Test 4K UHD / Marche ou crève, réalisé par Francis Lawrence

MARCHE OU CRÈVE (The Long Walk) réalisé par Francis Lawrence, disponible en DVD, Blu-ray & Édition collector limitée – 4K Ultra HD + Blu-ray – Boîtier SteelBook le 14 février 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Cooper Hoffman, David Jonsson, Garrett Wareing, Tut Nyuot, Charlie Plummer, Ben Wang, Jordan Gonzalez, Joshua Odjick…

Scénario : J.T. Mollner, d’après le roman de Stephen King

Photographie : Jo Willems

Musique : Jeremiah Fraites

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Le jeune Garraty va concourir pour  » La Longue Marche « , une compétition qui compte cent participants. Cet événement sera retransmis à la télévision, suivi par des milliers de personnes. Mais ce n’est pas une marche comme les autres, plutôt un jeu sans foi ni loi…

Il aura fallu attendre près d’un demi-siècle pour que Marche ou crève The Long Walk, roman d’anticipation dystopique de Richard Bachman, aka Stephen King bien évidemment, soit adapté au cinéma. Longtemps envisagé par Frank Darabont (et même George A. Romero avant lui dans les années 1980), qui avait déjà signé Les Évadés, La Ligne verte, The Mist et qui avait acheté les droits du livre dans le but de le transposer lui-même (on parle d’une bonne douzaine d’années), Marche ou crève change de crèmerie en 2018, débarque chez New Line où le projet prend enfin forme. James Vanderbilt se penche sur le scénario et commence à donner quelques sérieux signes de fatigue (The Amazing Spider-Man, Total Recall : Mémoires programmées, The Amazing Spider-Man : Le Destin d’un héros), puis son travail est finalement oublié. C’est son confrère JT Mollner (inconnu au bataillon) qui se charge du script. Le nom d’André Øvredal (Le Dernier voyage du Demeter, Scary Stories, The Jane Doe Identity) circule pour réaliser le film, avant que LionsGate ne confie définitivement Marche ou crève à Francis Lawrence, qui vient de connaître à nouveau le succès avec Hunger Games : La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteurThe Ballad of Songbirds and Snakes, que personne n’attendait réellement et qui a enthousiasmé à la fois la critique et le public. Changement radical pour le metteur en scène révélé en 2005 avec Constantine, puis qui a signé d’immenses hits (Je suis une légende, De l’eau pour les éléphants, Red Sparrow et quatre opus de la saga Hunger Games donc, bientôt cinq d’ailleurs), sans connaître un seul échec depuis vingt ans. Habitué aux budgets conséquents de cent millions de dollars (au minimum), il se retrouve doté ici de « seulement » 20 millions de billets verts pour restituer la moelle épinière d’un des romans les plus célèbres et emblématiques de la carrière de Stephen King. Un pari qu’il relève une fois de plus haut la main et qui tombe à point nommé, politiquement parlant on va dire, qui démontre que certains écrits du Maître de l’horreur, surtout à la fin des années 1970, s’accompagnaient d’un caractère prophétique, d’un appel à la vigilance quant à l’avenir des États-Unis, de la montée des extrêmes, de la politique-spectacle. Marche ou crève est un huis clos à ciel ouvert, qui respecte le matériel original, mais l’adapte aussi intelligemment pour au final livrer un divertissement malin, qui en a dans la caboche, qui fait appel à la matière grise du spectateur, qui contente à la fois celles et ceux qui sont venus pour avoir des sueurs froides et les autres qui veulent également ce petit truc en plus qui distinguerait ce film du tout-venant. Une grande réussite et assurément un classique en devenir.

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Test Blu-ray / Anna, réalisé par Pierre Koralnik

ANNA réalisé par Pierre Koralnik, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 15 décembre 2025 chez Malavida Films.

Acteurs : Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg, Marianne Faithfull, Barbara Sommers, Isabelle Felder, Henri Virlojeux, Hubert Deschamps…

Scénario : Serge Gainsbourg & Jean-Loup Dabadie

Photographie : Willy Kurant

Musique : Serge Gainsbourg

Durée : 1h30

Date de sortie initiale: 1967

LE FILM

Anna débarque à Paris. Dès sa descente du train, Serge, directeur d’une agence publicitaire, tombe fou amoureux. Pour la retrouver, il fait placarder l’unique photo d’elle qu’il possède dans toutes les rues de la capitale, sans réaliser qu’il la croise pourtant tous les jours…

C’est un petit trésor caché, oublié, enfoui, qui a été longtemps l’objet de fantasmes de la part des cinéphiles. Rendez-vous compte, Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg, Marianne Faithfull et même Eddy Mitchell réunis dans un même film ! Ou un téléfilm pour être exact, puisque Anna, réalisé par Pierre Koralnik, aura été diffusé le 13 janvier 1967 sur la Première chaîne de l’ORTF, avant de prendre la poussière pendant de longues, très longues années. Né en Suisse en 1937, Pierre Koralnik, d’origine ukrainienne, se présente au concours de l’IHDEC et obtient son diplôme. Il se retrouve aux commandes d’Anna, sur une proposition de la productrice Michèle Arnaud, première comédie musicale réalisée en 35mm pour la télévision française et en couleur s’il vous plaît, quand bien même le (télé)film sera évidemment diffusé en N&B…Presque soixante ans plus tard, nous pouvons enfin découvrir Anna comme le metteur en scène et son chef opérateur Willy Kurant (Le Monstre qui vient de l’espace, Je t’aime, moi non plus, Le Départ) l’ont conçu. Témoignage d’un temps que les moins de vingt ans et leurs parents ne peuvent pas connaître, Anna est une fusion étonnante entre la Nouvelle vague et le cinéma de Jacques Demy (qui a toujours été à part du mouvement), doublé d’un objet pop acidulé dont les couleurs clinquantes et l’énergie qui anime l’ensemble contrastent avec le spleen qui coule dans chaque séquence. Immortalisé par le Sous le soleil exactement chanté par Anna Karina sur la plage de Deauville, Anna n’a pas volé son statut culte.

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Test Blu-ray / Fortunat, réalisé par Alex Joffé

FORTUNAT réalisé par Alex Joffé, disponible en Blu-ray et Combo Blu-ray+ DVD + Livret le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Michèle Morgan, Bourvil, Rosy Varte, Teddy Bilis, Gaby Morlay, Frédéric Mitterrand, Patrick Millow, Albertine Sarov, Jean-Marie Amato…

Scénario : Alex Joffé & Pierre Corti, d’après le roman « Fortunat, ou le père adopté » de Michel Breitman

Photographie : Pierre Petit

Musique : Denis Kieffer

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Juliette Valecourt, grande bourgeoise parisienne, ignore que son mari fait partie de la Résistance. Quand il est arrêté, elle se réfugie dans une bourgade de province proche de la ligne de démarcation. Elle y rencontre Fortunat, cordonnier rustre et ivrogne qui doit, pour leur sécurité, se faire passer pour son mari…

Quand on regarde la filmographie éclectique et conséquente de Bourvil, 60 films en trente ans de carrière, Fortunat arrive en 24è position de son box-office personnel. Avec 3,3 millions d’entrées, cette seconde association de l’acteur avec le réalisateur Alex Joffé se situe entre Les Grandes gueules (3,6 millions d’entrées) de Robert Enrico et Par la fenêtre (3,2 millions de spectateurs) de Gilles Grangier. Étonnamment oublié quand on évoque le comédien, Fortunat est pourtant l’un de ses plus beaux films et lui offre l’un de ses plus grands rôles. Tour à tour drôle, émouvant, bouleversant, pathétique et toujours attachant, Bourvil crève l’écran une fois de plus et il retrouve à cette occasion la magnifique Michèle Morgan, deux ans après Le Miroir à deux faces d’André Cayatte. 1960 est une très grande année pour Bourvil, qui attire déjà près de six millions de français dans les salles dès le mois de janvier avec Le Bossu et plus de cinq millions en octobre avec Le Capitan, tous les deux mis en scène par André Hunebelle. Plus grave et réaliste, le récit de Fortunat se déroule durant la Seconde Guerre mondiale. Quinze ans après la fin du conflit, le traumatisme est encore présent et le film d’Alex Joffé, qui sera également le plus grand hit du cinéaste, évoque la France de Vichy, la rafle des juifs, le marché noir, avec autant de frontalité que de délicatesse. Alex Joffé et Pierre Lévy-Corti (La Cuisine au beurre, Le Tatoué, Alexandre le bienheureux) adaptent le roman Fortunat, ou le père adopté (Denoël, 1955) de Michel Breitman et condensent en près de deux heures les trois années du quotidien et de la survie de Noël, Juliette, Pierrot et Maurice. Drame sombre et cependant solaire, pudique et plein de tact, illuminé par la présence d’un des plus grands monstres du cinéma français au sommet de son art, Fortunat, rarement diffusé à la télévision, mérite vraiment une redécouverte et s’adresse à toute la famille.

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Test DVD / Circuit Carole, réalisé par Emmanuelle Cuau

CIRCUIT CAROLE réalisé par Emmanuelle Cuau, disponible en DVD chez La Traverse.

Acteurs : Bulle Ogier, Laurence Côte, Frédéric Pierrot, Bernard Cuau, Omar Bekhaled, Raphaële Giltis, Catherine Zambon…

Scénario : Emmanuelle Cuau & Arlette Langmann

Photographie : Benoît Delhomme

Durée : 1h13

Date de sortie initiale : 1995

LE FILM

Marie vit avec sa mère, Jeanne, dont elle est très proche. Elle trouve du travail à proximité du Circuit Carole et rencontre Alexandre, un jeune homme. Il l’initie à la moto. À mesure que se développe une relation amoureuse entre Alexandre et Marie, Jeanne sent sa fille s’éloigner et sombre dans une forte solitude.

C’est toujours une immense joie pour un cinéphile de découvrir la première œuvre d’un réalisateur ou d’une réalisatrice qu’il affectionne tout particulièrement. C’est le cas d’Emmanuelle Cuau, venue de l’IDHEC, qui en 1995 signait son premier long-métrage, Circuit Carole, coécrit avec Arlette Langmann. Celle que l’on connaissait pour avoir écrit le scénario de Secret défense de Jacques Rivette (1998) et surtout pour ses deux autres films comme cinéaste, Très bien, merci (2007) et Pris de court (2017), très grandes réussites, place la relation mère-fille au centre du récit de Circuit Carole. À fleur de peau, épuré, hyper-sensible, ce drame touche beaucoup plus de raison, parce qu’il renvoie forcément au vécu de tout à chacun, à la genèse, à la matrice, au sang, à la vie donc. À un moment donné, l’oisillon doit s’envoler du nid, mais dans le cas de Jeanne (la mère), celle-ci n’a pour ainsi dire pas vu sa progéniture grandir à ses côtés et quand Marie (la fille donc) commence à ne plus rentrer le soir, c’est tout un quotidien, une existence jusqu’alors bien réglée qui est contaminée. Circuit Carole offre à la mythique Bulle Ogier l’un de ses plus beaux rôles. Alors entre Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard et N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois, l’actrice de L’Amour fou de Jacques Rivette, de La Salamandre d’Alain Tanner, de La Vallée de Barbet Schroeder et du Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel foudroie par la justesse de son interprétation, quand son personnage commence à perdre ses repères, jusqu’à leur effondrement total. Son face-à-face avec la divine et trop rare Laurence Côte est aussi bouleversant qu’impitoyable et l’on se souviendra longtemps de cette séquence où la fille « déballe » son sac à sa mère. Magistralement écrit, ou quand les répliques ont autant d’impact que des coups de poing à l’estomac, Circuit Carole se grave instantanément dans votre mémoire, dans votre peau, dans votre ADN de cinéphile et n’en finira pas de revenir hanter quelques coins de votre esprit.

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Test Blu-ray / Lune de miel, réalisé par Patrick Jamain

LUNE DE MIEL réalisé par Patrick Jamain, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Nathalie Baye, John Shea, Richard Berry, Marla Lukofsky, Michel Beaune, Peter Donat, Alf Humphreys, Cec Linder…

Scénario : Patrick Jamain & Philippe Setbon

Photographie : Daniel Diot

Musique : Robert Charlebois

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Une femme d’origine française à Manhattan est sur le point d’être renvoyée vers son pays à cause de ses relations avec un trafiquant de drogue récemment arrêté. Elle décide de passer par une agence pour réaliser un mariage « en blanc » avec un étranger qu’elle est supposée ne jamais rencontrer. Mais son nouvel « époux » ne l’entend pas de cette oreille et prend les choses au sérieux…

Nous sommes au mitan des années 1980 et depuis le début de la décennie, Nathalie Baye a déjà remporté trois Césars. Deux de la meilleure actrice dans un second rôle pour Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard et Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre, sans oublier celui de la meilleure actrice pour La Balance de Bob Swaim. Les succès s’enchaînent, Beau-père de Bertrand Blier, Le Retour de Martin Guerre, J’ai épousé une ombre, Rive droite rive gauche…Et pourtant, rétrospectivement, c’est à partir de Lune de miel que la comédienne va entamer sa traversée du désert, qui durera jusqu’à 1999 et le triomphe inattendu de Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall. Ainsi, Lune de miel restera le film qui a le mieux fonctionné jusqu’à ce comeback inespéré, pour lequel elle sera d’ailleurs à nouveau nommée aux Césars. Pour l’heure, Lune de miel, co-production franco-québécoise, est réalisée par Patrick Jamain (1944-2023). Ce dernier signe ici son second long-métrage, douze ans après son premier coup d’essai, le fort recommandable L’Affaire Crazy Capo (à redécouvrir séance tenante, dispo dans la collection Make My Day ! de Jean-Baptiste Thoret, n°77) et restera son ultime travail pour le cinéma, avant que Patrick Jamain bifurque définitivement vers la télévision (on lui plusieurs dizaines d’épisodes de Navarro), pour laquelle il officiera jusqu’à la fin des années 2000. Lune de miel est un thriller tourné en partie à New York, on ne compte plus le nombre de plans où l’on voit Nathalie Baye déambuler dans les rues de la Grosse Pomme et repose sur un scénario écrit par l’excellent Philippe Setbon (Détective de Jean-Luc Godard, Les Fauves de Jean-Louis Daniel). Cette histoire de nana paumée dans la Ville qui ne dort jamais permet à Nathalie Baye de jouer une partie du film en langue anglaise, ce qu’elle aura peu l’occasion de faire dans sa carrière, à part dans Arrête-moi si tu peuxCatch Me if You Can (2002) de Steven Spielberg et une poignée d’autres films au cours des années 1990. Le rôle avait été écrit pour une comédienne plus jeune, ce que Philippe Setbon a déclaré par la suite, et l’on comprend mieux les réactions qui peuvent paraître exagérées ou le comportement parfois incompréhensible du personnage de Cécile. Néanmoins, Nathalie Baye s’en tire bien et son face-à-face avec le flippant John Shea fonctionne du début à la fin. Excellemment mis en scène, Lune de miel, peu diffusé par la suite et difficilement trouvable, est une sacrée (re)découverte.

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Test Blu-ray / Les Voiles écarlates, réalisé par Alexandre Ptouchko

LES VOILES ÉCARLATES (Alye parusa) réalisé par Alexandre Ptouchko, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Anastasiya Vertinskaya, Vasiliy Lanovoy, Yelena Cheremshanova, Aleksandr Lupenko, Ivan Pereverzev, Sergey Martinson, Nikolay Volkov, Sergei Romodanov…

Scénario : Aleksei Nagornyj & Aleksandr Yurovsky, d’après le roman d’Aleksandr Grin

Photographie : Gennadi Tsekavyj & Viktor Yakushev

Musique : Igor Morozov

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Dans un petit village, le marin Longrin élève seul sa fille Assol depuis la mort de sa femme, fabriquant pour vivre des petits bateaux en bois. Les deux sont la risée de tout le pays depuis qu’Assol raconte qu’un ermite, Aigle, lui a prédit que le capitaine d’un bateau aux voiles écarlates viendrait la chercher. Bien loin de là, le jeune Arthur vit dans le château de sa famille. Il y déteste l’ambiance aristocratique et rêve d’aventures en mer. Chassé par son père, il s’engage comme mousse.

Difficile de rebondir après le somptueux Sampo, le jour où la Terre gela ! Alexandre Ptouchko vient d’avoir soixante ans quand il entreprend l’adaptation des Voiles écarlates, roman d’Alexandre Grine, publié en 1923, un des plus grands succès de l’auteur russe, considéré comme étant le représentant du réalisme romantique. Le cinéaste parvient à intégrer naturellement ce récit, en apparence moins magique que ses œuvres précédentes, dans sa filmographie et convie une fois de plus les spectateurs à un voyage au pays de l’imaginaire. Les Voiles écarlatesAlye parusa sort en 1961 et offre au réalisateur un nouveau triomphe, en attirant plus de 22 millions de spectateurs en Russie, quand bien même la critique et le public s’avèrent plus réservés, beaucoup reprochant entre autres les différences, de ton surtout, avec le livre original. Certes, Alexandre Ptouchko se permet quelques digressions qui renvoient à son surnom de « Walt Disney russe », comme lorsqu’Assol se retrouve dans la forêt où un faon boit dans un cours d’eau, tandis que la jeune femme parle au soleil et aux arbres comme Blanche-Neige, mais cela fonctionne et approfondit le personnage. Merveilleusement photographié par Gennadi Tsekavyj et Viktor Yakushev, déjà à l’oeuvre sur Sampo, Les Voiles écarlates demeure un très grand spectacle pour toute la famille, qui conserve encore un charme rétro inoxydable et qui se déguste comme quand on écoutait ses parents enfant avant le passage du marchand de sable.

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Test Blu-ray / Une nuit de réflexion, réalisé par Nicolas Roeg

UNE NUIT DE RÉFLEXION (Insignificance) réalisé par Nicolas Roeg, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 février 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Michael Emil, Theresa Russell, Tony Curtis, Gary Busey, Will Sampson…

Scénario : Terry Johnson, d’après sa pièce de théâtre

Photographie : Peter Hannan

Musique : Stanley Myers & Hans Zimmer

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Une nuit new-yorkaise de 1953. Dans une chambre d’hôtel, la plus grande actrice américaine rencontre le scientifique le plus connu au monde. Elle lui expose sa théorie de la relativité. On y croise aussi un sénateur suintant et paranoïaque ainsi qu’un mari joueur de baseball jaloux. Le souvenir de la bombe atomique à Hiroshima. Des enfances meurtries. Le futur. Les temps qui se confondent.

Nicolas Roeg (1928-2018) a fait ses classes en tant que directeur de la photographie sur Le Masque de la Mort Rouge de Roger Corman en 1964, puis sur des films aussi prestigieux que Le Docteur Jivago de David Lean ou encore Fahrenheit 451 de François Truffaut. Il passe à la mise en scène au début des années 70 avec Performance coréalisé avec Donald Cammell. Le réalisateur britannique a toujours su se démarquer avec un cinéma onirique, loin de tout naturalisme, en mettant en exergue l’étrangeté du réel. C’est le cas de Ne vous retournez pas, son chef-d’oeuvre sorti en 1973, pierre angulaire et synthèse de sa carrière, adapté d’une nouvelle de Daphné du Maurier (Les Oiseaux, Rebecca) intitulée Pas après minuit. L’Homme qui venait d’ailleurs The Man who fell to Earth (1976), Enquête sur une passion Bad Timing (1980) et Eureka (1983) sont de véritables expériences cinématographiques et sensorielles. Avec Insignificance ou Une nuit de réflexion en France, son septième long-métrage, le cinéaste s’empare de ce qui était à l’origine une pièce de théâtre écrite par Terry Johnson, jouée au Royal Court Theatre de Londres en 1982, avec Judy Davis dans le rôle de « l’Actrice ». La pièce avait été inspirée au dramaturge, après avoir appris qu’une photo dédicacée d’Albert Einstein avait été retrouvée parmi les affaires de Marilyn Monroe après sa mort. L’idée de leur rencontre a piqué sa curiosité, ce qui a conduit à une réflexion sur la nature de la célébrité. C’est ce qui a intéressé Nicolas Roeg, qui a demandé à Terry Johnson d’adapter lui-même sa propre pièce. Le réalisateur se penche sur l’image renvoyée par les stars ou assimilées, sur ce que ces personnes connues représentaient, sur le fait que ce fantasme contrastait avec ce qu’elles étaient réellement. Si l’action se déroule au début des années 1950 (discrète, mais élégante reconstitution au début du film), rien n’a changé 75 ans plus tard. Nicolas Roeg et Terry Johnson souhaitent explorer les différences entre ce que ces personnes étaient vraiment et les qualités que les autres leur attribuaient, en retirant ainsi leur aspect divin à ces « monstres ». Certes, Une nuit de réflexion n’a pas pour objectif d’être réaliste, d’ailleurs, il semblerait que la rencontre entre Albert et Norma Jean n’ait jamais eu lieu, mais jouer avec ces deux icônes permet « d’imaginer » ce qui aurait pu se passer dans cette chambre où ils se seraient retrouvés face à face. Ou fesse à fesse. Mais au fait, de quoi ça parle Une nuit de réflexion ?

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Test Blu-ray / Tir à vue, réalisé par Marc Angelo

TIR À VUE réalisé par Marc Angelo, disponible en Blu-ray le 17 mars 2026 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Sandrine Bonnaire, Laurent Malet, Jean Carmet, Michel Jonasz, Michel Stano, Pierre Londiche, Eric Picou, Salah Teskouk…

Scénario : Yves Mourot

Photographie : Charles Van Damme

Musique : Gabriel Yared

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Salem, qui, par hasard, l’a vu dans ses oeuvres, donne à la police un faux signalement et commence sa propre enquête. Richard vole ensuite une moto et agresse un pompiste. Alors que Richard s’apprête à agresser un touriste dans le métro, il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent le seul témoin, un vieux maghrébin connu de leur service.

On connaissait Yves Angelo, éminent directeur de la photographie (Baxter, Nocturne indien, Tous les matins du monde, Germinal) et réalisateur (Le Colonel Chabert), lauréat de trois César, mais on ne savait pas que son frère Marc était officiait également dans le milieu du cinéma. Après avoir assisté Yves Boisset sur Le Prix du danger et Pierre Schoendoerffer sur Le Crabe-Tambour, celui-ci fait ses débuts comme metteur en scène et scénariste avec Tir à vue, qui sera son unique long-métrage. Un polar sorti en septembre 1984, quelques jours avant Les Ripoux de Claude Zidi, année qui verra le triomphe de Marche à l’ombre (qui trônera sur la première marche du podium), d’Indiana Jones et le temple maudit de Steven Spielberg, d’Amadeus de Milos Forman, tandis que Jean-Paul Belmondo apparaîtra deux fois dans le top dix avec Les Morfalous et Joyeuses Pâques. Le genre se porte bien avec Rue barbare (plus de deux millions d’entrées), L’Addition de Denis Amar (1,2 million d’entrées), Un été d’enfer de Michaël Schock (1,1 million), Canicule (1 million), Liste noire d’Alain Bonnot (proche du million de spectateurs), Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen (865.000 entrées), L’Arbalète de Sergio Gobbi (700.000 entrées). Mais Tir à vue aura du mal à se faire une place parmi toutes ces sorties (un peu plus de 350.000 entrées) et reste encore aujourd’hui méconnu, pour ne pas dire oublié. Pourtant, ce coup d’essai derrière la caméra de Marc Angelo ne manque pas de qualités, à savoir un casting alléchant, une violence graphique assumée, l’ensemble doublé d’un témoignage sur le Paris au début des années 1980. Forcément, le film demeure marqué par quelques tics propres au genre, repris par la suite dans moult séries télévisées estampillées TF1, du style Navarro ou Julie Lescaut, mais Tir à vue reste un bon divertissement à l’ancienne, qui montrait que le réalisateur en avait sous le capot. S’il fera l’essentiel de sa carrière à la télévision, il signera entre autres Bob le magnifique, remake TV du chef d’oeuvre de Philippe de Broca, avec Antoine de Caunes et Clotilde Courau, Marc Angelo gardera un pied dans le septième art en devenant réalisateur de seconde équipe auprès d’Alexandre Arcady (Dernier été à Tanger, L’Union sacrée) et Diane Kurys (La Baule-les-Pins, Après l’amour).

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Test Blu-ray / Exit 8, réalisé par Genki Kawamura

EXIT 8 réalisé par Genki Kawamura, disponible en DVD & Blu-ray le 4 février 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Kazunari Ninomiya, Yamato Kōchi, Naru Asanuma, Kotone Hanase, Nana Komatsu…

Scénario : Kotake Create, Genki Kawamura & Hirase Kentaro, d’après le jeu vidéo Exit 8

Photographie : Keisuke Imamura

Musique : Shōhei Amimori & Yasutaka Nakata

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un homme piégé dans un couloir de métro cherche la sortie numéro 8. Pour la trouver, il faut traquer les anomalies. S’il en voit une, il fait demi-tour. S’il n’en voit aucune, il continue. S’il se trompe, il est renvoyé à son point de départ. Parviendra-t-il à sortir de ce couloir sans fin ?

Présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2025, Exit 8 est l’adaptation d’un jeu vidéo éponyme sorti en 2023 et qui reprend le même principe d’une personne piégée dans une station de métro, cherchant désespérément la sortie. Réalisé par Genki Kawamura (né en 1979), également producteur (Le Garçon et la bête, Your Name, Les Enfants du temps) et scénariste reconnu, remarqué avec son premier long-métrage (N’oublie pas les fleurs), Exit 8 s’empare de quelques codes issus du jeu vidéo, à l’instar de plans-séquences filmés en caméra subjective (toute l’introduction), peu d’interaction avec l’environnement, des changements du personnage principal. Ce qui a de quoi décontenancer lorsque le public est peu habitué à ce genre de narration. Toutefois, Exit 8 happe d’emblée le spectateur avec la présentation originale du personnage principal et l’exposition du décor, quasi-unique, dans lequel se déroulera l’intrigue. L’auteur de ces mots allait écrire « l’action », mais il n’y en a pas vraiment dans Exit 8, qui joue plutôt sur l’attente et l’angoisse qui en découle. Solide directeur d’acteurs comme il l’avait démontré dans son précédent film, Genki Kawamura aborde frontalement le genre fantastique teinté d’horreur, même si Exit 8 est aussi et avant tout un film dramatique, dans lequel un homme se retrouve à un carrefour de sa vie, au sens propre comme au figuré. L’allégorie et la métaphore sont reines dans cette seconde œuvre redoutablement anxiogène et immersive. Si quelques digressions s’avèrent peu utiles à la compréhension, et qui finissent d’ailleurs par alourdir le propos, Exit 8 est un sacré tour de force, une réelle expérience de cinéma, qui n’en finit jamais de retourner le ciboulot. Une grande réussite.

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Test Blu-ray / La Petite, réalisé par Louis Malle

LA PETITE (Pretty Baby) réalisé par Louis Malle, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 14 février 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Brooke Shields, Keith Carradine, Susan Sarandon, Frances Faye, Antonio Fargas, Matthew Anton, Diana Scarwid, Barbara Steele…

Scénario : Louis Malle & Poly Platt

Photographie : Sven Nykvist

Musique : Gerald Wexler

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

1917, Nouvelle-Orléans, dans l’une des maisons de tolérance du quartier chaud de Storyville. Après avoir assisté à l’accouchement de Hattie, sa mère prostituée, la jeune Violet fait la connaissance de Bellocq, un artiste qui arrache à la patronne de l’établissement où elle vit l’autorisation d’y photographier ses pensionnaires. Bien que celui-ci se lie d’amitié avec Violet, il n’en garde pas moins ses distances avec elle.

La Petite ou Pretty Baby est le premier film américain de Louis Malle (1932-1995). Après la polémique qui a accompagné la sortie de Lacombe Lucien, pour lequel le cinéaste était accusé (aussi bien par la droite que par la gauche) de légitimer les actions d’un collabo, Louis Malle commence à recevoir quelques propositions provenant d’outre-Atlantique. Avant cela, il signe l’étrange Black Moon, coproduit avec l’Allemagne de l’Ouest, qui déconcerte le public et se solde par un échec cuisant dans les salles, par ailleurs le premier du réalisateur. Celui-ci reçoit alors une offre sérieuse de la Paramount, qui lui accorde les « pleins pouvoirs » et carte blanche pour sa première aventure aux États-Unis. Ce sera donc La Petite, d’après un scénario de l’éclectique Polly Platt, tour à tour costumière (Les Anges sauvages de Roger Corman et sur quelques films de son mari Peter Bogdanovich), productrice et autrice (La Cible). Polly Platt développe l’idée du film après avoir rencontré Louis Malle et appris son amour pour la musique jazz de la Nouvelle-Orléans, qui faisait partie intégrante de Storyville, quartier historique du centre-ville, au début du 20e siècle. Platt base son récit sur la vie d’une jeune fille forcée à la prostitution par sa mère, racontée dans le livre de l’historien Al Rose de 1974, Storyville, New Orleans: Being an Authentic Illustrated Account of the Notorious Red-Light District, ainsi que sur la vie du photographe Ernest Bellocq, qui a photographié diverses prostituées de la Nouvelle-Orléans au début du 20e siècle à la même période. Suite à sa performance remarquée dans Taxi Driver, le studio souhaite ardemment confier le rôle de Violet à Jodie Foster. Cependant, Malle rejette l’idée, estimant que le rôle ne pouvait être interprété que par une jeune fille de 12 ans, alors que Foster en avait 14. Brooke Shields, jeune mannequin qui avait fait ses débuts au cinéma l’année précédente dans Alice, Sweet Alice, fait la rencontre de Louis Malle et de la scénariste du film, au cours de laquelle ils lui posent principalement des questions sur sa vie. Afin de s’assurer que la jeune fille était capable de comprendre le sujet, Louis Malle et Polly Platt lui demandent également si elle sait ce qu’est la prostitution. Brooke Shields de répondre qu’elle avait grandi à New York et avait observé des prostituées à Times Square. La Petite ne serait rien sans l’extraordinaire composition de la jeune comédienne. Louis Malle, visiblement fasciné par sa photogénie, la filme sous tous les angles (ce qui lui sera reproché) et s’avère quasiment de tous les plans, ou tout du moins de toutes les scènes. Sublime objet de cinéma, La Petite est un véritable voyage dans le temps, marqué par la beauté incommensurable de la photographie signée par le virtuose Sven Nykvist (Le Facteur sonne toujours deux fois, Le Locataire, L’Oeuf du serpent, Persona), qui sur le papier a tout pour instaurer le malaise, mais qui se révèle être un chef d’oeuvre bienveillant, ambitieux, sulfureux évidemment, mais suprêmement élégant et surtout passionnant.

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