Test Blu-ray / Une fille facile, réalisé par Rebecca Zlotowski

UNE FILLE FACILE réalisé par Rebecca Zlotowski, disponible le 21 janvier 2020 en DVD et Blu-ray chez Ad Vitam.

Acteurs : Mina Farid, Zahia Dehar, Benoît Magimel, Nuno Lopes, Clotilde Courau, Loubna Abidar, Lakdhar Dridi, Henri-Noël Tabary…

Scénario : Rebecca Zlotowski, Teddy Lussi-Modeste

Photographie : Georges Lechaptois

Durée : 1h32

Année de sortie : 2019

LE FILM

Naïma a 16 ans et vit à Cannes. Alors qu’elle se donne l’été pour choisir ce qu’elle veut faire dans la vie, sa cousine Sofia, au mode de vie attirant, vient passer les vacances avec elle. Ensemble, elles vont vivre un été inoubliable.

Révélée en 2010 avec son premier long métrage Belle épine, son projet de fin d’étude à La Fémis et Prix Louis-Delluc du meilleur premier film, la réalisatrice Rebecca Zlotowski, née en 1980, a très vite confirmé son univers singulier, son écriture ciselée et son solide bagage technique avec ses films suivants, Grand Central (2013), porté par Léa Seydoux et Tahar Rahim, présenté en sélection officielle au festival de Cannes dans la catégorie Un certain regard, puis Planetarium (2016), coécrit avec Robin Campillo, interprété par Natalie Portman et Lily-Rose Depp. Lorsqu’Une fille facile, le quatrième film de la cinéaste avait été annoncé dans la presse, avec l’ancienne escort-girl Zahia Dehar en tête d’affiche, il y avait de quoi laisser perplexe, y compris quand le film a ensuite été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs pour le Festival de Cannes de 2019. La surprise est finalement de taille, car Une fille facile est un conte d’été qui ne joue pas gratuitement avec l’image sulfureuse de Zahia Dehar, mais qui flirte avec un côté méta étonnant. Rebecca Zlotowski, visiblement fascinée par sa comédienne, la filme sous tous les angles, capture son corps métamorphosé (pour ne pas dire ravagé) par la chirurgie esthétique, ainsi que son visage boursouflé et figé, pour finalement capturer une âme triste, mais forte, ainsi qu’un caractère bien trempé, loin des clichés habituels de la bimbo toute (re)faite. En résulte un portrait sensible et intelligent d’une jeune femme au passé qu’on imagine chargé, qui a pleinement conscience de ce qu’elle dégage, volontairement, auprès des hommes, de ce qu’on pense d’elle, et qui ne compte pas se faire dicter sa conduite. Non seulement cela, Une fille – pas si – facile, coécrit avec l’excellent Teddy Lussi-Modeste (Jimmy Rivière), dresse aussi le récit initiatique d’une adolescente, excellemment interprétée par la jeune Mina Farid, quelque peu éclipsée par la renommée de sa partenaire à la sortie du film.

Elle interprète Naïma, une jeune fille de 16 ans, qui vit à Cannes. Sa mère y est femme de ménage dans un des palaces. Sa cousine Sofia, une jeune femme délurée, vient passer les vacances avec elle, et lui fait découvrir son mode de vie de « fille facile ». Elles rencontrent Andrès, un riche quadragénaire brésilien et Philippe son ami français, ou plutôt son homme à tout faire. Le monde de Naïma va être bouleversé, d’une part par la sexualité débordante et affichée de sa cousine, qui éblouie tous les hommes qu’elle croise et irrite les autres femmes, d’autre part en raison de la découverte d’un monde clinquant, celui des millionnaires et de leurs bateaux de luxe amarrés devant lesquels elle flâne habituellement comme des milliers de badauds. En suivant Sofia et en montant sur la passerelle suspendue entre deux mondes, Naïma, sans père et avec une mère absente car croulant sous le travail, va tenter de s’échapper le temps d’un été, en voyant Sofia comme un nouveau pilier, un modèle inespéré, tout en faisant éclore un désir de féminité affirmé. Mais ne va-t-elle pas se brûler les ailes ?

Rebecca Zlotowski l’a déjà prouvé à maintes reprises, elle sait filmer et diriger ses comédiens, en particulier ses actrices, leurs visages, leur peau. Même chose dans Une fille facile, mais ici le corps est une composante à part entière du récit. Naïma représente l’adolescente type, probablement complexée, en quête d’indépendance, qui observe les courbes de sa cousine, qu’elle idéalise. Si rien n’est explicite, Sofia semble avoir déjà trinqué malgré son jeune âge. Peu dupe sur la nature humaine et sur ce qu’on dit sur elle dans son dos, elle essuie d’ailleurs quelques moqueries de façon frontale avec élégance comme lors de la scène du repas avec Clotilde Courau, Sofia semble prendre la vie comme elle vient, en usant de ses charmes, sans penser à demain quand elle rentrera chez elle à l’aube, à pied.

Mais le plus beau personnage du film est interprété par Benoît Magimel, véritablement en état de grâce, d’une sensibilité à fleur de peau, dans le rôle d’un type qui a réussi lui aussi à intégrer ce monde convoité pour y faire fortune, mais à quel prix ? En se rabaissant constamment, en se mettant au service de ceux qu’il pouvait aider à spéculer, pour se contenter de miettes. Néanmoins, Philippe est comme Sofia pleinement conscient de sa situation. Alors voyant que Naïma risque de se heurter à un mirage en y perdant son amour-propre, Philippe va tenter de la mettre face à la réalité et lui éviter de se perdre.

Une fille facile agit comme une caresse sur un visage exposé en plein soleil, comme dans un film d’Eric Rohmer, grande influence de la réalisatrice qui voue un culte à La Collectionneuse. La lumineuse photographie de Georges Lechaptois (Carnivores, Maryland, Libre et assoupi) renvoie au désir des personnages, un côté carte postale presque exagéré qui reflète les sens aiguisés des personnages, en particulier de Naïma qui voit le monde différemment du haut de ses seize ans. Avec Une fille facile, Rebecca Zlotowski signe son meilleur film à ce jour.

LE BLU-RAY

Pour sa sortie dans les bacs, Une fille facile est pris en main par Ad Vitam. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Un seul supplément au programme, mais à ne pas manquer. Lors de la présentation du film à la Quinzaine des réalisateurs, la réalisatrice et Zahia Dehar répondent aux questions d’un journaliste sur la genèse, les intentions, les partis pris et les références d’Une fille facile. D’un autre côté, Benoît Magimel et Mina Farid se prêtent également au jeu des questions-réponses. De très beaux propos, fins, intelligents, offrent quelques pistes de réflexion sur le film qui nous intéresse aujourd’hui.

L’interactivité se clôt sur le teaser et la bande-annonce.

L’Image et le son

La définition est optimale et fait la part belle à une magnifique colorimétrie. Ce transfert HD d’Une fille facile ne cesse de flatter les mirettes avec une luminosité omniprésente et un piqué incisif. Les séquences extérieures, particulièrement celles se déroulant en pleine mer, sont les mieux loties avec un soleil qui transperce les paysages et la mer azur. La palette est vive, chaude et bigarrée, les contrastes denses y compris en intérieur, les détails foisonnent sur le cadre large. Le film de Rebecca Zlotowski profite entièrement des apports de la HD.

La piste DTS-HD Master audio 5.1 met en avant la musique, spatialisée sur l’ensemble des enceintes. Les dialogues sont solidement positionnés sur la centrale, la balance frontale riche et dynamique. De nombreuses ambiances naturelles pointent évidemment sur les séquences en extérieur. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste audiodescription et une autre Stéréo de fort bon acabit.

Crédits images : © Ad Vitam / Julian TORRES Les Films Velvet / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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