Test Blu-ray / Les Pirates du métro, réalisé par Joseph Sargent

LES PIRATES DU MÉTRO (The Taking of Pelham One Two Three) réalisé par Joseph Sargent, disponible en Combo Blu-ray + DVD + DVD de bonus le 5 avril 2022 chez Rimini Editions.

Acteurs : Walter Matthau, Robert Shaw, Martin Balsam, Hector Elizondo, Earl Hindman, James Broderick, Dick O’Neill, Lee Wallace…

Scénario : Peter Stone, d’après le roman de John Godey

Photographie : Owen Roizman

Musique : David Shire

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

À New York, quatre hommes armés, utilisant des couleurs comme noms, prennent en otage une voiture de métro et demandent une rançon d’un million de dollars pour la libération des passagers. Le Lieutenant Zachary Garber de la police du métro de New York doit gérer cette affaire, alors même qu’il doit faire visiter le centre de contrôle du réseau à des responsables du métro de Tōkyō.

Les Pirates du métro The Taking of Pelham 123 est réalisé en 1974 par Joseph Sargent. De son vrai nom Giuseppe Danielle Sorgente, il naît en 1925 dans le New Jersey et commence sa carrière au cinéma en tant qu’acteur. Il attrape le virus de la comédie quand il a une dizaine d’années, au moment où il reçoit une caméra 8 mm de la part de son oncle, avec laquelle il s’amuse à réaliser et à interpréter quelques courts métrages bien évidemment amateurs. Il intègre ensuite les rangs de l’Actors Studios dans les années 1940 et commence à se produire à Broadway dans quelques pièces, tout en multipliant les apparitions dans diverses séries télévisées, comme Peter Gunn ou The Lone Ranger. Il apparaît également comme figurant dans Tant qu’il y aura des hommes de Fred Zinnemann en 1953. Mais au milieu des années 1950 Joseph Sargent change son fusil d’épaule et souhaite devenir réalisateur. Il a l’opportunité de mettre en scène son premier long-métrage en 1959, Streetfighter, un drame à petit budget, écrit et interprété par Vic Savage, qui raconte l’histoire d’un jeune délinquant en quête de rédemption, après la mort de celle qu’il aimait. Mais c’est véritablement au cours de la décennie suivante que Joseph Sargent va apprendre son métier et surtout s’épanouir derrière la caméra, en réalisant moult épisodes de séries télévisées diverses et variées, Lassie, Gunsmoke, Les Envahisseurs, Bonanza, Le Fugitif, Opération vol et surtout Des agents très spéciaux. En 1966-1967, sortent deux longs-métrages, Un espion de trop et L’Espion au chapeau vert, qui sont en fait constitués chacun de deux épisodes de la série tirés de la seconde et de la troisième saison. Puis Joseph Sargent signe un film de guerre avec Claudia Cardinale et Rod Taylor, Tous les héros sont morts. Au début des années 1970, Joseph Sargent va signer son premier chef d’oeuvre, Le Cerveau d’acier Colossus : The Forbin Projet, sublime film de science-fiction apocalyptique, dans lequel Eric Braden, « monsieur Moustaches » des Feux de l’amour, qui avait alors une carrière intéressante au cinéma (Les Evadés de la planète des singes ou Les 100 fusils de Tom Gries), affrontait une intelligence artificielle, sur le point de prendre le contrôle de la Terre et de ses habitants. Toutes proportions gardées bien sûr, cette relecture glaçante du mythe de Prométhée apparaît comme un chaînon manquant entre 2001 l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick et Point Limite de Sidney Lumet. Méconnu et néanmoins précurseur, ce film aurait grandement inspiré James Cameron pour la création du Skynet de Terminator. Tout en continuant son travail pour la télévision, entre téléfilms et séries télévisées, il a d’ailleurs réalisé l’épisode de Kojak, Joseph Sargent reçoit de plus en plus de propositions pour le cinéma. En 1972, il commence le tournage d’un western, Buck et son complice, avec Sidney Poitier et Harry Belafonte, mais suite à des divergences avec la production, il est débarqué du tournage peu de temps après le début des prises de vues. Il sera remplacé par Sidney Poitier lui-même. Il enchaîne avec The Man Le numéro 4, téléfilm dans lequel James Earl Jones interprète le premier président des Etats-Unis afro-américain. Un téléfilm qui connaîtra une petite exploitation dans les salles et qui deviendra culte, au point d’être projeté lors de la première investiture de Barack Obama en 2009. Puis, Joseph Sargent réalise un film d’action avec Burt Reynolds, Les Bootlegers, dont l’acteur réalisera une suite trois ans plus tard et avec laquelle il fera lui-même ses débuts à la mise en scène. On lui propose alors de prendre les manettes des Pirates du métro.

A la base des Pirates du métro il y a un roman écrit par John Godey, nom de plume de Morton Freedgood, connu pour avoir créé le personnage de Johnny Belle gueule, qui sera incarné à la fin des années 1980 par Mickey Rourke, sous la direction de Walter Hill, ainsi que le personnage de Jack Albany, acteur de seconde zone qui est pris pour un tueur professionnel, impliqué malgré-lui dans quelques affaires rocambolesques. Le grand Dick Van Dyke a d’ailleurs interprété ce personnage dans une production Disney à la fin des années 1960 intitulée Frissons garantis. Mais de l’avis général Les Pirates du métro demeure son chef d’oeuvre. Le livre sort en 1973 et devient vite un best-seller. En France, il est édité chez Flammarion sous le titre Arrêt prolongé sous Park Avenue, avant d’être réédité l’année suivante sous le titre Mainmise sur le métro, et d’acquérir enfin son titre définitif en 1975, Les Pirates du métro, après la sortie du film de Joseph Sargent dans l’Hexagone. Les droits du roman sont vendus pour environ un demi-million de dollars à la Palomar Pictures, qui avait déjà produit Le Limier de Mankiewicz et On achève bien les chevaux de Sydney Pollack. La MTA, la compagnie du métro new-yorkais tarde à collaborer avec la Palomar, mais accepte finalement quelques semaines plus tard, mais sous certaines conditions. Premièrement, la production devra souscrire une assurance de 20 millions de dollars, au cas où le film inspirerait quelques esprits mal intentionnés, en voulant prendre en otages les usagers du métro contre une demande de rançon. Deuxièmement, la Palomar leur versera 250.000 dollars pour que le tournage puisse bénéficier d’une voie désaffectée où l’équipe pourra s’installer, de quelques rames de métro bien sûr, sans oublier du concours du personnel de la MTA. De plus, dernière condition, le film ne devra pas montrer des rames de métro arborant des graffitis, fléau contre lequel luttait ardemment la mairie de New York.

L’adaptation est quant à elle signée Peter Stone. Scénariste et dramaturge, dont le nom reste lié à celui de Stanley Donnen, pour lequel il a signé les scénarios de Charade avec Cary Grant et Audrey Hepburn, et Arabesque, avec Gregory Peck et Sophia Loren, deux films d’espionnage d’inspiration hitchcockienne. Il remporte l’Oscar du meilleur scénario original pour Grand Méchant Loup appelle de Ralph Nelson, puis écrit le thriller démentiel Mirage d’Edward Dmytryk. Il s’occupe aussi de l’adaptation des Nuits de Cabiria pour Bob Fosse, qui donnera naissance à Sweet Charity.

Face aux quatre pirates du métro, un homme, Zachary Garber, interprété par Walter Matthau. Celui-ci a déjà la cinquantaine bien entamée quand il tourne Les Pirates du métro et il est à un stade de sa carrière où il va délaisser momentanément la comédie, genre qui l’a rendu mondialement célèbre. Il avait par ailleurs reçu l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour La Grande combine de Billy Wilder. Il va alors tourner trois polars à la suite. Le premier c’est Le Flic ricanant, de Stuart Rosenberg, l’adaptation cinématographique du roman Le Policier qui rit, écrit par le couple suédois Sjöwall-Wahlöö, tiré d’une des dix enquêtes de l’inspecteur Martin Beck. Le second polar c’est bien évidemment Tuez Charley Varrick ! de Don Siegel, d’après le roman de John Reese, dans lequel Walter Matthau trouve un de ses rôles les plus célèbres. Même si le film n’obtient pas vraiment de succès au cinéma, cela n’empêche pas le comédien d’obtenir le BAFTA du meilleur acteur. Il enchaîne avec Les Pirates du métro, dans lequel son personnage n’est pas des plus attachants au premier abord. Garber est un homme raciste, vulgaire, fatigué, qui s’emmerde royalement dans son boulot, cynique, en mode automatique, qui bougonne, qui envoie des piques à tout son entourage. Mais tous ces gros défauts sont finalement balayés après la visite du métro aux responsables du métro de Tokyo. En effet, Garber, pensant que les membres de cette délégation ne comprennent pas un mot d’anglais, se permet de leur faire une visite guidée de son cru, en les traitant de noms d’oiseaux et en utilisant un langage fleuri. Mais après cette visite, Garber se rend compte qu’ils ont en fait compris tout ce qu’il leur racontait, y compris les insultes. Du coup, après ce retour de bâton, le visage bourru et le charisme buriné du comédien emportent l’adhésion. Garber sera le personnage auquel s’identifieront les spectateurs. Son train-train, c’est le cas de le dire, va être quelque peu perturbé quand un certain Mr Blue déclare s’être emparé d’une rame de métro avec près d’une vingtaine d’otages à bord.

L’inquiétant Mr Blue c’est Robert Shaw, comédien britannique, shakespearien, qui avait explosé au cinéma en 1963 dans Bons baisers de Russie, réalisé par Terence Young, la deuxième aventure cinématographique de James Bond avec Sean Connery, dans lequel il jouait l’adversaire de 007, Red Grant. On se souvient tous de la fameuse scène de baston qui opposait les deux grands gaillards dans un petit compartiment de train. Sa carrure, son charisme et surtout son talent sont alors remarqués par les grands cinéastes, qui vont s’empresser de le faire tourner, comme Ken Annakin dans La Bataille des Ardennes, il incarne Henry VIII dans Un homme pour l’éternité de Fred Zinnemann, le général Custer pour Robert Siodmak. Il tourne aussi pour William Friedkin dans L’Anniversaire, pour Guy Hamilton dans La Bataille d’Angleterre, écrit et joue dans Deux hommes en fuite de Joseph Losey. Quand il tourne Les Pirates du métro, il sort de L’Arnaque de George Roy Hill et s’apprête à tourner ce qui sera peut-être son film le plus célèbre, Les Dents de la mer de Steven Spielberg. Ce dernier avait d’ailleurs été approché pour mettre en scène Les Pirates du métro, après avoir été remarqué avec Duel, avant d’être remercié, sans doute en raison des résultats jugés décevants de Sugarland Express au box-office. Robert Shaw mourra quatre ans après Les Pirates du métro, à l’âge de 51 ans, des suites d’une crise cardiaque. Dans le film de Joseph Sargent, il est magnifique de froideur, le réalisateur tirant profit de son regard bleu acier et de sa taille imposante cloîtrée dans la cabine du métro, qui prend parfois des allures d’un confessionnal. Au fil du récit, on apprend quelques bribes sur le passé de Blue, Ryder, on comprend qu’il s’agit d’un ancien colonel de l’armée britannique devenu mercenaire. Il s’impose dans l’affaire comme étant le chef des terroristes, même si le coup semble avoir été monté par Mr Green.

Ce dernier, est interprété par le vétéran du casting, Martin Balsam, l’éternel premier juré de 12 hommes en colère de Sydney Lumet, le détective Arbogast de Psychose. 50 ans de carrière internationale, près de 200 rôles, il a beaucoup tourné en Italie, on l’a vu dans La Grande pagaille de Luigi Comencini, ou bien encore dans Le Conseiller d’Alberto de Martino. Il avait déjà tourné avec Joseph Sargent dans The Man, précédemment évoqué. Dans Les Pirates du métro, c’est le personnage dont on se demande comment il en est arrivé là, comment il a réussi à monter ce plan et surtout comment il a pu réunir cette petite équipe pour le réaliser. D’emblée, Sargent le montre comme un homme discret, presque effacé dans sa gabardine trop grande pour lui. Il est visiblement malade, il a le regard embué, il n’arrête pas d’éternuer. On apprendra plus tard qu’il était alors machiniste, qu’il a été renvoyé pour une faute professionnelle qui n’a pas été prouvée. Il va utiliser sa connaissance du métro, ses rouages, ses tunnels et ses secrets même, et participer lui-même à la prise d’otages, même s’il préférera laisser la sale besogne à ses trois complices. Si la collaboration se passe bien avec Mr Blue, on ne peut pas en dire autant avec Mr Grey, interprété par Hector Elizondo, dans un de ses premiers vrais rôles au cinéma. Si son nom ne dira peut-être rien aux spectateurs, son visage leur sera en revanche familier puisqu’il apparaîtra dans quasiment tous les films du réalisateur Garry Marshall, dont il deviendra l’acteur fétiche. C’est entre autres lui qui interprète Barney Thompson, le directeur de l’hôtel dans Pretty Woman, qui se prend d’affection pour Viviane, le personnage interprété par Julia Roberts. On l’a vu aussi dans une série B d’horreur très appréciée des cinéphiles, Leviathan de George Pan Cosmatos. Il connaîtra aussi une belle carrière à la télévision, notamment dans la série Chicago Hope. C’est le personnage le plus repoussant du film, raciste, une vraie grenade prête à exploser à n’importe quel moment, celui par qui la violence arrive d’ailleurs la plupart du temps. On apprend que Mr Grey est en fait un ancien malfrat viré de la mafia, probablement en raison de son caractère impulsif. Le naturel revient vite au galop et on sent Grey prêt à en découdre avec n’importe qui, y compris avec son collègue Mr Brown, le personnage le plus effacé du film, le plus mystérieux aussi sans doute. Il est interprété par Earl Hindman, principalement connu pour la série Papa bricole aux côtés de Tim Allen.

Le reste du casting est composé de tronches connues des spectateurs, des seconds couteaux qu’on aimait retrouver de film en film et qui sont tous absolument formidables. C’est par exemple le cas de Dick O’Neill, de Jerry Stiller (le père de Ben Stiller), génial dans le rôle de Patrone, de James Broderick, le père de Matthew Broderick, que l’on reverra l’année suivante dans Un après-midi de chien de Sydney Lumet, de Tony Roberts, un des acteurs fétiches de Woody Allen qu’on a vu dans Annie Hall et Hannah et ses sœurs, Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau aussi. Chose amusante, le maire, incapable, enroulé dans sa couette, cloué au lit en raison d’une mauvaise grippe, est interprété par un certain Lee Wallace. S’il a peu tourné au cinéma, il campera souvent le rôles du maire, comme dans Batman de Tim Burton ou Daniel de Sydney Lumet. Les fans de James Bond reconnaîtront aussi Julius Harris, dans le rôle de l’Inspecteur Daniels, puisqu’il interprétait Tee Hee, l’homme à la pince de Vivre et laisser mourir de Guy Hamilton, un grand nom du mouvement Blaxploitation qui est apparu dans la suite de Shaft de Gordon Parcks, Black Caesar, le parrain de Harlem et sa suite Casse dans la ville, tous les deux réalisés par Larry Cohen, on le verra aussi dans le King Kong de John Guillermin.

L’une des composantes essentielles de l’immense réussite des Pirates du métro demeure la sublime partition groovy jazz funk de David Shire, l’un des plus grands compositeurs des années 1970 à qui l’on doit les musiques de Conversation secrète de Francis Ford Coppola, L’Odyssée du Hiderburgh de Robert Wise, Les Hommes du président d’Alan J Pakula, Norma Rae de Martin Ritt. Il a même participé à La Fièvre du samedi soir de John Badham. Il participe à l’identité des Pirates du métro, lui donne son souffle, une vraie pulsation. Une impression renforcée par le montage, une vraie leçon en la matière, que l’on doit à Gerald B. Greenberg, qui avait eu l’Oscar pour French Connection, qui a signé aussi celui du génial Electra Glide in Blue, et plus tard celui de Missouri Breaks de Martin Ritt, Apocalypse Now, Kramer contre Kramer, La Porte du paradis…Et malgré ce C.V. impressionnant, il reste encore plus connu pour sa longue et fructueuse collaboration avec Brian de Palma, de Pulsions aux Incorruptibles, en passant par Scarface et Body Double. Il est épaulé par Robert Q. Lovett, qui reste principalement connu pour Cotton Club de Coppola.

Et puisqu’on évoque le casting technique des Pirates du métro, on ne peut pas ne pas évoquer le directeur de la photo Owen Roizman, Même chose, si son nom ne dira peut-être pas grand-chose à la plupart des spectateurs, c’est à lui que l’on doit les images inoubliables de French Connection, de L’Exorciste, du Cavalier électrique, Les trois jours du Condor et Tootsie de Sydney Pollack, de Network de Sydney Lumet et bien d’autres. Un cadre large extraordinaire qui plonge instantanément l’audience dans la cacophonie new-yorkaise. A l’instar du roman, les premières scènes montrent le quotidien de la Grosse Pomme, la routine très détaillée du machiniste, avec un aspect quasi-documentaire. On apprend ainsi la longueur, le coût, le poids d’un wagon, des indications données aux spectateurs, tandis que le réalisateur place ses personnages comme des pions sur un échiquier.

New York tient une très grande place dans le film, à l’époque où la ville connaît une période sombre, une criminalité en hausse (le film a été tourné la même année qu’Un justicier dans la ville de Michael Winner), un surendettement conséquent, des violences dans le métro qui s’exacerbent, la saleté qui s’accumule dans les rues, bref une ville laissée à l’abandon. Un New York qui préfigure un peu celui que l’on verra quelques années plus tard dans le Maniac de William Lustig. Les Pirates du métro rend compte du melting pot du New York des années 1970, avec des personnages latinos, ou d’origine polonaise, allemande, italienne. Il y a beaucoup de personnages afro-américains, aussi bien à l’avant qu’à l’arrière-plan, des petits fonctionnaires ou comme c’est le cas pour l’Inspecteur Daniels. Cela ne fait que mettre en relief le racisme omniprésent des personnages. On évoquait tout à l’heure celui de Garber et de Mr Grey, c’est le cas pour l’ensemble des protagonistes. Une scène montre une fois de plus le racisme de Garber et un nouveau retour de bâton. Il s’agit de la rencontre physique entre Garber et Daniel. Les deux hommes passent l’essentiel du film à se parler par radio interposée. Quand Garber se retrouve face à Daniel, le premier s’adresse en fait à son subalterne (parce que blanc), pensant qu’il s’agit de Daniels, mais ce dernier s’adresse à lui en déclinant son identité. Ce à quoi le personnage de Walter Matthau lui rétorque qu’il le voyait « plus petit »…

Les Pirates du métro est un film à la croisée de deux genres alors en vogue dans le cinéma américain, à la fois le polar urbain et le film catastrophe. Le polar urbain avait explosé au début des années 1970 suite au triomphe international de L’Inspecteur Harry de Don Siegel, qui allait entraîner moult ersatz ou d’autres chefs d’oeuvres (Klute, Serpico, French Connection, Police Puissance 7, Les Flics ne dorment pas la nuit), en prenant notamment les grosses villes américaines comme décor, tout en montrant la violence de façon frontale. En ce qui concerne le film catastrophe, le genre a été remis au goût du jour en 1970 avec Airport de George Seaton, suivi de L’Aventure du Poséidon de Ronald Neame en 1972. 1974 est une année charnière pour le genre puisque sortent coup sur coup 747 en péril, Tremblement de terre, La Tour infernale et Terreur sur le Britannic, et Les Pirates du métro de s’immiscer discrètement, mais sûrement, avec dans son dernier tiers le métro lancé à pleine vitesse, sans pilote aux commandes, avec tous ses otages paniqués et impuissants à l’arrière.

Le livre de John Godey connaîtra deux autres adaptations. A la télévision en 1998 avec un téléfilm interprété par Vincent d’Onofrio et Lorraine Bracco, Le Métro de l’angoisse, paraît-il plus proche du livre original, puis au cinéma en 2009 avec L’Attaque du métro 123, l’avant-dernier film de Tony Scott, avec Denzel Washington et John Travolta.

Le film sort sur les écrans américains en octobre 1974, en février 1975 en France où il réalise environ 175.000 entrées. C’est surtout un succès dans les villes qui disposent du métro, comme New York, Londres, Paris, Toronto. L’accueil critique est globalement positif voire très positif. Produit avec un budget de 4 millions de dollars, le film en rapporte près de 17 millions. En ce qu concerne la pérennité du film, aujourd’hui très prisé par les cinéphiles, Les Pirates du métro aura entre autres inspiré Quentin Tarantino pour son premier long métrage Reservoir Dogs, dans lequel il reprenait pour ses personnages les noms de code basés sur les couleurs. Ce qui était une invention de Peter Stone.

Quant à Joseph Sargent, il continuera de tourner énormément pour la télévision, remportera quatre Emmy, moins pour le cinéma, même si l’on peut citer un MacArthur en 1977 avec Gregory Peck dans le rôle-titre, ou un film d’horreur à sketches en 1983 intitulé En plein cauchemar – Nightmares avec Emilio Estevez, primé au festival du film fantastique de Bruxelles. Il tire sa révérence cinématographique sur un « coup d’éclat », les guillemets sont importants, puisqu’il produit et réalise Les Dents de la mer 4, suite directe au second opus de Jeannot Szwarc, qui fait comme si le 3e épisode n’avait pas eu lieu. Un nanar pur et dur, nommé aux Razzy. Mais c’est une autre histoire, une histoire drôle, mais une autre histoire.

LE COMBO BLU-RAY + 2 DVD

C’est très émouvant pour moi, car Rimini Editions et La Plume, dont nous avons longuement parlé sur Homepopcorn.fr, m’ont confié la présentation des Pirates du métro à l’occasion de cette sortie tant attendue par les cinéphiles. Un pari, un défi pour l’auteur de ces mots, mais que j’ai décidé de relever. Je remercie donc encore une fois ceux qui m’ont fait confiance et j’espère que vous saurez apprécier les deux modules dans lesquels j’interviens. N’hésitez pas à nous faire quelques retours. Et oui une erreur, qui n’a pas été coupée au montage, s’est glissée durant mon intervention sur Joseph Sargent au moment où j’évoque Le Cerveau d’acier. Alors que je connaissais mon texte sur le bout des doigts, j’ai malheureusement évoqué Shining au lieu de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Veuillez m’en excuser. Un petit oubli également au moment où j’évoque le thriller paranoïaque d’Edward Dmytryk avec Walter Matthau et Gregory Peck…j’en parle brièvement sans évoquer le titre du film, qui n’est autre que Mirage.

Toujours est-il que l’objet, magnifique, se présente sous la forme d’un Digipack à trois volets (Le Blu-ray et le DVD du film + 1 DVD de suppléments), glissé dans un fourreau cartonné au visuel somptueux, reprenant celui de l’affiche américaine. Le menu principal est animé et musical.

Ainsi donc vous retrouverez deux suppléments assurés par votre serviteur, enregistrés le 10 décembre 2021, le premier centré sur Les Pirates du métro (29’), le second sur le réalisateur Joseph Sargent (8’). La critique du film reprend ici les principaux arguments délivrés au cours de ces deux bonus, bonne découverte donc !

L’éditeur et La Plume se sont ensuite tournés vers l’éminent Jean-Baptiste Thoret, qui lui aussi bénéficie d’une présentation en deux temps, New York 1974 (44’) et New York et le cinéma des années 1970 (20’), réalisée plus d’un mois après la mienne. En toute honnêteté, je ne suis pas peu fier de constater que de nombreux éléments que j’ai pu donner, le sont également par Jean-Baptiste Thoret. Loin de moi l’idée de me comparer à celui que j’ai toujours considéré comme étant le meilleur dans sa catégorie, mais tout de même, cela fait plaisir et me conforte dans l’idée que je n’ai sans doute pas trop mal réussi ma présentation. Les arguments avancés par le critique sont sans doute plus poussés et riches, toujours passionnants. Jean Baptiste Thoret revient ainsi sur la carrière de Joseph Sargent (« un véritable artisan, un réalisateur souvent oublié, contrairement à ses films »), tout en disséquant à la fois le fond et la forme des Pirates du métro (« un des films urbains les plus emblématiques des années 1970 »), le roman de John Godey, l’adaptation de Peter Stone, le remake de Tony Scott, la photo d’Owen Roizman, la musique de David Shire, le casting, la représentation de la ville de New York dans le film, etc.

L’éditeur a aussi pu mettre la main sur trois bonus issus de l’édition Kino Korber sortie aux Etats-Unis en 2016 :

12 minutes avec M. Gris (12’) : Le comédien Hector Elizondo, dont nous parlons longuement dans notre critique et dans notre présentation en vidéo, revient ici sur son parcours, sur sa rencontre avec Joseph Sargent, sur l’état catastrophique de New York dans les années 1970 (« le bruit, les graffitis, la saleté, le trafic de drogue, les ghetto-blasters, les merdes sur les trottoirs, un endroit hostile, une ville à l’abandon »). Puis il partage quelques anecdotes de tournage, évoque ses partenaires (dont l’esprit de compétition de Robert Shaw), ainsi que les conditions de prises de vue (dans une ancienne station de métro poussiéreuse, un froid glacial), et son personnage.

Les Bruits de la ville (9’) : Place à David Shire, dont la musique est l’un des gros atouts des Pirates du métro. Celui-ci indique que Joseph Sargent a voulu le rencontrer après avoir vu Conversation secrète de Francis Ford Coppola, pour lui parler du projet des Pirates du métro. David Shire explique ensuite le travail abattu pour trouver le thème principal, qui devait être « à la fois chaotique et ordonné, comme les rues de New York, dans un style jazz, avec un peu de musique latine, un son multiculturel ». Dans un second temps, cette intervention devient un peu plus technique et fera sans doute le bonheur des musiciens amateurs et même éclairés. Enfin, David Shire se dit très heureux que cette B.O. ait pu gagner en popularité avec les années.

Un montage de premier plan (9’) : Cette fois, c’est au tour du monteur Gerald Greenberg de parler de son aventure sur Les Pirates du métro, évoquant tour à tour les conditions de tournage, le fait que Joseph Sargent n’était pas très présent pendant le montage, le travail du directeur de la photographie Owen Roizman, l’aide indispensable de son confrère Robert Q. Lovett et la façon dont ils se sont répartis les scènes, en jouant à pile ou face. On apprend que divers reshoots ont été nécessaires, en raison de problèmes de structure.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Ce master restauré des Pirates du métro brille souvent de mille feux et s’impose comme une grande réussite technique à ajouter au palmarès de l’éditeur. Le cadre offre une profondeur de champ très plaisante, le piqué est acéré, la stabilité jamais démentie, les contrastes soignés. Les noirs sont denses, la définition reste pointue sur les nombreuses séquences sombres ou se déroulant dans la pénombre, la colorimétrie retrouve un éclat et une chaleur bienvenus sur les scènes diurnes tournées en extérieur. Les gros plans sont souvent épatants (les traits creusés de Walter Matthau entre autres), les détails abondent et la gestion du grain est épatante. C’est beau, c’est carré, c’est élégant.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 Surround sont propres et distillent parfaitement la musique de David Shire. La piste anglaise (avec les sous-titres français non imposés) est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages. Au jeu des différences, la version française – au doublage démentiel – s’avère plus chuintante et couverte, avec certaines ambiances et d’autres effets annexes qui peinent à se faire entendre quand on compare avec la piste anglaise. Le changement de langue n’est pas verrouillé.

Crédits images : © MGM / Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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