Test 4K UHD / 1984, réalisé par Michael Radford

1984 (Nineteen Eighty-Four) réalisé par Michael Radford, disponible en Combo 4K Ultra HD + Blu-ray + Livret depuis le 18 décembre 2024 chez Rimini Éditions.

Acteurs : John Hurt, Richard Burton, Suzanna Hamilton, Cyril Cusack, Gregor Fisher, James Walker, Andrew Wilde, David Trevena…

Scénario : Michael Radford, d’après le roman de George Orwell

Photographie : Roger Deakins

Musique : Dominic Muldowney & Eurythmics

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Manipulant et contrôlant les moindres détails de la vie de ses sujets, Big Brother est le chef spirituel d’Oceania, l’un des trois États dont la capitale est Londres. Le bureaucrate Winston Smith travaille dans l’un des départements. Mais un jour il tombe amoureux de Julia, ce qui est un crime. Tous les deux vont tenter de s’échapper, mais dans ce monde cauchemardesque divisé en trois, tout être qui se révolte est brisé.

Dans toute bibliothèque normalement constituée trône habituellement un roman, 1984 écrit par George Orwell (1903-1950), dystopie publiée en le 8 juin 1949, sans doute l’un des livres les plus commentés et analysés de tous les temps. Nul besoin de disséquer cet ouvrage, d’ailleurs, nous n’aurons pas l’outrecuidance de contredire ou de seulement affirmer que nous sommes d’accord avec les théories d’un tel ou un autre. Nous nous focaliserons ici sur l’adaptation cinématographique la plus célèbre du roman, à savoir celle réalisée par Michael Radford en…1984. Avant cette transposition, 1984 aura déjà inspiré la petite lucarne et ce dès 1954 avec un téléfilm signé Rudolph Cartier, qui fit scandale outre-Manche par sa radicalité. Deux ans plus tard, c’est sur le grand écran que 1984 fait son apparition dans le film cette fois encore éponyme mis en scène par Michael Anderson (Le Tour du monde en quatre-vingts jours, Le Secret du rapport Quiller, L’Âge de cristal, Orca), dans lequel on reconnaît Michael Redgrave et Donald Pleasence. D’autres moutures plus tard et nous voilà revenus à celle qui nous intéresse aujourd’hui. Michael Radford s’empare du livre de George Orwell et s’approprie seul le propos dense de l’écrivain, pour livrer son point de vue, sa vision, son interprétation. Et le résultat est magistral du début à la fin, immersif, anxiogène, inoubliable, sur le plan formel, ainsi que par l’interprétation virtuose de John Hurt, qui dans la peau de Winston Smith, signe l’une de ses plus grandes prestations. L’épilogue de 1984 version Radford, est de ceux qu’on n’oublie pas.

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Test Blu-ray / Le Marchand de Venise, réalisé par Michael Radford

LE MARCHAND DE VENISE (The Merchant of Venice) réalisé par Michael Radford, disponible en DVD et Blu-ray le 19 mars 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Al Pacino, Jeremy Irons, Joseph Fiennes, Lynn Collins, Zuleikha Robinson, Kris Marshall, Charlie Cox, Heather Goldenhersh…

Scénario : Michael Radford, d’après la pièce de William Shakespeare

Photographie : Benoît Delhomme

Musique : Jocelyn Pook

Durée : 2h11

Date de diffusion initiale : 2004

LE FILM

Venise 1596. Afin de courtiser la belle Portia, Bassanio demande à son ami Antonio, un talentueux marchand, de lui prêter une forte somme. Contraint d’emprunter l’argent à l’usurier juif Shylock, Antonio promet de lui donner une livre de sa chair s’il ne peut rembourser le prêt à la date convenue.

Ceux qui ont eu la bonne idée de lire l’autobiographie d’Al Pacino intitulé Sonny Boy (Paris, éditions du Seuil, 2024), savent à quel point l’oeuvre de William Sheakespeare a été importante dans la vie du comédien né en 1940 et ce depuis ses débuts. En 1977, il joue Richard III au théâtre, puis Jules César, également sur les planches, avant de passer derrière la caméra pour réaliser et jouer dans Looking for Richard (1996), un documentaire sur la pièce Richard III, mi-adaptation, mi-documentaire sur le tournage de la pièce dans le film. Les années 2000 sont rétrospectivement les pires pour Al Pacino. Quelques titres ? Amours troubles Gigli de Martin Brest, 88 Minutes et La Loi et l’OrdreRighteous Kill de Jon Avnet…on va arrêter là. Certains évoqueront Memento de Christopher Nolan, mais non, cela reste un mauvais remake du film éponyme d’Erik Skjoldbjærg, qui ne vaut que pour la confrontation Pacino/Williams. C’est alors que débarque Le Marchand de VeniseThe Merchant of Venice, tourné entre La Recrue – The Recruit de Roger Donaldson  et Two for the Money de D. J. Caruso, un projet très personnel pour la star, dans lequel il tient le rôle de Shylock. Si la presse sera positive, le film se fera discret dans les salles, au point qu’il ne parviendra même pas en France autrement qu’en DVD en 2006. Cela est d’autant plus dommage que Le Marchand de Venise demeure le plus grand film d’Al Pacino depuis L’Enfer du dimancheAny Given Sunday d’Oliver Stone et il faudra attendre encore 2019 pour que le comédien retrouve encore de sa superbe dans The Irishman de Martin Scorsese, dans lequel il campe Jimmy Hoffa. Mais là nous en sommes en 2004 et Michael Radford, réalisateur acclamé pour 1984 et Le Facteur Il Postino, s’occupe de l’adaptation de la pièce de Shakespeare. Et c’est une immense réussite, plastique tout d’abord, mais aussi une œuvre passionnante à suivre. Si quelques bémols sont à signaler au niveau de la distribution, nous n’avons d’yeux que pour Al Pacino quand il apparaît à l’écran et ses scènes sont en tout point magistrales, virtuoses, inoubliables. Encore méconnu, même plus de vingt ans après, Le Marchand de Venise plaira sûrement aux passionnés et amateurs de Shakespeare, comme aux néophytes.

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Test 4K UHD / Vol à haut risque, réalisé par Mel Gibson

VOL À HAUT RISQUE (Flight Risk) réalisé par Mel Gibson, disponible en DVD, Blu-ray, 4K Ultra HD + Blu-ray – Boîtier SteelBook limité et 4K UHD chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Mark Wahlberg, Michelle Dockery, Topher Grace, Leah Remini, Maaz Ali, Monib Abhat, Paul Ben-Victor, Eilise Patton…

Scénario : Jared Rosenberg

Photographie : Johnny Durango

Musique : Antonio Pinto

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

L’US Marshal Madelyn Harris est chargée d’escorter Winston, criminel et informateur, jusqu’à New York pour qu’il y témoigne contre un parrain de la mafia. Pendant leur voyage dans un petit avion volant au-dessus de l’Alaska, elle se méfie rapidement du pilote, Daryl Booth, qui ne semble pas être l’homme qu’il prétend être mais bel et bien un tueur à gages psychotique et sans limite.

Pour son sixième long-métrage comme réalisateur, Mel Gibson retrouve comme qui dirait « l’intimité » de son premier, L’Homme sans visageThe Man Without a Face, dans le sens où Vol à haut risqueFlight Risk ne saurait concourir dans la même catégorie que Braveheart, La Passion du ChristThe Passion of the Christ, Apocalypto et Tu ne tueras point Hacksaw Ridge. Presque dix ans après le grand succès rencontré par ce dernier (160 millions de dollars de recette, pour 40 millions de budget), l’ami Mel (oui oui, on l’aime toujours nous) revient par la petite porte, avec une production de 25 millions, un thriller qui fleure bon ce doux parfum des années 1990, tourné dans un décor quasi-unique (la carlingue d’un avion, un Cessna Grand Caravan pour être précis), pendant trois semaines seulement, avec une poignée de comédiens. Et ça marche ! Si le box-office a fait grise mine avec à peine 50 millions de billets verts dans la caisse, Vol à haut risque est un divertissement ô combien jouissif, immersif, nawak, jubilatoire, prenant, un spectacle du samedi soir assumé du début à la fin, qui montre une fois de plus le retour en grâce de la série B.

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Test Blu-ray / La Pie Voleuse, réalisé par Robert Guédiguian

LA PIE VOLEUSE réalisé par Robert Guédiguian, disponible en DVD et Blu-ray le 3 juin 2025 chez Diaphana.

Acteurs : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Marilou Aussilloux, Grégoire Leprince-Ringuet, Lola Naymark, Robinson Stévenin, Thorvald Sondergaard, Jacques Boudet…

Scénario : Robert Guédiguian & Serge Valletti

Photographie : Pierre Milon

Musique : Michel Petrossian

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Maria n’est plus toute jeune et aide des personnes plus âgées qu’elle. Tirant le diable par la queue, elle ne se résout pas à sa précaire condition et, par-ci par-là, vole quelques euros à tous ces braves gens dont elle s’occupe avec une dévotion extrême… et qui, pour cela, l’adorent… Pourtant une plainte pour abus de faiblesse conduira Maria en garde à vue…

Et c’est reparti ! À peine venions-nous de laisser Robert Guédiguian et sa clique rue d’Aubagne à Marseille dans Et la fête continue !, que nous retrouvons le cinéaste, toujours accompagné d’une partie de sa troupe, à l’Estaque, quartier du 16ème arrondissement situé au nord-ouest de la Cité Phocéenne. Un lieu qui lui tient particulièrement à coeur, qui l’a vu naître, qu’il a souvent filmé par le passé, mais qu’il avait délaissé depuis le magnifique Les Neiges du Kilimandjaro en 2011. Pour son 24ème long-métrage en près de 45 ans de carrière, Robert Guédiguian livre un opus réussi, du moins beaucoup plus que son précédent, quand bien même on pourra lui reprocher de s’adonner un peu trop au romanesque peu crédible en ce qui concerne ses plus jeunes personnages. Le metteur en scène offre à sa muse et épouse Ariane Ascaride, un personnage ambigu, dont les agissements demeurent condamnables, mais qui reste malgré tout attachant. Sans surprise, les meilleures scènes du film restent celles entre cette dernière et Jean-Pierre Darroussin (sa 19ème collaboration avec Robert Guédiguian), dont la simplicité, la complicité, l’alchimie, la tendresse, la chaleur humaine font mouche à tous les coups. La Pie Voleuse ne surprendra personne, en premier lieu les aficionados, mais ce moment suspendu n’a rien de déplaisant et réchauffe les sens.

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Test Blu-ray / Ailleurs, l’herbe est plus verte, réalisé par Stanley Donen

AILLEURS, L’HERBE EST PLUS VERTE (The Grass is Greener) réalisé par Stanley Donen, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 1er juillet 2025 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Cary Grant, Deborah Kerr, Robert Mitchum, Jean Simmons, Moray Watson…

Scénario : Hugh Williams & Margaret Vyner, d’après leur pièce de théâtre

Photographie : Christopher Challis

Musique : Noel Coward

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Lord et Lady Rhyall ont dû ouvrir au public leur manoir anglais pour arrondir les fins de mois. Ils vivent avec leurs deux enfants dans quelques pièces du château, pendant que les touristes se bousculent dans le reste de l’immense demeure. Lady Rhyall cultive des champignons qu’elle vend au village, et le majordome supplie qu’on le renvoie pour faire des économies. Un jour, un millionnaire américain, Charles Delacro, pousse la porte marquée « privé » et tombe sous le charme de Lady Rhyall. Elle part à Londres, sous couvert d’habiter chez son amie Hattie et vit quelques jours de rêve avec l’Américain. Lord Rhyall n’est pas dupe, mais tient à garder sa femme sans se montrer jaloux. Il organise un week-end au manoir où les quatre protagonistes vont redistribuer les cartes.

C’est toujours un petit jeu sympa entre cinéphiles. Citez au moins cinq films réalisés par Stanley Donen ! Chantons sous la pluie Singin’ in the Rain (1952), oui évidemment. Drôle de frimousse Funny Face (1957), certes, avec Audrey Hepburn ! On continue ? Charade (1953) ! Bravo, ensuite ? Euh…Voyage à deux Two for the Road (1967) ? Évidemment, un de ses plus beaux d’ailleurs ? Et ? Ah oui, ça coince hein ? Pourtant, Stanley Donen aura signé près de trente longs-métrages en 35 ans. Alors, en regardant sa filmographie on peut aussi citer IndiscretIndiscreet (1958) et Arabesque (1966), mais c’est après que cela devient vraiment très difficile. Ailleurs, l’herbe est plus verteThe Grass Is Greener apparaît au mitan de la carrière du cinéaste. Cette troisième collaboration avec Cary Grant, après Embrasse-la pour moiKiss Them for Me (1957), Indiscret (1958) et trois ans avant Charade (1963), demeure étonnamment oubliée et ce malgré son casting quatre étoiles, qui comprend aussi Deborah Kerr, Robert Mitchum et Jean Simmons. Comédie dite de « remariage », Ailleurs, l’herbe est plus verte est une sucrerie acidulée, qui vaut essentiellement pour ses quatre têtes d’affiche prestigieuse, qui se renvoient la balle avec une dextérité forcément virtuose, même si l’histoire n’a il faut bien le dire rien de transcendant. À l’instar d’Indiscret, Stanley Donen reste enfermé dans un théâtre filmé, d’ailleurs le film est la transposition d’une pièce à succès signée Hugh et Margaret Vyner créée à Londres en 1956, et tout cela s’avère quelque peu étouffant, étant donné que l’action est la plupart du temps enfermée dans le manoir des Rhyall. Mais les cinéphiles ne manqueront pas de se pencher sur The Grass Is Greener, car passer 1h40 en compagnie de tels monstres, cela ne se refuse évidemment pas.

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Test Blu-ray / Le Travail c’est la liberté, réalisé par Louis Grospierre

LE TRAVAIL C’EST LA LIBERTÉ réalisé par Louis Grospierre, disponible en Blu-ray le 18 juin 2025 chez Gaumont.

Acteurs : Raymond Devos, Gérard Séty, Sami Frey, Judith Magre, Marguerite Cassan, Jany Clair, Hubert Deschamps, Jacques Dufilho…

Scénario : Louis Grospierre & Jacques Lanzmann, d’après une nouvelle de Françoise Mallet-Joris

Photographie : Marcel Grignon

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h22

Date de sortie initiale : 1959

LE FILM

En raison d’une grève des éboueurs, il est fait appel à des détenus pour assurer l’enlèvement des ordures ménagères. Profitant de cette situation inattendue, trois d’entre eux réussissent à fausser compagnie à leurs gardiens.

Voilà en gros l’histoire du Travail c’est la liberté, premier long-métrage du réalisateur et scénariste Louis Grospierre (1927-2020), lauréat du Prix Jean Vigo pour son court-métrage Les Femmes de Stermetz (1958), jusqu’à présent inconnu au bataillon en ce qui nous concerne. « Le travail, c’est la liberté. La liberté, c’est celle des autres. Le travail, c’est celui des autres » disait Boris Vian et dans le film de Louis Grospierre, le boulot va permettre à trois détenus d’aller prendre l’air. Enfin, façon de parler, puisqu’à cause d’une grève nationale des éboueurs, nos trois Pieds Nickelés se retrouvent à ramasser les détritus dans les rues de Paname, sous l’oeil de deux gardiens de la paix qui les suivent à vélo. Évidemment, toute la clique va en profiter pour essayer de se faire la malle ou pour aller retrouver une donzelle, mais rien ne va se passer comme prévu. Il ne faut pas en attendre beaucoup du Travail c’est la liberté, qui vaut essentiellement pour découvrir Raymond Devos, 37 ans, déjà bien installé au music-hall, dans l’une de ses rares apparitions au cinéma.

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Test Blu-ray / Recherche Susan désespérément, réalisé par Susan Seidelman

RECHERCHE SUSAN DÉSESPÉRÉMENT (Desperately Seeking Susan) réalisé par Susan Seidelman, disponible en Édition Collector Blu-ray + 2 DVD + Livre + Goodies depuis le 20 décembre 2024 chez Bubbel Pop’ Édition.

Acteurs : Rosanna Arquette, Madonna, Aidan Quinn, Mark Blum, Robert Joy, Laurie Metcalf, Anna Thomson, Will Patton, Peter Maloney, Steven Wright, John Turturro, Giancarlo Esposito….

Scénario : Leora Barish

Photographie : Edward Lachman

Musique : Thomas Newman

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Roberta, jeune bourgeoise un peu coincée du New Jersey, s’ennuie ferme dans sa luxueuse maison. Et quand elle découvre dans les petites annonces « Recherche Susan désespérément », elle décide d’enquêter pour savoir qui est cette fameuse Susan…

Aujourd’hui, quasiment quarante ans après sa sortie, le film Recherche Susan désespérémentDesperately Seeking Susan est étonnamment moins connu que son titre qui « claque », qui renvoie immédiatement à une période particulière, au mitan des années 1980, quand Madonna n’était pas encore une star planétaire, mais était sur le point d’exploser aux yeux du monde. En fait, on redécouvre sans cesse Recherche Susan désespérément, second long-métrage de la réalisatrice Susan Seidelman, trois ans après le très remarqué Smithereens, qui n’est pas vraiment une comédie, encore moins un drame, mais un triple portrait, celui de deux femmes distinctes et qui se complètent comme les deux faces d’une même pièce, mais aussi celui d’une ville, New York, alors en pleine mutation, marqué par l’esprit post-punk. Irrigué par un spleen qui traverse la Grosse Pomme comme le Styx sépare les Enfers du monde terrestre, Desperately Seeking Susan se focalise sur des personnages qui gardent le sourire, en dépit d’une vraie mélancolie qui les accompagne, montrant qu’il est important de garder le moral et ce même si le monde part en sucette. Magistralement interprété par Rosanna Arquette et Madonna, les deux têtes d’affiche, les deux formidables comédiennes, les deux bombes, Recherche Susan désespérément est un bijou beaucoup plus profond qu’on a bien voulu l’admettre pendant des années, qui a des choses à dire sur la condition féminine et qui le fait sans livrer son message à l’aide d’un marteau piqueur ou quelques pseudo-féministes qui ont une haine viscérale de la gent masculine. Car, et c’est là toute la virtuosité du scénario écrit par Leora Barish (oui oui, la même qui sera responsable bien plus tard de l’infâme Basic Instinct 2), le récit, inspiré par le film Céline et Julie vont en bateau (1974) de Jacques Rivette, demeure universel et intemporel, prend l’apparence d’un conte (Alice au pays des merveilles entre autres), afin de mieux renforcer son propos (le désir d’émancipation, de liberté, de s’extraire de sa cage dorée, de briser ses chaînes), tout cela avec une énergie dévastatrice et une portée intergénérationnelle. Un vrai bijou, bourré de charme, marqué par une B.O. (Into the Groove) et un casting irrésistibles (John Turturo à ses débuts), un « film-médicament » qui revigore, ressource et rebooste, tout en flattant les sens.

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Test Blu-ray / La Sorcière sanglante, réalisé par Antonio Margheriti

LA SORCIÈRE SANGLANTE (I Lunghi capelli della morte) réalisé par Antonio Margheriti, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 juin 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Barbara Steele, George Ardisson, Halina Zalewska, Umberto Raho, Laura Nucci, Giuliano Raffaelli, Nello Pazzafini, Jeffrey Darcey…

Scénario : Antonio Margheriti & Tonino Valerii, d’après une histoire originale d’Ernesto Gastaldi

Photographie : Riccardo Pallottini

Musique : Carlo Rustichelli

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

À la fin du XVème siècle, Adèle Karnstein est condamnée au bûcher, accusée d’avoir tué le comte Franz à l’aide de ses pouvoirs maléfiques. Sa fille aînée, Helen, tente de la sauver en accordant ses faveurs au comte Humboldt. Mais hélas, il est déjà trop tard. Avant de mourir devant les yeux de sa plus jeune fille, Elizabeth, Adèle lance une terrible malédiction. Peu après, Helen est tuée par le comte Humboldt, qui craint les représailles de l’église pour le crime d’adultère. La malédiction s’opère, et une épidémie de peste s’abat sur la région. C’est dans cette ambiance lugubre que surgit Mary, d’outre-tombe, pour séduire Kurt, le fils du comte…

Réalisé par l’éclectique et inclassable Anthony M. Dawson aka Antonio Margheriti (1930-2002), metteur en scène des illustres Opération Goldman en 1966, Django, la mort est là (1968), Contronatura (1969), La Brute, le Colt et le Karaté (1974), Pulsions cannibales (1980), Nom de code : Oies sauvages (1984), pour ne citer que ceux-là et ainsi vous montrer la capacité du cinéaste à passer d’un genre à l’autre, La Sorcière sanglanteI lunghi capelli della morte est l’un de ses plus grands films. Immédiatement ou presque après Danse macabre, le temps d’emballer trois autres films la même année, Antonio Margheriti retrouve la britannique Barbara Steele pour un nouvel opus d’horreur gothique. S’il n’atteint pas la complète réussite de son précédent ouvrage, ainsi que de La Vierge de NurembergLa Vergine di Norimberga (1963), le metteur en scène signe tout de même un autre classique du genre, qui se démarque de ses camarades par son cadre spatio-temporel original et qui plonge le spectateur dans un récit fantastique qui donne toujours autant la chair de poule.

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Test 4K UHD / La Nuit de l’épouvantail – Les Fleurs de sang, réalisé par Frank De Felitta

LA NUIT DE L’ÉPOUVANTAIL – LES FLEURS DE SANG (Dark Night of the Scarecrow) réalisé par Frank De Felitta, disponible en DVD, Blu-ray & 4K UHD depuis le 29 mai 2025 chez BQHL Éditions.

Acteurs : Charles Durning, Robert F. Lyons, Claude Earl Jones, Lane Smith, Tonya Crowe, Larry Drake, Jocelyn Brando, Tom Taylor…

Scénario : J.D. Feigelson

Photographie : Vincent A. Martinelli

Musique : Glenn Paxton

Durée : 1h37

Date de diffusion initiale: 1981

LE TÉLÉFILM

Bien qu’affligé d’un retard mental, Bubba Ritter est le plus gentil, le plus adorable des hommes. Lorsque son amie, la toute jeune Marylee, se fait attaquer par un chien de garde, il passe pour être le coupable de l’agression aux yeux d’Otis Hazelrigg, un postier jaloux et revanchard. Accompagné de trois complices, Otis tue Bubba et abandonne son cadavre dans le déguisement d’un épouvantail. Acquittés faute de preuves, les quatre tueurs sont relâchés et se croient sauvés. Erreur, car, avant de partir pour l’au-delà, l’âme de leur victime entend bien leur infliger le châtiment qu’ils méritent…

C’est l’histoire d’un téléfilm devenu culte auprès de millions de téléspectateurs à travers le monde. Il s’agit de La Nuit de l’épouvantail, aka Dark Night of the Scarecrow, aussi connu en France sous le titre Les Fleurs de sang, écrit par J.D. Feigelson. Ce dernier, qui imaginait tout d’abord son projet pour le cinéma, parvient à trouver un accord avec la chaîne CBS, sans retoucher (ou presque) à son scénario, qui restera son ouvrage le plus célèbre de sa carrière. À la mise en scène, on retrouve étonnamment Frank De Felitta, habituellement romancier et scénariste (La Bataille pour Anzio d’Edward Dmytryk), lui-même plusieurs fois adapté sur le grand écran (L’Emprise de Sidney J. Furie, Audrey Rose de Robert Wise), qui s’empare habilement de cette histoire et instaure une tension du début à la fin, aidé aussi en cela par la musique entêtante de Glenn Paxton. Remarquablement interprété, La Nuit de l’épouvantail vieillit très bien, se regarde comme on lit un bon roman de Stephen King (auquel on pense très souvent), qui détonne alors au milieu du slasher omniprésent (1981 voit s’enchaîner Halloween 2, la première suite de Vendredi 13, Meurtres à la St-Valentin, Carnage, Happy Birthday to Me…), en privilégiant la terreur psychologique, plutôt que les effusions d’hémoglobine, ici totalement absentes. Le résultat est là, La Nuit de l’épouvantail est incontestablement un chef d’oeuvre du petit écran.

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Test DVD / Tout le monde m’appelle Mike, réalisé par Guillaume Bonnier

TOUT LE MONDE M’APPELLE MIKE réalisé par Guillaume Bonnier, disponible en DVD le 1er juillet 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Abdirisak Mohamed, Daphné Patakia, Pierre Lottin, Thibault Dierickx, Saïd Helaf…

Scénario : Guillaume Bonnier

Photographie : David Grinberg

Musique : Olivier Deparis

Durée : 1h23

Année de sortie : 2023

LE FILM

Jean, Isabelle et son fils Damien ont tout quitté pour naviguer autour du monde. Pendant une escale à Djibouti, ils rencontrent Mike, un chauffeur de taxi. Jean, inquiet au moment de reprendre la mer vers le dangereux golfe d’Aden, décide d’embarquer Mike contre l’avis d’Isabelle.

On ne sait pas d’où sort ce film, mais s’il y a bien quelque chose qui a titillé notre curiosité, c’est de voir Pierre Lottin à l’oeuvre. Dans Tout le monde m’appelle Mike, il se métamorphose une fois de plus. Qui aurait pu penser que l’acteur révélé par son personnage de Wilfried Tuche dans la saga initiée par Olivier Baroux, deviendrait un monstre en puissance et l’un des meilleurs comédiens français aujourd’hui ? Ces dernières années, les cinéastes n’ont eu de cesse de se l’arracher, François Ozon (Grâce à Dieu, Quand vient l’automne, bientôt dans L’Étranger), Emmanuel Courcol (Un triomphe, En fanfare), Jean-Jacques Annaud (Notre-Dame brûle), Anne Fontaine (Présidents), Philippe Faucon (Les Harkis), Dominik Moll (La Nuit du 12). S’il est déjà bien installé dans sa profession, Pierre Lottin ne délaisse pas les premières œuvres. C’est le cas pour Tout le monde m’appelle Mike, premier long-métrage de Guillaume Bonnier, né de sa passion et de sa fascination pour la mer, qui rêvait de faire un film se déroulant quasiment exclusivement sur un bateau. En prenant comme référence Calme blanc Dead Calm (1989) de Phillip Noyce, Plein soleil (1960) de René Clément et Le couteau dans l’eauNóż w wodzie (1962) de Roman Polanski, Guillaume Bonnier livre un huis clos sur mer, un thriller certes pas entièrement convaincant, mais qui contient néanmoins de bons éléments pour qu’on s’y intéresse.

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