Test Blu-ray / Le Juge Thorne fait sa loi (Tu seras jugé), réalisé par Jacques Tourneur

LE JUGE THORNE FAIT SA LOI – TU SERAS JUGÉ (Stranger on Horseback) réalisé par Jacques Tourneur, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Joel McCrea, Miroslava, Kevin McCarthy, John McIntire, John Carradine, Nancy Gates, Emile Meyer, Robert Cornthwaite…

Scénario : Herb Meadow & Don Martin, d’après le roman de Louis L’Amour

Photographie : Ray Rennahan

Musique : Paul Dunlap

Durée : 1h06

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Rick Thorne est un juge itinérant dans le grand Ouest des États-Unis. En arrivant à Bannerman, il réalise qu’une puissante et dangereuse famille fait la loi en ville. Coupables de nombreux délits et crimes, ils n’ont jamais été poursuivis par la Justice ou envoyés en prison. Rick décide que cela ne peut plus durer car la loi s’applique pour tout le monde. Il va donc rouvrir une affaire classée trop rapidement sans suite selon lui…

Quand on lui demande quel réalisateur il souhaiterait à la barre du Juge Thorne fait sa loiStranger on Horseback, également connu en France sous le titre Tu seras jugé, le comédien et star de la MGM, Joel McCrea (1905-1990), qui s’est essentiellement tourné vers le western dès 1946, répond Jacques Tourneur. Les deux hommes avaient déjà collaboré cinq ans auparavant sur un autre western, Stars in My Crown, où ils s’étaient merveilleusement entendus. S’il est moins célèbre que Un jeu risqué Wichita, leur autre opus traitant de l’Ouest Américain, qui sortira aussi en 1955, Le Juge Thorne fait sa loi rend compte de la virtuosité discrète, mais indéniable du réalisateur formé à la RKO et metteur en scène légendaire de La Féline, Vaudou et L’Homme léopard, mais aussi de L’Enquête est close Circle of Danger et de NightfallPoursuites dans la nuit. À l’instar de Jack Arnold, de Richard Fleischer ou de Robert Wise, Jacques Tourneur avait le don de transformer en or tous les genres qu’il abordait. Le Juge Thorne fait sa loi est un opus rare du cinéaste, qui n’est jamais sorti en France et dont le négatif original semble avoir disparu. Tourné avec le procédé couleur AnscoColor, extrêmement fragile, ce qui n’a pas aidé à la conservation du film, Stranger on Horseback a néanmoins été sauvé via un contretype. Cela aurait été dommage de voir ce petit bijou disparaître corps et bien. Avec son intrigue resserrée (65 minutes, génériques compris), le charisme débordant de sa tête d’affiche, ses décors très réussis, sa superbe photographie signée Ray Rennahan (Le Sorcier du Rio Grande, Smith le taciturne, Les Rôdeurs de l’aube) et ses magnifiques paysages naturels (Sedona, en Arizona, dans le canyon de Placerita, à Newhall, en Californie), Stranger on Horseback fait indéniablement partie des films de Jacques Tourneur à redécouvrir et à se «refiler» entre cinéphiles.

Juge itinérant, Rick Thorne, débarque à cheval, au pas, dans la ville de Bannerman, le code pénal à la main, son arme bien rangée dans son étui. Il découvre que la ville est entièrement contrôlée par le riche éleveur Josiah Bannerman et sa famille. Il rencontre le shérif Nat Bell et le procureur Buck Streeter et leur demande pourquoi Tom, le fils arrogant de Bannerman, a échappé à la justice après avoir tué un homme. Face à l’absence d’aide, Thorne tient tête à Tom et le fait emprisonner. Il fait la connaissance d’Amy Lee, la belle nièce de Bannerman, attirée par Thorne mais doutant que son cousin Tom soit un meurtrier de sang-froid. Thorne trouve des alliés en Caroline et Vince Webb, propriétaires d’une armurerie, prêts à témoigner contre Tom au tribunal. Thorne comprend qu’il doit emmener Tom et les Webb clandestinement dans une autre ville pour obtenir un procès équitable. Bannerman et ses hommes les poursuivent…

Votre Honneur, ici on a l’habitude de régler nos propres affaires !

Comme beaucoup d’autres westerns (Shalako, Le Traquenard des sans-loi, Le Trésor des collines rouges, 5000 $ mort ou vif), Le Juge Thorne fait sa loi est l’adaptation d’un roman de Louis L’Amour, dont les récits concis, secs et la violence étaient du pain béni pour les scénaristes chargés de leur transposition au cinéma. Stranger on Horseback convoque les talents des auteurs Herb Meadow (L’Étreinte du destin, La Belle rousse du Wyoming, Le Démon de la chair) et de Don Martin (Reportage fatal de Joseph Pevney) et installe d’emblée le personnage, juché sur son cheval, consultant les textes législatifs et réglementaires, tout en passant à côté de funérailles en cours et visiblement d’une veuve éplorée. Cela ne fait pas cinq minutes que le film a commencé, que Rick Thorne est déjà « présenté », alors qu’il n’a pas encore ouvert la bouche. Aucun gras dans Le Juge Thorne fait sa loi (tourné en douze jours seulement), la mise en scène millimétrée de Jacques Tourneur pourrait se passer des dialogues tant celle-ci demeure limpide, sans fioriture, mathématiques on peut dire. Les rebondissements s’enchaînent, aucun moment de répit n’est laissé au personnage principal, même si l’action reste étonnamment limitée jusqu’au dernier acte, qui pour le coup est riche en poursuites, en gunfights et en affrontements physiques.

Joel McCrea est parfait dans le rôle titre et incarne la force tranquille, capable en un éclair de mettre une baffe à un jeune freluquet, de le désarmer et de le tenir en joue, ou bien plus tard de surprendre un autre qui lui cherche des noises, avant que celui-ci ne finisse la tête plongée dans l’abreuvoir avant d’avoir eu le temps de dire ouf. Comme Randolph Scott (avec lequel il partagera l’affiche de Coups de feu dans la SierraRide the high country de Sam Peckinpah), Joel McCrea, même si moins filiforme, promène son mètre 87 et s’impose d’emblée dans le décor de l’Ouest Américain. Il le fait vivre pour ainsi dire, tout s’anime autour de lui, vit, respire le western.

Jacques Tourneur soigne aussi le reste de la distribution, de la belle Miroslava Stern (actrice mexicaine d’origine tchèque), ici dans son dernier rôle au cinéma (elle se suicidera juste avant la sortie du film à l’âge de 29 ans), au mythique John Carradine (qui vole toutes les scènes dans lesquelles il apparaît, même à l’arrière-plan), en passant par John McIntire (Violence à Jericho, À l’assaut du Fort Clark, Je suis un aventurier), Kevin McCarthy (Le Destin est au tournant, L’Invasion des profanateurs), Nancy Gates (Comme un torrent, Je dois tuer, Nevada), Emile Meyer (Les Implacables, La Ronde du crime) et Robert Cornthwaite (Tout près de Satan, Les Détrousseurs). Pas un acteur et donc pas un personnage n’est mis de côté et s’avère un rouage important dans la belle mécanique du scénario qui semble avoir inspiré quelques épisodes de Lucky Luke.

LE BLU-RAY

Tout d’abord présenté en DVD en 2012, Le Juge Thorne fait sa loi fait son retour chez Sidonis Calysta, cette fois en Haute-Définition. L’éditeur a même concocté une Édition Collection Silver Blu-ray + DVD + Livret de 24 pages (rédigé par Jean-François Giré, non fourni pour ce test). Le menu principal est animé et musical.

Pour cette nouvelle édition, l’éditeur a tout simplement repris les deux présentations enregistrées en 2012 pour la première sortie en DVD du Juge Thorne fait sa loi.

On démarre avec Patrick Brion (8’), qui dans un premier temps se penche sur la copie du film qui a pu être sauvée à temps, étant donné que le négatif original du Juge Thorne fait sa loi a complètement disparu. Puis, l’historien du cinéma évoque le procédé de l’AnscoColor, replace le film dans la carrière de Jacques Tourneur et plus particulièrement dans son cycle western. Il en vient au casting, en parlant notamment de Miroslava Stern, souvent comparée à Marilyn Monroe avec sa fin tragique et son caractère dépressif.

C’est toujours bouleversant, mais aussi une immense joie de revoir et surtout d’écouter à nouveau Bertrand Tavernier nous parler de western. Dans ce module de 2012, il était visiblement très heureux de revenir sur Le Juge Thorne fait sa loi, film qu’il avait détesté la première fois qu’il l’avait vu, sentiment sans doute imputable à la très mauvaise copie du film qui circulait en vidéo. C’est après avoir redécouvert totalement Le Juge Thorne fait sa loi grâce à une copie restaurée projetée lors de la rétrospective intégrale consacrée à Jacques Tourneur de décembre 2003 à janvier 2004, que Bertrand Tavernier est revenu sur son premier avis et déclarait ici son amour à ce « grand film personnel du réalisateur ». Il revenait sur le traitement des personnages, sur le point faible lié à l’AnscoColor (« dont le cinéaste tire tout de même le maximum, notamment au niveau des extérieurs »), sur le casting (« John Carradine dans un de ses meilleurs rôles ») et le jeu en retenu des comédiens. Puis, « Tatav » commentait quelques scènes du film, analysait la mise en scène (« exemplaire d’intelligence, de finesse et de non-dramatisation, qui savait jouer sur la suggestion »). Enfin, Bertrand Tavernier n’hésitait pas à dire en fin d’intervention, qu’il trouvait finalement Le Juge Thorne fait sa loi plus réussi que Wichita.

L’Image et le son

Quand bien même la copie présentée reste marquée par des raccords de montage, par des décrochages chromatiques lors des fondus enchaînés, des rayures verticales et certaines instabilités, ce Blu-ray offre de belles conditions pour (re)découvrir Le Juge Thorne fait sa loi. Certes, le procédé AnscoColor a dû donner du fil à retordre à l’équipe chargée de la restauration, mais le résultat n’est pas déplaisant et participe même beaucoup au charme qui se dégage du film. Le ciel est bleu immaculé, cyan, fait même penser à de la gouache étalée sur une palette. Le teint des comédiens n’a rien de naturel certes, mais comme le reste, l’équilibre est plutôt convenable, d’autant plus que la propreté est même étonnante. La texture argentique est préservée, la gestion des contrastes aléatoire, tout comme le piqué. Les scènes sombres et nocturnes posent évidemment plus problème, mais elles sont heureusement limitées. En l’état, si vous possédiez l’ancien DVD Sidonis, cette MAJ est conseillée.

Seule la version originale aux sous-titres français est disponible sur cette édition. La restauration est satisfaisante, l’écoute est frontale, riche, dynamique et vive, avec toutefois un léger souffle. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré.

Crédits images : © Sidonis Calysta / United Artists / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.