Test DVD / Les Rôdeurs de l’aube, réalisé par Tim Whelan

LES RÔDEURS DE L’AUBE (Rage at Dawn) réalisé par Tim Whelan, disponible en DVD le 1er décembre 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Forrest Tucker, Randolph Scott, Mala Powers, J. Carrol Naish, Edgar Buchanan, William Forrest…

Scénario : Horace McCoy, d’après une histoire de Frank Gruber

Photographie : Ray Rennahan

Musique : Paul Sawtell

Durée : 1h23

Année de sortie : 1955

LE FILM

En 1866, dans le sud de l’Indiana, le gang des frères Reno terrorise la région en braquant des banques et pillant des trains, avec la complicité de notables locaux qui ferment les yeux sur leurs activités, prenant au passage leur “commission”. Les habitants du secteur, lassés de cette situation, font appel à l’agence de détectives Pinkerton qui dépêche un de ses agents. Les renseignements recueillis permettent d’organiser un guet-apens lors d’une nouvelle attaque de banque, mais les frères Reno en réchappent (sauf un qui est tué). Ils découvrent peu après que l’agent en question est le barman Murphy et l’assassinent. L’agence envoie alors un nouvel homme, James Barlow, qui parvient à infiltrer le gang en courtisant la sœur des Reno, Laura, et en se faisant lui-même passer pour un braqueur…

Vous n’aviez jamais entendu parler des frères Reno ? Non, rien à voir avec Jean, mais comme les spécialistes du Far-West pourront vous le dire, ainsi qu’un carton au début du film qui nous intéresse aujourd’hui, les frères Reno, Clint fermier respecté, Frank, Simeon, John et Bill demeurent célèbres pour avoir été les premiers voleurs de train de l’histoire des Etats-Unis. Pillant, brûlant et tuant, la bande a parcouru les états frontaliers du Midwest, ouvrant la voie aux grands gangs de hors-la-loi, plus connus pour le coup, les frères James, les frères Dalton et les Younger. Sur une histoire signée Horace McCoy, l’auteur du légendaire On achève bien les chevaux et scénariste (Gentleman Jim de Raoul Walsh, Le Fauve en liberté de Gordon Douglas et Les Indomptables de Nicholas Ray), inspirée d’un récit du spécialiste du roman policier et du western Frank Gruber, le réalisateur Tim Whelan livre pour la RKO un petit film bien emballé, toujours aussi divertissant 65 ans après. Il offre aussi à Randolph Scott l’un des derniers rôles à l’écran et qui s’avère impeccable dans la peau du dénommé Barlow, un agent fédéral qui se fait passer pour un hors-la-loi, afin de gagner la confiance des frères et des bureaucrates pourris. Cela se complique avec la compassion qu’éprouve Barlow pour Laura, la soeur des Reno, qui tient la maison à contre-coeur. La tension monte alors que la bande s’apprête un coup pour attaquer un train.

Du metteur en scène Tim Whelan (1893-1957), on connaissait le formidable Armes secrètesQ Planes (1939), un bijou de la comédie d’espionnage, enlevée et palpitante, destinée à l’époque à lancer la star de la London Films, Laurence Olivier. Si vous ne connaissez pas ce film, nous ne saurons que trop vous conseiller de vous le procurer, puisqu’il s’agit ni plus ni moins d’un vrai petit chef d’oeuvre qui préfigurait moult James Bond, comme L’Espion qui m’aimait, On ne vit que deux fois et surtout Opération Tonnerre. Dans Les Rôdeurs de l’aubeRage at Dawn, on retrouve cette même efficacité, même si à moindre échelle, mais qui rend compte du savoir-faire du réalisateur, qui livrait ici son avant-dernier long-métrage pour le cinéma, la même année que son autre et ultime western, Le Rendez-vous de 4 heures Texas Lady avec Claudette Colbert. Sur un rythme assez maintenu, on suit à la fois le gang des frères Reno dans une exposition de 25 minutes, avant que Randolph Scott – qui avait déjà tourné chez Tim Whelan dans Badman’s Territory en 1946 – fasse enfin son apparition, toujours aussi décontracté et à l’aise sur son cheval qu’au maniement du revolver. Bon, on a un peu de mal à croire qu’il puisse passer pour un « jeune homme de 35 ans » là où le comédien approchait plutôt la soixantaine, mais on se dit que le Far-West vieillissait probablement les cowboys bien avant l’âge. L’année suivante, il entamera ce qui sera pour ainsi dire son œuvre testamentaire, le légendaire cycle Ranown, autrement dit les sept westerns qu’il tournera avec le grand Budd Boetticher.

Le film de Tim Whelan contient son lot de rebondissements, d’aventures et de charme avec une petite romance qui s’instaure entre Barlow et Laura (Mala Powers, vue dans Outrage d’Ida Lupino, dans l’excellent Cyrano de Bergerac de Michael Gordon), la sœur des Reno, qui s’occupe comme elle le peut de ses crapules de frangins. S’il est difficile de louer la qualité de la photographie Technicolor de Ray Rennahan (Sur la piste des Mohawks de John Ford, Masques de cire de Michael Curtiz et Pour qui sonne le glas de Sam Wood) en raison des mauvaises copies qui circulent partout et qui dénaturent son travail, la mise en scène reste solide, les séquences d’action bien menées, la fin est étonnante et le charisme des comédiens, Forrest Tucker (L’Homme du Nevada de Gordon Douglas), J. Carrol Naish (Rio Grande de John Ford), Myron Healey (La Reine de la prairie d’Allan Dwan, L’Homme qui n’a pas d’étoile de King Vidor) et Denver Pyle (Le Gaucher d’Arthur Penn), qui composent la fratrie, ainsi qu’Edgar Buchanan (parfait en juge corrompu), emporte facilement l’adhésion.

LE DVD

De triste mémoire, Les Rôdeurs de l’aube avait été proposé en DVD chez Bach Films avec un master assez calamiteux, mais nous en reparlerons. Le film de Tim Whelan est désormais disponible chez Artus Films dans la collection Les Classiques. La jaquette est typique de la collection, ainsi que le menu principal, fixe et musical.

Une bande-annonce présente quelques titres disponibles au catalogue de l’éditeur.

L’Image et le son

Nous ne pouvons effectuer un comparatif avec l’ancienne édition Bach Films, mais il semblerait que le master proposé par Artus Films soit le même, ou du moins du même acabit puisqu’il possède les mêmes tares, autrement dit un aspect vieille VHS et des couleurs particulièrement ternes…A plusieurs reprises, l’image – relativement “propre” – décroche pour prendre un aspect complètement fané et lisse (à 21’15 durant une minute, à 1h18’’32 pendant deux minutes et à 1h20’’46), comme si la copie avait été rafistolée avec des images provenant d’une autre source. Des raccords de montage sont constatés, les fondus enchaînés sont les plus mal lotis, le piqué est inexistant, tout comme la gestion des contrastes. Ce n’est pas encore avec cette édition DVD que Les Rôdeurs de l’aube renaîtra de ses cendres, d’autant plus que le cadre nous paraît quelque peu resserré avec parfois des acteurs étrangement coupés.

Seule la version originale est proposée. L’écoute est dans la moyenne, avec des dialogues corrects, mais accompagnés d’un souffle chronique, de quelques grésillements et fluctuations. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Artus Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr




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