Test Blu-ray / L’Homme sans visage, réalisé par Mel Gibson

L’HOMME SANS VISAGE (The Man Without a Face) réalisé par Mel Gibson, disponible en DVD et Blu-ray le 15 avril 2021 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Mel Gibson, Nick Stahl, Margaret Whitton, Fay Masterson, Gaby Hoffmann, Geoffrey Lewis, Richard Masur, Michael DeLuise, Ethan Phillips…

Scénario : Malcolm MacRury, d’après le roman d’Isabelle Holland

Photographie : Donald McAlpine

Musique : James Horner

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1993

LE FILM

L’amitié de deux êtres rejetés par le monde qui les entoure. L’un, Justin McLeod, était un brillant professeur défiguré dans un terrible accident. L’autre, Chuck Norstadt, est un adolescent, lui aussi outsider au sein de sa propre famille. Chuck va demander à McLeod de l’aider à préparer en secret l’examen d’entrée à l’académie militaire.

Au début des années 1990, tout va pour le mieux pour Mel Gibson. L’Arme fatale 2 et Comme un oiseau sur la branche ont été de gros cartons au box-office, mais le comédien souhaite montrer une autre facette de son talent. Si Air America de Roger Spottiswoode contente ses fans de comédie d’action en 1990, le comédien se retrouve la même année en haut de l’affiche du Hamlet de Franco Zeffirelli. Deux ans plus tard, L’Arme fatale 3 déboule sur les écrans, suivi de près par la romance de Steve Miner, Forever Young. Mel Gibson le sait, il est arrivé à un carrefour de sa vie et de son métier. Fatigué qu’on le résume souvent à sa belle gueule et ce malgré quelques performances qui ont été saluées par la critique, il décide de passer à la mise en scène en 1993 en adaptant le roman The Man Without a Face d’Isabelle Holland, publié en 1972. A travers le personnage défiguré de Justin McLeod, il prouve ici à ses détracteurs, ainsi qu’aux spectateurs, qu’il ne saurait être considéré uniquement que pour son physique. L’Homme sans visage débarque dans les cinémas américains en août 1993 et se voit couronner d’un petit succès d’estime et d’une critique positive. Ce drame psychologique pose les bases du martyr qui parcourra la filmographie de Mel Gibson, même si L’Homme sans visage est avant tout son seul film « familial », sur lequel plane l’ombre du Fantôme de l’Opéra. En vrai antihéros tragique, Mel Gibson crève l’écran une fois de plus, dans un rôle qu’il envisageait au départ pour Jeff Bridges ou William Hurt. Toutefois, sa présence magnétique et puissante n’éclipse jamais celle de son jeune acteur et partenaire, Nick Stahl, magnifique et très impressionnant dans son tout premier rôle au cinéma. L’Homme sans visage est la plupart du temps éclipsé dans la carrière de metteur en scène de Mel Gibson, dissimulé par les mastodontes que sont Braveheart et La Passion du Christ, ainsi que par les percutants Apocalypto et Tu ne tueras point. Pourtant, il n’en demeure pas moins superbe et n’a eu de cesse d’être réévalué à sa juste valeur, une ode merveilleuse à la tolérance, à la transmission, à l’enseignement, au droit à la différence, au partage et à la rédemption.

Été 1968. Justin McLeod est un ancien instituteur qui vit en solitaire. Son visage fut atrocement défiguré après un accident de voiture dans lequel un de ses élèves est mort et pour lequel il a été reconnu coupable d’homicide involontaire. Il se lie d’amitié avec Chuck, un enfant désirant rentrer dans une école militaire (il vient d’échouer à l’examen d’entrée), qui vit avec sa mère Catherine et ses deux demi-sœurs Gloria et Megan, avec lesquelles l’entente est difficile. Alors qu’il l’aide à se préparer pour la session de rattrapage, McLeod inculque à son protégé, dont le père aurait disparu durant la guerre de Corée, un amour de la justice et la liberté contre les injustices. Vivant en reclus, rejeté par la société, McLeod va s’ouvrir petit à petit à Chuck sur son passé.

A travers le livre d’Isabelle Holland, Mel Gibson puise toute la matière des thèmes qu’il souhaitait aborder, la place des adolescents dans le monde contemporain, ici durant la fin des années 1960 alors en pleine ébullition, des enfants délaissés par des adultes irresponsables et trop concentrés sur leurs propres problèmes, mais aussi et surtout des personnages en marge de la société. Drame souvent lyrique et littéraire, L’Homme sans visage est un véritable coup de maître. Mel Gibson n’avait alors aucun court-métrage à son actif, si ce n’est un documentaire réalisé deux ans auparavant, Mel Gibson Goes Back to School, dans lequel il allait à la rencontre de lycéens qui étudiaient l’art dramatique, pour leur enseigner Hamlet, qu’il venait d’interpréter au cinéma. C’est une révélation, car L’Homme sans visage foudroie autant le coeur et l’âme que les sens.

Tourné dans les somptueux paysages naturels du Maine, le film est tout d’abord une merveille à contempler, la nature étant particulièrement bien mise en valeur par le directeur de la photographie Donald McAlpine (Patrick, Predator, La Manière forte). On en prend plein les yeux pendant près de deux heures et il en est ainsi de la mise en scène de Mel Gibson, douce, caressante même, pleine d’empathie pour son jeune protagoniste présent dans quasiment toutes les scènes du film, sans pathos, mais avec une immense générosité. Si l’on ajoute à cela la splendide composition de James Horner, ainsi que la reconstitution discrète et élégante des années 1960, alors The Man Without a Face est une réussite incontestable sur tous les points.

Certains pourront y voir aussi un portrait caché de Mel Gibson lui-même. 1968, année où se déroule l’action du film, est aussi celle où la famille Gibson s’installe en Australie, alors que le jeune Mel est âgé de 12 ans. C’est un tournant pour lui, un nouveau départ, alors que la guerre du Viêt Nam fait rage. Il y a donc beaucoup, énormément de Mel Gibson dans le personnage de Chuck, qui trouva comme lui sa vocation et qui se présentera lui aussi aux épreuves d’admission, non pas pour une académie militaire, mais pour l’Institut national d’art dramatique de Sydney, qu’il intégrera alors pour une période de formation de trois années, qui inclut aussi les pratiques du théâtre. Il en est d’ailleurs question dans L’Homme sans visage, puisque Justin enseignera à Chuck Le Marchand de Venise de William Shakespeare. C’est avec les mots du dramaturge britannique que les deux commenceront à s’apprivoiser, le jeune élève exprimant alors progressivement sa sensibilité en passant d’une lecture robotique, à celle plus vivante et authentique. A l’instar du visage « Double-Face » de son personnage dans L’Homme sans visage, le comédien-réalisateur se dévoile ainsi personnellement à travers les deux protagonistes de son récit.

Encouragé par ses aînés (comme George Miller et ce bien avant The Man Without a Face) et par la bonne réception de son film, Mel Gibson reviendra à la réalisation deux ans plus tard. Ce sera Braveheart, cinq Oscars, dont celui de Meilleur film et du Meilleur réalisateur.

LE BLU-RAY

L’Homme sans visage a tout d’abord été proposé en DVD chez Opening en 2007. Trois ans plus tard, le film de Mel Gibson apparaissait chez MEP Vidéo, avant d’arriver dans l’escarcelle d’AB Vidéo en 2015 et ce toujours en édition Standard. Nous voilà arrivés en 2021 et cette fois The Man Without a Face est pris en charge par Metropolitan Vidéo, qui à cette occasion ressort L’Homme sans visage en DVD, tout en le présentant pour la première fois en Blu-ray. Le visuel de la jaquette est de loin le plus beau créé en France à cette occasion. Le menu principal est animé et musical.

Malheureusement, seul le film est disponible sur cette édition. Aucun supplément…

L’Image et le son

Ce serait un DVD, nous mettrions un bon 8/10 mais nous sommes en présence d’une édition Blu-ray et force est de constater, que le film de Mel Gibson ne profite que trop rarement de l’apport HD. La colorimétrie chatoyante est peut-être renforcée avec des tons très affirmés, la copie immaculée et la clarté des séquences diurnes indéniable, mais les contrastes demeurent trop légers ou aléatoires, le piqué est émoussé et la photo Donald McAlpine tire bien trop sur le rose-orangé à notre goût. La carnation est très étrange et paraît même souvent artificielle. Heureusement, le cadre large offre une profondeur de champ éloquente

Bien que bénéficiant d’une piste DTS-HD Master Audio 5.1, les versions anglaise et française ne parviennent pas à instaurer une spatialisation concrète bien que la bande-originale jouisse d’un léger traitement de faveur. Les dialogues se révèlent plus vifs dans la langue de Molière, tandis que la piste anglaise, certes plus modérée dans la délivrance des voix des comédiens, s’avère plus harmonieuse et fluide, tandis que la balance frontale ne reste pas sans rien faire. Quelques ambiances latérales parviennent à se faire entendre, notamment durant les séquences en extérieur, mais l’ensemble demeure essentiellement canalisé sur les enceintes avant.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport / Warner Bros. / Icon / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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