Test Blu-ray / 5000 $ mort ou vif, réalisé par R.G. Springsteen

5000 $ MORT OU VIF (Taggart) réalisé par R.G. Springsteen, disponible en DVD et Blu-ray le 25 janvier 2020 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Dan Duryea, Tony Young, Dick Foran, Elsa Cárdenas, Jean Hale, Emile Meyer, David Carradine, Peter Duryea…

Scénario : Robert Creighton Williams d’après un roman de Louis L’Amour

Photographie : William Margulies

Musique : Herman Stein

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Kent Taggart appartient à une famille de pionniers ayant été assassinée sur l’ordre de Ben Blaser, tyran de la région, et ses hommes. Revenant venger la mort de ces derniers, il tue le fils de Blaser. Ce dernier lance alors un mandat d’arrêt contre Taggart et offre 5000 dollars à celui qui le retrouve…

5000 $ mort ou vif ou bien Taggart en version originale, est un minuscule western tardif de 1964, dans lequel le grand Dan Duryea (1907-1968) vole une fois la vedette à tous ses petits camarades. Alors que le western explose en Italie avec Pour une poignée de dollars de Sergio Leone, le genre connaît ses derniers soubresauts sur le sol de l’Oncle Sam. Alors que la production des westerns est devenue pour ainsi dire inexistante, Universal propose de remettre le couvert pour contenter les spectateurs en manque de cowboys. Mais devant les résultats frileux engrangés au box-office par les derniers westerns, le studio décide d’utiliser les bonnes vieilles méthodes pour minimiser les coûts de production, à savoir utiliser de nombreux stock-shots provenant d’anciens films ! Ainsi, toutes les scènes d’affrontements spectaculaires de 5000 $ mort ou vif seront reprises d’À l’assaut du Fort ClarkWar Arrow (1953) de George Sherman, Les Cavaliers de l’enferPosse from Hell (1961) de Herbert Coleman, ou bien encore de L’Héroïque lieutenantColumn South (1953) de Frederick de Cordova et Hondo, l’homme du désert (1953) de John Farrow. Ce collage s’accorde bon gré mal gré, en dépit d’une qualité d’image différente, tout en construisant une nouvelle intrigue. Passe-partout, le récit de 5000 $ mort ou vif n’est certes pas déplaisant, mais se perd trop souvent dans quelques sous-intrigues longuettes après un démarrage pourtant très prometteur. Reste donc Dan Duryea, une vraie trogne de salopard pour lequel on ne peut s’empêcher d’avoir beaucoup d’affection.

Ben Blazer est autant un grand propriétaire de ranch qu’un tyran sans foi ni loi. Malheur à qui se lance dans l’élevage aux abords de ses terres, ses hommes de main se chargeant de les éliminer… Seul survivant au massacre des siens, nouvellement arrivés dans l’Ouest avec leur troupeau, le jeune Kent Taggart tue son fils, justement l’un des assassins de ses parents. Un acte qui, selon Blazer, ne peut rester impuni. Il engage un chasseur de primes si acharné à toucher les 5.000 $ offerts qu’il poursuit sa proie jusqu’en territoire indien…

Le premier acte est franchement plaisant avec le premier gunfight qui décime toute la famille de Ken Taggart, qui enchaîne ensuite sur le désir de vengeance de Ben Blaser (qui a perdu son fils, après que ce dernier ait raté Taggart), que l’on pense tout d’abord être le grand salaud de l’histoire, mais qui décède très vite pour laisser la place à ce cher Jay Jason, interprété par Dan Duryea. Une fois le trio de tueurs à gages lancés à la poursuite de Taggart, trio qui devient d’ailleurs un duo sans véritable explication, 5000 $ mort ou vif agit comme un moteur de voiture qui aurait des ratés et dont la boite de vitesses resterait bloquée en première. On sent que le film aurait pu devenir une course-poursuite mouvementée, mais à côté de ça, le réalisateur R.G. Springsteen (La Patrouille de la violence, Le Collier de fer, Règlements de comptes à Black Horse Canyon) s’enlise lors d’une séquence où Taggart est recueilli par un homme mûr (Dick Foran), sa fille (Jean Hale) et sa (trop) jeune épouse (Elsa Cárdenas, chaude comme la braise). Cette dernière entreprend alors de séduire le jeune homme pour qu’ils puissent se barrer tous les deux en emportant l’or découvert par son vieil époux. Devant le refus de Taggart, elle jettera ensuite son dévolu sur Jay Jason en lui servant le même discours qui rappelle un peu la scène « N’allez pas me trouver effrontée » de Y a-t-il un pilote dans l’avion ? (1980).

La poursuite entre Jason et Taggart sert de fil rouge, tandis que les scénaristes et les monteurs tricotent un semblant d’histoire avec ce qu’ils ont sous la main. Les coutures sont visibles, le grain et les couleurs changent d’un plan à l’autre dès que l’action se met en route. Même si cette mosaïque est maladroite, on ne peut s’empêcher d’avoir de l’affection pour 5000 $ mort ou vif, grâce notamment au jeu de Dan Duryea qui ne peut s’empêcher d’user de son rire légendaire à plusieurs reprises et emporte finalement l’adhésion face à son adversaire Tony Young. Celui-ci avec son charisme de statue de cire et sa voix à la Vin Diesel a bien du mal à rendre son personnage attachant et ses expressions réduites n’arrangent guère les choses. Au passage, c’est aussi la première apparition au cinéma d’un jeune comédien du nom de David Carradine.

Au final, Taggart, une fois de plus basé sur un roman du prolifique Louis L’Amour (A l’est de Sumatra, Le Trésor des collines rouges) est un divertissement à l’aspect bricolé et mal fagoté, mais qui remplit son contrat et qui saura contenter les spectateurs avides de séries B sans prétention, si ce n’est faire oublier les soucis du quotidien durant 1h25.

LE BLU-RAY

Anciennement disponible chez Universal Pictures France au début des années 2010, 5000 $ mort ou vif fait son retour dans les bacs sous les couleurs de Sidonis Calysta, dans sa collection Western de légende. Même configuration que pour les autres titres, le menu principal est élégant, animé et musical.

Comme pour Sacramento, Patrick Brion est le seul critique à présenter 5000 $ mort ou vif sur ce programme (8’). L’historien du cinéma passe quasiment la moitié du module à parler de la situation du western en 1964, un genre en mutation avec l’avènement du western italien, tandis que celui aux Etats-Unis était en train de vivre ses derniers instants. « C’est la fin des formidables séries B chez Universal » dit Patrick Brion, grand défenseur de ces « petits bijoux ». Dans la deuxième partie, notre interlocuteur se penche sur le côté patchwork de 5000 $ mort ou vif en indiquant les emprunts et insertions réalisés pour le film qui nous intéresse aujourd’hui. Le critique en vient enfin au casting, et plus particulièrement à l’interprétation de Dan Duryea, qui fait l’objet du supplément suivant.

Patrick Brion suite, puisque l’historien du cinéma propose cette fois un portrait du comédien Dan Duryea (1907-1968). Son enfance, son parcours, ses débuts au cinéma, ses collaborations (avec Fritz Lang notamment) et ses plus grands films sont évoqués durant 12 minutes par Patrick Brion, grand fan de l’acteur. Dommage que cette présentation soit entrecoupée par les bandes-annonces du Vol de Phoenix (1965) de Robert Aldrich et de Du sang dans la montagne (1966), ce qui ralentit le rythme et parfois l’intérêt de l’ensemble.

L’Image et le son

Le master HD au format 1080p de 5000 $ mort ou vif ne peut dissimuler les coutures du film, composé de stock-shots empruntés ici et là et qui entraînent inévitablement des décrochages au niveau des contrastes, des variations de la colorimétrie, une texture différente du grain argentique et une propreté aléatoire. Forcément, les scènes tournées par R.G. Springsteen sont les plus convaincantes du lot avec une clarté indéniable, des images quasi-immaculées (des points blancs subsistent, mais rien de bien méchant), des teintes affirmées et belles, un piqué incisif et une profondeur de champs éloquente. Les images provenant de sources diverses sont sensiblement plus instables, plus sombres, à l’instar des attaques des Apaches marquées par un voile marron qui détonne avec le contrechamp filmé en 1964.

La version française paraît pincée et sature légèrement. En revanche, la version originale est dynamique à souhait, propre, avec des dialogues vifs, une propreté de chaque instant et une belle restitution de la musique d’Herman Stein.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Universal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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