Test Blu-ray / Le Voyage de Fanny, réalisé par Lola Doillon

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LE VOYAGE DE FANNY réalisé par Lola Doillon, disponible en DVD et Blu-ray le 12 octobre 2016 chez Métropolitan Vidéo

Acteurs : Léonie Souchaud, Cécile De France, Stéphane De Groodt, Fantine Harduin, Juliane Lepoureau, Ryan Brodie, Anaïs Meiringer, Lou Lambrecht, Igor van Dessel

Scénario : Lola Doillon, Anne Peyregne, d’après le roman de Fanny Ben-Ami

Photographie : Pierre Cottereau

Musique : Sylvain Favre,, Gisèle Gérard-Tolini

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Du haut de ses 12 ans, Fanny a la tête dure ! Mais c’est surtout une jeune fille courageuse qui, cachée dans un foyer loin de ses parents, s’occupe de ses deux petites sœurs.
Devant fuir précipitamment, Fanny prend alors la tête d’un groupe de huit enfants, et s’engage dans un dangereux périple à travers la France occupée pour rejoindre la frontière suisse.
Entre les peurs, les fous rires partagés et les rencontres inattendues, le petit groupe fait l’apprentissage de l’indépendance et découvre la solidarité et l’amitié…

Les Visiteurs

Le Voyage de Fanny est le troisième long métrage de Lola Doillon, fille du réalisateur Jacques Doillon et de la monteuse Noëlle Boisson, après la chronique adolescente Et toi, t’es sur qui ? (2007) et le huis clos Contre toi (2011). La réalisatrice signe son film le plus ambitieux avec cette libre adaptation du livre autobiographique Le Journal de Fanny, écrit par la romancière Fanny Ben Ami. Née en 1930, Fanny Ben Ami a 12 ans lorsqu’elle se retrouve à la tête d’un groupe d’enfants de confession juive (y compris ses deux sœurs), livrés à eux-mêmes pendant la Seconde Guerre mondiale. Le conflit n’apparaît pas à l’écran, mais Lola Doillon a voulu le faire ressentir en adoptant le point de vue de ses petits héros qui tentent d’échapper aux allemands et de rejoindre la Suisse. Si la cinéaste a voulu respecter le parcours de Fanny et de ses compagnons, Lola Doillon a évidemment eu recours à la fiction pour livrer un véritable road movie tourné entre la France et la Belgique. Le Voyage de Fanny s’adresse en priorité aux enfants, pour les sensibiliser sur le sujet et pourquoi pas les aider à poser des questions.

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Les événements sont vécus à travers les yeux de ce groupe de jeunes, abandonnés malgré eux après avoir fui le pensionnat de campagne où leurs parents les avaient cachés, après que le curé du village les ait dénoncé. S’ils ne se sont pas retrouvés sous les bombes, ils ont quand même vécu cette angoisse quotidienne et permanente, la violence du conflit et la peur de se retrouver orphelins, tout en faisant preuve d’un immense courage en continuant d’avancer jusqu’à la frontière. A ce titre, Lola Doillon s’en sort vraiment très bien en misant sur une belle reconstitution des années 1940, avec un soin particulier apporté aux décors et aux costumes. Malgré son sujet sombre, Le Voyage de Fanny demeure un film chaleureux avec des couleurs pétillantes et estivales. En revanche, le casting des enfants (près de 1000 ont été auditionnés) demeure inégal, surtout en ce qui concerne la jeune actrice Léonie Souchaud, qui interprète le rôle-titre, peu convaincante et attachante, et dont le jeu manque singulièrement de nuances. Malgré une courte apparition, Cécile de France marque les esprits par sa très belle interprétation de Mme Forman, personnage inspiré de véritables figures héroïques de la Résistance, en l’occurrence Nicole Salon-Weil et Lotte Schwartz, qui avaient aidé et caché des enfants pendant la Seconde Guerre mondiale. Même chose pour l’excellent Stéphane De Groodt, qui campe un fermier bourru sans histoire, qui recueille les gamins pour une nuit malgré le risque de se faire arrêter par les allemands postés dans la région.

Les Visiteurs

En dépit de son aspect un peu sage et scolaire, Le Voyage de Fanny est une plaisante aventure humaine, bien réalisée, belle à regarder, non dénuée d’humour, avec beaucoup d’émotions et ce qu’il faut de suspense pour instruire les enfants et finalement divertir toute la famille.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Voyage de Fanny, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

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C’est ce qu’on appelle une galette bien fournie !

On commence par le commentaire audio de Lola Doillon, qui attaque bille en tête ses anecdotes, sans se présenter. Ensuite, de sa très belle voix, la réalisatrice enchaîne avec ses intentions, dévoile la genèse du projet, le casting et le travail avec ses jeunes comédiens, les partis pris esthétiques, le travail sur les décors et la reconstitution, les conditions de tournage. Un excellent commentaire audio, dense, divertissant, largement conseillé.

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Le making of (20’) illustre les propos tenus par Lola Doillon dans son commentaire puisqu’on y trouve essentiellement des images issues du plateau, montrant les gamins à l’oeuvre devant la caméra. Lola Doillon, les comédiens et Fanny Ben-Ami interviennent également sur les thèmes du film, son origine, la reconstitution des années 1940.

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Nous retrouvons une fois de plus l’auteure Fanny Ben-Ami, à l’occasion d’une exposition regroupant ses dessins, ses croquis et ses peintures (23’). Visiblement très émue, Fanny Ben-Ami nous présente ses œuvres qui retracent cette fameuse épopée, quand du haut de ses douze ans elle est venue en aide à un groupe d’enfants juifs à gagner la Suisse en traversant la France occupée. Les propos ont été recueillis par Lola Doillon elle-même, qui a fait exprès le déplacement en Israël.

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Ne manquez pas la section consacrée au casting des jeunes comédiens (12’) qui ne cessent d’étonner par leur spontanéité et leur talent naturel.

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La séquence d’ouverture originale (3’) était très belle, même si un peu trop appuyée dans les coïncidences. Marina Vlady interprète Fanny âgée, qui arrive en France d’Israël pour retrouver ses anciens compagnons. En arrivant à l’institut, elle croise une petite fille qui s’appelle Fanny et qui joue au football avec ses amis. Elle est également interprétée par Léonie Souchaud.

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Nous trouvons aussi une seule scène coupée (1’), visiblement laissée en raison du manque de conviction des jeunes comédiens.

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L’Image et le son

La définition est optimale et fait la part belle à une magnifique colorimétrie. Ce transfert HD du Voyage de Fanny ne cesse de flatter les mirettes avec une luminosité omniprésente et un piqué incisif. Les séquences extérieures, particulièrement celles se déroulant en forêt, sont les mieux loties et le soleil qui perce à travers les arbres possède un relief fort étonnant. La palette est vive, chaude et bigarrée, les contrastes denses y compris en intérieur, les détails foisonnent sur le cadre large. Le film de Lola Doillon profite entièrement des apports de la Haute Définition.

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La piste DTS-HD Master audio 5.1 met en avant la composition de Sylvain Favre et Gisèle Gérard-Tolini, spatialisée sur l’ensemble des enceintes. Les dialogues sont solidement positionnés sur la centrale, la balance frontale riche et dynamique. De nombreuses ambiances naturelles pointent évidemment sur les séquences en extérieur. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste audiodescription.

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Copyright Metropolitan FilmExport / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Folles de joie, réalisé par Paolo Virzì

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FOLLES DE JOIE (La Pazza goia) réalisé par Paolo Virzì, disponible en Blu-ray et DVD le 2 novembre 2016 chez Bac Films

Acteurs : Micaela Ramazzotti, Valeria Bruni Tedeschi, Valentina Carnelutti, Marco Messeri, Bob Messini, Roberto Rondelli, Anna Galiena

Scénario : Paolo Virzì, Francesca Archibugi

Photographie : Vladan Radovic

Musique : Carlo Virzì

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles décident de s’enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens « sains».

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Le réalisateur Paolo Virzì ne s’est pas reposé sur ses lauriers après le triomphe mérité à la fois de la critique et du public de son excellent précédent film Les Opportunistes, une des plus grandes réussites du cinéma transalpin de ces dernières années qui s’est vu récompensé par 7 David di Donatello Awards en 2014 et plus d’une quarantaine de prix à l’international ! Il revient avec Folles de joieLa Pazza goia et délaisse le côté thriller, saga familiale et chronique de mœurs teintée d’humour noir des Opportunistes pour livrer une œuvre ensoleillée, drôle et très émouvante, qui rappelle les grandes heures du cinéma italien de Dino Risi, Mario Monicelli et Luigi Comencini.

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Si les liens familiaux ont souvent tenu une part importante dans son cinéma, Paolo Virzì s’attache ici à deux femmes, inadaptées, solitaires, deux marginales. Beatrice la bonde pulpeuse, exubérante, bourgeoise déchue d’une quarantaine d’année, radieuse, qui ne s’arrête jamais de parler et de s’inventer une vie. Elle rencontre Donatella, la trentaine, brune, dépressive, maigre, tatouée, fragile, mutique, visiblement chargée de médicaments qui l’empêchent de s’automutiler et de s’autodétruire comme l’attestent diverses cicatrices. Elles se retrouvent toutes les deux à la Villa Biondi, institut psychiatrique pour femmes mentalement instables et sujettes à des troubles mentaux, qui tentent de retrouver le goût à la vie, entourées d’arbres séculaires et de pépinières. Tout semble les opposer et pourtant Beatrice et Donatella vont rapidement devenir complices, au point de réussir à se faire la malle pour profiter du soleil radieux qui inonde la Toscane.

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Dans son cinéma, Paolo Virzì a souvent privilégié les valeurs simples et essentielles et livre cette fois encore un film extrêmement chaleureux, formidablement interprétée par Valeria Bruni Tedeschi, qui retrouve le réalisateur après Les Opportunistes, et Micaela Ramazzotti, compagne de Paolo Virzì, qui tenait déjà l’affiche de Tutta la vita davanti (2008) et La Prima cosa bella (2010), pour lequel elle avait obtenu le David di Donatello de la meilleure actrice. Les deux comédiennes sont exceptionnelles et l’alchimie est évidente.

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Oeuvre furieusement attachante, pleine de pudeur, qui repose sur la folle énergie, le charme, le naturel confondant et l’immense sensibilité de ses comédiennes, Folles de joie est un road movie d’une justesse confondante, qui s’attache à deux désaxées lancées à fond la caisse pour oublier leur mal-être et la difficulté d’un monde qui ne les laisse pas s’exprimer ou tout simplement vivre dans le leur. Celui qu’elles se sont construits pour se protéger d’une douleur insupportable liée à un passé trouble. Mais les psychiatres, psychotérapeutes et même la police sont lancées à leurs trousses.

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Animé d’une énergie contagieuse, sans pathos, mais avec une émotion, une délicatesse, un humour et une mélancolie qui vont droit au coeur des spectateurs, Folles de joie, sélectionné en Compétition officielle dans la section la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2016, chaînon manquant entre Une journée de fous de Howard Zieff et Thelma et Louise de Ridley Scott, est assurément un des plus beaux films de l’année.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Folles de joie, disponible chez Bac Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

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Grande déception, nous ne trouvons qu’un lot de bandes-annonces en guise de bonus.

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Le Blu-ray de Folles de joie est au format 1080i.. Malgré cette déconvenue, les détails sont aiguisés et bien définis sur le cadre large. Que l’on soit en plan serré ou en plan large, la définition demeure quasi-optimale et le piqué acéré. Si les séquences en intérieur se révèlent plus douces, l’ensemble est consolidé par une compression AVC de haute volée restituant le soleil plombant de la Toscane, la végétation environnante et le bleu azur du ciel comme si on y était. La colorimétrie vive et saturée réalisée par le chef opérateur Vladan Radovic est superbement restituée, les contrastes concis même s’ils auraient pu l’être davantage, les noirs sont d’une densité exemplaire.

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Les mixages italien et français DTS-HD Master Audio 5.1 se révèlent particulièrement sobres, mais instaurent un confort acoustique suffisant. En version originale, les dialogues sont solidement plantés sur l’enceinte centrale et nous vous conseillons d’éviter le doublage français. Dans les deux cas, la spatialisation musicale demeure évidente, les latérales soutiennent l’ensemble comme il se doit, les ambiances naturelles ne manquent pas. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version italienne.

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Crédits images : © Bac Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Garde à vue, réalisé par Claude Miller

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GARDE A VUE réalisé par Claude Miller, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 25 octobre 2016 chez TF1 Vidéo

Acteurs : Lino Ventura, Michel Serrault, Romy Schneider, Guy Marchand, Michel Such, Elsa Lunghini

Scénario : Claude Miller, Jean Herman, Michel Audiard d’après le roman A table ! De John Wainwright

Photographie : Bruno Nuytten

Musique : Georges Delerue

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 1981

LE FILM

Le soir du 31 décembre, Jérôme Martinaud, un notaire, est convoqué au commissariat afin de témoigner sur l’assassinat et le viol de deux petites filles. Les inspecteurs Gallien et Belmont, persuadés de la culpabilité du notable, le mettent en garde à vue. Gallien essaye à tout prix de le faire avouer mais malgré tout, l’affaire piétine. C’est alors que Madame Martinaud, la femme du suspect, fait un témoignage décisif pour l’enquête.

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Emblématique du cinéma d’auteur populaire, Garde à vue de Claude Miller, adapté du roman noir BrainwashA table ! de John Wainwright, demeure une référence du genre policier à huis clos. Lino Ventura, Michel Serrault, Guy Marchand et Romy Schneider s’affrontent durant 1h25, la plupart du temps enfermés dans les bureaux de la police. Le premier campe un inspecteur usé, fatigué, les épaules basses et les yeux tombants, qui convoque le second, notaire renommé de province. Il est 21h le soir de la Saint Sylvestre, il pleut à verse. Alors que le divisionnaire réveillonne avec tout le gratin dans l’annexe de la Préfecture de police, Gallien (Ventura) rejoint son bureau où l’attendent déjà son adjoint Belmont (Guy Marchand), chargé de transcrire l’interrogatoire mais qui ronge son frein face à la légèreté et l’arrogance du suspect, et Martinaud, vêtu d’un smoking. Ce dernier est passé de témoin à principal suspect dans le cadre d’une affaire de double meurtre et de viol. Deux fillettes sont mortes à quelques jours d’intervalle. Martinaud commence à perdre patience face aux questions de Gallien. Sous la pression de ce dernier, il perd le fil de son témoignage et se contredit. Persuadé que Martinaud ment et alors que ce dernier décide de partir, Gallien le retient en le mettant en garde à vue. La soirée ne fait que commencer et la nuit sera même très longue.

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Au-delà des fabuleux numéros d’acteurs qui ravissent toujours autant les spectateurs 35 ans après sa sortie, la mise en scène de Claude Miller reste un modèle du genre puisqu’elle parvient à faire ressentir cette impression d’enfermement, sans jamais ennuyer l’audience. Le cinéaste ne se repose pas sur les simples champs-contrechamps et parvient à faire de la caméra – jamais statique – un protagoniste qui s’immisce dans cette pièce exiguë, qui arpente les lieux, qui scrute les tics nerveux des protagonistes, qui suit les regards complices ou de reproches entre Gallien et Belmont, comme une véritable valse qui traduit les esprits qui s’échauffent et qui fatiguent jusqu’à 7 heures du matin. Durant cette nuit interminable (mais pas pour le spectateur), la femme de Martinaud, interprétée par Romy Schneider dans son avant-dernière apparition au cinéma, déclare détenir une preuve qui accable son mari, avec qui elle fait chambre à part depuis plus de dix ans. Malgré son peu de présence à l’écran, la comédienne imprime le film de son visage grave et usé avant l’âge, sa voix basse et bouleversante qui donne des frissons. Garde à vue bénéficie également et surtout de puissants et incisifs dialogues signés Michel Audiard. Après la tragique disparition de son fils François dans un accident de voiture en 1975, le travail du célèbre scénariste-dialoguiste-réalisateur sera marqué d’une noirceur psychologique qu’on lui connaissait peu. Garde à vue reste un des films les plus sombres qu’il aura dialogués.

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Garde à vue apparaît comme un véritable film de guerre où les mots auraient remplacé les armes. Si le retournement inattendu de la voiture volée apparaît trop facile voire improbable, il n’en demeure pas moins que Garde à vue conserve son implacable force originale et distille encore un angoissant malaise, par ailleurs renforcé par la photo froide et clinique du chef opérateur Bruno Nuytten, ainsi que la composition mélancolique et presque inquiétante de Georges Delerue, jouée à l’orgue de barbarie.

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Ce troisième long métrage de Claude Miller après La Meilleure façon de marcher (1976) et Dites-lui que je l’aime (1977) qui s’était soldé par un échec public, reste un des plus grands succès au box-office en 1981 avec plus de 2 millions d’entrées, deuxième plus grand hit de la carrière du réalisateur derrière les 2,8 millions d’entrées de L’Effrontée en 1985. Garde à vue obtient le Grand prix du cinéma français Louis Lumière, le prix Méliès, ainsi que le prix du meilleur scénario au Festival de Montréal. La Cérémonie des César récompense également le film à quatre reprises (sur huit nominations) avec les compressions pour Michel Serrault, sacré meilleur acteur, Guy Marchand pour celle du meilleur acteur dans un second rôle, Albert Jurgenson pour le meilleur montage, et Jean Herman, Claude Miller et Michel Audiard pour celle du meilleur scénario ou adaptation. En 2000, le réalisateur australien Stephen Hopkins (Predator 2, Blown Away) a signé Suspicion, un remake initié par Gene Hackman, grand admirateur du film de Claude Miller, dans lequel il reprend le rôle de Michel Serrault, tandis que Morgan Freeman interprète l’inspecteur et Monica Bellucci le rôle principal féminin.

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LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Garde à vue, disponible chez TF1 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le disque est estampillé du H de la collection Héritage. Le menu principal est animé sur une des séquences du film. Le Blu-ray s’accompagne également du DVD du film, glissés dans un boîtier Digibook avec un livret retraçant l’histoire du film présenté par Olivier Curchod (56 pages).

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L’éditeur joint tout d’abord un documentaire rétrospectif de 34 minutes intitulé Garde à vue, histoire d’un succès (Claude Miller dans la cour des grands) coréalisé par Olivier Curchod et Luc Béraud. Ce dernier, collaborateur et ami de Claude Miller, intervient également dans ce module. Tristement réalisé avec ses protagonistes filmés sur un fond gris, peu rythmé, ce documentaire vaut néanmoins pour les propos évidemment intéressants de Nathan Miller, fils de Claude Miller, qui avait 12 ans lors du tournage et qui se souvient de sa venue sur le plateau, sans oublier les interventions de Jean-Louis Livi, agent de Claude Miller, d’Annie Miller (la femme du cinéaste), de Lam Lê (directeur artistique), de Nadine Muse (monteuse son) et même du réalisateur Jean-Pierre Vergne (premier assistant-réalisateur, décédé en 2014) et surtout de Claude Miller lui-même (décédé en 2012). Les entretiens de ces deux derniers ont été réalisés par Jérôme Wybon, peu de temps avant leur décès.

garde-14garde-15garde-17garde-18Malgré son aspect austère, ce documentaire s’avère indispensable pour en savoir plus sur la genèse de Garde à vue, d’autant plus que Claude Miller semble ravi de revenir sur ce film qui a fait exploser sa carrière. La mise en route du projet, les partis pris, l’adaptation du roman de John Wainwright, la façon dont Claude Miller s’est approprié cette histoire malgré l’hégémonie de Michel Audiard, le casting (Yves Montand avait été envisagé pour le rôle finalement tenu par Lino Ventura), la création du storyboard (images à l’appui), la photo de Bruno Nuytten, la collaboration Ventura/Serrault, la sortie triomphale du film sur les écrans, tout est abordé posément avec parfois quelques photos et images issues du tournage.

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Le second supplément donne la parole au réalisateur Patrice Leconte (6′) qui déclare son amour pour le film et encense le travail de son confrère en disant que Garde à vue demeure une exemplaire leçon de mise en scène. Un film qui l’impressionne toujours aujourd’hui par sa rigueur formelle, qu’il qualifie d’intemporel et d’indémodable, tout en louant son classicisme dans le sens le plus noble du terme.

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S’ensuit une rencontre de Michel Drucker avec Michel Serrault puis avec Lino Ventura sur le plateau du film (Archives de l’INA, 4’30). Dans la cour du Palais de justice de Versailles, l’équipe tourne l’ultime séquence du film, quand Martinaud appelle Gallien après la découverte du drame dans sa voiture. Les deux comédiens s’expriment avec un grand respect mutuel sur leur collaboration et c’est aussi l’occasion de voir rapidement Claude Miller à l’oeuvre avec ses acteurs.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Hormis une édition DVD complètement dépassée éditée chez TF1 Vidéo en 2000, avec une version tronquée du film (au format 4/3!) qui plus est, Garde à vue n’avait pas reçu les honneurs dus à son rang. Il aura donc fallu attendre 2016 pour que ce très grand classique fasse peau neuve dans une édition remastérisée en Haute-Définition ! N’oublions pas que Garde à vue est un huis clos, avec une action essentiellement confinée dans des bureaux. Aucune profondeur de champ attendue donc. Si la copie est propre et même débarrassée des poussières diverses et variées, l’apport HD demeure franchement limité pour ce titre. Les fourmillements ne sont pas rares, la gestion du grain est aléatoire, tout comme celle des contrastes. La photographie froide – et éclairée aux néons – de Bruno Nuytten est bien restituée et le format 1.66 enfin respecté, mais certains plans demeurent sensiblement altérés, surtout ceux qui se focalisent sur Guy Marchand attablé devant sa machine à écrire. La définition est honnête certes, mais l’exiguïté des décors plus les éclairages ternes donnent du fil à retordre à ce nouveau lifting numérique.

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Une piste unique en DTS-HD Master Audio Mono, qui instaure un confort acoustique agréable et qui restitue les petites ambiances environnantes. Aucun souffle constaté, les dialogues percutants de Michel Audiard, dont certains ont été réenregistrés en post-synchronisation en raison d’une incompatibilité entre la prise de vue à 25 images/seconde et la prise de son en 24 images/seconde (tout est expliqué dans les suppléments), sans parler du bruit de la fausse pluie qui martelait le décor au moment du tournage, sont vifs et dynamiques. Les sous-titres destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont également disponibles.

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Test Blu-ray / Terreur aveugle, réalisé par Richard Fleischer

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TERREUR AVEUGLE (See no Evil / Blind Terror) réalisé par Richard Fleischer, disponible en Blu-ray et DVD le 9 novembre 2016 chez Carlotta Films

Acteurs : Mia Farrow, Dorothy Alison, Robin Bailey, Diane Grayson, Brian Rawlinson, Norman Eshley, Paul Nicholas, Christopher Matthews

Scénario : Brian Clemens

Photographie : Gerry Fisher

Musique : Elmer Bernstein

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Suite à une chute de cheval qui a mal tourné, la jeune Sarah perd l’usage de la vue. À sa sortie de l’hôpital, elle retourne habiter chez son oncle et sa tante dans un joli cottage de la campagne anglaise. Un jour que Sarah passe l’après-midi chez son ami Steve, un drame a lieu dans la demeure familiale…

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Richard Fleischer (1916-2006), réalisateur éclectique et prolifique, est assurément l’un des plus grands metteurs en scène et raconteur d’histoire de l’industrie hollywoodienne. La plupart de ses films demeurent de vrais joyaux et continuent aujourd’hui de faire le bonheur des cinéphiles, tout en se transmettant de génération en génération. Auteur de thrillers, dont certains restent parmi les meilleurs du 7e Art à l’instar d’Assassin sans visage, Les Inconnus dans la ville, L’Etrangleur de Boston, ou bien encore Le Génie du mal, Terreur aveugle, réalisé en 1971 n’est certes pas le plus connu des films de Richard Fleischer, et pourtant cette nouvelle approche du « Mal » et de l’assassin est un vrai bijou. Terreur aveugle, Blind terror ou bien encore See no Devil n’est pas seulement un survival haletant, mais également un drame, une étude sociologique, un magnifique objet qui éblouit les yeux et qui offre à Mia Farrow un de ses rôles les plus impressionnants. Chaque cadre et chaque plan laissent pantois d’admiration. Si le Mal – la majuscule s’impose puisque Richard Fleischer, qui avait envisagé dans sa jeunesse des études pour devenir psychiatre, l’a souvent filmé comme une incarnation – est un des sujets principaux de Terreur aveugle, certains thèmes récurrents de son œuvre sont encore une fois présents avec un protagoniste esseulé, ici une femme, mélancolique, qui se reconstruit et qui doit pour cela affronter une épreuve inattendue.

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Comme il n’a eu de cesse de le prouver tout au long de sa longue carrière (60 films en 45 ans), Richard Fleischer dirige ses comédiens d’une main de maître, en particulier ici Mia Farrow, époustouflante dans le rôle de Sarah, une jeune femme, victime d’un accident de cheval, qui lui a ôté la vue et qui apprend à vivre avec ce handicap. Après sa convalescence, elle retourne vivre dans la belle et grande maison de son oncle et de sa tante, isolée dans la campagne anglaise. Elle partage à nouveau sa chambre avec sa cousine Sandy. Le lendemain, elle rend visite à Steve, l’homme qui l’accompagnait au moment de son accident et avec lequel elle flirtait. Ils passent la journée ensemble, Sandy retrouvant ses marques en montant à cheval et en se laissant guider par Steve. A son retour, personne ne l’attend à la maison. Son oncle et sa tante ne sont pas rentrés de leur dîner et sa cousine, qui passait la soirée avec un prétendant secret, n’a pas non plus donné signe de vie, tout comme Barker le jardinier. Sarah s’endort avant la nuit tombée. Le lendemain matin, la maison est encore plongée dans le silence. Sarah se lève, pensant que ses habitants dorment encore. En réalité, alors qu’elle était avec Steve, l’oncle, la tante et la cousine de Sarah ont été assassinés et les corps laissés sur place dans la maison.

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Le Mal est encore une fois au centre de l’intrigue de ce nouveau thriller de Richard Fleischer. Le cinéaste ouvre son film sur des spectateurs qui sortent d’un cinéma qui propose une séance en double programme, The Convent Murders et Rapist Cult, autrement dit Meurtres au couvent et Le Culte du violeur. Gros plan sur une paire de santiags étoilées et la musique d’Elmer Bernstein renforçant l’aspect cowboy-western de cet homme dont on ne verra pas le visage. Ce dernier déambule légèrement, comme s’il s’était senti ragaillardi par les deux films qu’il venait de voir. Il passe devant la vitrine d’un magasin de jouets qui propose des mitraillettes en plastique, des figurines de soldats armés jusqu’aux dents. Un peu plus loin, un marchand de journaux étale des magazines coquins et des thrillers, tandis que les manchettes des journaux indiquent en grands caractères qu’une émeute sanglante a éclaté dans la prison de la région ou que des enfants ont été massacrés. L’homme poursuit son chemin, gros plan sur ses doigts qui claquent au fil d’une mélodie qu’il est le seul à entendre. Il possède une gourmette au poignet. Il arrive devant des postes de télévision en vente qui diffusent le même film violent, en réalité Le Jardin des tortures réalisé par Freddie Francis. Il continue sa route quand soudain une voiture passe à côté de lui et roule dans une flaque d’eau qui arrose et salit ses bottes. L’homme s’arrête soudainement et observe. Un couple sort et vient accueillir une jeune femme à la gare. La voiture redémarre et l’homme prend le passage piéton où il s’arrête net. La voiture freine. Le conducteur et l’homme aux bottes semblent s’observer quelques secondes puis le premier sort la tête par la vitre et lui indique « C’est bon, on a compris… ». L’homme traverse et laisse la place à la voiture qui repart.

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Après avoir visionné Terreur aveugle et pris une énorme baffe, revenir au début du film s’impose puisque tout se joue dans cette introducrion. Le Mal a toujours fasciné Richard Fleischer, dès ses premiers longs métrages réalisés à la RKO. Ici, la violence est montrée comme étant omniprésente, dans les salles de cinéma, jusque dans les journaux qui relatent les faits les plus horribles, tout comme dans les magasins de jouets. Le Mal s’incarne ici à travers cet homme aux santiags étoilées. Nous ne voyons pas sa tête, mais sa démarche chaloupée indique qu’il a visiblement pris du plaisir devant les deux films. Conditionné par l’horreur que l’on trouve à chaque coin de rue, il ne fallait sûrement pas davantage qu’une voiture qui éclabousse ses bottes, dont il prend visiblement le plus grand soin, pour que la violence que devait contenir jusqu’alors cet homme explose et s’en prenne à cette famille au sein de leur propriété. Le Mal n’a donc pas de visage – on pense d’ailleurs à Assassin sans visage, le premier long métrage de Fleischer – et pourtant si. C’est encore une fois le génie de Richard Fleischer et celui du scénariste Brian Clemens (créateur de la série Chapeau melon et Bottes de cuir), faire d’une femme aveugle la victime d’un tueur dont les spectateurs ne voient pas les traits.

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Une fois qu’elle réalise l’horreur et le drame dont ont été victimes les membres de sa famille, Sarah se retrouve seule (mais pas « dans la nuit » comme le film de Terence Young avec Audrey Hepburn), livrée à elle-même. Le seul élément dont elle dispose est cette gourmette, aperçue durant le générique au poignet de l’homme aux santiags, retrouvée sur le sol, probablement égarée lors de l’interaction entre le tueur et ses victimes. Au-delà de la déambulation de Sarah dans l’immense propriété, fabuleusement mise en scène et dans un silence glacial, alors que les spectateurs découvrent horrifiés et médusés les corps gisant à côté desquels Sarah marche innocemment sans se rendre compte de rien, Terreur aveugle s’avère une réflexion sur le Mal qui peut frapper n’importe où et à n’importe quel moment. Et surtout, le Mal attire les badauds. La dernière image montre une foule agglutinée au portail en espérant apercevoir du sang ou même les corps des victimes.

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Véritable leçon de mise en scène de 90 minutes, Blind Terror vaut évidemment pour l’époustouflante performance d’actrice de Mia Farrow. Le cinéaste ne la ménage pas et la comédienne se donne corps et âme à Sarah, rapidement attachante et à laquelle l’actrice prête sa frêle silhouette, son teint diaphane et ses yeux de poupée de porcelaine violentée jetée dans la boue.

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Anxyogène, tendu, violent, angoissant, jouant constamment avec les nerfs des spectateurs, virtuose et stylisé avec également la magnifique photo du mythique Gerry Fisher, chef opérateur de Fedora et Le Convoi sauvage, Terreur aveugle est un thriller à la fois oppressant et réjouissant, une expérience incontournable. Un autre fascinant chef d’oeuvre à épingler au palmarès d’un des plus grands réalisateurs de tous les temps.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Terreur aveugle, disponible chez Carlotta Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

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A l’instar des Blu-ray de L’Etrangleur de Rillington Place et des Flics ne dorment pas la nuit, Terreur aveugle s’accompagne d’une préface (7′) réalisée par le brillant réalisateur Nicolas Saada (Espion(s), Taj Mahal). Même si l’éditeur appelle ce segment une préface, ne la visionnez surtout pas avant le film puisque les propos de Nicolas Saada sont collés sur des images tirées du film qui révèlent beaucoup d’éléments. Le cinéaste, passionné par le cinéma de Richard Fleischer, indique avoir découvert Terreur aveugle lorsqu’il était enfant et que le film l’avait beaucoup marqué. Nicolas Saada aborde ensuite la science du détail dans le cinéma de Fleischer et le sous-genre du film de terreur avec pour protagoniste un individu, la plupart du temps une femme atteinte d’un handicap comme Audrey Hepburn dans Seule dans la nuit de Terence Young et Deux mains, la nuit / The Spiral Staircase de Robert Siodmak.

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C’est au tour du réalisateur belge Fabrice du Welz de s’exprimer sur Terreur aveugle (15′). L’auteur de Calvaire (2004), Vinyan (2008) et Alleluia (2015) avoue d’emblée sa fascination pour le cinéma de Richard Fleischer, dont le travail a influencé le sien du « point de vue physique et épidermique » comme il le dit lui-même. Rapprochant judicieusement Richard Fleischer de Robert Wise, Fabrice du Welz loue l’habileté et l’immense talent de ces metteurs en scène à passer d’un genre à l’autre avec aisance et un usage toujours innovant de l’outil cinématographique. Notre interlocuteur en vient plus précisément à Terreur aveugle, qui pour lui a dû forcément inspirer certains slashers et autres gialli, tout comme le travail de Brian de Palma.

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L’interactivité se clôt sur une large galerie de photos, la bande-annonce originale et les credits du disque.

L’Image et le son

Carlotta Films livre un master HD qui frôle la perfection. Les partis-pris esthétiques du directeur de la photographie Gerry Fisher (Highlander, Wolfen, Le Malin) trouvent en Blu-ray un nouvel écrin et se voient entièrement respectés. Point ou peu de réducteur de bruit à l’horizon, le grain est présent tout en étant discret, la colorimétrie automnale retrouve un éclat inédit et le piqué est probant à l’instar des sublimes séquences en forêt. Le format 1.85 est conservé, la profondeur de champ fort appréciable. Notons de très légers plans flous, certains mouvements de caméra qui entraînent quelques pertes de la définition et des visages légèrement rosés. L’encodage AVC demeure solide, la gestion des noirs est impeccable, la propreté exceptionnelle et le niveau de détails impressionnant. Terreur aveugle qui affiche déjà 45 ans au compteur a bénéficié d’un lifting de premier ordre et d’un transfert d’une folle élégance.

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Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0 instaurent un confort acoustique total. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches, sans aucun souffle sur les séquences sans musique, comme celle extraordinaire où Sarah déambule dans sa maison sans se rendre compte de l’horreur qui l’entoure. Les effets sonores, riches et très recherchés, jouissent également d’un écrin phonique somptueux. Au jeu des différences, la version originale l’emporte sur son homologue car plus aérée, naturelle et franche dans son rendu. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

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TERREUR AVEUGLE © 1971, RENOUVELÉ 2000 COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. Tous droits réservés. / Captures : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Green Room – Édition Director’s Cut non censurée, réalisé par Jeremy Saulnier

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GREEN ROOM réalisé par Jeremy Saulnier, disponible en Blu-ray Édition Director’s Cut non censurée et DVD le 7 septembre 2016 chez M6 Vidéo

Acteurs : Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Alia Shawkat, Joe Cole, Callum Turner, Mark Webber

Scénario : Jeremy Saulnier

Photographie : Sean Porter

Musique : Brooke Blair, Will Blair

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. Alors qu’ils retournent en backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant…

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Réalisateur, scénariste et directeur de la photographie américain, Jeremy Saulnier est révélé en 2013 avec le thriller Blue Ruin, Prix FIPRESCI à la Quinzaine des réalisateurs au 66e Festival de Cannes. Changement de genre, on pourrait également dire changement de couleur pour son nouveau long métrage, Green Room. Projet mûrit depuis de longues années, ce thriller prend la forme d’un survival renvoyant à son amour pour la musique punk rock, puisque Saulnier chantait, ou plutôt hurlait dans un micro durant son adolescence, faute de savoir jouer d’un instrument. Dans Green Room, il réunit sa passion pour les films de genre et celle pour la musique punk. Il engage deux jeunes comédiens qui ont alors le vent en poupe, la délicieuse Imogen Poots, vue dans Knight of Cups de Terrence Malick et le formidable Broadway Therapy de Peter Bogdanovich, ainsi que le regretté Anton Yelchin, décédé en juin 2016 à l’âge de 27 ans, découvert en 2002 dans Cœurs perdus en Atlantide de Scott Hicks puis dans les derniers films de la franchise Star Trek dans lesquels il interprète Chekov. Mais s’il y a bien un acteur pour lequel Green Room mérite d’être vu c’est Patrick Stewart, qui du haut de ses 75 ans (incroyable mais vrai) parvient à sortir du fauteuil roulant du Professeur Xavier dans lequel il est scotché depuis plus de quinze ans, pour se défouler dans la peau d’un chef d’un groupuscule néo-nazi ! Egalement au générique, Macon Blair, la révélation de Blue Ruin, leur donne également la réplique.

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Si Jeremy Saulnier évoque quelques références comme Délivrance de John Boorman, La Nuit des morts vivants de George A. Romero et Assaut de John Carpenter, on est loin, très loin de ces immenses réussites et Green Room peine à éveiller l’intérêt des spectateurs du début à la fin. Les personnages manquent de chair et donc l’empathie ne se fait jamais. Du coup, on se désintéresse totalement de ce qui peut leur arriver une fois que ce petit groupe de musique se retrouve piégé par des skinheads dans une loge sans issue. Film de « siège », Green Room joue sur plusieurs tableaux, mais se retrouve le cul entre deux chaises, sans parvenir à trouver un ton qui lui est propre. Pire que tout, la mise en scène frôle souvent l’amateurisme, aucune tension ne s’instaure, la photographie – forcément verte comme le titre – est laide à regarder et les comédiens jouent à celui qui sera le plus apathique.

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Nous sommes en pleine série B qui lorgne sur Une nuit en enfer de Robert Rodriguez, mais Green Room n’a rien qui le distingue du tout venant. Survendu à sa sortie, ce film n’a en rien l’audace qu’il tente de faire croire et s’avère même paresseux dans ses scènes supposées foutre le trouillomètre à zéro. Même Anton Yelchin et Imogen Poots ne sont jamais crédibles, la première dans la peau d’une jeune punk visiblement sous l’emprise de quelques substances illicites, le second dans celle d’un bassiste punk rock. Et leur affrontement face à des skinheads fait malheureusement plutôt sourire que frémir. Seul le shakespearien Patrick Stewart surnage donc dans ce film vert (tout juste teinté de rouge au final) à peine divertissant, qui épouse la douceur d’un écolo qui tente de faire passer ses idées, mais on en ressort vert de rage de s’être fait rouler de la sorte par ce supposé « déjà classique » qui n’arrive pas à la cheville d’un chef d’oeuvre instantané et déjà référence du genre comme l’était récemment It Follows.

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LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Green Room a été réalisé à partir d’un check-disc. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche du film. Le menu principal est animé et musical. La version Director’s Cut non censurée est seulement disponible sur l’édition HD.

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Très mauvais point pour l’interactivité, puisque nous ne trouvons que la bande-annonce du film !

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La promotion HD (1080p, AVC) de Green Room apporte guère aux partis pris esthétiques singuliers (pour ne pas dire laids), avec une photo évidemment très verte. Des couleurs volontairement ternes, sombres, supposées appuyer le malaise distillé par le film. Green Room est un film se déroulant principalement en intérieur, dans une pièce calfeutrée et éclairée par des néons verts. Ne vous attendez donc pas à des scènes éclatantes. Par ailleurs, même les séquences finales demeurent aussi peu reluisantes que le reste. L’encodage est solide, la copie propre et la définition dépend des volontés artistiques originales. Peu de détails sautent aux yeux, le piqué et la gestion des contrastes sont aléatoires. L’image parvient tout de même à rester homogène du début à la fin avec des noirs plutôt solides.

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Là encore on reste perplexe. Bien qu’encodés en DTS-HD Master Audio 5.1 et même en 2.0, les mixages anglais et français se révèlent bien paresseux et donc forcément décevants. Il ne faut pas hésiter à monter le volume pour créer un confort acoustique suffisant puisque les latérales distillent leurs effets avec parcimonie, tandis que la balance frontale peine à créer un espace sonore convaincant, sauf sur les quelques chansons au début du film. Même chose concernant les dialogues qui manquent de peps sur la centrale, autant en français qu’en anglais. Heureusement, les scènes plus agitées sont un peu mieux loties, mais encore une fois, on s’attendait à une exploitation beaucoup plus mordante.

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Crédits images : © M6 Vidéo

 

Test Blu-ray / Café Society, réalisé par Woody Allen

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CAFE SOCIETY réalisé par Woody Allen, disponible en Blu-ray et DVD le 13 septembre 2016 chez Studiocanal

Acteurs : Jesse Eisenberg, Kristen Stewart,Steve Carell, Blake Lively, Parker Posey, Corey Stoll, Ken Stott, Anna Camp

Scénario : Woody Allen

Photographie : Vittorio Storaro

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié.
Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

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La vie est une comédie écrite par un auteur sadique 

Oublions l’escapade italienne de To Rome With Love, car Woody Allen a prouvé qu’il en avait encore sérieusement sous le capot avec Blue Jasmine, tourné durant l’été 2012, qui s’est avéré être un nouveau chef d’oeuvre à accrocher à son palmarès, en plus de valoir à Cate Blanchett l’Oscar de la meilleure actrice. Les deux comédies suivantes avec la lumineuse Emma Stone, la première légère Magic in the Moonlight et la seconde plutôt noire et grinçante L’Homme irrationnel, ont également été d’excellents crus, confirmant la bonne santé et l’inspiration toujours galopante de Woody Allen. A l’instar de Blue Jasmine, son dernier-né Café Society, expression qui renvoie au milieu des mondains, artistes et personnalités qui fréquentaient les cafés et les restaurants à la mode à New York, Paris et Londres, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, fait la navette entre la Californie et New York, mais en emmenant les spectateurs dans les années 1930, plus précisément dans le monde du cinéma.

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Après L’Homme irrationnel, Parker Posey est de retour devant la caméra du cinéaste mais dans un rôle secondaire, au contraire de Jesse Eisenberg qui apparaissait dans un segment de To Rome With Love et qui devient ici la tête d’affiche. Blake Lively et Kristen Stewart font leur première apparition devant la caméra de Woody Allen. De son côté, l’excellent Steve Carell remplace finalement Bruce Willis qui a « officiellement » lâché l’équipe quatre jours après le début du tournage pour aller créer à Boradway la pièce Misery adaptée du roman de Stephen King. En réalité, le comédien a purement et simplement été viré par Woody Allen en raison d’un comportement inapproprié et de son incapacité à se souvenir de ses répliques. Présenté au Festival de Cannes 2016 hors-compétition, Café Society n’est pas un mauvais film du plus célèbre réalisateur new-yorkais, mais le casting féminin est un des plus faibles de toute sa filmographie. Gros mauvais point pour Kristen Stewart, qui n’a pas l’aura d’une jeune femme des années 1930, qui semble constamment embarrassée de ses bras et dont le jeu bourré de tics agace profondément. Si leurs collaborations fonctionnaient dans Adventureland : Un job d’été à éviter (2012) et American Ultra (2015), les retrouvailles Stewart/Eisenberg ne fonctionnent pas ici. Là où la première est constamment empruntée et pour ainsi dire anachronique, Jesse Eisenberg lui se fond parfaitement dans son rôle avec un jeu très inspiré du cinéaste lui-même. Par conséquent, les scènes où Stewart/Eisenberg se donnent la réplique paraissent déséquilibrées et sonnent faux tout du long.

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Histoire divisée en deux parties, entre Hollywood et New York, Café Society marque la première association entre Woody Allen et le chef opérateur Vittorio Storaro, oscarisé pour Apocalypse Now, Reds et Le Dernier Empereur, mais c’est aussi le premier film du cinéaste tourné au format 2.00:1 et surtout le premier réalisé en numérique ! A 80 ans, Woody Allen parvient encore à se renouveler. Heureusement, Café Society ne se résume pas à cette dimension technique et à sa beauté plastique, puisque même si Kristen Stewart s’avère un choix hasardeux et que Blake Lively manque également de crédibilité, beaucoup d’éléments sont très réussis comme les dialogues irrésistibles et le portrait de Bobby. Jeune homme timide de confession juive, il quitte le Bronx pour la Californie, plein de bonnes volontés afin de trouver un job auprès de Phil (Steve Carell), son oncle, puissant imprésario. Bobby tombe rapidement amoureux de Vonnie, la secrétaire de Phil. Mais il ne sait pas que Vonnie est en réalité la maîtresse de son oncle. Bobby ira d’espoirs en désillusions, sur le monde du spectacle mais également sur les relations amoureuses et décide de rentrer sur la côte Est pour ouvrir un club à la mode avec son frère en plein centre de Manhattan. Jesse Eisenberg porte le film d’un bout à l’autre grâce à son immense talent, son charisme, son énergie, sa sensibilité qui emportent tout. Retenons également la formidable séquence, sans doute la meilleure du film, où Bobby se retrouve face à Candy, interprétée par l’excellente Anna Camp, une des révélations des deux Pitch Perfect. Candy est une jeune prostituée, en réalité une aspirante actrice obligée de se lancer dans cette activité pour payer son loyer, étant également mise face aux réalités quant au mythe Hollywoodien. Désarçonné, Bobby décide de l’aider, puis les deux entament une conversation désopilante, véritable court-métrage à part entière au milieu de l’intrigue.

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Le dernier tiers new-yorkais est également le plus marquant avec un final bouleversant, mélancolique, inattendu, qui rattrape les quelques points faibles mentionnés précédemment. Café Society est une œuvre élégante mais cynique sur le monde du cinéma – d’ailleurs Woody Allen en assure lui-même la narration en voix-off – et sur ses mirages qui entament les sentiments les plus purs.

LE DISQUE

Le test de l’édition HD de Café Society a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

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Pas même une bande-annonce n’est disponible en guise de supplément.

L’Image et le Son

Studiocanal se devait d’offrir un service après-vente remarquable pour la sortie dans les bacs du premier film de Woody Allen réalisé en numérique avec la caméra Sony CineAlta. L’éditeur prend soin de Café Society et livre un master HD (1080p) quasi-irréprochable au transfert immaculé. Respectueuse des volontés artistiques originales concoctées par l’immense directeur de la photographie Vittorio Storaro (L’oiseau au plumage de cristal, 1900, Ladyhawke, la femme de la nuit), la copie de Café Society se révèle un petit bijou technique avec des teintes chaudes, ambrées et dorées, une palette chromatique spécifique, le tout soutenu par un encodage de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont riches et tranchants, les arrière-plans sont détaillés, le relief omniprésent et les détails foisonnants. Hormis quelques légers fléchissements sur les scènes sombres, cette édition Blu-ray en met souvent plein la vue.

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Deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais. L’apport des latérales demeure complètement anecdotique. Si les dialogues de la version française sont dynamiques, ils tendent à prendre le pas sur les ambiances annexes et l’ensemble manque de naturel. La piste anglaise est évidemment celle à privilégier, d’autant plus que la musique, les voix, les ambiances et effets s’accordent avec une réelle homogénéité, mais essentiellement sur la scène frontale. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale.

L’éditeur joint également une piste Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

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Crédits images : © Studiocanal

Test Blu-ray / Under Pressure, réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck

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UNDER PRESSURE (Mississippi Grind) réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck, disponible en Blu-ray et DVD le 12 octobre 2016 chez Condor Entertainment

Acteurs : Ryan Reynolds, Ben Mendelsohn, Sienna Miller, Analeigh Tipton, Yvonne Landry, James Toback

Scénario : Anna Boden, Ryan Fleck

Photographie : Andrij Parekh

Musique : Scott Bomar

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 2015

LE FILM

Malchanceux et fauché, Gerry s’associe avec un joueur charismatique de poker plus jeune, Curtis, afin de retrouver enfin la chance. Les deux hommes se lancent alors dans un voyage vers les routes du Sud des États-Unis avec des visions de lointaines victoires passées.

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Anna Boden et Ryan Fleck sont respectivement la scénariste et le réalisateur de l’acclamé Half Nelson, qui a connu un grand succès en 2006. Couvert de récompenses dont le Prix spécial du jury à Deauville et à Locarno, le film a également été nommé dans les festivals du monde entier, en offrant même à Ryan Gosling sa première nomination aux Oscars du meilleur acteur. Désormais associés à la mise en scène, Anna Boden et Ryan Fleck réalisent Sugar en 2008, inédit en France et Une drôle d’histoire en 2010 avec Zach Galifianakis, sorti directement en DVD dans nos contrées. Même chose pour leur dernier film, Mississippi Grind, qui arrive dans les bacs sans passer par la case cinéma. Rebaptisé Under Pressure, ce très beau drame mélancolique (jusque dans sa bande-son blues et folk) est étrangement vendu comme un film d’action avec Ryan Reynolds, dont le visage tuméfié qui semble prêt à en découdre, remplit tout le visuel de la jaquette. De même, le résumé du film mentionne à peine le personnage incarné par Ben Mendelsohn alors que ce dernier a bel et bien le premier rôle. Mais il faut bien vendre un film…Toujours est-il qu’Under pressure raconte l’histoire de Gerry (Ben Mendelsohn), quadra au bout du rouleau, accro aux jeux d’argent, endetté, divorcé et père d’une fille qu’il ne voit jamais. Un soir, autour d’une table de poker, il rencontre Curtis (Ryan Reynolds donc), séduisant trentenaire, également expert aux cartes. Roublard, charismatique, enfiévré, il s’attache rapidement à Gerry et souhaite lui venir en aide. Visiblement solitaire et ayant pas mal bourlingué, Curtis propose à Gerry de prendre la route et de tenter ailleurs de remporter le gros lot.

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Né en Australie en 1969, Ben Mendelsohn a su s’imposer au fil des années comme un des comédiens les plus fascinants en activité. S’il demeure essentiellement connu dans son pays natal, le grand public a pu l’apercevoir dans Vertical Limit de Martin Campbell, Le Nouveau monde de Terrence Malick, Australia de Baz Luhrmann, mais c’est son rôle d’oncle psychopathe dans Animal Kingdom de David Michôd qui lui ouvre encore plus grand les portes du cinéma hollywoodien. Depuis Ben Mendelsohn a collaboré avec Joel Schumacher, Andrew Dominik, Christopher Nolan, Derek Cianfrance, Anne Fontaine et Ridley Scott et Danny Rayburn dans la série Bloodline. Avant de décrocher un des rôles principaux dans le très attendu Rogue One: A Star Wars Story de Gareth Edwards, Ben Mendelsohn tourne ce petit Mississippi Grind. Magnétique, bouleversant, dingue de charisme, l’acteur a peu à faire pour créer l’empathie avec les spectateurs.

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A ses côtés, Ryan Reynolds trouve un de ses plus beaux rôles à ce jour. Il est d’ailleurs étonnant de voir comment le jeu du comédien canadien a su s’affirmer depuis quelques années. Il est ici d’une étonnante et belle sobriété, très élégant. L’excellente Sienna Miller apparaît également au casting, encore une fois métamorphosée et qui a toujours le don de rendre ses personnages marquants même avec peu de temps à l’écran. Dans un tout petit rôle, Analeigh Tipton, révélation de Crazy, Stupid, Love. de John Requa et Glenn Ficarra en 2011, change ici de registre et s’avère remarquable dans le genre dramatique.

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Under Pressure est un film lent, plein de spleen, mais dans lequel on se sent bien et qui donne envie de se battre contre tout ce qui peut nous tomber sur la tête. L’histoire est simple, tout comme la manière dont sont abordés les sentiments, mais Under Pressure nous transporte avec les personnages (qui se dévoilent petit à petit), lancés sur les routes de la Nouvelle Orleans, en Alabama, en Iowa et dans le Massachusetts, comme si le temps était suspendu voire s’était arrêté il y a plusieurs décennies. C’est là toute la grande réussite de ce petit film qui avec sa sincérité, sa douceur et sa sensibilité, sans oublier l’alchimie entre les deux comédiens, mérite la plus large audience possible.

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LE BLU-RAY

Bien que Ben Mendelsohn soit l’acteur principal du film, il n’apparaît pas sur le visuel principal de la jaquette et son nom n’est même pas mentionné ! La part belle est faite à Ryan Reynolds, plus vendeur, surtout depuis le carton de Deadpool. De plus, avec son titre « français » Under Pressure et la trogne cassée de Ryan Reynolds qui occupe les 2/3 du visuel, cette jaquette induit en erreur puisque le film est bel et bien un drame et surtout pas un film d’action ou un thriller. Le menu principal est animé et musical.

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Seul supplément de cette édition, un excellent making of (17′). Composé de nombreuses images de tournage et de propos de l’équipe (les réalisateurs, les acteurs, les producteurs), ce documentaire s’avère dans le ton du film et expose posément les thèmes, les enjeux, les personnages, ainsi que les conditions de tournage.

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L’Image et le son

Le Blu-ray d’Under Pressure est proposé au format 1080i. Tourné en 35mm avec un petit budget, ce Blu-ray rend compte des conditions modestes d’un film indépendant, qui peine à trouver un équilibre en Haute-Définition. Si l’on est d’abord séduit par le rendu de la colorimétrie, force est de constater que la définition chancelle à plusieurs reprises. Le piqué manque singulièrement de mordant, tout comme les détails, notamment au niveau des visages des comédiens. Le codec tente de consolider certains plans avec difficulté, surtout sur les quelques séquences sombres. De plus, la profondeur de champ est décevante, quelques fourmillements sensibles s’invitent à la partie, la gestion des contrastes étant au final aléatoire. Toutefois, certains plans sortent aisément du lot avec un relief indéniable et une clarté plaisante sur les séquences diurnes.

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Ne vous attendez pas à des explosions ou des effets surround fulminants, mais les mixages DTS-HD Master Audio 5.1 permettent de spatialiser la musique du film. Cependant, les dialogues auraient peut-être gagné à être un poil plus alerte sur la centrale et l’ensemble demeure essentiellement frontal en dehors des quelques plages musicales. Les ambiances naturelles se font parfois ressentir et la balance des enceintes avant et arrière est plutôt bien équilibrée, surtout sur les scènes de casino et de courses. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

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Crédits images : © Condor Entertainment / Captures Blu-ray : Franck Brissard

 

Test Blu-ray / Geronimo, réalisé par Walter Hill

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GERONIMO (Geronimo: An American Legend) réalisé par Walter Hill, disponible en Blu-ray et DVD le 21 septembre 2016 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Jason Patric, Robert Duvall, Gene Hackman, Wes Studi, Matt Damon, Rodney A. Grant, Kevin Tighe

Scénario : John Milius, Larry Gross

Photographie : Lloyd Ahern II

Musique : Ry Cooder

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1993

LE FILM

1885. Une seule tribu tient encore tête à l’armée et aux colons, celle des Apaches Chiricahuas. Le lieutenant Gatewood est chargé de prendre contact avec leur chef, Geronimo. Ce dernier se rend au général Crook mais Geronimo et son peuple sont parqués dans une réserve trop petite pour eux, Turkey Creek. Geronimo repart alors en guerre et refuse de croire le général Crook…

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En 1968, Walter Hill (né en 1942) commence sa carrière en tant que réalisateur de seconde équipe sur L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison puis sur le non moins mythique Bullitt de Peter Yates. Quatre ans plus tard, il signe le scénario de Guet-Apens de Sam Peckinpah, d’après le roman de Jim Thompson, qui témoigne de son attrait pour la représentation de la violence sans fioritures. Il passe enfin derrière la caméra en 1975 avec Le Bagarreur, dans lequel il dirige Charles Bronson et James Coburn. Suivront les formidables Driver et Les Guerriers de la nuit. Son quatrième long métrage, Le Gang des frères James, lui permet d’aborder un nouveau genre, celui du western, à travers l’histoire du gang James-Younger et leurs célèbres attaques de trains et de banques. Les années 1980 sont marquées par d’importants succès au box-office, notamment 48 heures (1982) avec Nick Nolte et Eddie Murphy, qui reste le plus grand triomphe commercial de Walter Hill. En 1985, il revient à la comédie avec Comment claquer un million de dollars par jour, film culte avec Richard Pryor et John Candy. Trois plus tard, il forme le duo Arnold Schwarzenegger / James Belushi dans Double Détente, buddy movie par excellence. Les années 1990 arrivent, ainsi que la suite de 48 heures, sobrement intitulées 48 heures de plus. Si la critique est cette fois très mauvaise, cela n’empêche pas le film de cartonner. Nous arrivons donc en 1993 et Walter Hill décide de revenir au western, genre alors quasi-abandonné, avec Geronimo.

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Deux ans après le triomphe de Danse avec les loups de Kevin Costner et celui d’Impitoyable de Clint Eastwood en 1992, le réalisateur confie le scénario de Geronimo à John Milius, réalisateur de Conan le Barbare et de L’Aube rouge, mais également scénariste de Jeremiah Johnson de Sydney Pollack et Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Les deux hommes avaient déjà collaboré en 1987 sur Extrême préjudice. Geronimo est également coécrit par Larry Gross, fidèle à Walter Hill depuis 48 heures. Remarquable nouvelle lecture du mythe Geronimo (1829-1909), un des protagonistes principaux des guerres apaches ayant combattu le Mexique et les États-Unis pour les droits des amérindiens, Geronimo : An American Legend est un sommet de la carrière de Walter Hill. Malgré les stars et têtes d’affiches telles que Gene Hackman dans le rôle du Général George Crook et Robert Duvall dans celui du chasseur d’indiens Al Sieber, sans compter les jeunes acteurs prometteurs, Jason Patric et Matt Damon, Geronimo est le vrai et principal protagoniste de cette histoire. Découvert dans Danse avec les loups et Le Dernier des Mohicans de Michael Mann, le comédien Wes Studi incarne brillamment le chaman guerrier reconnu et respecté. Le film évoque le meurtre de sa mère, de sa femme et de ses trois enfants par l’armée mexicaine près d’un village. Son désir de vengeance, les guerres qu’il a menées en représailles, ses visions prémonitoires, mais aussi l’accord de paix négocié en 1871 après plusieurs années de guerre contre les États-Unis, avec les Apaches Chiricahuas (dirigés par Cochise) sur les conseils de Tom Jeffords sont aussi narrées. Les Apaches obtiennent la création d’une réserve sur leurs terres. Peu de temps après, la réserve Chiricahua est fermée par les autorités américaines. C’est ce point en particulier que Walter Hill et ses scénaristes ont voulu mettre en avant dans Geronimo, le non-respect du Gouvernement américain et les promesses non tenues.

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Contre toute attente, même si le film demeure marqué par quelques séquences particulièrement brutales et des affrontements percutants, Geronimo est un film triste, lent, mélancolique, qui montre l’anéantissement d’un peuple et de ses derniers représentants par la suprématie politique et militaire. Un monde disparaît pour laisser la place nette à un autre. L’Amérique doit aborder le XXe siècle en se débarrassant de ce qui « gêne ». Epaulé par la magnifique photographie de Lloyd Ahern II, qui retravaillera ensuite avec Walter Hill jusqu’à dernièrement dans Du plomb dans la tête avec Sylvester Stallone, mais aussi par la musique du fidèle Ry Cooder, le réalisateur est en pleine possession de son art pour faire passer son message, les Etats-Unis sont les seuls responsables de ce véritable génocide. Tourné dans les magnifiques décors naturels de l’Utah et de l’Arizona, Geronimo est un western très violent, autant dans les séquences de guerre que dans les mots prononcés, bourrés de non-dits et de sous-entendus. A ce titre, Jason Patric, découvert dans Génération perdue de Joel Schumacher en 1987, trouve ici son plus grand rôle. Le comédien incarne le Premier lieutenant Charles B. Gatewood, tout d’abord rempli d’espoir quant au sort réservé à Geronimo et à son peuple. Mais il devra se rendre à l’évidence, les Etats-Unis ne comptent pas tenir leurs promesses. Ces désillusions apparaissent également à travers le personnage de Matt Damon, qui tient compte de ses débuts dans l’armée américaine. Tout d’abord impressionné et fier de la mission qui lui est confiée, celle d’escorter Geronimo lors de sa reddition au Général George Crook en 1883, il sera également écoeuré par les principes bafoués d’une nation pour laquelle il était alors prêt à donner sa vie. Il plane donc un vrai spleen sur le film de Walter Hill. La fin est proche en dépit des négociations. Il n’y a plus qu’à l’attendre. L’Enfer, caractérisé par une photo orangée et parfois rouge-sang qui imprègne les décors à mesure que l’issue approche, s’installe sur Terre et le XXe siècle se bâtit sur des faux-semblants et des paysages vidés de leur véritable mémoire.

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S’il n’atteint pas le lyrisme de Danse avec les loups et le nihilisme d’Impitoyable, Geronimo est sans doute le troisième western le plus important des années 1990 et mérite d’être sérieusement reconsidéré.

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LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Geronimo, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

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Au menu des bonus, l’incontournable Bertrand Tavernier est le premier à présenter Geronimo de Walter Hill (35′). Le réalisateur et historien du cinéma indique qu’il s’agit pour lui d’un des grands films du cinéaste. Tavernier retrace son parcours en tant que scénariste et metteur en scène et en vient à la collaboration Walter Hill / John Milius sur Geronimo, également écrit par Larry Gross. L’évolution du scénario, les partis pris et les intentions du cinéaste, l’originalité du traitement, les figures historiques, la mise en scène, les scènes d’action, la musique, la photo, les dialogues, le rythme, le casting, les personnages, les lieux de tournage, tout cela est abordé avec une passion vraiment contagieuse, qui montre que Bertrand Tavernier est toujours aussi épris par son art même après avoir visionné des milliers de films.

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Patrick Brion a finalement peu de choses à dire après son confrère. En à peine un quart d’heure, le critique et historien du cinéma dévoile l’origine du nom de Geronimo, avant de faire un rapide tour d’horizon du western au début des années 1990. Brion expose brièvement les carrières respectives de John Milius et de Walter Hill, en indiquant qu’il serait très heureux de présenter un jour Les Guerriers de la nuit qu’il adore tout particulièrement. Il se contente après de citer les propos de Walter Hill recueillis dans un entretien, où le réalisateur s’exprime sur Geronimo.

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L’interactivité se clôt sur une galerie de photos/affiches et la bande-annonce. 

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L’Image et le son

Geronimo est le film le plus récent édité par Sidonis puisqu’il date de 1993. Il n’est donc pas étonnant de se retrouver face à un master HD (1080p, AVC) restauré de fort bonne qualité, propre, stable et qui restitue merveilleusement les partis-pris esthétiques du chef opérateur Lloyd Ahern II. Le piqué n’est sans doute pas aussi ciselé qu’on pouvait l’espérer, mais la colorimétrie est riche, les contrastes élégants, la compression solide comme un roc et la définition subjugue à de nombreuses reprises, à l’exception des scènes sombres où le master montre quelques limites. Ajoutez à cela un grain sensible qui flatte constamment la rétine, un relief impressionnant sur les plans larges. De quoi contenter les amateurs à la fois du genre mais aussi de belles images.

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Montez le volume, car le spectacle est garanti sur les scènes de batailles ! Le (re)mixage anglais DTS-HD Master Audio 5.1 se révèle particulièrement ardent. Les frontales et les latérales sont dynamiques, la musique de Ry Cooder exsudée avec force, la spatialisation est fort appréciable et le caisson de basses participe parfois à ce spectacle. Pas de souffle constaté. La version originale est également disponible en Stéréo, de fort bon acabit. La piste française disponible en DTS Master Audio Stéréo 2.0 est évidemment plus « plate », mais s’en sort avec les honneurs avec notamment un excellent doublage. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale, et le changement de langue impossible à la volée.

gero5Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard
 

Test Blu-ray / Julieta, réalisé par Pedro Almodóvar

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JULIETA réalisé par Pedro Almodóvar, disponible en Blu-ray et DVD le 23 septembre 2016 chez Pathé

Acteurs : Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta, Rossy de Palma, Darío Grandinetti, Michelle Jenner…

Scénario : Pedro Almodóvar d’après trois nouvelles du recueil Fugitives d’Alice Munro

Photographie : Jean-Claude Larrieu

Musique : Alberto Iglesias, Chavela Vargas

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vue depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours.
Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

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En 2011, Pedro Almodóvar signait un de ses chefs d’oeuvre, La Piel que habito, plus complexe, minimaliste, épuré et austère que ses précédents longs métrages, une véritable rupture avec ses superbes mélodrames qui ont fait son immense succès à travers le monde. Thriller organique traumatisant, croisement entre Franju et Hitchcock, porté par un Antonio Banderas glacial et glaçant et l’interprétation hallucinante d’Elena Anaya, La Piel que habito était un sommet dans la carrière du réalisateur espagnol. Ayant néanmoins déçu une partie de son public de base, Pedro Almodóvar revenait deux ans plus tard avec Les Amants passagers, pour lequel il renouait avec son genre de prédilection, la comédie chorale loufoque et bordélique période Movida. Ce 19e long métrage se révélait être le pire de sa filmographie. Rien ou presque ne fonctionnait dans ce retour à la fantaisie, véritable naufrage artistique. Heureusement, Les Amants passagers s’apparentait à une récréation. C’est peu dire qu’on attendait des nouvelles du vingtième film de Pedro Almodóvar après son indigeste cocktail rose-bonbon de sexe, de drogue, d’anxiolytiques, de champagne-vodka-mescaline-jus d’orange et de musique pop des années 1980 ! Et disons-le immédiatement, Julieta est un nouveau chef d’oeuvre à inscrire à son palmarès !

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Le cinéaste adapte trois nouvelles du recueil Fugitives (2004) d’Alice Munro, Hasard, Bientôt et Silence, toutes ayant comme point commun le personnage de Juliette. Pedro Almodóvar a donc imaginé comment rattacher ces trois histoires distinctes, pour qu’elles puissent en former une seule, afin que naisse le destin de Juliette, rebaptisée ici Julieta. L’histoire originale se situait à Vancouver. Ayant envisagé un temps de tourner son film en anglais et à New York, le metteur en scène a finalement préféré revenir à sa langue et à sa culture natales avec des prises de vues réalisées en Espagne. Pedro Almodóvar s’approprie l’histoire originale pour livrer un des plus beaux portraits de femmes de sa filmographie, et pourtant Dieu sait que de merveilleux personnages féminins ont déjà jalonné sa carrière. Julieta est un drame sensible, fragile comme du cristal, sur lequel plane un parfum de mystère. Pourquoi une jeune fille, Antía, a-t-elle disparu du jour au lendemain et n’a plus donné signes de vie à sa mère Julieta, ni même expliqué les raisons de son départ ? La belle cinquantaine, Julieta (Emma Suárez) ne s’est jamais remise de cette disparition et a dû apprendre à continuer à vivre avec l’incompréhensible, la douleur et l’inacceptable. Jusqu’au jour où la rencontre avec une amie d’enfance de sa fille, qui affirme l’avoir vue en Italie, remet en question son départ pour le Portugal avec son compagnon. Julieta entreprend alors d’écrire à sa fille et de se livrer comme elle ne l’a jamais fait, sur sa jeunesse jusqu’à sa rencontre avec l’homme de sa vie, le père d’Antía. Par flashbacks, nous découvrons alors la jeune Julieta, incarnée cette fois par Adrianna Ugarte. Deux actrices pour le même personnage à un âge différent, le cinéaste ayant peu confiance dans les maquillages supposés vieillir.

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Et Pedro Almodóvar de nous hypnotiser avec ses couleurs, les visages de ses sublimes comédiennes, son récit à tiroirs dans lequel s’enchevêtrent les époques – magnifique passage de relais – et les destins, la délicatesse de chaque geste esquissé ou avorté, ses scènes d’amour passionnées pour faire face à la mort et la fatalité, la beauté insondable des dialogues, tandis que le cinéaste instaure un suspense palpable et une réflexion universelle et bouleversante sur le deuil impossible. Forcément tragique, mais également constamment chaleureux et ensoleillé puisque les astres demeurent mais ne meurent jamais, Julieta est un des récits les plus poignants, gracieux et courageux du réalisateur ibérique qui ne cède jamais au pathos et nous donne furieusement envie de prendre dans nos bras son héroïne intensément romanesque.

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LE BLU-RAY

La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend le visuel de l’affiche française d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

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Pathé va droit à l’essentiel, mais les fans du cinéaste risquent de déchanter. En premier lieu nous trouvons deux entretiens croisés de Pedro Almodóvar et de la comédienne, l’autre avec Adrianna Ugarte. Cinq petites minutes durant lesquelles les intervenants s’expriment sur les intentions et les partis pris, les personnages, les thèmes et l’esthétique du film.

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En guise de making of vous trouverez un clip de 11 minutes compilant de nombreuses images du tournage montrant les coulisses, les répétitions, Pedro Almodóvar avec ses comédiens. Surtout, ne visionnez pas ces images avant d’avoir vu le film puisque de nombreuses scènes clés y sont dévoilées !

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Pathé nous livre un remarquable master HD de Julieta. Pour la seconde fois de sa carrière, Pedro Almodóvar réalise un film avec des caméras numériques et cela se ressent à l’image. Les contrastes sont tranchants, le piqué saisissant, les détails abondent sur tous les plans, le relief est palpable, la colorimétrie est étincelante et chatoyante. A part quelques petites saccades sur les mouvements rapides et divers plans trop surexposés, la compression AVC n’est jamais prise en défaut, la définition demeure spectaculaire aussi bien dans les scènes en intérieur que dans les séquences en extérieur, bref nous nous trouvons devant un très beau Blu-ray.

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En espagnol comme en français, les pistes DTS-HD Master Audio 5.1 sont en parfaite adéquation avec le sujet, à la fois intimiste dans les dialogues, mais également saisissantes et immersives. Les enceintes sont intelligemment mises à contribution même si le cadre confiné restreint les effets latéraux, les voix sont saisissantes sur la centrale et le caisson de basses se mêle efficacement à la partie. Evidemment, la version originale se révèle plus fluide et limpide que son homologue française et demeure la piste à privilégier, mais était-ce bien nécessaire de le préciser ? Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue est verrouillé à la volée.

L’éditeur joint également une piste Audiovision ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

julieta9Copyright El Deseo – Manolo Pavón / Captures du Blu-ray : Franck Brissard

Test Blu-ray / Criminal – Un espion dans la tête, réalisé par Ariel Vromen

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CRIMINAL – UN ESPION DANS LA TETE (Criminal) réalisé par Ariel Vromen, disponible en Blu-ray et DVD le 5 septembre 2016 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Kevin Costner, Gary Oldman, Tommy Lee Jones, Gal Gadot, Jordi Mollà, Michael Pitt, Ryan Reynolds, Alice Eve et Scott Adkins

Scénario : Douglas Cook, David Weisberg

Photographie : Dana Gonzales

Musique : Keith Power, Brian Tyler

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Dans une ultime tentative pour contrecarrer un complot et une terrifiante catastrophe, les autorités décident d’implanter la mémoire et le savoir-faire d’un agent de la CIA décédé dans le corps d’un condamné à mort aussi imprévisible que dangereux. Il est l’unique chance – à haut risque – d’achever la mission… D’autant qu’en récupérant l’esprit de l’ancien agent, le condamné a aussi hérité de ses secrets…

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Même s’il n’a jamais retrouvé le succès qu’il a connu dans les années 1990, Kevin Costner n’a jamais arrêté de tourner. Les années ont fait de lui un fringuant sexagénaire, un monstre de charisme, un des rares comédiens à insuffler l’élégance propre aux stars du cinéma classique dans l’industrie contemporaine. Ces dernières années, le comédien se sera facilement démarqué dans l’excellent The Company Men de John Wells et Le Pari (Draft Day) d’Ivan Reitman, inédit dans les salles françaises et pourtant très bon. On ne l’attendait pas dans le rôle d’un sociopathe dans Criminal – Un espion dans la tête, réalisé par Ariel Vromen, auteur d’un navet avec Marisa Tomei, Danika, et du très bon The Iceman avec Michael Shannon, Winona Ryder et James Franco. A l’instar de son précédent long métrage, Ariel Vromen offre à Kevin Costner l’opportunité d’incarner un homme dépourvu d’émotions et de remords, très violent et glacial. Criminal – Un espion dans la tête repose sur une réalisation soignée, un cadre léché, une photographie inspirée et un casting haut de gamme excellemment dirigé auquel s’ajoutent Gary Oldman, Tommy Lee Jones, Ryan Reynolds, Jordi Mollà, Gal Gadot, Michael Pitt, Alice Eve et Scott Adkins.

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Croisement entre La Machine de François Dupeyron (à réhabiliter et d’ailleurs à quand en DVD ?), Volte/Face de John Woo et Renaissances de Tarsem Singh pour lequel Ryan Reynolds fait d’ailleurs étrangement le lien, le quatrième long métrage trouve sa propre identité après un prologue très « Jason Bourne ». Un petit élément de science-fiction vient ensuite se greffer à l’histoire d’espionnage, en gros un anarchiste espagnol est sur le point de s’emparer d’un virus informatique grâce auquel il pourrait contrôler l’armement de toutes les nations. Jerico Stewart (Kevin Costner) est un prisonnier placé sous haute-surveillance qui a passé plus de la moitié de sa vie derrière les barreaux. Il est utilisé comme cobaye dans une expérience scientifique, dernière chance pour mettre la main sur celui qui menace la planète. Décédé lors d’une mission où il devait faire passer aux Etats-Unis un hacker repenti détenant le secret du piratage informatique, la partie encore active du cerveau de l’agent de la CIA Bill Pope (Ryan Reynolds) est transplantée dans celui de Jerico Stewart, qui possède une particularité rare puisqu’une partie de son cerveau demeure en jachère. Cette expérience menée par le Dr. Franks (Tommy Lee Jones) sous la supervision de Quaker Wells (Gary Oldman) l’agent chargé de l’affaire, va donner quelques résultats troublants. Mais Jerico parvient (évidemment) à se faire la malle. Toutefois, il est rattrapé par les souvenirs, les réflexes, la déontologie et les talents de Bill Pope. Jerico Stewart doit se rendre à l’évidence, il ressent pour la première fois. Assailli par des sentiments, il découvre que Bill Pope était marié et père d’une petite fille. Il décide de leur rendre une petite visite…

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Voilà en gros le résumé de la première partie de cet excellent thriller, qui n’a malheureusement connu aucun succès dans les salles. Le scénario possède un côté old-school proche du divertissement des années 1990. Cela n’a rien d’étonnant quand on constate que Criminal – Un espion dans la tête a été écrit par Douglas Cook et David Weisberg, scénaristes du cultissime Rock de Michael Bay. Le récit est solidement tenu, le rythme lent mais maîtrisé et la ville de Londres offre un décor atypique à l’ensemble, qui ne manque pas de classe. Kevin Costner avait d’abord refusé le rôle principal deux fois de suite en raison d’un scénario trop paresseux. Oui bon d’accord, il avait récemment accepté celui de Luc Besson pour 3 Days to Kill le navet de McG, mais cela lui a peut-être servi de leçon ! Toujours est-il que les réécritures ont visiblement porté leurs fruits, d’autant plus que Kevin Costner s’est ensuite non seulement impliqué à fond dans l’incarnation de Jerico, mais également dans la salle de montage où il a donné un coup de main au réalisateur.

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Le film ne repose pas sur ses scènes d’action, finalement peu présentes, mais sur l’évolution de son personnage et l’émotion affleure là où on l’attendait le moins. Si Criminal – Un espion dans la tête contentera les adeptes du cinéma d’action, ce thriller vaut surtout pour l’exceptionnelle performance de Kevin Costner, bad-ass dans ce rôle musclé, sombre, complexe et violent. En un mot impérial.

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LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Criminal – Un espion dans la tête, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Pour sa sortie dans les bacs, le film d’Ariel Vromen arbore le même visuel que l’affiche d’exploitation française. Le menu principal est sobre, animé et musical.

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La section des suppléments comprend tout d’abord quatre petites scènes coupées (4’). Nous retiendrons notamment la première qui montre Bill Pope (Ryan Reynolds) tuer un des hommes de Xavier Heimdahl (Jordi Mollà) qui le traquaient. La troisième confronte le Dr. Franks à Xavier Heimdahl, qui s’en prend à sa mère dans une maison de repos.

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A l’occasion de la sortie de Criminal – Un espion dans la tête dans les salles françaises, Kevin Costner et Ariel Vromen se plient au jeu de la promotion. Le comédien parle de son personnage, de la façon dont il l’a abordé et considère qu’il s’agit d’un de ses rôles les plus intéressants. De son côté, le réalisateur parle de ses références (Sidney Lumet, William Friedkin, Alan J. Pakula, Tony Scott et Michael Mann) et des partis pris. Quelques images dévoilent l’envers du décor avec le cinéaste à l’oeuvre sur le plateau avec ses acteurs.

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Mais le plus gros de cette interactivité s’avère le making of (40’), composé cette fois encore d’images issues des prises de vues, mais également de formidables interviews de l’équipe du film (producteurs, scénariste, réalisateur, comédiens, compositeur), notamment Kevin Costner qui parle de sa carrière sans langue de bois, posément, en avouant également avoir refusé le rôle deux fois de suite car il ne trouvait pas le scénario à la hauteur. Les acteurs parlent essentiellement du personnage atypique de Kevin Costner et de leur collaboration avec lui. Ariel Vromen a ensuite proposé au comédien de participer au montage pendant une quinzaine de jours. Ses précieux conseils l’ont notamment aidé à revoir l’intégralité des scènes déjà montées, mais également celles qu’il avait mises de côté.

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L’Image et le son

Ce master HD (1080p, AVC) de Criminal – Un espion dans la tête ne déçoit pas et se révèle même superbe. Le piqué et le relief sont acérés tout du long et permet d’apprécier les visages des comédiens, la clarté est de mise, le léger grain respecté, le cadre large offre un lot confondant de détails y compris sur les très nombreuses scènes sombres et la belle photographie marquée par des teintes chaudes est habilement restituée. Evidemment, la copie est d’une propreté immaculée, les contrastes sont denses. Les meilleures conditions techniques sont réunies et la définition est exemplaire.

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Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais, autant dans les scènes d’affrontements secs que dans les séquences plus calmes. Les quelques pics de violence peuvent compter sur une balance impressionnante des frontales comme des latérales, avec les balles qui environnent le spectateur. Les effets annexes sont très présents et dynamiques, les voix solidement exsudées par la centrale, tandis que le caisson de basses souligne efficacement chacune des actions au moment opportun. La spatialisation est en parfaite adéquation avec le ton du film.

L’éditeur joint également les sous-titres français, destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

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Crédits images : © Metropolitan Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard