mary la garce retrouve un éclat fantastique et la restauration demeure impressionnante.

Rien à redire à propos des pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio Mono, amplement suffisantes et accompagnant élégamment le film de John Hough. Aucun souffle constaté sur les deux pistes et les dialogues restent très clairs tout du long. La musique tient également une place prépondérante et aucun accroc ne vient perturber sa restitution. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue ne peut se faire à la volée.

Crédits images : © ESC Conseils/ Captures Blu-ray : Franck Brissard

 

Test Blu-ray / Désirs volés, réalisé par Shōhei Imamura

DESIRS VOLES (Nusumareta yokujô) réalisé par Shôhei Imamura, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 15 novembre 2016 chez Elephant Films

Acteurs : Osamu Takizawa, Shin’ichi Yanagisawa, Hiroyuki Nagato, Kô Nishimura, Toshio Takahara, Shôjirô Ogasawara

Scénario : Toshiro Suzuki

Photographie : Kuratarô Takamura

Musique : Toshirô Mayuzumi

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

A Osaka, dans un quartier populaire, une troupe de Kabuki se voit contrainte pour faire venir le public et survivre de proposer des strip-teases en première partie. Mais lorsque le théâtre ferme, la troupe, fragilisée par des conflits amoureux et pécuniaires, est obligée de reprendre la route.

Sorti en 1958, Désirs volés est le premier long métrage réalisé par Shōhei Imamura (1926-2006), découvert en France avec La Femme insecte en 1963. Le cinéaste japonais se penche sur une troupe d’acteurs de théâtre itinérant de seconde zone expulsée d’Osaka. A la campagne, les comédiens reçoivent un accueil bien plus enthousiaste qu’en ville et rencontrent un vif succès. Cependant, des tensions existent dans la troupe entre le jeune metteur en scène Shinkishi qui a étudié à l’université, et les acteurs plus âgés. Il souhaiterait moderniser le répertoire et faire des répétions pour améliorer les pièces. Il est de plus amoureux de Chidori, une des filles du chef de la troupe pourtant mariée à l’acteur principal, tout en étant convoité par l’autre sœur, Chigusa.

Shōhei Imamura a fait ses classes en tant qu’assistant auprès d’illustres réalisateurs comme Nagisa Oshima et Yasujiro Ozu. Il aura une très mauvaise expérience auprès de ce dernier et voudra très tôt s’en démarquer. Inspiré par le cinéma européen, notamment par le néoréalisme italien, Désirs volés montre déjà l’attirance du cinéaste pour les personnages marginaux confrontés à la violence de la réalité sociale. S’il n’est pas un chef d’oeuvre, ce premier film est un vrai coup de maître et demeure impressionnant de maîtrise, de sensualité (pour ne pas dire de sexualité), d’humour et de sensibilité, qui détonne radicalement avec l’ensemble des productions japonaises de l’époque. On suit l’itinéraire de cette petite troupe de théâtre fauchée, menée par un auteur frustré, découragé en voyant que seuls les numéros de jeunes filles dénudées attirent les spectateurs durant la première partie. Certains membres expriment leur désir de quitter l’aventure.

La mise en scène d’Imamura impressionne par la beauté et la composition du cadre large – Nikkatsu Scope (le plan aérien d’ouverture est sublime), ainsi que par son énergie, mais également quand elle s’attarde sur les corps, tout en rendant compte des tromperies et de la perversité de certains personnages. Tout ce beau petit monde cohabite sous le même chapiteau, tandis que les ruraux ont du mal à calmer leurs ardeurs devant les atouts affriolants des danseuses, au point d’aller les reluquer sous la douche. Si l’intrigue peut paraître parfois confuse, Imamura commence à observer ses concitoyens avec l’oeil acéré d’un entomologiste. Le ton y est réaliste et provocateur, avec quelques touches poétiques et de cynisme, mélancolique et tendre.

Le cinéaste parvient d’emblée à imposer son univers, tout en posant les bases (les désirs contrariés et donc humains) d’une œuvre qui s’étendra sur près de 45 ans et qui sera récompensée par deux Palme d’or, pour La Ballade de Naramaya (1983) et pour L’Anguille (1997). Désirs volés est le premier jalon indispensable de la filmographie d’un des grands maîtres de la Nouvelle vague japonaise.

LE BLU-RAY

Désirs volés est édité en combo par Elephant Films dans sa collection Cinéma Master Class – La Collection des Maîtres, avec un joli fourreau cartonné et un boîtier plastique contenant le Blu-ray et le DVD du film. Le visuel de la jaquette est vraiment très élégant, tout comme le menu principal, animé et musical.

En plus d’un livret de 20 pages intitulé Shōhei Imamura, maître des désirs inassouvis par Bastian Meiresonne, de bandes-annonces (dont celles de la première salve Imamura sortie fin 2015 chez l’éditeur), d’une galerie de photos et des credits du disque, nous trouvons une courte mais très bonne présentation de Désirs volés par Stephen Sarrazin (8’). Notre interlocuteur, spécialiste du cinéma japonais expose les débuts de Shōhei Imamura dans le cinéma, notamment en tant qu’assistant de Yasujiro Ozu, puis les thèmes abordés dans son premier long métrage, qui seront ensuite repris dans ses autres films. L’histoire de Désirs volés est passée au crible, tout comme le traitement des personnages et l’opposition entre le corps et la culture.

L’Image et le son

Franchement, nous ne nous attendions pas à un résultat aussi beau. Malgré quelques imperfections, un léger fourmillement, des fondus enchaînés qui décrochent légèrement et des contrastes parfois déséquilibrés, ce nouveau master restauré HD (1080p, AVC) s’impose aisément comme l’une des plus belles surprises de cette fin d’année. Ce qui frappe d’emblée, mis à part le fantastique usage du cadre large, c’est la densité du N&B et la profondeur de champ qui est souvent admirable. La photo est formidablement nuancée avec une large palette de gris, un blanc lumineux et des noirs profonds. La gestion du grain est fort plaisante. La copie est lumineuse et le rendu des textures est très réaliste.

Seule la version originale DTS HD Master Audio Mono 1.0 est disponible (qui s’en plaindra ?) et se révèle heureusement riche et propre. La musique est joliment restituée, le report des voix est appréciable, évite toutes saturations exagérées et l’ensemble est au final suffisamment dynamique et sans souffle parasite.

Crédits images : © Elephant Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard

Test DVD / Buck et son complice, réalisé par Sidney Poitier

BUCK ET SON COMPLICE (Buck and the Preacher) réalisé par Sidney Poitier, disponible en DVD le 21 novembre 2016 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Sidney Poitier, Harry Belafonte, Ruby Dee, Cameron Mitchell, Denny Miller, Nita Talbot, John Kelly

Scénario : Ernest Kinoy

Photographie : Álex Phillips Jr.

Musique : Benny Carter

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Après la guerre de Sécession, Buck, un ancien sergent de la cavalerie de l’armée de l’Union, prend la tête d’un groupe d’esclaves affranchis voulant passer la frontière du Colorado. Dans ce groupe voyagent aussi sa femme et un pseudo pasteur dont la Bible truquée contient un revolver. Les voyageurs sont attaqués par des hordes d’anciens esclavagistes qui tentent de les renvoyer à leur misérable vie dans les fermes de Louisiane; Buck et ses compagnons devront faire preuve de courage pour parvenir à leur but ultime : s’installer dans une terre de promesses et connaître enfin une existence d’hommes libres.

Buck et son compliceBuck and the Preacher (1972), est le premier long métrage réalisé par l’immense comédien Sidney Poitier, même si le tournage avait été commencé par Joseph Sargent (L’Espion au chapeau vert, Les Pirates du métro et responsable plus tard de l’inénarrable Dents de la mer 4 – La revanche), rapidement remercié par les producteurs qui n’étaient pas satisfaits de son travail. Ce film issu de la célèbre vague dite de la Blaxploitation, réunit les deux comédiens afro-américains les plus célèbres, Sidney Poitier donc, et Harry Belafonte, tous les deux ayant été très actifs dans la lutte pour l’égalité des droits civiques aux États-Unis. Western atypique, mais intéressant, bien mené, drôle, violent, porté par le charisme et le talent des comédiens, notamment le jeu explosif d’Harry Belafonte, Buck et son complice se passe à la fin de la guerre de Sécession. L’esclavage est aboli, mais les Noirs restent privés de droits et de liberté. Nombreux partent vers l’Ouest, à la recherche de terres où ils seraient enfin libres. Mais de cruelles épreuves les attendent, notamment la chasse que leur font les rabatteurs de main-d’oeuvre, chargés de les ramener à leurs anciens maîtres. Buck et son complice est dédié « aux femmes, hommes et enfants en quête de liberté, dont les tombes sont aussi oubliées que leur rôle dans l’Histoire » indique un panneau en introduction.

Sidney Poitier fait preuve d’un indéniable talent de metteur en scène et s’en tire haut la main en ce qui concerne les scènes d’action et de fusillades, mais aussi pour instaurer une ambiance atypique, ici héritée du western italien dans l’usage systématique des zooms et des gros plans, y compris dans la partition aux accents très « morriconiens » (avec l’usage d’une guimbarde) de l’immense musicien de jazz Benny Carter. On ne s’ennuie pas une seconde dans cette histoire de traque où des bandits blancs à la solde de proprios terriens, désireux de mettre la main sur leurs anciens esclaves, n’hésitent pas à saccager, brûler, piller et tuer des convois entiers, afin d’obliger ces familles entières à rebrousser chemin et à retourner servir leurs anciens maîtres. Heureusement, ils peuvent compter sur Buck (Sidney Poitier), prêt à tout pour les aider à traverser l’Ouest, même s’il trouve sur son chemin un pasteur intrigant (Harry Belafonte) aux yeux exorbités et aux dents gâtés, qui se révèle être un as de la gâchette.

Buck et son complice joue avec les codes du genre, en offrant à son casting afro-américain des rôles forts, à travers lesquels s’insinue en filigrane le célèbre engagement politique des deux stars. Bien sûr, le film est un divertissement et le tandem n’hésite pas à tuer une dizaine, si ce n’est plus, de bad guys blancs particulièrement pourris, mais Poitier/Belafonte souhaitent montrer aux spectateurs que les comédiens afro-américains peuvent eux aussi interpréter des héros de l’Ouest, loin des clichés habituels qui voudraient que chaque personnage noir doive obligatoirement être un esclave, un valet ou une cuisinière. Ici, les deux sont armés de deux pétoires et n’hésitent pas à s’en servir pour se défendre ou pour récupérer ce qui leur appartient. Alors non, Quentin Tarantino n’a absolument rien inventé avec son Django Unchained dans lequel il ne fait que recycler encore les films qu’il aime. Buck et son complice est un film politique et incite à la réflexion tout en divertissant avec un aspect buddy-movie. Une très bonne surprise et à connaître donc.

LE DVD

Le test du DVD de Buck et son complice, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

En dehors de la bande-annonce et d’une courte galerie de photos et d’affiches, nous ne trouvons qu’une présentation du film par Patrick Brion (14′). Comme d’habitude, l’historien du cinéma démarre ce supplément en donnant quelques titres de westerns sortis la même année que le film qui nous intéresse, 1972, qui selon n’est pas une mauvaise année pour le genre. Ensuite, Patrick Brion replace Buck et son complice dans la Blaxploitation, évoque le réalisateur Joseph Sargent, très vite débarqué du tournage pour être finalement remplacé par Sidney Poitier. C’est l’occasion pour Brion de parler des comédiens, de leur filmographie et de leur combat pour l’égalité des droits civiques.

L’Image et le son

Le master présenté a été restauré. La copie est stable et propre, malgré des points blancs et poussières encore visibles. Le format 1.85 est respecté tout comme les partis pris esthétiques. Certaines séquences, apparaissent sensiblement plus granuleuses, mais la texture argentique est bien gérée. L’ensemble se tient avec notamment de très belles couleurs et des contrastes soignés y compris sur les séquences peu éclairées. La clarté est de mise et les détails ne manquent pas, surtout sur les paysages traversés par les personnages. Buck et son complice est un film très rare en France et la copie dénichée par Sidonis Calysta participe à sa résurrection dans l’Hexagone.

L’éditeur nous propose ici les versions originale et française restaurées en mono 2.0. Les mixages s’avèrent propres, dynamiques, et restituent solidement les voix et la musique, fluides, sans souffle. Le confort acoustique est largement assuré dans les deux cas avec de belles ambiances naturelles. Les sous-titres français sont imposés sur cette dernière et le changement impossible à la volée. En version française, Sidney Poitier est doublé par le grand Serge Sauvion.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard

 

Test Blu-ray / Le Grand chantage, réalisé par Alexander Mackendrick

LE GRAND CHANTAGE (Sweet Smell of Success) réalisé par Alexander Mackendrick, disponible en Édition Collector Blu-ray + 2 DVD + Livre de 224 pages le 7 décembre 2016 chez Wild Side Vidéo

Acteurs : Burt Lancaster, Tony Curtis, Susan Harrison, Marty Milner, Sam Levene, Barbara Nichols, Jeff Donnell

Scénario : Clifford Odets, Ernest Lehman d’après sa nouvelle “Tell Me About it Tomorrow”

Photographie : James Wong Howe

Musique : Elmer Bernstein

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

J.J. Hunsecker est le puissant et redouté chroniqueur d’un journal à sensation, le «New York Globe», lu par soixante millions de personnes. Lorsqu’il apprend que sa soeur Susan, qu’il aime de façon possessive, est éprise d’un jeune guitariste de jazz, Steve Dallas, il entreprend de briser cette idylle naissante en diffamant ce dernier. Sidney Falco, attaché de presse à la botte de Hunsecker et assoiffé de pouvoir, insinue dans un premier temps que Dallas est drogué, avant de l’accuser d’appartenir au Parti communiste, charge gravissime dans les années 50. Steve est immédiatement renvoyé du cabaret où il jouait…

Avant Le Grand chantage, jamais nous n’avions vu Burt Lancaster et Tony Curtis – qui venaient de tourner Trapèze sous la direction de Carol Reed – interpréter des personnages aussi immondes et dépourvus de morale. Chef d’oeuvre à réhabiliter de toute urgence, Sweet Smeel of Success est réalisé par Alexander Mackendrick (1912-1993), réalisateur britannique, né aux Etats-Unis mais élevé en Ecosse. Après des études d’art à Glascow au début des années 1920, Alexander Mackendrick devient directeur artistique pour une agence de publicité londonienne, puis devient auteur de publicités avant de signer son premier scénario pour le cinéma. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est engagé par le Ministère de l’Information et réalise des films de propagande pour son pays. Mackendrick tourne également des documentaires et des films d’actualité. Après la guerre, il est engagé par les célèbres studios Ealing. Il y restera neuf ans, tout d’abord en commençant par réaliser des storyboards, puis en mettant en scène lui-même des longs métrages pour le cinéma. Il se spécialisera dans la comédie avec des films aussi célèbres que Whisky à gogo ! (1949), L’Homme au complet blanc (1951) et Tueurs de dames – The Ladykillers (1955). Bien que méfiant envers l’industrie hollywoodienne, le cinéaste tente sa chance et se voit engager par la maison de production Hecht-Hill-Lancaster pour réaliser Le Grand chantage – Sweet Smeel of Success.

Il quitte alors la Grande-Bretagne et se voit confier un scénario écrit par le dramaturge Clifford Odets, auteur du Grand couteau (adapté par Robert Aldrich en 1955), qui malheureusement est resté célèbre pour avoir donné des noms à la Commission des activités antiaméricaines, ayant lui-même fait l’objet d’une enquête initiée par Joseph McCarthy. Odets adapte la nouvelle Tell Me About it Tomorrow (publiée en 1950), d’après Ernest Lehman (Sabrina, Le Roi et moi), qui collabore également à l’écriture. Mackendrick doit commencer le tournage alors que le scénario n’est pas encore terminé. Il faut dire que la production est houleuse. Dans son roman d’origine, Ernest Lehman s’inspirait ouvertement de Walter Winchell, véritable chroniqueur, qui demeure une des personnalités les plus influentes et puissantes de son temps. Ce dernier tente de faire pression sur Burt Lancaster, qui au départ ne devait que produire le film et Orson Welles interpréter le rôle de J.J. Hunsecker. De son côté, Alexander Mackendrick parvient à s’imposer malgré les remontrances de la production, grâce à son tempérament forgé en Ecosse.

Le Grand chantage – Sweet Smeel of Success est une charge virulente contre le milieu des agents, attachés de presse et chroniqueurs. Tony Curtis incarne Sidney Falco, minable agent publicitaire de Broadway, qui sert en réalité d’informateur au tout-puissant éditorialiste du journal Le Globe, J.J. Hunsecker (Burt Lancaster), qu’il hait et envie à la fois. Soumis aux basses oeuvres, ce rat nerveux, servile et noctambule, s’est vu confier une nouvelle mission par Hunsecker : briser par un scandale l’idylle nouée entre sa propre sœur Susan (Susan Harrison, belle et délicate), pour laquelle il voue un amour quasi-incestueux, et un jeune musicien de jazz, Steve Dallas. Après un premier échec, Hunsecker laisse une dernière chance à Falco pour arriver à ses fins. C’est la confrontation entre deux hommes dépourvus de scrupules, dont l’un envie le pouvoir, l’influence (60 millions d’auditeurs lisent chaque jour la chronique Les Yeux de Broadway), l’aura et l’omnipotence de l’autre bien installé sur un trône qu’il n’est pas prêt de céder. Falco va devoir redoubler de malice et faire jouer ses contacts, hommes et femmes, même s’il doit se compromettre lui-même. Le Grand chantage est avant tout l’occasion d’admirer deux immenses comédiens, absolument remarquables dans le rôle de deux individus pourris jusqu’à la moelle.

L’un, Falco, dévoré par l’ambition, ne tient pas en place (Mackendrick avait demandé à Tony Curtis de bouger sans arrêt comme une bête aux abois) et semble toujours prêt à éviter les coups, tandis que l’autre, monstre mégalo et narcissique qui considère que tout lui est acquis, demeure le plus souvent assis, à table ou bien campé sur ses deux jambes comme des piliers scellés dans le sol. Sur place, il est capable de ruiner la carrière ou de détruire plusieurs vies. Leur opposition fait des étincelles, Burt Lancaster étant absolument glacial, menaçant et très inquiétant avec son regard pénétrant qui filtre à travers ses grandes lunettes. Pour l’anecdote, afin de faire ressortir le côté oppressant du personnage de Lancaster, Mackendrick avait demandé au chef opérateur James Wong Howe d’éclairer le comédien par le haut, afin de faire ressortir les ombres et donner à son visage un aspect spectral. Par ailleurs, la photo du chef opérateur de La Glorieuse parade et de L’Introuvable est absolument magnifique et renvoie à l’essence des films noirs américains des années 1940. James Wong Howe capture l’effervescence du New York by night. En effet, Le Grand chantage est un des premiers films à capturer la Grosse Pomme, la nuit, la ville devenant ainsi un véritable personnage à part entière avec ses rues luisantes de pluie et ses clubs de jazz enfumés. Ainsi, la ville s’apparente à une souricière où tous les coups sont permis dès que le soleil se couche. Ajoutons à cela la fiévreuse partition de l’immense Elmer Bernstein, entêtante et enivrante.

A sa sortie, Le Grand chantage est éreinté par la critique, les fans de Tony Curtis reprochent au comédien de jouer une ordure et le film connaît un bide retentissant en juillet 1957. Considéré comme un des « responsables » de cet échec, Alexander Mackendrick finira par être renvoyé du tournage – puis remplacé par Guy Hamilton – de l’adaptation de The Devil’s Disciple de George Bernard Shaw, également produite par Hecht-Hill-Lancaster, quelques jours après le début des prises de vues parce que son travail était jugé trop lent par Lancaster, à défaut de parler de perfectionnisme. Il faudra attendre près d’un demi-siècle pour que Le Grand chantage soit enfin reconnu comme un vrai chef d’oeuvre, sombre et redoutablement pessimiste, de l’histoire du cinéma.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Grand chantage, disponible chez Wild Side, a été réalisé sur un check-disc. Cette superbe édition se compose du Blu-ray, de deux DVD (le film et ses suppléments), ainsi que d’un livre remarquable, exhaustif, exclusif et impressionnant de 224 pages sur le film, sa genèse, son tournage et sa sortie, écrit par Philippe Garnier (journaliste et historien du cinéma), illustré de magnifiques photos, d’affiches et de documents d’archives rares. Le menu principal est animé et musical.

Commençons par le documentaire exclusif sur la carrière de Mackendrick intitulé The man who walked away (43′ – 1986). Composé des propos des réalisateurs Charles Crichton et John Milius, des acteurs Gordon Jackson, Burt Lancaster et James Coburn et du producteur James Hill, ce documentaire donne également la parole au cinéaste Alexander Mackendrick lui-même, qui revient sur l’ensemble de sa carrière. Les autres protagonistes évoquent la méthode de travail du metteur en scène, ses films les plus illustres, tandis que Mackendrick aborde son travail avec franchise et modestie.

Auteur de Lethal Innocence : the cinema of Alexander Mackendrick, l’historien du cinéma Philip Kemp propose ensuite une présentation du Grand chantage (26′) avec en fond quelques images tirées du film, diverses photos et d’autres archives. Philip Kemp croise le fond avec la forme à travers un exposé brillant – dans lequel il égratigne également les deux jeunes comédiens – et indispensable pour les cinéphiles avides d’en savoir un peu plus sur les conditions de tournage, la carrière d’Alexander Mackendrick et sa direction d’acteurs.

Philip Kemp est également présent dans le supplément suivant, pour commenter quelques scènes clés et spécifiques du Grand chantage (32′) : le bureau de Sidney, à la rencontre de J.J., Sidney et Rita, le piège de Hunsecker, Harry Kello, l’épreuve de force, Mackendrick et la postérité. Devant ces propos passionnants, on regrette que Philip Kemp n’ait pas commenté l’entièreté de ce chef d’oeuvre !

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Quel plaisir de (re)découvrir ce bijou noir dans de telles conditions ! Wild Side se devait de restituer la beauté originelle du N&B (noirs denses, blancs éclatants) du Grand chantage, présenté pour l’occasion dans sa version intégralement restaurée. L’apport HD demeure omniprésent, fabuleux, impressionnant, offrant aux spectateurs un relief inédit, des contrastes denses et chatoyants, ainsi qu’un rendu ahurissant des gros plans, des clubs de jazz enfumés et des rues sombres et luisantes de pluie. La propreté du master (1.66, 16/9 compatible 4/3) est ébouriffante, aucune scorie n’a survécu au lifting numérique, la stabilité (y compris sur les fondus enchaînés) et la clarté sont de mise, le grain cinéma respecté et la compression AVC de haute volée restitue les clairs-obscurs et les sous-expositions pour le plus grand plaisir des cinéphiles…et des yeux.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Dans les deux cas, l’espace phonique se révèle probant et dynamique, le confort est indéniable, et les dialogues sont clairs, nets, précis. Sans surprise, au jeu des comparaisons, la piste anglaise s’avère plus naturelle et harmonieuse.. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue se fait grâce au menu pop-up.

Crédits images : © Wild Side Vidéo / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Généalogies d’un crime, réalisé par Raoul Ruiz

GENEALOGIES D’UN CRIME réalisé par Raoul Ruiz, disponible en combo Blu-ray+DVD le 15 novembre 2016 chez Blaq Out

Acteurs : Catherine Deneuve, Michel Piccoli, Melvil Poupaud, Andrzej Seweryn, Bernadette Lafont, Mathieu Amalric

Scénario : Pascal Bonitzer, Raoul Ruiz

Photographie : Stefan Ivanov

Musique : Jorge Arriagada

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1997

LE FILM

Jeanne, une analyste freudienne, croit voir dans son neveu, âgé de cinq ans, des tendances homicides. Or elle sait que – selon un mot de Freud – à l’âge de cinq ans “tout est joué” pour tout individu. Elle décide donc d’étudier l’évolution inexorable de ses penchants criminels, jusqu’au moment où il commet le crime tant attendu : il tue sa tante, seule personne à connaître ses penchants. Le jeune criminel, René, est défendu par Solange, une avocate qui cherchera à démonter les mécanismes du jeu subtil auquel se sont livrés la victime et le futur criminel, pendant plus de dix ans. Peu à peu, le jeune homme commence à voir dans l’avocate, sa tante morte. Et l’avocate voit dans le jeune homme, son propre fils, mort dans un accident. Voilà donc que le fantôme de Jeanne, la victime, s’incarne dans Solange, l’avocate, pour ainsi peut-être donner une nouvelle chance au jeune criminel.

Généalogies d’un crime de Raoul Ruiz (1941-2011) n’est pas du cinéma mais LE Cinéma, libre, inventif, rafraîchissant. Véritable jeu de pistes, mais aussi jeu de reflets, de mots, d’ombres, de miroirs sans tain et teinté de peinture, jouant avec virtuosité avec la caméra (sans cesse en mouvement), les récits et époques (d’où le pluriel du titre) entrelacées de manière vertigineuse, nous sommes bien devant une œuvre, un chef d’oeuvre du réalisateur franco-chilien et conteur baroque par excellence. Impossible de résumer Généalogies d’un crime tant le film regorge de tiroirs, de fantasmes, de non-dits, de mensonges, de points de vue, parfois tout cela pendant une même séquence.

Magnifiquement mise en scène, photographiée par Stefan Ivanov et bercée par la splendide composition de Jorge Arriagada (Les Femmes du 6e étage), cette histoire renversante s’amuse avec les spectateurs en lui faisant croire que ce qu’il voit est réel ou inventé au cours du récit. Dès la première séquence introduite par la citation de Saint-Just « Rien ne ressemble à la vertu comme un grand crime », le cinéaste happe l’attention du spectateur et ne le relâchera pas une seconde pendant près de deux heures, en démontrant que l’histoire – ici inspirée par la véritable affaire Hermine Von Hug-Hellmuth – n’est finalement qu’un éternel recommencement et que les êtres humains ne sont que des pantins manipulés par une force qui les domine.

Après La Vocation suspendue (1977) et Trois vies et une seule mort (1995), Pascal Bonitzer et Raoul Ruiz collaborent à nouveau pour offrir un formidable et jubilatoire drame-policier bourré d’humour, un film inclassable qui jongle constamment avec les genres et qui offre à tous ses magnifiques comédiens, Catherine Deneuve (blonde et rousse, sublime), Melvil Poupaud, Michel Piccoli (magistral), Bernadette Lafont, Mathieu Amalric et même Patrick Modiano dans une courte apparition, l’occasion de briller et surtout de s’amuser au jeu du chat et de la souris, dont les rôles ne font que s’inverser sans cesse, à travers une intrigue de plus en plus hermétique qui n’est pas sans rappeler l’univers de Raymond Chandler.

Certes, Généalogies d’un crime peut laisser (et lasser) quelques spectateurs en cours de route avec son ton dispersé et unique et qui n’appartient qu’à son auteur, mais ceux qui voudront bien se laisser emporter par ce brillant exercice de style, à la fois intellectuel, psychologique, littéraire et populaire, ne le regretteront pas, surtout que le twist final s’avère remarquable et l’on demeure ravi de s’être fait manipuler et surtout d’avoir joué. Réalisé entre Trois vies et une seule mort (1995) et Le Temps retrouvé (1998) d’après Marcel Proust, Généalogies d’un crime a obtenu l’Ours d’argent au Festival de Berlin en 1997.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Généalogies d’un crime, disponible chez Blaq Out, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, fixe et musical.

Seul supplément disponible sur cette édition Blu-ray, l’interview de Raoul Ruiz (25’), réalisée par Philippe Piazzo en juin 2009. A l’instar de ses films, le réalisateur entrecroise les sujets, parle de la magie, de l’art de s’échapper, de littérature, de l’évolution du cinéma, du numérique, de son style, de ses « collections d’apocalypses », de faits à accomplir. Il n’est pas interdit de se perdre au fil de cette interview, illustrée par des extraits tirés de plusieurs de ses films. C’est non seulement conseillé, mais également inévitable.

L’Image et le Son

Généalogies d’un crime est disponible en Haute-Définition, dans un master restauré à 2K par l’incontournable Immagine Ritrovata de la Cinémathèque de Bologne. La propreté de l’image de ce Blu-ray (1080p, AVC) flatte les mirettes, d’autant plus que les couleurs retrouvent une belle vivacité, notamment les bleus, quasiment omniprésents. En dehors de divers plans plus ternes, le relief est palpable, y compris sur les plans en intérieur, tout comme le piqué, vif et acéré. Les noirs sont denses, les contrastes solides, et les superbes partis pris de la photo du chef opérateur Stefan Ivanov trouvent ici l’écrin idéal avec le grain respecté.

Que ce soit en DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0, le confort acoustique est indéniable. La musique est doucement spatialisée, les dialogues bien installés sur la centrale et les effets riches sur les frontales à l’instar de la pluie en ouverture. Si la Stéréo est évidemment plus « plate », elle s’avère tout aussi dynamique. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Copyright Blaq Out / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / The Creation of the Humanoids – Coffret La Guerre des Robots, réalisé par Wesley Barry

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THE CREATION OF THE HUMANOIDS réalisé par Wesley Barry, disponible en coffret DVD Prestige « La Guerre des Robots » le 6 décembre 2016 chez Artus Films

Acteurs : Don Megowan, Erica Elliott, Frances McCann, Don Doolittle, David Cross, Richard Vath, Reid Hammond, Malcolm Smith

Scénario : Jay Simms

Photographie : Hal Mohr

Musique : Edward J. Kay

Durée : 1h15

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

Dans un monde post-apocalyptique, des robots aident la race humaine mourante en leur donnant des corps androïdes.

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Après plusieurs explosions nucléaires, une voix-off bercée par les notes dissonantes d’un thérémine annonce « Cela s’est produit. La Guerre atomique ». Elle fut très brève et ne dura que 48 heures. En deux semaines, 92 % de la population a disparu, victimes des bombardements et des radiations. Les rescapés se sont lancés dans l’automatisation robotique afin de reconstruire les villes et pour garder un niveau de vie élevé. L’intelligence artificielle a connu un bond en avant, au point que les humanoïdes furent créés. Mais devant cette avancée inattendue, les hommes deviennent hostiles à ces robots ultra-perfectionnés et anthropomorphes, qu’ils traitent avec mépris et qu’ils appellent les « cliqueurs ». Ces robots-humanoïdes au visage bleuté à la Fantômas, au crâne dégarni à la Dr Evil et aux yeux métalliques – maquillages conçus par l’immense Jack Pierce (Frankenstein, Dracula) – sont contrôlés par le Comité de Surveillance de l’Ordre de Chair et de Sang, afin qu’ils demeurent à leur « place ». Malgré les contrôles quotidiens, les robots-humanoïdes préparent l’extermination progressive des êtres humains, en les remplaçant par leurs répliques mécaniques. Et si certains individus ignoraient qu’ils étaient eux-mêmes des humanoïdes ?

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Etrange film que ce The Creation of the Humanoids, réalisé par Wesley Barry (1907-1994) en 1962, qui aura commencé sa carrière en tant qu’acteur, puis qui passera occasionnellement derrière la caméra, mais qui sera principalement assistant-réalisateur jusqu’aux années 1970. D’après un scénario de Jay Simms, auteur du sympathique The Giant Gila Monster de Ray Kellogg (1959) et de Panique année zéro de et avec Ray Milland (1962), ce film de SF vintage interroge sur les rapports de l’homme avec la machine. Bien sous tous rapports et ayant pour seul objectif de protéger l’Homme contre ce qui le menace, les robots vont s’affranchir de leur devise Servir, obéir et protéger l’homme de tout danger, même si finalement ils en viendront à vouloir protéger l’homme contre lui-même en programmant leur extinction. Si le fond est souvent passionnant, The Creation of the Humanoids est aussi et surtout un film très pesant et qui ennuie souvent en raison de dialogues interminables et trop explicatifs.

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Au-delà des décors fauchés et des costumes futuristes qui rappellent les pyjamas de Star Trek et de Cosmos 99, l’intrigue est très théâtrale, comme si elle était composée de plusieurs actes figés, quasiment dans des décors uniques et confinés. Ainsi on passe de la séquence dans le repaire des robots à celle du laboratoire, puis à celle de la conférence, de l’appartement puis à nouveau dans le repaire pour la révélation finale. Certains échanges interpellent, mais ces éléments sont à glaner dans d’interminables logorrhées qui mettent souvent la patience du spectateur à rude épreuve, surtout qu’aucune scène d’action (à part une complètement ratée) ne vient le secouer de temps en temps. De plus, le maquillage des comédiens en robots peut faire sourire tout du long et contraste avec le sérieux de l’entreprise. Car The Creation of the Humanoids a laissé tout humour de côté pour un ton premier degré, afin de sensibiliser l’audience sur ce sujet, quasi-révolutionnaire et novateur pour l’époque.

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Mais la mise en scène demeure figée, tout comme le jeu des comédiens, qui ont l’air d’avoir été placés sur un balai et qui récitent leur texte sans y croire, en particulier Don Megowan (Capt. Kenneth Cragis), dont le visage inexpressif peut à la fois paraître risible et également servir son personnage, dont la nature est révélée dans les cinq dernières minutes. The Creation of the Humanoids n’est pas déplaisant en soi, c’est juste que cette petite série B d’exploitation aux couleurs psychédéliques (que l’on doit au chef opérateur oscarisé Hal Mohr), n’a rien de réellement divertissant. En revanche, ce film se révèle être un traité ambitieux, ambigu et pessimiste sur la nature humaine. Intéressant malgré ses nombreux défauts.

LE DVD

The Creation of the Humanoids, est pour le moment uniquement disponible dans le coffret DVD La Guerre des Robots disponible chez Artus Films. Sont également disponibles dans ce coffret, Objectif Terre (Target Earth) de Sherman A. Rose (1954), Le Maître du monde – Tobor the Great de Lee Sholem (1954) déjà chroniqués dans nos colonnes, et Cyborg 2087 de Franklin Adreon (1966), qui sera testé prochainement.

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Un premier menu (fixe et muet) nous propose de sélectionner le film à visionner, ici Le Maître du monde – Tobor the Great ou Creation of the Humanoids. Puis un menu principal fixe et musical nous accueille. En guise d’interactivité, nous trouvons la bande-annonce originale, ainsi qu’un diaporama d’affiches et de photos d’exploitation. Le superbe Digipack – qui comblera les cinéphiles pour Noël – renferme les deux galettes, ainsi qu’un livret de douze pages Alerte aux robots – Le Robot au coeur de l’Age d’or de la SF cinématographique américaine (par Pr Brave Ghoul) et quatre reproductions de lobby cards reprenant les affiches des quatre films disponibles dans ce coffret.

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L’Image et le son

Cela commence assez mal avec des tâches et des points partout, une image qui tremble, un grain hasardeux, un manque de netteté qui fait venir les larmes aux yeux, des couleurs ternes et de multiples effets de pompage. Heureusement, le master s’arrange peu après et parvient à trouver un équilibre convenable. Les teintes baves très légèrement, le piqué est doux et la propreté est plus évidente. La gestion des contrastes s’avère plus ferme, tout comme la gestion de la patine argentique.

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Seule la version anglaise est disponible avec des sous-titres français non verrouillés. Les craquements, chuintements et le souffle sont plutôt rares. Les dialogues s’avèrent aérés, propres et fluides, tout comme la musique électronique réalisée au thérémine.

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Crédits images : © Artus Films / Captures : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Tchao Pantin, réalisé par Claude Berri

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TCHAO PANTIN réalisé par Claude Berri, disponible en Combo Collector Blu-ray + DVD le 7 décembre 2016 chez Pathé

Acteurs : Coluche, Richard Anconina, Agnès Soral, Philippe Léotard, Mahmoud Zemmouri, Ahmed Ben Ismaël

Scénario : Claude Berri et Alain Page, d’après le roman d’Alain Page Tchao Pantin

Photographie : Bruno Nuytten

Musique : Charlélie Couture

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Lambert, le regard fatigué et l’oeil rougi par l’alcool, traine sa solitude dans un garage parisien. Il est pompiste de nuit. Bensoussan, jeune dealer, fuit la police et se réfugie dans la station. Ils deviennent amis. Un jour, Bensoussan est assassiné…

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Tchao Pantin est un film culte. Pourtant, qui aurait pu parier sur le succès, voire le triomphe de l’oeuvre de Claude Berri réalisée en 1983 ? En 1970, le producteur-réalisateur avait offert à Coluche, alors inconnu du grand public, son premier rôle au cinéma dans Le Pistonné. Les deux hommes se retrouveront onze ans plus tard pour Le Maître d’école, grand succès de l’année 1981 avec 3 millions d’entrées. Au début des années 1980, Coluche est au sommet du box-office et vient d’enchaîner les triomphes commerciaux avec Inspecteur la bavure, Deux heures moins le quart avant J.C., Banzaï et La Femme de mon pote, tous produits par Claude Berri. En revanche, la vie personnelle du comédien part à vau-l’eau. Sa femme vient de le quitter en emmenant les enfants, son meilleur ami Patrick Dewaere met fin à ses jours en juillet 1982 en utilisant l’arme que Coluche lui avait offert et les dettes s’accumulent. Il se perd dans la drogue.

tchao-pantintchao-pantinagnesC’est alors que Christian Spillemaecker, secrétaire particulier et ami de Coluche, découvre le roman Tchao Pantin d’Alain Page. Alors que Claude Berri est sur le point de prendre l’avion pour rejoindre le tournage de L’Africain de Philippe de Broca dont il est le producteur, Spillemaecker lui conseille de découvrir ce livre en imaginant Coluche dans le rôle principal pour une possible adaptation. Claude Berri a le coup de foudre et décide de transposer lui-même ce roman dont il achète les droits pour le cinéma. Le tournage est prévu pour l’été 1983, en décors naturels dans le XVIIIe arrondissement. Halluciné par la transformation physique et la performance de Coluche devant sa propre caméra, Claude Berri parvient à faire avancer la sortie du film à décembre 1983, persuadé que le comédien obtiendra le César du meilleur acteur. Effectivement, Coluche obtiendra la compression lors de la cérémonie en mars 1984.

tchao-pantin2tchao-pantin5Il faut dire qu’il est exceptionnel dans la peau de Lambert, le pompiste alcoolique aux yeux tombants qui trompe son ennui la nuit en enchaînant les verres d’alcool. Le comédien incarne ce personnage avec une vérité époustouflante. Une nuit pluvieuse, Youseff Bensoussan (Richard Anconina), qui semble suivi par une voiture de police, parvient à s’abriter dans la station-service de Lambert. Il prétend vouloir remplacer la bougie de sa mobylette, mais Lambert n’est pas dupe. Ils engagent la conversation. Le jeune homme juif-arabe lui tient compagnie jusqu’à l’aube et les deux prennent un café. Lambert, homme solitaire, s’attache très vite à Bensoussan. Mais le jeune homme est en réalité plongé dans un trafic de drogue. Il deale la nuit pour le compte du propriétaire d’un bar du quartier de Belleville. Après s’être fait voler sa marchandise, Bensoussan est poursuivi par deux motards et assassiné dans la station-service de Lambert, devant ses yeux. On apprend que ce dernier est un ancien inspecteur de police, qui suite au décès de son fils à la suite d’une overdose, a sombré dans la dépression après que sa femme l’ait quitté. Lambert, qui voyait en Bensoussan comme un fils de substitution, décide de mener son enquête afin de retrouver les commanditaires de son assassinat.

tchao-pantin3tchao-pantin4Il rencontre Lola (Agnès Soral, superbe), une jeune punk dont Bensoussan était amoureux. Elle assiste à un règlement de comptes durant lequel Lambert tue un des responsables de la mort de Bensoussan. Si Lola représente une lueur d’espoir dans ce qui lui reste de vie, et si un officier de police (Philippe Léotard) suspecte le pompiste de vouloir mettre son nez là où il ne devrait pas, Lambert est bien décidé à aller jusqu’au bout de sa vengeance, même s’il doit y laisser la vie.

tchao-pantin6tchao-pantin10Chef d’oeuvre absolu de noirceur et de mélancolie, filmé près du métro aérien dans le quartier crasseux et glauque de la Chapelle à Paris (avant sa rénovation et sa réhabilitation), Tchao Pantin fascine toujours autant plus de trente ans après sa sortie. Epaulé par la photo – césarisée – du chef opérateur Bruno Nuytten, qui donne un aspect spectral à la station-service (éclairée aux néons froids) et la composition aussi marquante qu’inquiétante de Charlélie Couture (dont la chanson Les nuits sont trop longues), Claude Berri signe un de ses plus beaux films. Magistralement réalisé, Tchao Pantin doit également sa réussite à son ton parfois très réaliste qui fait froid dans le dos. Le personnage de Lambert collera tellement à la peau de Coluche, que le comédien gardera son costume tout du long, même en dehors du tournage. Une façon pour lui d’exorciser tout ce qui n’allait pas dans sa vie. De son côté, Richard Anconina trouve également un de ses rôles les plus marquants, pour lequel il sera récompensé par deux César, le premier pour le meilleur espoir masculin, le deuxième pour le meilleur second rôle. Tchao Pantin est un triomphe et attire plus de 3,8 millions de spectateurs en décembre 1983.

Zur ARTE-Sendung Am Rande der Nacht 3: Mit Hilfe der jungen Punkerin Lola (Agns Soral) macht sich der Ex-Polizist und Tankwart Lambert (Coluche) auf die Suche nach den Mšrdern seines Freundes Bensoussan Ð ein tšdliches UnterfangenÉ © PathŽ Renn Productions Foto: ARTE France Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wšlk Tel.: +33 3 881 422 25, E-Mail: bildredaktion@arte.tv

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Tchao Pantin a été réalisé à partir d’un check-disc. Le Blu-ray et le DVD reposent dans un Digipack dans la collection Version restaurée par Pathé, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est très élégant, animé sur un montage de séquences tirées du film.

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Près de deux heures de suppléments sont proposées, principalement repris de l’édition DVD Prestige sortie en 2006, même s’il manque l’interview de Coluche par France Roche !

Le principal bonus est le documentaire rétrospectif Il était une fois Tchao Pantin (51’), réalisé par Fabrice Ferrari et conçu par Serge July en 2003, composé d’entretiens de Christian Spillemaecker (producteur associé), Claude Berri (réalisateur et scénariste), Alain Page (romancier et dialoguiste), Fred Romano (compagne de Coluche), Paul Lederman (impresario-producteur qui a lancé Coluche), Didier Lavergne (maquilleur), Richard Anconina (« Bensoussan »), Mahmoud Zemmouri (« Rachid »), Agnès Soral (« Lola »), Bruno Nuytten (directeur de la photographie), Patrick Bordier (régisseur), Jacques Attali (conseiller politique) et Pierre Benichou (journaliste). A noter que le documentaire, jusqu’alors scindé en plusieurs modules sur le DVD Collector et en version tronquée, est ici présenté dans sa version intégrale.

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Malgré quelques légères digressions (sur la présentation de Coluche à l’élection présidentielle de 1981), vous y découvrirez tout ce qu’il faut savoir sur la genèse de Tchao Pantin, l’adaptation du roman d’Alain Page, le pari de confier le rôle principal à Coluche (qui traversait l’une des pires périodes de sa vie et sous l’emprise de la drogue), la préparation des comédiens (Agnès Soral qui a vécu avec des punks dans quelques squats), les partis pris esthétiques (la station-service éclairée aux néons), les conditions de tournage la nuit, durant deux mois, au milieu de véritables trafiquants de drogue et en décors naturels. Au-delà de l’aspect informatif, on apprécie le portrait de l’homme complexe qu’était Coluche, dressé au fil de ce documentaire.

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L’interview croisée de Richard Anconina et d’Agnès Soral (2003-29’) reprend peu ou prou les mêmes souvenirs de tournage racontés dans le documentaire précédent. Même s’ils sont assis l’un à côté de l’autre, les deux comédiens n’apparaissent étrangement jamais ensemble à l’écran. Agnès Soral revient sur la façon dont Claude Berri l’a engagée et lui a demandé de se préparer pour son personnage, tandis que Richard Anconina, explique comment il a obtenu le rôle grâce à son ami Coluche, qui lui a conseillé de mentir sur son âge et de dire qu’il avait 22 ans (alors qu’il en avait 31). Les deux comédiens évoquent également le travail avec Coluche et Claude Berri, le triomphe du film, celui aux César et l’après-Tchao Pantin.

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A l’instar de l’entretien précédent, l’éditeur reprend également celui de Claude Berri (10’) réalisé en 2003. Les propos tenus ici sont une fois de plus redondants avec ce qui a pu être entendu dans le film de Serge July ou lors de l’interview des deux acteurs. Une fois de plus, ce bonus revient sur l’adaptation du livre d’Alain Page, les personnages, le choix de Coluche pour incarner Lambert, les partis pris de la photo de Bruno Nuytten, la musique de Charlélie Couture. Seul argument inédit, Claude Berri évoque un remake qu’aurait dû réaliser et interpréter Al Pacino.

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Seul élément inédit, l’interview de Xavier Castano (18′), réalisée par Jérôme Wybon. L’assistant-réalisateur donne beaucoup d’éléments nouveaux sur le tournage de Tchao Pantin. Notre interlocuteur revient notamment sur une des premières fois où le film a été abordé avec Coluche (qui avait déjà trouvé la tête de son personnage), ainsi que sur la situation personnelle du comédien (« à un carrefour de sa vie ») et sur ce qui a pu le motiver pour se lancer dans ce projet après le tournage difficile de La Femme de mon pote et surtout la mort de Patrick Dewaere son meilleur ami. Quelques images de tournage inédites viennent illustrer cet excellent entretien, qui indique aussi comment se déroulaient les prises de vue, les partis pris de la photo de Bruno Nuytten et le fait que Claude Berri lui-même ne croyait pas au succès du film en raison de sa noirceur et du contre-emploi de Coluche.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale (qui insiste sur la performance dramatique de Coluche et que l’on compare à Raimu, Fernandel et Bourvil), ainsi que sur le célèbre extrait (raccourci malheureusement) de la cérémonie des Césars en 1984 (3’).

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L’Image et le son

Tchao Pantin rejoint le plan de restauration du catalogue Pathé. La copie en 4K du film de Claude Berri est livrée dans un écrin Blu-ray au format 1080p. La photo signée par le grand chef opérateur Bruno Nuytten, qui a d’ailleurs supervisé la restauration en 2014 par les laboratoires Eclair, est ici respectée avec des couleurs très froides (aux teintes bleutées), volontairement délavées et une patine argentique très appréciable. L’image (1.66, 16/9 compatible 4/3) a été savamment nettoyée, la copie est vraiment très propre, l’ensemble est stable, le cadre ne manque pas de détails. Le piqué doux demeure agréable pour les mirettes, les contrastes sont élégants, bien que Tchao Pantin se déroule essentiellement de nuit et que certaines séquences s’avèrent très sombres. Si les noirs manquent légèrement de concision et tirent également sur le bleu, l’édition HD de Tchao Pantin demeure très soignée.

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L’éditeur propose un mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Comme pour l’image, le son a également subi un dépoussiérage par L.E. Diapason. La piste est propre, mais les dialogues sont parfois sensiblement étouffés, pour ne pas dire plats. Toutefois, l’écoute reste supérieure à celle des anciennes diffusions télévisées, certains effets se distinguent (la pluie au début du film) et la musique de Charlélie Couture possède même un coffre inédit. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles. Nous trouvons également une piste Audiovision.

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Crédits images : © Pathé / Captures du Blu-ray et des suppléments : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Le Maître du monde (Tobor the Great) – Coffret La Guerre des Robots, réalisé par Lee Sholem

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Le Maître du monde (Tobor the Great) réalisé par Lee Sholem, disponible en coffret DVD Prestige « La Guerre des Robots » le 6 décembre 2016 chez Artus Films

Acteurs : Charles Drake, Karin Booth, Billy Chapin, Taylor Holmes, Steven Geray, Henry Kulky, Franz Roehn, Hal Baylor

Scénario : Philip MacDonald

Photographie : John L. Russell

Musique : Howard Jackson

Durée : 1h14

Date de sortie initiale : 1954

LE FILM

A l’ère de la conquête spatiale, le Dr. Ralph Harrison, en charge d’un projet de mission spatiale, démissionne de la Commission Interplanétaire Fédérale Civile, en refusant que des humains soient utilisés comme pilotes-cobayes, lors des tests de prototypes de fusées. Il est contacté par le Professeur Arnold Nordstrom qui lui propose de travailler avec lui sur Tobor, un robot destiné à aller dans l’espace. Un espion s’introduit dans la conférence de presse visant à présenter Tobor aux reporters. Après une tentative infructueuse de voler les plans de conception de Tobor, l’espion et ses complices enlèvent Nordstrom et son petit-fils. Tobor pourra-t-il les tirer de cette fâcheuse posture ?

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« C’est une histoire du futur, mais un futur proche » nous indique la géniale (et sérieuse) exposition de Tobor the Great, connu chez nous sous le titre Le Maître du monde – on se demande d’ailleurs pourquoi, y compris l’affiche qui ne représente en rien le film – ou bien encore Tobor le Grand en Belgique. Réalisé en 1954 par Lee Sholem (1913-2000), metteur en scène de Tarzan et la fontaine magique (1949) et Tarzan et la belle esclave (1950) avec Lex Barker dans le rôle-titre, sans oublier Superman et les nains de l’enfer (1951) avec George Reeves, Le Maître du monde explique d’emblée au spectateur que la course à l’espace est devenue l’une des priorités de toutes les nations du monde. A cette occasion, le gouvernement américain a créé la Commission Civile des Voyages Interplanétaires, dont les essais sont financés par le Congrès.

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Une explosion atomique nous rappelle que la Seconde Guerre mondiale est encore dans les mémoires et que les avancées scientifiques, techniques et technologiques ont connu un bond en avant sans précédent. Les recherches concernent les nouveaux matériaux fissiles, les alliages non fissiles et surtout les navigations spatiales, l’astrophysique et l’aérodynamique. Mais alors qu’en est-il du facteur humain ? C’est là qu’intervient le Dr. Ralph Harrison (Charles Drake), qui rejette tous les tests effectués sur les pilotes destinés à envoyer un homme dans l’espace en raison de tous les risques que cela comporte. A la suite d’un énième test d’un pilote harnaché dans une centrifugeuse, il démissionne. Harrison est alors soutenu dans ses positions par l’éminent Professeur Arnold Nordstrom (Taylor Holmes) qui souhaite alors l’engager pour travailler à ses côtés sur un projet révolutionnaire. Dans son atelier bourré de gadgets, Nordstrom a mis au point un robot doté d’une intelligence artificielle et de la capacité à ressentir les émotions (amour, amitié, hostilité), qu’il a baptisé Tobor (comprenez Robot écrit à l’envers). Ce robot sera destiné à prendre la place des pilotes humains dans les fusées envoyées dans l’espace.

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Nordstrom vit avec sa fille Janice (Karin Booth) et son petit-fils Gadge (Billy Chapin), le père de ce dernier étant décédé durant la guerre de Corée. Gadge est un enfant surdoué, passionné par la science et les travaux de son grand-père. Après avoir finalisé leur robot, Nordstrom et Harrison décident de présenter à la presse le fruit de leurs recherches. Mais Tobor attire bien vite les convoitises et quelques espions, probablement russes, décident de s’en emparer.

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Le Maître du monde – Tobor the Great est le prototype même de la série B SF vintage que les cinéphiles chérissent tout particulièrement. Le charme désuet de ce petit film repose sur un scénario malin écrit par le solide Philip MacDonald (La Patrouille perdue de John Ford, La Fiancée de Frankenstein de James Whale, Rebecca d’Alfred Hitchcock, Le Récupérateur de cadavres de Robert Wise) qui compile les éléments fantastiques alors à la mode : conquête spatiale, nouvelles technologies, fascination des robots et de l’intelligence artificielle. Certes, le spectateur d’aujourd’hui devra accepter certains éléments bien naïfs, mais Le Maître du monde – Tobor the Great n’a absolument rien perdu de son pouvoir divertissant, malgré son budget visiblement modeste (d’où l’usage de stock-shots), et demeure l’un des premiers films du genre à montrer l’amitié entre un enfant et un robot qui tape à la machine à écrire et qui s’entraîne à piloter sur ce qui s’apparente à un jeu d’arcade ! Les comédiens Charles Drake (Harvey, Le Météore de la nuit), Karin Booth (La Danse inachevée), le jeune Billy Chapin (La Nuit du chasseur) et Taylor Holmes (Les Hommes préfèrent les blondes) sont tous très attachants et nous font croire à cette histoire déjà marquée par l’espionnage industriel.

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Le spectacle s’adresse tout aussi bien aux enfants, qui se reconnaîtront dans le personnage de Gadge qui devient « ami » avec le robot (ou un simulacre d’homme électronique comme le préfère l’inventeur), qu’aux adultes cinéphiles adeptes de SF. Ces derniers ne manqueront pas de dresser un parallèle entre la présentation de Tobor à la presse, avec la séquence de RoboCop de Paul Verhoeven, lors de la première mise en route du ED 209. Mais bon, la conclusion n’est pas la même on vous rassure. Après la sortie du film sur les écrans, les producteurs ont essayé de vendre le robot Tobor à la télévision. Si un épisode pilote a été tourné, la série Here Comes Tobor prévue sera finalement avortée.

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LE DVD

Le Maître du monde – Tobor the Great, est pour le moment uniquement disponible dans le coffret DVD La Guerre des Robots disponible chez Artus Films. Sont également disponibles dans ce coffret, Objectif Terre (Target Earth) de Sherman A. Rose (1954) déjà chroniqué dans nos colonnes, Creation of the Humanoids de Wesley Barry (1962) et Cyborg 2087 de Franklin Adreon (1966), qui seront chroniqués prochainement.

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Un premier menu (fixe et muet) nous propose de sélectionner le film à visionner, ici Le Maître du monde – Tobor the Great ou Creation of the Humanoids. Puis un menu principal fixe et musical nous accueille. En guise d’interactivité, nous trouvons la bande-annonce originale, ainsi qu’un diaporama d’affiches et de photos d’exploitation. Le superbe Digipack – qui comblera les cinéphiles pour Noël – renferme les deux galettes, ainsi qu’un livret de douze pages Alerte aux robots – Le Robot au coeur de l’Age d’or de la SF cinématographique américaine (par Pr Brave Ghoul) et quatre reproductions de lobby cards reprenant les affiches des quatre films disponibles dans ce coffret.

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L’Image et le son

A l’instar du master d’Objectif Terre, la copie – 1.37 – 16/9 compatible 4/3 – du Maître du monde s’avère plutôt propre et stable, en dehors de quelques tâches, points, poussières et rayures, surtout durant l’introduction. Sinon, le N&B est honnête avec des blancs clairs et des noirs solides. La gestion du grain original est un peu plus aléatoire, surtout sur les stock-shots supposés représenter les avancées dans la course à l’espace. En dehors de quelques plans flous, le confort demeure assuré et participe à la (re)découverte de cette série B.

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Le film de Lee Sholem bénéficie d’un doublage français. Au jeu des comparaisons avec la version originale, la piste française (au doublage rétro et réussi) s’avère grinçante et grésille quelque peu, même si le volume des voix y est plus élevé. Si elle manque peut-être d’intelligibilité, la piste anglaise s’avère plus homogène dans son rendu, notamment au niveau des effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

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Crédits images : © Artus Films / Captures : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Objectif Terre (Target Earth) – Coffret La Guerre des Robots, réalisé par Sherman A. Rose

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OBJECTIF TERRE (Target Earth) réalisé par Sherman A. Rose, disponible en coffret DVD Prestige “La Guerre des Robots” le 6 décembre 2016 chez Artus Films

Acteurs : Richard Denning, Kathleen Crowley, Virginia Grey, Richard Reeves, Robert Roark, Mort Marshall, Arthur Space, Whit Bissell, James Drake

Scénario : William Raynor, ,James H. Nicholson, Wyott Ordung d’après la nouvelle The Deadly City de Paul W. Fairman

Photographie : Guy Roe

Musique : Paul Dunlap

Durée : 1h11

Date de sortie initiale : 1954

LE FILM

Une grande ville a été entièrement évacuée. Une force extra-terrestre venue de Vénus composée de robots l’a envahie et a réduit l’humanité à néant ! Frank et une poignée d’autres personnes se réveillent dans une ville déserte. Non seulement ils vont devoir échapper aux patrouilles de robots, mais ils vont également devoir faire face à un psychopathe qui s’est joint à eux. Pendant ce temps-là, les scientifiques sont entrés dans une folle course contre la montre pour tenter de sauver la Terre de l’annihilation…

target-eath2Voilà typiquement le genre de film que l’auteur de ces mots adore visionner à l’approche des fêtes de fin d’année. Cela lui rappelle son adolescence, quand à plus de minuit il se blottissait dans une couverture, vautré dans le canapé et qu’il enchaînait ces séries B jusqu’à l’aube pendant les vacances de Noël. Disponible dans le coffret édité chez Artus Films “La Guerre des Robots” avec trois autres films du même acabit, Objectif Terre – Target Earth, réalisé par Sherman A. Rose en 1954 et coécrit par Wyott Ordung (Le Pionnier de l’espace) d’après la nouvelle Deadly City de Paul W. Fairman publiée en 1953 dans un magazine SF, est un tout petit film où quelques d’individus se réveillent dans une ville américaine (on nous montre Los Angeles vue du ciel, mais l’action est supposée se dérouler à Chicago) où ils sont visiblement les seuls survivants. Aucune voiture dans les rues, les radios sont coupées, tout comme l’électricité et l’eau courante. Si visiblement cela ne les inquiète pas trop – même les personnages féminins gardent le sourire en s’accrochant à leur sac à main – ils vont vite se rendre compte que la ville est en réalité envahie par une armée d’une centaine de robots extraterrestres. En fait, nous n’en verrons qu’un en activité (bah oui, faute de budget), qui s’apparente à un assemblage de cartons passés à la couleur métallisée, avec un gyrophare meurtrier en guise de tête et qui adopte la même démarche que la créature de Frankenstein.

target-eath4target-eath5La résistance (passive) s’organise en faisant un gueuleton ou en ouvrant des bouteilles de Bollinger 1948, en jouant du piano et en piquant un petit roupillon. Pendant ce temps, l’armée, qui a visiblement mal fait son boulot en oubliant certains habitants lors de l’évacuation, se met à la recherche du point faible des robots. Cela pourrait-il venir du tube cathodique situé dans leur tête ? Nos héros réussiront-ils à s’en sortir ?

target-eath6target-eath7Les robots exterminateurs semblent venir de Vénus comme l’indique un des personnages principaux, qui étaye d’ailleurs sa théorie à l’aide de nombreux arguments contre lesquels il est difficile de s’opposer. Dans ce groupe, il y a Nora (Kathleen Crowley), jeune femme qui se réveille brutalement en début d’après-midi. Elle croyait d’ailleurs ne jamais rouvrir les yeux puisqu’elle avait pris une dose massive de somnifères pour en finir avec la vie. Bon, puisqu’elle se réveille et que son plan a visiblement échoué, elle se lève tranquillement, le temps pour les spectateurs de l’époque d’admirer sa nuisette. Mais Nora découvre très vite que ses voisins ne répondent pas et que les rues paraissent étonnamment calmes. Excellente exposition avec un décor et une ambiance inquiétante. Puisque c’est ainsi, Nora s’en va flâner nonchalamment, même si les magasins s’avèrent déserts. C’est alors qu’elle tombe sur le cadavre d’une femme. Elle crie. Un homme débarque. Nora pense qu’il l’a tuée et s’enfuit en moulinant des bras. L’homme, Frank (Richard Denning), la rattrape très vite, tente de lui dire qu’il n’a rien à voir avec ce meurtre. Nora est vite soulagée, surtout après qu’il lui ait collé une belle baffe pour la résonner. D’autant plus que Frank est bel homme, alors comment a-t-elle pu croire une chose pareille ! Pourquoi ne pas continuer la promenade à deux ? Frank et Nora font connaissance comme si de rien n’était alors que tout est désert. Enfin presque tout. Ils entendent un air de piano provenant d’un restaurant. Ils entrent. Un homme (Richard Reeves) et une femme (Virginia Grey), éméchés, entourés de bouteilles de champagne et de victuailles, ont décidé de faire la fête. Frank et Nora se joignent rapidement à eux et festoient. C’est alors que l’ombre d’un robot géant fait son apparition sur la façade d’un building. Cette fois, ils prennent peur et partent se réfugier dans l’immeuble en face.

target-eath8target-eath9Formidable série B surannée, dynamique (à la base Sherman A. Rose était monteur), produite en toute indépendance par Herman Cohen, futur producteur de I Was a Teenage Werewolf, I Was a Teenage Frankenstein et Sherlock Holmes contre Jack l’Éventreur, tournée en seulement sept jours avec un budget inférieur à 100.000 dollars (et l’aide de stock-shots), Objectif Terre – Target Earth fera encore aujourd’hui le bonheur des cinéphiles adeptes des mini-films SF qui pullulaient alors sur les écrans dans les années 1950. Si les apparitions du robot au rayon laser sont finalement très limitées, Objectif Terre reste bien divertissant, kitsch à souhait, plaisant et surtout très attachant.

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LE DVD

Objectif Terre – Target Earth, est pour le moment uniquement disponible dans le coffret DVD La Guerre des Robots disponible chez Artus Films. Sont également disponibles dans ce coffret, Le Maître du Monde (Tobor le Grand) de Lee Sholem (1954), Creation of the Humanoids de Wesley Barry (1962) et Cyborg 2087 de Franklin Adreon (1966), qui seront chroniqués prochainement.

71m-seikzyl-_sl1200_Un premier menu (fixe et muet) nous propose de sélectionner le film à visionner, ici Objectif Terre – Target Earth ou Cyborg 2087. Puis un menu principal fixe et musical nous accueille. En guise d’interactivité, nous trouvons la bande-annonce originale, ainsi qu’un diaporama d’affiches et de photos d’exploitation. Le superbe Digipack – qui comblera les cinéphiles pour Noël – renferme les deux galettes, ainsi qu’un livret de douze pages Alerte aux robots – Le Robot au coeur de l’Age d’or de la SF cinématographique américaine (par Pr Brave Ghoul) et quatre reproductions de lobby cards reprenant les affiches des quatre films disponibles dans ce coffret.

target-eath12L’Image et le son

C’est pas mal du côté de l’image. La copie – 1.66 – 16/9 compatible 4/3 – est plutôt propre et stable. Les tâches, points et griffures sont assez rares, le N&B est honnête avec des blancs clairs et des noirs solides. La gestion du grain original est un peu plus aléatoire, surtout sur les stock-shots supposés représenter les forces de l’armée qui se préparent à contre-attaquer et les quelques plans tournés à la sauvette puisque la production n’avait pas demandé l’autorisation pour certaines prises de vue. Le confort est assuré et participe à la (re)découverte de cette excellente série B.

vlcsnap-2016-12-02-10h10m43s62Même chose en ce qui concerne l’acoustique, de fort bon niveau et peu marquée par quelques parasites imputables aux conditions de conservation ou tout simplement aux affres du temps. Les sous-titres français ne sont pas verrouillés et seule la version originale Dolby Digital mono est proposée ici. Les dialogues sont clairs et distincts, la musique dynamique, tout comme les effets sonores à l’instar du clic-clic de la démarche du robot ou de son rayon meurtrier.

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Crédits images : © Artus Films / Captures : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Le BGG – Le Bon gros géant, réalisé par Steven Spielberg

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LE BGG – Le Bon Gros Géant (The BFG) réalisé par Steven Spielberg, disponible en Blu-ray, Blu-ray 3D et DVD le 1er décembre 2016 chez Métropolitan Vidéo

Acteurs : Mark Rylance, Ruby Barnhill, Penelope Wilton, Jemaine Clement, Rebecca Hall, Rafe Spall, Bill Hader

Scénario : Melissa Mathison, d’après le roman Le Bon Gros Géant de Roald Dahl

Photographie : Janusz Kaminski

Musique : John Williams

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Le Bon Gros Géant ne ressemble pas du tout aux autres habitants du Pays des Géants. Il mesure plus de 7 mètres de haut et possède de grandes oreilles et un odorat très fin. Il n’est pas très malin mais tout à fait adorable, et assez secret. Les géants comme le Buveur de sang et l’Avaleur de chair fraîche, sont deux fois plus grands que lui et aux moins deux fois plus effrayants, et en plus, ils mangent les humains. Le BGG, lui, préfère les schnockombres et la frambouille. À son arrivée au Pays des Géants, la petite Sophie, une enfant précoce de 10 ans qui habite Londres, a d’abord peur de ce mystérieux géant qui l’a emmenée dans sa grotte, mais elle va vite se rendre compte qu’il est très gentil. Comme elle n’a encore jamais vu de géant, elle a beaucoup de questions à lui poser.

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Le BGG emmène alors Sophie au Pays des Rêves, où il recueille les rêves et les envoie aux enfants. Il va tout apprendre à Sophie sur la magie et le mystère des rêves. Avant leur rencontre, le BGG et Sophie avaient toujours été livrés à eux-mêmes, chacun dans son monde. C’est pourquoi leur affection l’un pour l’autre ne fait que grandir. Mais la présence de la petite fille au Pays des Géants attire bientôt l’attention des autres géants. Sophie et le BGG quittent bientôt le Pays des Géants pour aller à Londres voir La Reine et l’avertir du danger que représentent les géants. Mais il leur faut d’abord convaincre la souveraine et sa domestique, Mary que les géants existent bel et bien ! Tous ensemble, ils vont mettre au point un plan pour se débarrasser des méchants géants une bonne fois pour toutes…

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Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les adaptations au cinéma des œuvres de Roald Dahl (1916-1990) ne sont pas légion. Parmi les meilleures demeurent Matilda de Danny DeVito (1996), James et la Pêche géante (1997) réalisé par Henry Selick et Fantastic Mr. Fox, film d’animation réalisé par Wes Anderson en 2009. Nous ne parlerons pas de Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton, qui avait déjà commencé son entrée dans le blockbuster puéril et laid, jusqu’à son rebond inattendu en 2016 avec Miss Peregrine et les enfants particuliers. Si Le BGG – Le Bon Gros Géant avait déjà connu une adaptation animée en 1989, il aura fallu attendre 2016 pour voir le film live réalisé par Steven Spielberg tiré du livre écrit en 1982 par Roald Dahl et publié dans plus de quarante langues.

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Immédiatement après l’excellent Pont des espions, le cinéaste s’est attelé à la mise en scène du BGG – Le Bon Gros Géant en confiant le rôle-titre à Mark Rylance, tout juste auréolé de l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour ce film d’espionnage à succès écrit par les frères Coen. Pour transformer le comédien en géant de 7,5 mètres de haut, Steven Spielberg a eu recours à la désormais incontournable capture de mouvements, Rylance étant criblé de capteurs qui enregistraient sa performance en direct. Certes, Le BGG – Le Bon Gros Géant est et restera un film mineur dans l’immense carrière du maître, mais ce divertissement pour toute la famille, même si les enfants y trouveront plus leur compte que leurs parents, démontre encore à quel point Steven Spielberg demeure un des plus grands raconteurs d’histoires du cinéma.

Oscar (R) winner Mark Rylance stars as the BFG (Big Friendly Giant) in Disney's fantasy-adventure, THE BFG, directed by Steven Spielberg based on the best-selling book by Roald Dahl, which opens in theaters nationwide on July 1.

Disney"s THE BFG is the imaginative story of a young girl named Sophie (Ruby Barnhill) and the Big Friendly Giant (Oscar(R) winner Mark Rylance) who introduces her to the wonders and perils of Giant Country.  Directed by Steven Spielberg based on Roald Dahl's beloved classic, the film opens in theaters nationwide on July 1.

Il aura fallu près de 25 ans au cinéaste pour pouvoir concrétiser ce projet, longtemps envisagé avec Robin Williams dans le rôle-titre, mais les effets spéciaux et notamment les images de synthèse alors à leurs balbutiements ne lui permettaient pas encore de créer le monde dont il rêvait. Avec Janusz Kaminski à la photographie, Rick Carter aux décors, Michael Kahn au montage, Joanna Johnston aux costumes, Joe Letteri aux effets visuels et bien évidemment John Williams à la baguette, le metteur en scène s’entoure de collaborateurs fidèles. Devant ces personnages solitaires en quête d’amour et d’une famille, on comprend aisément ce qui a poussé Steven Spielberg à réaliser Le BGG – Le Bon Gros Géant, même si l’humour est ici marqué par une certaine noirceur qui a toujours été une composante de son cinéma, mais qui s’est encore plus appuyée dès la fin des années 1990. Ce mélange des tons est directement issu du roman original et reflète les sentiments propres aux enfants.

In Disney's fantasy-adventure THE BFG, directed by Steven Spielberg and based on Roald Dahl's beloved classic, a precocious 10-year-old girl from London named Sophie (Ruby Barnhill) befriends the BFG (Oscar (R) winner Mark Rylance), a Big Friendly Giant from Giant Country.  The film opens in theaters nationwide on July 1.

THE BFG, directed by Steven Spielberg based on the beloved novel by Roald Dahl, is the exciting tale of a young London girl (Ruby Barnhill) and the mysterious Giant (Mark Rylance) who introducers her to the wonders and perils of Giant Country.

Steven Spielberg est un réalisateur toujours soucieux de son public et donc très généreux. Toutefois, malgré la beauté des images, l’excellence de Mark Rylance (doublé en VF par Dany Boon) et l’immense réussite des effets spéciaux (par les génies de Weta Digital), tout comme celle des neuf ogres qui en font voir à notre héros, Le BGG – Le Bon Gros Géant manque singulièrement de rythme, s’avère même poussif et l’ennui peut parfois s’installer. Du coup, l’ensemble fait penser à une superbe galerie d’effets spéciaux (voir la très belle scène de la chasse aux rêves), mais l’intérêt s’émousse et le film reste froid, pour ne pas dire distant. De plus, ce n’est pas l’horripilante actrice principale Ruby Barnhill qui nous intéresse, puisque à force de gesticuler dans tous les sens et de grimacer, le personnage de Sophie est finalement peu attachant. Les enfants trouveront sans doute quelques accroches avec la petite fille de dix ans, mais les parents risquent de se fatiguer très vite.

In Disney's fantasy-adventure THE BFG, directed by Steven Spielberg and based on the best-selling book by Roald Dahl, the Big Friendly Giant (Oscar (R) winner Mark Rylance) from Giant Country, visits London at night when the city is asleep.  The film opens in theaters nationwide July 1.

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Mais Spielberg est malin et la dernière partie poético-burlesque, celle où le BGG rencontre la Reine d’Angleterre (interprétée par Penelope Wilton, lady Crawley de la série Downton Abbey) dans le Palais de Buckingham relève nettement le niveau jusqu’à la fin. Comme dans tous les contes, celui du BGG comporte quelques longueurs, que l’on excuse finalement devant tant de virtuosité.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du BGG – Le Bon Gros Géant, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très légèrement animé et musical.

71gytiyftzl-_sl1500_Les suppléments de cette édition sont principalement destinés aux jeunes spectateurs. Le making of est d’ailleurs présenté par la jeune comédienne Ruby Barnhill, qui joue avec sa caméra et évoque ses impressions sur le tournage du film (27’). En plus de nombreuses images volées sur le plateau, ce documentaire se compose également d’interviews des comédiens, de Steven Spielberg, des producteurs, de la fille de Roald Dahl, des créateurs des effets visuels, de la scénariste. Les effets spéciaux sont passés au crible, tout comme le livre de Roald Dahl, la genèse de l’adaptation cinématographique, l’évolution du scénario, la préparation, le casting, les prises de vues réalisées en motion-capture. Divertissant et informatif.

screenshot001screenshot002screenshot003screenshot004screenshot005screenshot007screenshot008Le petit module suivant intitulé Le BGG et moi (2’) est réalisé en animation et présente la relation du Bon Gros Géant avec le petit garçon qui a vécu avec lui.

screenshot010Si vos enfants ont envie d’apprendre Le Merveilleux charabia du BGG (3’), l’éditeur propose une petite leçon particulière pour les initier au gobblefunk à travers quelques animations cette fois encore.

screenshot011Un documentaire de cinq minutes se focalise ensuite sur la création des Géants. C’est encore l’occasion de comparer le tournage réalisé en motion-capture, avec le résultat final. Un procédé toujours impressionnant.

screenshot012screenshot013L’interactivité se clôt sur un module-hommage à la scénariste Melissa Mathison, décédée en novembre 2015 à l’âge de 65 ans. Auteure de L’Etalon noir, E.T., l’Extra-terrestre et Kundun, ex-femme d’Harrison Ford, Melissa Mathison était une amie très proche de Steven Spielberg. Le cinéaste, les producteurs Kathleen Kennedy et Frank Marshall parlent ici de leur étroite collaboration.

screenshot006screenshot015screenshot009screenshot014screenshot016L’Image et le son

Seule la version 2D a été testée. Tourné grâce aux caméras numériques Arri Alexa XT, Panavision Primo Lenses, Le BGG – Le Bon Gros Géant doit se voir ou se revoir en Haute définition. Les effets numériques sont ahurissants de beauté, le piqué est ciselé (surtout sur les scènes diurnes), les couleurs impressionnantes. Seules quelques séquences plus agitées mettant en scène les géants apparaissent parfois moins nettes et occasionnent quelques pertes de la définition. Il n’empêche que les contrastes sont léchés, les noirs denses et la profondeur de champ omniprésente. Les détails sont légion à l’avant comme à l’arrière-plan, le relief ne cesse d’étonner et le rendu des textures (étoffes, boiseries, dorures) est subjuguant.

screenshot000La version française est proposée en DTS-HD Master Audio 7.1 tandis que la piste anglaise bénéficie d’une acoustique Dolby Atmos. Dans les deux cas, les dialogues y sont remarquablement exsudés par la centrale, les frontales sont saisissantes, les effets et ambiances riches et explosives, les enceintes arrière instaurent constamment un environnement musical, tout comme le caisson de basses, mis à rude épreuve, qui n’en finit pas de marteler les séquences les plus mouvementées ou même quand les géants ne font que marcher tranquillement. Un grand, très grand spectacle ! L’éditeur joint également une piste française Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

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Copyright Metropolitan FilmExport / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr