Test Blu-ray / MurderRock, réalisé par Lucio Fulci

MURDEROCK (Murderock – uccide a passo di danza) réalisé par Lucio Fulci, disponible en Blu-ray + DVD + Livre le 5 décembre 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Olga Karlatos, Ray Lovelock, Claudio Cassinelli, Belinda Busato, Cosimo Cinieri, Giuseppe Mannajuolo, Berna Maria do Carmo, Maria Vittoria Tolazzi…

Scénario : Gianfranco Clerici, d’après une histoire originale de Gianfranco Clerici, Lucio Fulci & Vincenzo Mannino

Photographie : Giuseppe Pinori

Musique : Keith Emerson

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Une prestigieuse académie de danse de New York est le théâtre de meurtres sanglants. Les étudiantes se font assassiner de manière sadique. La directrice de l’établissement, Candice, souffrant de cauchemars étranges mettant en scène le mystérieux tueur, entreprend de mener l’enquête, avec l’aide d’un mannequin.

Bon…ce n’est pas nouveau, MurderRock ne bénéficiera jamais de l’aura de (pour ne citer que ceux-là) Les Quatre de l’apocalypseI Quattro dell’apocalisse, L’Emmurée vivante Sette note in nero, L’Enfer des zombies Zombi 2, Frayeurs Paura nella città dei morti viventi, L’Au-delà …E tu vivrai nel terrore ! L’aldilà, La Maison près du cimetière Quella villa accanto al cimitero et L’Éventreur de New York Lo Squartatore di New York. Néanmoins, le film vaut-il toute cette volée de bois vert reçue depuis sa sortie en 1984, au point d’être devenu emblématique de la déchéance de son auteur ? Sans doute pas. Il est évident que MurderRock, qui débarque sur les écrans italiens quelques semaines seulement après 2072, les mercenaires du futur I Guerrieri dell’anno 2072, s’accompagne d’éléments nanars, mais cela n’empêche pas, au contraire, de prendre du bon temps devant ce giallo-musical. D’accord, nous sommes beaucoup plus proches de Staying Alive de Sylvester Stallone, de Parking de Jacques Demy et de Dancing Machine de Gilles Béhat, qui dans leur genre s’apparentent aussi à des films d’épouvante (on se souvient de Francis Huster poussant la chansonnette et de Patrick Dupont en hyperventilation devant un Alain Delon stoïque fumant son cigare) que de Flashdance et Fame, succès internationaux sur lesquels voulait surfer la production. Murder Rock, ou MurderRock – Uccide a passo di danza, mais aussi Giallo a disco, Murder Rock – Dancing Death, ou même allons-y gaiement Slashdance est un divertissement sans prise de tête, avec de belles nanas qui n’hésitent pas à se dénuder pour faire plaisir aux spectateurs, des meurtres plus ou moins soignés, le tout sur un rythme soutenu. Que demander de plus ?

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Test Blu-ray / Marketa Lazarova, réalisé par Frantisek Vlácil

MARKETA LAZAROVA réalisé par Frantisek Vlácil, disponible en Blu-ray + DVD + Livre le 7 novembre 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Josef Kemr, Magda Vásáryová, Nada Hejna, Jaroslav Moucka, Frantisek Velecký, Karel Vasicek, Ivan Palúch, Martin Mrazek…

Scénario : Frantisek Vlácil & Frantisek Pavlícek, d’après le roman de Vladislav Vancura

Photographie : Bedrich Batka

Musique : Zdenek Liska

Durée : 2h46

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

En Bohème, au XIIIème siècle. Christianisme et paganisme s’affrontent. Des brigands, menés par Mikolas, aux ordres du Seigneur Bouc, attaquent une caravane de chevaliers allemands qu’ils tuent sans pitié, excepté le jeune prince Kristian, qu’ils ramènent à leur camp. C’est le début d’un affrontement violent avec Lazar, allié des allemands, seigneur voisin et voleur, qui destine sa fille, la belle Marketa, au service de Dieu.

Considéré comme étant le plus grand film tchèque de l’histoire du cinéma, Marketa Lazarova apparaît d’emblée comme une étape dans le parcours d’un cinéphile. Adapté du roman éponyme de Vladislav Vančura, jusqu’alors jugé inadaptable, le film de František Vláčil aura nécessité 3 ans de préparation et 18 mois de tournage, avec des prises de vue parfois interrompues certes, mais en l’état, Marketa Lazarova demeure LE monument du cinéma tchèque, par son ampleur, sa richesse, son ambition. C’est une tâche ardue de s’atteler à une critique de Marketa Lazarova, puisque pour être honnête plusieurs visionnages seraient nécessaires pour comprendre ne serait-ce qu’une petite partie de ce qui nous est raconté, pour pouvoir raccorder les personnages, pour tenter de dénicher quelques éléments qui pourraient nous impliquer dans cette impressionnante saga. Le spectateur devra donc se mettre en condition avant d’affronter ces 160 minutes, qui peuvent paraître interminables. C’est une épreuve à la fois pour les nerfs et pour la cervelle et le mieux est d’essayer de s’en remettre totalement au cinéaste, conscient que son œuvre ne sera pas facile d’accès, mais qui parvient néanmoins à captiver à de nombreuses reprises grâce à diverses fulgurances et à la somptueuse photographie du chef opérateur Bedrich Batka.

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Test Blu-ray / Morgiana, réalisé par Juraj Herz

MORGIANA réalisé par Juraj Herz, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 novembre 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Iva Janzurová, Josef Abrhám, Nina Divísková, Petr Cepek, Josef Somr, Jirí Kodet, Jirí Lír, Ivan Palúch…

Scénario : Juraj Herz & Vladimir Bor, d’après le roman d’Alexander Grin

Photographie : Jaroslav Kucera

Musique : Lubos Fiser

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Se sentant défavorisée suite à l’héritage de leur père, Viktoria, tenancière d’une maison de débauche, décide d’empoisonner sa sœur, la belle et vertueuse Klara. Dans un jeu de miroirs hallucinatoires, Viktoria va se retrouver face à ses propres délires schizophréniques.

Nous sommes nombreux à avoir découvert le réalisateur Juraj Herz (1934-2018) à l’occasion de la sortie de son film Le Neuvième coeur Deváté srdce chez Artus Films en octobre 2022. Pour en savoir plus sur le parcours, la carrière et les films les plus connus du cinéaste tchèque avec L’Incinérateur de cadavres, nous vous invitons à relire notre article que nous avions consacré à cette édition. Un peu plus d’un an après, le même éditeur nous invite cette fois à découvrir Morgiana, visiblement l’un de ses opus les plus célèbres. À l’instar du Neuvième coeur, ce long-métrage mis en scène en 1972, le cinquième de son auteur, le récit peut parfois paraître hermétique et il est encore aujourd’hui difficile d’avoir toutes les clés pour sa bonne compréhension. Toutefois, Morgiana semble plus « simple » que Le Neuvième coeur, malgré de nombreuses séquences qui resteront incompréhensibles pour la plupart des spectateurs, même si tous seront d’accord sur le fait que la photo du chef opérateur Jaroslav Kucera (Les Petits marguerites de Vera Chytilová) demeure d’une incommensurable beauté et que la composition des plans du cinéaste laisse pantois d’admiration. Certes, Morgiana s’adresse en priorité aux cinéphiles les plus endurcis, mais il serait dommage que les « autres » ne tentent pas l’expérience.

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Test Blu-ray / La Vallée des abeilles, réalisé par Frantisek Vlácil

LA VALLÉE DES ABEILLES (Údolí vcel) réalisé par Frantisek Vlácil, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 novembre 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Petr Cepek, Jan Kacer, Vera Galatíková, Zdenek Kryzánek, Miroslav Machácek, Josef Somr, Václav Kotva, Jana Hlavácková…

Scénario : Vladimír Körner & Frantisek Vlácil

Photographie : Frantisek Uldrich

Musique : Zdenek Liska

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Le jour du remariage de son père avec une jeune fille, Ondrej offre à la mariée, selon la coutume, un panier rempli de fleurs. Mais tandis que la jeune femme lance joyeusement les fleurs en l’air, des chauves-souris s’échappent du panier : funeste présage pour le mariage. Le père, fou de rage, attrape son fils, le frappe contre un mur et demandant pardon à Dieu, lui offre son fils. C’est ainsi que Ondrej rentre dans l’ordre des moines chevaliers.

C’est toujours complexe d’aborder un film dont ne connaît ni le réalisateur, ni le sujet. Si l’auteur de ces mots devait vous donner un conseil avant de lancer La Vallée des abeilles, c’est de vous laisser aller à l’histoire qui vous est racontée et surtout à la beauté incommensurable des images. Le cinéaste tchèque Frantisek Vlácil (1924-1999) signait ici son quatrième long-métrage, dans la foulée de son imposant Marketa Lazarova, très inspiré par le cinéma d’Ingmar Bergman. On y retrouve en effet cette apparente austérité, qui dissimule en réalité une radiographie des sentiments humains, quand l’être, désirant décider pour lui-même de son existence, se retrouve à affronter un groupe, une entité, un mouvement bien décidé du contraire. Difficilement racontable, La Vallée des abeilles est une véritable expérience de cinéma, qui demande l’implication totale du spectateur et cinéphile pur et dur, afin de mieux profiter du voyage singulier et cette fois encore à se damner visuellement. De quoi ravir les sens.

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Test Blu-ray / El Pico 2, réalisé par Eloy de la Iglesia

EL PICO 2 réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en coffret Cinéma Quinqui de Eloy de la Iglesia – Coffret 3 films : Colegas + El Pico + El Pico 2 le 5 septembre 2023 chez Artus Films.

Acteurs : José Luis Manzano, Fernando Guillén, Andrea Albani, Jaume Valls, Rafaela Aparicio, José Luís Fernández, Valentín Paredes, Gracita Morales, Fermín Cabal, Pedro Nieva Parola, Agustín González, Paloma Alaez…

Scénario : Gonzalo Goicoechea, Fermín Cabal & Eloy de la Iglesia

Photographie : Javier Aguirresarobe

Musique : Joaquín Carmona

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Paco, fils d’un commandant de la Garde civile, est impliqué dans le meurtre d’un couple de trafiquants d’héroïne à Bilbao. Lorsque la presse commence à s’intéresser à l’affaire, les efforts de son père pour l’éloigner de la drogue et cacher les preuves du crime se révèlent inutiles.

Après le triomphe inattendu dans les salles d’El Pico, Eloy de la Iglesia, poussé par le producteur J.A. Pérez Giner, ne perd pas une seconde et décide de donner une suite aux « aventures » de Paco et de son père. L’histoire reprend là où elle s’était arrêtée, mais le cinéaste va cette fois alourdir quelque peu son propos, en tirant plus sur la corde sensible et en y allant plus frontalement dans sa démonstration, sans doute dans l’espoir de ratisser plus large et donc d’attirer encore plus de spectateurs que pour le premier opus. Effectivement, El Pico 2 n’a pas la force du précédent, mais n’en reste pas moins passionnant, surtout lorsque le réalisateur dresse un portrait peu flatteur (euphémisme) des conditions d’incarcération, en montrant que la prison fonctionne comme « à l’extérieur », avec les plus grands caïds qui font la loi et qui s’opposent à des clans adverses qui la plupart du temps veulent profiter de la faiblesse des jeunes prisonniers. Parallèlement, outre la vie carcérale de Paco, Eloy de la Iglesia se focalise à nouveau sur son père, cette fois brillamment interprété par Fernando Guillén (Tout sur ma mère, La Loi du désir, Talons aiguilles, Action mutante), en remplacement de José Manuel Cervino, qui fera tout pour défendre et sauver la chair de sa chair, quitte à l’aider à trouver ce qui lui manque, le « cheval », le « bourrin », l’héroïne. El Pico 2 possède un ton différent, comme s’il s’agissait d’un long épilogue du premier épisode et il est donc souhaitable d’avoir vu le chapitre un, avant de voir et probablement d’apprécier ce second titre.

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Test Blu-ray / L’Enfer de la drogue – El Pico, réalisé par Eloy de la Iglesia

L’ENFER DE LA DROGUE (El Pico) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en coffret Cinéma Quinqui de Eloy de la Iglesia – Coffret 3 films : Colegas + El Pico + El Pico 2 le 5 septembre 2023 chez Artus Films.

Acteurs : José Luis Manzano, José Manuel Cervino, Luis Iriondo, Enrique San Francisco, Andrea Albani, Queta Ariel, Marta Molins, Pedro Nieva Parola, Alfred Lucchetti, Guillermo Reinlein, Marta Pérez Ferrándiz…

Scénario : Gonzalo Goicoechea & Eloy de la Iglesia

Photographie : Hans Burmann

Musique : Luis Iriondo

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Dans le Bilbao du début des années 80, Paco et Urko, deux adolescents en rupture de ban délaissent leurs études pour les paradis artificiels, partageant tous deux la couche de Betty, une jeune prostituée qui va les initier à l’héroïne. De consommateurs, ils deviennent trafiquants, rapidement emportés dans une spirale criminelle qui va frapper de plein fouet leurs familles respectives.

Reprenons où nous en étions. Suite à l’engouement rencontré par Colegas en 1982, le réalisateur Eloy de la Iglesia continue sur sa lancée et s’apprête à connaître son plus grand succès et probablement l’opus le plus emblématique du cinéma quinqui avec El Pico, exploité en France sous le titre L’Enfer de la drogue ou Dose mortelle. L’accent est mis cette fois sur le fléau représenté par la dope qui circulait alors abondamment en Espagne et plus particulièrement dans les banlieues (mais pas que) où les jeunes étaient déjà livrés à eux-mêmes. Triomphe populaire, à tel point que le film est encore très largement diffusé à la télévision ibérique, El Pico est un drame foudroyant qui comme un panneau en introduction l’indique « est inspiré de faits réels librement transposés par l’imagination des auteurs ». Que faire de la liberté nouvellement acquise après la disparition de Franco ? « Je croyais qu’on était libres maintenant » annonce un personnage dans les premières minutes d’El Pico, qui avec une réalité quasi-documentaire dépeint la chute inexorable de deux fils à la vie diamétralement opposée, l’un étant le fils d’un commandant de gendarmerie et l’autre celui d’un député nationaliste basque, soudés par une amitié indéfectible et qui vont prendre le chemin de la seringue plantée dans le bras. « On sait se contrôler, on n’est pas des débiles » déclarent-ils quand ils veulent juste essayer au début et en prendre de temps en temps quand ils se sentent largués. Inévitablement, Paco et Urko entament sans véritablement se rendre compte, un aller simple pour l’enfer. Remarquable long-métrage d’Eloy de la Iglesia, metteur en scène et auteur à voir comme le chaînon manquant entre Pier Paolo Pasolini et Rainer Werner Fassbinder, El Pico deviendra un tel phénomène de société qu’une suite sera écrite, produite et mise en scène dès l’année suivante. Une immense (re)découverte s’impose dans nos contrées.

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Test Blu-ray / Colegas, réalisé par Eloy de la Iglesia

COLEGAS réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en coffret Cinéma Quinqui de Eloy de la Iglesia – Coffret 3 films : Colegas + El Pico + El Pico 2 le 5 septembre 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Antonio Flores, Rosario Flores, José Luis Manzano, José Manuel Cervino, Queta Ariel, Francisco Casares, Isabel Perales, José Luis Fernández Eguia « El Pirri », Ricardo Márquez, Luis Romero…

Scénario : Gonzalo Goicoechea & Eloy de la Iglesia

Photographie : Hans Burmann & Antonio Cuevas

Musique : Miguel Botafogo

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1982

LE FILM

José et Antonio, qui vivent dans un quartier des bidonvilles de Madrid, sont les meilleurs amis du monde, et la sœur d’Antonio, Rosario, est la petite amie de José. Lorsque Rosario découvre qu’elle est enceinte, les jeunes, qui ne trouvent pas de travail, tentent de récolter l’argent nécessaire pour un avortement en se prostituant dans les saunas homosexuels et en cambriolant un magasin. Désespérés, ils contactent un escroc professionnel. C’est ainsi que commencent les vrais problèmes du trio.

En avril 2022, l’édition en DVD et Blu-ray Artus Films de Cannibal Man La Semaine d’un assassin (1972) a permis de reparler du cinéaste Eloy Germán de la Iglesia (1944-2006), réalisateur d’une vingtaine de longs-métrages et dont la postérité a essentiellement retenu les opus s’inscrivant dans le genre cinématographique populaire dit du quinqui, qui se focalise sur l’existence des jeunes délinquants, ces derniers étant très souvent interprétés par des experts en la matière, reprenant aussi leur véritable surnom dans les films dans lesquels ils apparaissent, à l’instar de José Luis Fernández Eguia, dit El Pirri dans Colegas. Quand on demande aujourd’hui à un espagnol ce que désigne le mot quinqui, celui-ci vous répondra « gitan ». En réalité, cette appellation argotique est plurielle et ce qu’elle qualifie est également faite de strates multiples. L’un des longs-métrages les plus représentants du cinema quinqui demeure Colegas (1982), qui s’intéresse à une poignée de jeunes gens (forcément) marginaux, ou tout du moins vivant dans la banlieue de Madrid, dans un bâtiment aussi haut que laid, bordant l’autoroute où le trafic incessant couvre les conversations. C’est là que nous rencontrons Antonio et Rosario, deux frères et sœurs, qui l’étaient d’ailleurs réellement. José est le meilleur ami d’Antonio et l’amant de Rosario, et tous les trois doivent faire face à la dure réalité de la vie. Parfois proche du documentaire, Colegas a beau parler de choses graves, le film n’en reste pas moins étonnamment léger, comme si les personnages se rendant compte du caractère inéluctable de la vie et de leur avenir, acceptaient d’embrasser pleinement ce que leur destin leur réserve, sans jamais vraiment se plaindre de leur sort. D’une étonnante fraîcheur, Colegas est un film virtuose où les protagonistes marchent continuellement sur le fil tendu entre la jouissance au quotidien et la chute inexorable qui les attend s’ils devaient trébucher. Pas de juste milieu. Remarquable découverte.

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Test Blu-ray / Les Longs Jours de la vengeance, réalisé par Florestano Vancini

LES LONGS JOURS DE LA VENGEANCE (I lunghi giorni della vendetta (Faccia d’angelo)) réalisé par Florestano Vancini, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 5 septembre 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Giuliano Gemma, Conrado San Martín, Francisco Rabal, Nieves Navarro, Gabriella Giorgelli, Manuel Muñiz, Pedro Basauri ‘Pedrucho’, Carlos Otero…

Scénario : Fernando Di Leo & Augusto Caminito

Photographie : Francisco Marín

Musique : Armando Trovajoli

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

Injustement accusé de meurtre, Ted Barnett purge sa peine dans un bagne. Une nuit, il parvient à s’évader. Ils sont nombreux à trembler en apprenant la nouvelle de son évasion : le shérif Douglas, le trafiquant d’armes Cobb, et surtout sa fiancée, qui a épousé Douglas lors de la condamnation de Ted…

Que voilà un western de très grande classe ! Les Longs Jours de la vengeance ou I lunghi giorni della vendetta, un titre qui claque aussi bien en français qu’en italien, le seul film du genre mis en scène par Florestano Vancini (1926-2008). Ce dernier commence comme assistant de Mario Soldati (La Fille du fleuveLa Donna del fiume) et de Valeri Zurlini sur le somptueux Été violentEstate violenta, avant de voler très vite lui-même de ses propres ailes. Après divers courts-métrages documentaires dans les années 1950, il réalise La Longue nuit de 43La lunga notte del ’43 (1960) et La Bande Casaroli (1962), dans lequel il dirige rien de moins que Renato Salvatori, Jean-Claude Brialy, Tomás Milián et Gabriele Tinti, puis deux drames La Vie ardenteLa Calda vita (avec la sublime Catherine Spaak) et Les Saisons de notre amourLe stagioni del nostro amore (Prix de la critique internationale FIPRESCI au Festival de Berlin). Puis, il accepte un projet moins personnel, en l’occurrence Les Longs Jours de la vengeance, qu’il signera d’ailleurs sous le pseudonyme de Stan Vance. Si le générique indique “une histoire originale de Mahnahén Velasco”, il s’agit en réalité d’un stratagème pour justifier la co-production italo-espagnole. Le scénario, inspiré par Le Comte de Monte-Cristo, est imputable à Augusto Caminito (futur producteur de The King of New York d’Abel Ferrara, auteur de La Victime désignée La Vittima designata de Maurizio Lucidi) et Fernando Di Leo (Avoir vingt ans, Colère noire). Les Longs Jours de la vengeance est un divertissement haut de gamme doublé d’un très bel objet de cinéma, qui plus est très rare. Alors précipitez-vous dessus.

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Test Blu-ray / Goodbye & Amen, réalisé par Damiano Damiani

GOODBYE E AMEN réalisé par Damiano Damiani, disponible en Blu-ray + DVD + Livre Justice . Politique . Corruption – La Trilogie de Damiano Damiani le 2 mai 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Tony Musante, Claudia Cardinale, John Forsythe, John Steiner, Renzo Palmer, Angela Goodwin…

Scénario : Damiano Damiani & Nicole Badalucco

Photographie : Luigi Kuveiller

Musique : Guido & Maurizio De Angelis

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Un agent de la CIA en poste à Rome fomente un complot destiné à renverser un gouvernement africain. Mais ses plans s’effondrent lorsqu’il découvre qu’un de ses hommes l’a trahi. Fou de rage, il prend en otage un couple adultère dans une chambre d’hôtel.

Après avoir traité d’un complot d’extrême droite dans Un juge en danger Io ho paura, Damiano Damiani continue sur sa lancée et livre un nouveau thriller, Goodbye & Amen, qui cette fois ne sera pas interprété par Franco Nero ou Gian Maria Volonté, mais par l’excellent Tony Musante. Acteur américain découvert en 1964 dans Les Tueurs de San Francisco Once a thief de Ralph Nelson, ce dernier se fait surtout remarquer trois ans plus tard dans l’incroyable L’Incident The Incident de Larry Peerce, qui lui vaut d’être repéré aussi bien par les réalisateurs US (Gordon Douglas, Richard Fleischer, Robert Aldrich) qu’européens et notamment italiens, puisqu’il tournera avec Sergio Corbucci (El Mercenario), Giuseppe Patroni Griffi (Disons, un soir à dîner) et bien sûr Dario Argento (L’Oiseau au plumage de cristal). Il est impeccable dans Goodbye & Amen (ou L’uomo della CIA), qui n’est sans doute pas l’opus le plus célèbre de son auteur, mais qui n’en reste pas moins un spectacle souvent remarquable, même si moins virulent, politique et inspiré que ses monuments les plus reconnus. S’il n’y a rien à redire sur la force du casting et le déroulé efficace de l’intrigue, quasi huis clos qui se passe essentiellement dans un hôtel de luxe, Goodbye e Amen pâtit d’une esthétique vieillotte et d’une mise en scène qui rappelle une série télévisée de son époque. Ce qui n’empêche pas de prendre un sacré pied.

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Test Blu-ray / Comment tuer un juge, réalisé par Damiano Damiani

COMMENT TUER UN JUGE (Perché si uccide un magistrato) réalisé par Damiano Damiani, disponible en Blu-ray + DVD + Livre Justice . Politique . Corruption – La Trilogie de Damiano Damiani le 2 mai 2023 chez Artus Films.

Acteurs : Franco Nero, Françoise Fabian, Marco Guglielmi, Mico Cundari, Renzo Palmer, Ennio Balbo Giancarlo Badessi, Pierluigi Aprà, Luciano Catenacci, Eva Czemerys, Tano Cimarosas Claudio Gora…

Scénario : Damiano Damiani, Enrico Ribulsi & Fulvio Gicca Palli

Photographie : Mario Vulpiani

Musique : Riz Ortolani

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Un cinéaste décide d’enquêter sur l’assassinat d’un juge sicilien soupçonné de corruption : il se trouve que cette mort est survenue dans des circonstances identiques à une scène de son dernier film.

Comment tuer un juge ou Perché si uccide un magistrato. Un titre qui claque, qui donne le ton, qui en impose et qui sonne comme l’intitulé d’un mode d’emploi. Une chose est sûre, Damiano Damiani veut encore s’adresser à ses concitoyens et également aux spectateurs du monde entier, pour non seulement faire un constat sur la société et sur ceux qui la régissent, mais aussi si possible entraîner un débat devant des faits accablants. Cependant, même si le film demeure ô combien réussi, Comment tuer un juge est somme toute plus classique dans son déroulé, comme si le cinéaste se laissait tenter par un exercice de style à visée plus commerciale qu’à son habitude. Mais n’allez pas croire que Damiano Damianbi met de la San Pellegrino dans son Chianti, bien au contraire, le breuvage est aussi gouleyant qu’amer et laisse au palais un goût d’acier dont il est difficile de se débarrasser. La mécanique du scénario qu’il a coécrit avec Enrico Ribulsi (Achtung ! Banditi !, Les Cent Cavaliers) et Fulvio Gicca Palli (La Victime désignée, La Corruption) est implacable et prend des allures d’engrenages, qui une fois enclenchés s’avèrent impossibles à stopper. Nouvelle grande prestation de Franco Nero, pour sa quatrième et dernière collaboration avec Damiano Damiani (La Mafia fait la loi, Confession d’un commissaire de police au procureur de la République, Nous sommes tous en liberté provisoire), magistral dans la peau d’un réalisateur engagé (en gros l’alter ego de Damiani lui-même), qui se retrouve rattrapé et même dépassé par les événements qu’il a voulu dénoncer.

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