Test DVD / Toujours possible, réalisé par Jacques Ouaniche

TOUJOURS POSSIBLE réalisé par Jacques Ouaniche, disponible en DVD le 22 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Nadia Farès, Amanda Lear, Patrick Ridremont, Jean-Baptiste Maunier, Christophe Dechavanne, Anne Bouvier, Roddy Julienne, Noemie Bernstein…

Scénario : Jacques Ouaniche, d’après le film Miss Sixty de Sigrid Hoerner

Photographie : Benjamin Rufi

Musique : Randy Kerber

Durée : 1h26

Année de sortie : 2025

LE FILM

À 55 ans, Gaby, biologiste, perd son job et gagne une idée folle : avoir un enfant. Avec sa mère fantasque et un fichier de donneurs, elle traque le sperme parfait, tandis que Pierre, 56 ans, tente de rajeunir à tout prix pour séduire. Mais l’amour pourrait bien prouver que tout reste toujours possible.

Jacques Ouaniche est avant tout un producteur reconnu (Dobermann de Jan Kounen, L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, Trois petites filles de Jean-Loup Hubert), auteur (la série Maison Close) et réalisateur (Victor Young Perez). Toujours possible, son dernier film en date est le remake de Miss Sixty, comédie allemande mise en scène par Sigrid Hoerner, sortie en 2014. L’histoire retiendra surtout qu’il s’agit malheureusement de l’ultime long-métrage avec Nadia Farès, disparue tragiquement en avril 2026. Si elle n’était pas la plus grande comédienne, elle était toujours lumineuse, charismatique, attachante et naturelle. Découvrir Toujours possible après sa mort brutale est forcément très émouvant, d’autant plus qu’elle y est très attachante et avait l’air de s’amuser beaucoup avec ses partenaires. Certes, Toujours possible fait parfois penser à un soap, un téléfilm de luxe et la mise en route est quelques peu laborieuse, mais le charme agit malgré tout et on se laisse prendre par cette comédie-romantique (dont on connaît déjà la fin, on ne va pas se mentir) menée sur un rythme soutenu et qui comporte quelques bons numéros d’acteurs complices.

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Test DVD / TKT, réalisé par Solange Cicurel

TKT réalisé par Solange Cicurel, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Lanna de Palmaert, Émilie Dequenne, Stéphane De Groodt, Sonia Bekam, Lisa Du Pré, Lily Dupont, Tania Garbarski, Nlandu Lubansu, Kassim Meesters…

Scénario : Solange Cicurel

Photographie : Son Doan

Musique : Remy Lebbos

Durée : 1h19

Année de sortie : 2024

LE FILM

Alors qu’Emma, 16 ans, une jeune fille heureuse dans sa vie, est admise dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital, ses parents Meredith et Fred attendent anxieusement des nouvelles du médecin. Désemparés, ils prennent conscience que malgré tous les « T’inquiète » de leur fille, ils auraient dû s’inquiéter. Que lui est-il arrivé ? Entre amitiés toxiques, isolement, messages, moqueries et humiliation, la vie d’Emma a rapidement basculé dans une spirale infernale. Étrangement, Emma est pleinement consciente du monde qui l’entoure mais incapable de communiquer avec lui. Pour comprendre ce qui se passe, Emma doit enquêter sur son passé et démêler le mystère entourant sa soudaine hospitalisation. Petit à petit, elle va être confrontée à la dure réalité de ce qui lui est arrivé.

Après le percutant Un monde de Laura Wandel (L’Intérêt d’Adam), le foudroyant Después de Lucía de Michel Franco et le bouleversant Marion, 13 ans pour toujours de Bourlem Guerdjou (d’après l’affaire Marion Fraisse), TKT, troisième long-métrage de Solange Cicurel, traite à son tour du harcèlement scolaire. En fait, il faudrait presque démarrer par le carton final qui indique que près d’un quart des adolescents ont été victimes au moins une fois de harcèlement scolaire, une des causes principales du suicide des jeunes et la seconde cause de décès chez les 15-24 ans. Là-dessus, la réalisatrice belge, récompensée en 2018 par le Magritte du meilleur premier film pour Faut pas lui dire, livre un objet que l’on pourrait qualifier de scolaire, didactique, sage dans sa mise en scène, mais qui fonctionne et interpelle. Évidemment, TKT (ou « T’inquiète » pour les anciens et les jeunes-vieux de 40-50 ans, ici leitmotiv d’Emma, pour rassurer ses proches) ne peut laisser indifférent avec un tel sujet. Si la réalisation manque de point de vue, le propos n’est pas forcé, mais abordé frontalement, grâce notamment à l’interprétation de Lanna de Palmaert, qui se retrouve pour la première fois en haut de l’affiche et qui porte formidablement bien le film sur ses épaules. De plus, Solange Cicurel se tourne également vers le film de genre pour illustrer son sujet, puisque le personnage, coincé entre la vie et la mort, s’observe sur son lit d’hôpital, inconsciente, intubée, regarde ses parents à son chevet, avant de revivre des souvenirs qui l’ont mené là où elle est désormais, mais aussi en découvrant certains échanges de ses supposés amis…TKT fait son effet et dissèque cette réaction en chaîne qui conduit à l’inéluctable. De plus, le film, grand succès en Belgique avec plus d’un demi-million d’entrées, est d’autant plus poignant quand on sait qu’il s’agit de l’ultime apparition au cinéma de la regrettée Émilie Dequenne, dont la dernière scène déchire le coeur et l’âme…

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Test DVD / Six jours, ce printemps-là, réalisé par Joachim Lafosse

SIX JOURS, CE PRINTEMPS-LÀ réalisé par Joachim Lafosse, disponible en DVD le 7 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Eye Haïdara, Jules Waringo, Leonis Pinero Müller, Teodor Pinero Müller, Damien Bonnard, Emmanuelle Devos…

Scénario : Joachim Lafosse & Chloé Duponchelle

Photographie : Jean-François Hensgens

Musique : Reyn

Durée : 1h29

Année de sortie : 2025

LE FILM

Malgré les difficultés, Sana tente d’offrir à ses jumeaux des vacances de printemps. Comme son projet tombe à l’eau, elle décide avec eux et son nouveau petit ami, de séjourner sur la côte d’Azur dans la villa luxueuse de son ex belle-famille. En cachette. Six jours de soleil qui marqueront la fin de l’insouciance.

Mais que se passe-t-il pour Joachim Lafosse ? Avec Un silence, le réalisateur belge nous avait sacrément déçus, en raison d’une mécanique qui marchait à vide et des personnages aussi inintéressants que méprisants. Malheureusement, ce n’est pas avec Six jours, ce printemps là qu’il rectifie le tir. Ce onzième long-métrage témoigne d’une sacrée perte d’inspiration, aussi bien sur le fond que sur la forme. Sur un scénario écrit sur un papier OCB (probablement emprunté à Luc Besson), le cinéaste souhaite raconter, comme son titre l’indique, une parenthèse dans une vie, celle d’une mère, fraîchement séparée ou divorcée et de ses deux enfants, qui le temps d’une petite semaine durant les vacances de Pâques, vont « squatter » la villa des ex-beaux parents. Voilà. Bon, on comprend très vite que Joachim Lafosse souhaite parler des rapports de classes, du déclassement pour être exact, mais se contente de filmer les jours qui passent, l’ennui qui s’installe (le même que l’on ressent devant l’écran), tandis que Sana démarre une relation avec son nouveau boyfriend, essaye de cadrer ses deux fils du mieux qu’elle peut, tout en tentant de jouer la carte de la discrétion, au risque que son ancienne belle-famille apprenne leur présence. Cette fois, à juste titre, la critique n’a pas été tendre avec le dernier opus de Joachim Lafosse, qui tire trop sur la corde du minimalisme, étire volontairement, mais sans aucune raison, ses scènes et ce dès le prologue, interminable, qui ne conduit à rien, ou pas grand-chose, si ce n’est d’aller de déception en déception pour le spectateur. Mais où est passé l’auteur des merveilleux L’Économie du couple, À perdre la raison et Les Intranquilles, qui nous faisaient dire qu’il était l’un des plus grands de sa génération ???

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Test DVD / Louise, réalisé par Nicolas Keitel

LOUISE réalisé par Nicolas Keitel, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Diane Rouxel, Cécile de France, Salomé Dewaels, Noémie Lemaitre, Emma Danze, Lina El Arabi, Myriem Akheddiou, Kynan Carmeci…

Scénario : Nicolas Keitel

Photographie : Joachim Philippe

Musique : Superpoze

Durée : 1h43

Année de sortie : 2025

LE FILM

Suite à un incident, la jeune Marion décide de fuguer du domicile familial. Elle démarre alors une nouvelle vie sous une autre identité : Louise. Quinze ans plus tard, Louise retrouve la trace de sa sœur et de sa mère. Petit à petit, elle réapprend à les connaître sans leur dévoiler son identité. Alors qu’elle renoue avec son passé, un dilemme s’impose à elle : rester Louise ou redevenir Marion…

Il est toujours intéressant, pour ne pas dire passionnant, de voir de nouveaux réalisateurs émerger et surtout passer le cap du long-métrage. C’est cette fois au tour de Nicolas Keitel, remarqué avec son court-métrage Le Bon Copain (avec l’excellente Maud Wyler), qui a tourné dans les festivals en 2018. Voici Louise, drame psychologique, récit initiatique et avant tout aventure romanesque qui rappelle parfois le cinéma d’André Téchiné. Ce qui frappe avant tout dans Louise, c’est la beauté hypnotique et l’immense talent de ses trois comédiennes principales, Diane Rouxel, Cécile de France et Salomé Dewaels, qui auraient bien mérité un prix d’interprétation collectif. De l’aveu du metteur en scène, l’histoire est née d’une image, « Celle de deux petites filles recroquevillées dans un escalier, qui entendent leur mère se faire battre », suite à quoi le reste du parcours de Marion s’est déroulé simplement comme on le fait avec le fil d’une pelote de laine. Ne vous attendez pas à un film dit réaliste, Nicolas Keitel n’a pas peur d’y aller à fond dans le mélodrame et évite justement – c’est parfois limite, mais ça passe – le pathos. On peut aussi tiquer sur la trop grande présence de la musique, même si très soignée là aussi, de Superpoze. La (très) grande attraction du film demeure Diane Rouxel, révélée en 2014 dans The Smell of Us de Larry Clark. Nous avons déjà dit tout le bien que l’on pensait de la comédienne au regard laser, qui nous avait déjà subjugué dans La Terre des hommes de Naël Marandin et Le Soleil de trop près, réalisé par Brieuc Carnaille. Astre discret et pourtant l’un des plus lumineux du cinéma français aujourd’hui, Diane Rouxel pulvérise l’écran une fois de plus dans Louise. Assurément, elle trouve ici l’un de ses plus beaux rôles et rien que pour cela, le premier long-métrage de Nicolas Keitel mérite qu’on s’y attarde.

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Test Blu-ray / Dossier 137, réalisé par Dominik Moll

DOSSIER 137 réalisé par Dominik Moll, disponible en DVD & Blu-ray le 25 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Léa Drucker, Guslagie Malanda, Mathilde Roehrich, Jonathan Turnbull, Stanislas Merhar, Pascal Sangla, Claire Bodson, Julien Lilti…

Scénario : Gilles Marchand & Dominik Moll

Photographie : Patrick Ghiringhelli

Musique : Olivier Marguerit

Durée : 1h51

Année de sortie : 2025

LE FILM

Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité… Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro.

Trois ans après le triomphe remporté par La Nuit du 12, 550.000 entrées et sept César, dont celui du meilleur film, Dominik Moll fait son retour et continue dans la même veine, à savoir celle du polar réaliste, mais non dépourvu de romanesque. La PJ de Grenoble est cette fois remplacée par l’Inspection Générale de la Police Nationale et l’immersion est totale. Dominik Moll coécrit là encore le scénario avec l’excellent Gilles Marchand (lui-même solide metteur en scène de Qui a tué Bambi ?, L’Autre monde et Dans la forêt) et les deux hommes, pour leur sixième collaboration, atteignent les sommets. Dossier 137 est un thriller passionnant, hypnotique, qui emporte le spectateur dans un monde peu aimable, ou plutôt peu aimé, car considéré comme « traître », celui des Boeuf-carottes (« Parce que quand ils t’attrapent, ils te laissent mitonner à p’tit feu » expliquait René dans Les Ripoux), qui se retrouvent face à leurs collègues, pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer au cours d’une action qui a mal tourné. Le problème, c’est que malgré les preuves en vidéo, qui accablent, chacun détient sa vérité, son point de vue, d’autant plus que les accusés étaient sur le terrain et avaient un angle, des arguments, le devoir d’agir. Dossier 137, au-delà d’être un extraordinaire exercice de style, c’est aussi un écrin pour une comédienne exceptionnelle, qui depuis dix ans avec Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, s’est métamorphosée, comme si ce rôle lui avait permis de réaliser sa chrysalide. Ainsi, sept années après ce chef d’oeuvre instantané, Léa Drucker devait être à nouveau récompensée par le César de la meilleure actrice pour Dossier 137. Son discours, l’un des plus beaux de cette cérémonie, résume tout « En tournant ce film, j’ai pu comprendre de façon plus intime ce qui se joue dans cette zone de tension entre l’institution policière et les citoyens. Et à la difficulté du maintien de l’ordre. La vérité qui est parfois étouffée, et surtout la négation du statut des victimes. Nous sommes dans une période où la vérité est malmenée, où elle est abîmée. Très fragilisée. Où la profusion d’images et d’informations ne nous permettent pas toujours d’y voir clair. Je réalise plus que jamais combien le cinéma et les films nous offrent une respiration nécessaire, un temps pour vivre l’expérience de l’intérieur, pour adopter le point de vue de l’autre. Où la complexité peut exister, et où les nuances et les paradoxes nourrissent notre intelligence humaine et collective ». Dossier 137 ne juge pas, il montre, il écoute, donne à réfléchir, prend le temps de disséquer les rapports humains, le dialogue, ou l’incommunicabilité. Tout cela en deux heures, 120 minutes de grand spectacle, car Dossier 137 est aussi et avant tout – cela a souvent été oublié à sa sortie – un divertissement. Un film d’auteur, une attraction, un documentaire, un mélodrame, une étude sociologique, politique. C’est somptueux.

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Test Blu-ray / La Femme la plus riche du monde, réalisé par Thierry Klifa

LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE réalisé par Thierry Klifa, disponible en DVD, Blu-ray & 4K UHD le 12 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Isabelle Huppert, Marina Foïs, Laurent Lafitte, Raphaël Personnaz, André Marcon, Mathieu Demy, Micha Lescot, Joseph Olivennes…

Scénario : Thierry Klifa, Cédric Anger & Jacques Fieschi

Photographie : Hichame Alaouie

Musique : Alex Beaupain

Durée : 2h02

Année de sortie : 2025

LE FILM

La femme la plus riche du monde : sa beauté, son intelligence, son pouvoir. Un écrivain photographe : son ambition, son insolence, sa folie. Le coup de foudre qui les emporte. Une héritière méfiante qui se bat pour être aimée. Un majordome aux aguets qui en sait plus qu’il ne dit. Des secrets de famille Des donations astronomiques. Une guerre où tous les coups sont permis.

En guise d’introduction, un panneau annonce « Ce film est une œuvre de création très librement inspirée de faits réels. Par respect de la vie privée, de la mémoire des morts et de la réputation des vivants, les auteurs tiennent à préciser qu’à leur vision subjective d’évènements rapportés se mêlent des éléments de pure fiction issus de leur imagination. L’intimité des personnages, leurs échanges et confidences sont inventés ». Et cela fait un bien fou. Porté par une critique élogieuse et un beau succès dans les salles (le million d’entrées n’est pas passé loin), La Femme la plus riche du monde a valu à Laurent Lafitte la récompense suprême, le César du meilleur acteur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la compression lui revenait de droit cette année, quand bien même Benjamin Voisin était tout aussi exceptionnel dans le rôle de Meursault dans L’Étranger, tout comme Pio Marmaï dans L’Attachement. Mais c’était l’heure pour Laurent Lafitte, qui crève, pulvérise l’écran dans La Femme la plus riche du monde, sixième long-métrage de Thierry Klifa, ancien journaliste au magazine Studio de 1991 à 2002, qui n’avait pas été à pareille fête depuis son premier film (Une vie à t’attendre, 2004) et qui s’est refait une belle santé après le bide atomique des Rois de la piste en 2024. Présenté hors compétition au Festival de Cannes en 2025, La Femme la plus riche du monde s’inspire évidemment de l’affaire Banier-Bettencourt, conflit juridique opposant Françoise Bettencourt-Meyers, fille de Liliane Bettencourt, au photographe François-Marie Banier, aboutissant à la condamnation de ce dernier, ainsi que de son compagnon, Martin d’Orgeval, et de Pascal Wilhelm, avocat, pour abus de faiblesse. Parallèlement au documentaire en trois épisodes diffusé sur Netflix, L’Affaire Bettencourt : Scandale chez la femme la plus riche du monde, carton plein sur la plateforme au N majuscule ayant rameuté plus de quatre millions d’abonnés, Thierry Klifa et ses coscénaristes Cédric Anger (L’Homme qu’on aimait trop, La Prochaine fois je viserai le coeur, Le Petit Lieutenant) et Jacques Fieschi (Illusions perdues, Un balcon sur la mer, L’Adversaire) donnent leur vision sur ce fait divers. Drôle, hilarant même parfois, pathétique, cynique, ironique, La Femme la plus riche du monde joue et jongle avec les ruptures de ton, les genres, l’empathie aussi et malmène les spectateurs…qui en redemandent. Car LFLPRDM (ça va plus vite) n’est pas un film gentil. Les personnages se dévoilent petit à petit dans leur (immense) complexité, tentent de maîtriser leurs pulsions, leurs fêlures, leurs ambitions…Thierry Klifa met à jour un monde insoupçonné de freaks, où chacun essaye de vivre avec le monstre qu’il s’est créé. À ce titre, la prestation d’Isabelle Huppert est peut-être celle qui réserve le moins de surprises et peu d’éléments démarquent ce rôle de certains qu’elle a interprété, surtout depuis une vingtaine d’années. En revanche, c’est la fête pour le reste de la distribution, qui mérite tous les honneurs. Assurément l’un des grands films français de l’année 2025.

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Test DVD / Cervantès avant Don Quichotte, réalisé par Alejandro Amenábar

CERVANTÈS AVANT DON QUICHOTTE (El cautivo) réalisé par Alejandro Amenábar, disponible en DVD le 25 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Julio Peña Fernández, Alessandro Borghi, José Manuel Poga, Roberto Álamo, Miguel Rellán, Luis Callejo, Fernando Tejero, Norberto Morán…

Scénario : Alejandro Amenábar & Alejandro Hernández

Photographie : Alex Catalán

Musique : Alejandro Amenábar

Durée : 2h09

Année de sortie : 2025

LE FILM

Alger, 1575. Captif et blessé, Miguel de Cervantes feint d’être noble pour n’être pas tué. Il est détenu avec d’autres nobles chrétiens chez le pacha Hassan. Il se lie avec le père Antonio de Sosa, auteur, qui a été séparé de son neveu, capturé avec lui. Les Maures exigent une forte rançon pour Miguel. Dorador, un détenu, renie sa foi. Il est libéré. Miguel captive ses codétenus en racontant une histoire. Hassan convoque Miguel pour savoir la suite. Conquis, il lui accorde une journée de liberté dans Alger. Miguel rencontre un barbier renégat chez qui se réunissent des “garçons”, jeunes efféminés.

Réalisateur, scénariste, écrivain, monteur, acteur, producteur et compositeur né à Santiago du Chili en 1972, Alejandro Amenábar grandit à Madrid après la fuite de ses parents, réfugiés en Espagne après le coup d’état de Pinochet. Il abandonne ses études scientifiques pour se consacrer à sa grande passion, le cinéma. Véritable autodidacte, fan d’Alfred Hitchcock, Brian de Palma et Stanley Kubrick, Alejandro Amenábar commence par mettre en musique certaines nouvelles qu’il a écrites, avant de saisir une caméra. À 20 ans, il réalise son premier court-métrage Himenóptero, puis Luna en 1995. Sa rencontre avec le grand réalisateur José Luis Cuerda est déterminante. Ce dernier l’encourage à mettre en scène son premier long métrage. Ce sera Tesis, un thriller horrifique qui reflète les inspirations du jeune cinéaste (23 ans) et son genre de prédilection en tant que spectateur. C’est une révélation. Alejandro Amenábar n’aura de cesse de confirmer son immense talent à travers des oeuvres aussi brillantes qu’éclectiques comme Ouvre les yeux Abre los ojos 1997), Les Autres (2001), Mar adentro (2004) et le sous-estimé Agora (2009). L’une des plus belles et grandes carrière du cinéma ibérique, avec une seule fausse note, mais de taille (et qui porte bien son titre), Regression, marqué entre autres par la calamiteuse prestation (habituelle) d’Emma Watson. Le film qui nous intéresse aujourd’hui est le huitième long-métrage du cinéaste, Cervantès avant Don QuichotteEl cautivo, qui s’intègre dans la partie de sa filmographie consacrée aux figures historiques. Ainsi, six ans après Lettre à FrancoMientras dure la guerra, Alejandro Amenábar se penche sur l’un des moments clés de la vie de Miguel de Cervantes, quand celui-ci prend réellement conscience de son talent d’écrivain et surtout de conteur. Contrairement à ce que l’on pouvait penser au premier regard, Cervantès avant Don Quichotte, qui pourrait aussi intituler « Cervantès Begins », est peut-être l’un des films les plus faciles d’accès de son auteur. Nullement poussiéreux, c’était d’ailleurs sans compter la virtuosité du réalisateur pour conduire un récit, ce film historique s’avère étonnamment moderne dans son traitement et ce portrait d’un artiste en herbe reste universel. Une belle et élégante surprise, qui démontre qu’Alejandro Amenábar, même si ses derniers ouvrages ont eu moins d’impacts depuis quinze ans, en a encore sérieusement sous le capot.

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Test Blu-ray / The Chronology of Water, réalisé par Kristen Stewart

THE CHRONOLOGY OF WATER réalisé par Kristen Stewart, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Imogen Poots, Thora Birch, James Belushi, Tom Sturridge, Charlie Carrick, Michael Epp, Earl Cave, Jeremy Ang Jones…

Scénario : Kristen Stewart & Andy Mingo, d’après le roman autobiographique « La Mécanique des fluides » (« The Chronology of Water : A Memoir ») de Lidia Yuknavitch

Photographie : Corey C. Waters

Musique : Paris Hurley

Durée : 2h08

Année de sortie : 2025

LE FILM

Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…

Il fallait bien que ça arrive un jour…On sentait que ça la démangeait d’ailleurs. Kristen Stewart passe derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage. Après quelques clips et divers courts, elle se lance définitivement avec The Chronology of Water, adaptation du livre autobiographique La Mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch. Si l’on ne doute pas un seul instant du caractère personnel de ce coup d’essai, force est d’admettre que ce film compile tous les clichés, toutes les tares, tous les poncifs du cinéma indépendant américain. Kristen Stewart a déjà traversé un quart de siècle de cinéma et pioche un peu chez tout le beau monde qu’elle a pu côtoyer. Malheureusement, The Chronology of Water s’avère au final un gloubi-boulga indigeste, qui fait penser à du sous Terrence Malick, plus dans la période soporifique du bonhomme (À la merveille, Knight of Cups) que dans la première partie de la carrière du bonhomme. En partant d’un roman jugé à la base inadaptable, Kristen Stewart se prend les pieds dans le tapis, livre un manifeste bourré de tics formels que l’on croirait provenir d’une exposition vidéo arty destinée aux bobos du Marais. Il faut véritablement s’armer de patience (euphémisme) pour aller au bout de cette exténuante entreprise (d’autant plus que cela dure plus de deux heures) et même l’interprétation pourtant habitée de l’excellente Imogen Poots (même si on a du mal à croire que la donzelle a 17 ans au début du film) tape rapidement sur le système. Faussement punk et rebelle, Kristen Stewart, bien intégrée dans l’industrie du septième art, livre un caillou – et non pas un pavé – dans la mare et se révèle par exemple à mille lieues du Livre de Jérémie d’Asia Argento, auquel on pense souvent. Il s’agit ni plus ni moins de cinéma aseptisé, qui voudrait s’affranchir des conventions et parler d’un sujet grave, mais qui anéantit son message par trop de manières éculées, risibles et surtout insupportables à visionner.

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Test Blu-ray / Escape From the 21st Century réalisé par Li Yang

ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY (Cong 21 Shi Ji an Quan Che Li) réalisé par Li Yang, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 février 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Zhang Ruoyun, Yang Song, Zhu Yanmanzi, Elane Zhong, Leon Lee, Wu Xiaoliang, Wen Zhengrong, Shi Liang…

Scénario : Li Yang

Photographie : Saba Mazloum

Musique : Hu Xiao’ou

Durée : 1h38

Année de sortie : 2024

LE FILM

En 1999, trois adolescents se retrouvent plongés dans des déchets chimiques qui leur confèrent une capacité unique : lorsqu’ils éternuent, leur conscience voyage 20 ans dans le futur. C’est pour eux le début d’une vertigineuse aventure dont l’enjeu n’est ni plus ni moins que la survie du monde…

Il y a des films dont les « pitchs » (goût fraise, les meilleurs) font envie quand on les lit. C’est le cas pour Escape from the 21st Century, le premier long-métrage réalisé en solo par le cinéaste Yang Li. Puis, le générique envoie du lourd et l’on se dit que la promesse va être tenue. Le film démarre (voix de journaliste grolandais) « Et là, c’est le drame ! ». Si beaucoup ont toujours eu beaucoup de mal à rester plus de deux heures devant un film de Michael Bay, dites-vous qu’à côté de Yang Li, le réalisateur d’Armageddon et de Transformers c’est Robert Bresson. C’est bien simple, on ne comprend rien, absolument plus rien, alors que le film n’a commencé que depuis…cinq minutes. Et cela n’ira pas en s’arrangeant. Sur un montage frénétique, débridé (non, n’y voyez aucun jeu de mots qui pourrait être mal interprété), hystérique, les images se succèdent comme si un individu atteint de la maladie de Parkinson s’emparait d’une télécommande pour zapper et échapper à Quotidien et TBT9. Si vous avez moins de vingt piges (ce qui est loin d’être le cas si vous lisez cette critique, vous seriez déjà passé à autre chose), vous y trouverez peut-être votre compte. 25 ans à la rigueur, après quelques shots de vodka. Si vous avez atteint la trentaine, il est fort possible que vous ressentiez quelques relâchements du sphincter. Au-delà, ce n’est même plus permis. Vos yeux se révulsent, votre bouche se met en O et laisse couler la bave à gros bouillons, vos muscles sont tétanisés et vous tentez par tous les moyens possibles d’arrêter le massacre. Vous voilà prévenus…

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Test DVD / L’Épreuve du feu, réalisé par Aurélien Peyre

L’ÉPREUVE DU FEU réalisé par Aurélien Peyre, disponible en DVD le 16 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Félix Lefebvre, Anja Verderosa, Suzanne Jouannet ,Victor Bonnel, Sarah Henochsberg, Nolan Masraf, Marie Bucas-Français, Jules Porier…

Scénario : Aurélien Peyre & Charlotte Sanson

Photographie : Inès Tabarin

Musique : Maud Geffray

Durée : 1h42

Année de sortie : 2025

LE FILM

Hugo, 19 ans, passe les vacances d’été sur l’île de Noirmoutier dans la petite maison de son grand-père, pour la première fois en compagnie de sa petite amie Queen, esthéticienne à Paris, originaire de Toulon, au style flamboyant. Lors d’une balade, il retrouve une bande d’amis d’enfance qu’il n’a pas vus depuis longtemps. Après quelques jours sur l’île, le couple doit se rendre chez la grand-mère de Queen, à Toulon.

Décidément, le cinéma français se porte bien, contrairement à celles et à ceux qui déclarent (au premier degré) que « c’est de la m*rde ! ». L’Épreuve du feu, premier long-métrage d’Aurélien Peyre, directement issu de Coqueluche (2018), précédent moyen-métrage du réalisateur, est l’une des plus belles révélations de 2025. Le metteur en scène et scénariste reprend le même point de départ, autrement dit une fille qui débarque sur une île située sur l’Atlantique, afin de rejoindre son petit copain, qui comme d’habitude y passe ses vacances d’été et ce depuis sa plus tendre enfance. Aurélien Peyre s’intéresse au regard amoureux de l’adolescent, qui se transforme au contact de ceux qu’il considère comme étant ses « amis », qui n’hésitent pas à critiquer ouvertement le milieu social de ceux qui n’ont pas « les mêmes valeurs ». Pour son passage au format long, il reprend ainsi les personnages, les retravaille, récupère la matière brute et première, pour la sculpter avec une nouvelle maturité, lui donner une nouvelle densité. Pour cela, Aurélien Peyre bénéficie de concours de Charlotte Sanson (Un vrai bonhomme de Benjamin parent, Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal) pour dresser le portrait de Hugo. Récit initiatique, situé entre Conte d’été de Eric Rohmer et Le Blé en herbe de Colette, L’Épreuve du feu, porté par la sublime interprétation de son duo vedette, subjugue de la première à la dernière seconde. On en reparle aux prochains César ?

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