Test Blu-ray / La Manière forte, réalisé par John Badham

LA MANIÈRE FORTE (The Hard Way) réalisé par John Badham, disponible en DVD et Blu-ray le 7 avril 2021 chez Rimini Editions.

Acteurs : Michael J. Fox, James Woods, Stephen Lang, Annabella Sciorra, John Capodice, Luis Guzman, LL Cool J, Mary Mara, Delroy Lindo, Conrad Roberts, Penny Marshall, Christina Ricci…

Scénario : Daniel Pyne & Lem Dobbs

Photographie : Donald McAlpine & Robert Primes

Musique : Arthur B. Rubinstein

Durée : 1h51

Année de sortie : 1991

LE FILM

Nick Lang, dont la célébrité à Hollywood n’est plus à faire, décide de donner un nouvel élan à sa carrière en incarnant dans son prochain film un policier au caractère bien trempé. Pour cela, il part à New-York rejoindre celui dont il sera momentanément le coéquipier attentif : le vrai policier John Moss. L’inexpérience de l’un et les intrépidités de l’autre vont les entraîner dans de nombreuses péripéties…

Aux commandes de La Manière forte – The Hard Way, réalisé en 1990f, on retrouve le britannique John Badham (né en 1939), rendu célèbre à vie pour avoir dirigé La Fièvre du samedi soirSaturday Night Fever (1977), qui a également signé quelques classiques divers et variés comme le Dracula (1979) avec Frank Langella, Tonnerre de feuBlue Thunder (1983), WarGames (1983), Short Circuit (1986) et plus tard Nom de code : NinaPoint of No Return (1993), remake de Nikita (1990) de Luc Besson, ou bien encore Drop Zone (1994) avec Wesley Snipes et Meurtre en suspensNick of Time (1995) avec Johnny Depp. En 1990, débarque Comme un oiseau sur la branche – Bird on a Wire, avec Mel Gibson et Goldie Hawn, comédie explosive qui connaît un tromphe dans les salles. Le réalisateur souhaite continuer sur cette lancée et enchaîne directement avec La Manière forte, une autre comédie policière teintée d’action, d’après un scénario de Daniel Pyne (Fenêtre sur Pacifique de John Schlesinger) et Lem Dobbs (À la poursuite du diamant vert de Robert Zemeckis). The Hard Way repose avant tout sur ses deux têtes d’affiche, diamétralement opposées et donc complémentaires à l’écran, avec d’un côté Michael J. Fox (1m63) et de l’autre James Woods (1m83), le premier étant alors au pic de sa carrière cinématographique (juste après la trilogie Retour vers le futur), le second voulant casser son image en voulant faire preuve d’humour. Véritable buddy-movie, plus proche de 48 Heures – 48 Hrs. (1982) de Walter Hill que de L’Arme fatale – Lethal Weapon (1987) de Richard Donner, La Manière forte est un divertissement succulent, vraiment très drôle, à l’intrigue policière somme toute banale, mais suffisamment solide pour que le spectateur soit pris du début à la fin, marqué par quelques fulgurances comiques encore très réussies même trente ans après. Le final, pensé comme un hommage à celui de La Mort aux trousses – North by Northwest (1959), qui se déroule en hauteur sur une tête géante à l’effigie de Michael J. Fox est aussi génial que marquant. Trente ans après sa sortie, La Manière forte est et demeure une référence du genre.

Los Angeles début des années 1990, l’acteur Nick Lang en a assez de faire des succès cinématographiques dans des films à grand spectacle destiné au teenagers. Il veut faire du cinéma un peu plus adulte. Pourquoi pas ce film policier en pré-production. Il a 15 jours pour se conditionner. A la télévision il remarque le lieutenant John Moss de New York qui vient d’intervenir dans une boite de nuit à la poursuite d’un tueur en série qui nargue la police. Celui-ci vient de tuer un dealer sous leur nez. Mais au terme d’une longue course poursuite en voiture a finalement échappé au lieutenant. Pour Nick Lang il a sous ses yeux son modèle pour son prochain rôle. Quelques heures après le lieutenant John Moss est écarté de l’affaire du tueur son supérieur lui ordonne de prendre sous sa protection l’acteur Nick Lang…

En 1987, John Badham avait déjà abordé le buddy movie avec Étroite Surveillance – Stakeout, interprété par le tandem Richard Dreyfuss et Emilio Estevez. Un grand succès commercial qui allait engendrer une suite en 1993, Indiscrétion assurée – Another Stakeout, toujours avec la même équipe. Alors que Double Détente – Red Heat avec Arnold Schwarzenegger et James Belushi, Midnight Run avec Robert De Niro et Charles Grodin, Blue Jean Cop – Shakedown avec Peter Weller et Sam Elliott, Tango et Cash avec Sylvester Stallone et Kurt Russell, et La Relève avec Clint Eastwood et Charlie Sheen déferlent sur les écrans, 1991 voit l’arrivée successive de La Manière forte, de Thelma et Louise de Ridley Scott et celle du Dernier Samaritain de Tony Scott. Nous sommes à l’apogée d’un genre et le film de John Badham en est un digne représentant. Non seulement le cinéaste peut une nouvelle fois démontrer ici son savoir-faire technique en matière d’action, mais il parvient aussi à insuffler un rythme constant à son film, tout en dirigeant merveilleusement ses comédiens, qui s’amusent à se renvoyer la balle, avec un plaisir immensément contagieux.

Michael J. Fox est une vraie pile électrique dans The Hard Way et son énergie ne cesse d’impressionner. Du haut de ses 30 ans, encore juvénile, le comédien semble vouloir s’émanciper quelque peu de l’image de Martin « Marty » McFly, ce qu’il avait déjà tenté de faire deux ans auparavant dans l’incroyable Outrages de Brian De Palma. Mais le rôle lui colle tellement à la peau que l’on a parfois l’impression de le voir l’incarner une quatrième fois, surtout lors de la séquence assez dingue qui se déroule dans un cinéma, où l’on peut apercevoir l’affiche de Comme un oiseau sur la branche. La musique d’Arthur B. Rubinstein, compositeur complice de John Badham, rappelle d’ailleurs les notes mythiques d’Alan Silvestri, notamment quand Nick Lang s’accroche à un cordon, avant de rentrer en collision avec l’écran géant. Quatre mois avant Doc Hollywood de Michael Caton-Jones, Michael J. Fox tient donc les rênes de La Manière forte et s’en acquitte royalement.

Il est aussi éminemment épaulé par James Woods, qui enchaînait les drames et les thrillers, Salvador (1986) d’Oliver Stone, Cop (1987) de James B. Harris (adapté du roman Lune sanglante de James Ellroy), Pacte avec un tueur – Best Seller (1987) de John Flynn (sur un scénario de Larry Cohen), État de choc – The Boost (1988) de Harold Becker et Coupable Ressemblance – True Believer (1989) de Joseph Ruben, et qui désirait trouver un rôle plus léger. S’il est évidemment le clown blanc dans l’histoire, le comédien n’a rien à envier à son partenaire du point de vue tempérament comique. Sa nervosité, son charisme animal et sa folie démentielle font penser à ceux d’un Nicolas Cage au top de sa forme, et l’on sent l’acteur se délecter des punchlines qu’on lui a servies sur un plateau d’argent. Certaines scènes, par exemple celle du bar où Nick Lang le lance malgré-lui dans un jeu de rôle pour l’aider à extérioriser ses sentiments, démontrent la face cachée comique de ce monstre souvent oublié du cinéma, qui s’avère absolument phénoménal dans La Manière forte.

Si l’on ajoute à ce duo la beauté d’Annabella Sciorra (Le Mystère von Bülow – Reversal of Fortune de Barbet Schroeder, Jungle Fever de Spike Lee, La Main sur le berceau -The Hand That Rocks the Cradle de Curtis Hanson), la folie de Stephen Lang, complètement allumé en psychopathe qui pend soin de sa peau, les tronches de John Capodice (Wall Street, Ace Ventura, détective pour chiens et chats), Delroy Lindo (Get Shorty, Broken Arrow, 60 secondes chrono) et Luis Guzmán (Traffic, Boogie Nights, Snake Eyes), ainsi qu’une très belle photo (Robert Primes, finalement dégagé durant le tournage au profit de Donald McAlpine), un montage soigné, un rythme effréné, des répliques qui tuent, une petite critique sur le mode de fonctionnement des stars hollywoodiennes et un équilibre remarquable entre la comédie pure et l’histoire policière, alors vous obtenez un cocktail aussi délicieux qu’acidulé en bouche qui a ce goût très prisé de revenez-y.

LE BLU-RAY

Neuf mois après son édition Blu-ray de Comme un oiseau sur la branche, Rimini Editions accouche de celle de La Manière forte. La jaquette reprend l’un des visuels américains du film et se voit glisser dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Après avoir vu, ou plutôt revu, ou encore rerevu La Manière forte, enclenchez le commentaire audio (VOSTF) de John Badham (cinéaste) et de Rob Cohen (réalisateur de la seconde équipe et producteur), mené par le réalisateur et historien du cinéma Daniel Kremer. Si Rob Cohen est visiblement en duplex, cela n’empêche pas les deux associés et amis de se renvoyer la balle du début à la fin, en racontant moult anecdotes liées à la production et au tournage de La Manière forte, leur troisième collaboration, la première remontant à 1974. Tous deux reviennent sur les prises de vues qui se sont déroulées en parfaite harmonie, les deux tournant parfois simultanément, Rob Cohen étant principalement occupé sur les scènes d’action. En abordant le casting, on apprend que les rôles principaux avaient tout d’abord été imaginés pour Kevin Kline (« qui était doué pour admirer son nombril ») et Gene Hackman, pour les personnages respectifs de Nick Lang et John Moss. Ce commentaire audio enregistré récemment, on y parle plusieurs fois du contexte sanitaire, montre que John Badham et Rob Cohen, âgés de 81 ans et 72 ans, en ont encore sous le capot. D’ailleurs, Rob Cohen en profite pour glisser au passage qu’il venait de célébrer le 19e anniversaire de Fast and Furious. Les conditions de prises de vues dans un New York encore « sordide », la liberté d’improvisation laissée aux comédiens, la photographie, la musique, les décors, les résultats au box-office, l’accueil de la critique et même les problèmes avec la Scientologie en raison d’une blague que la secte n’allait guère apprécier au détour d’une réplique (traduite en français pas la « Chiantologie »), tous ces sujets constituent ce commentaire audio chaudement recommandé.

Pour une fois, on reste un peu dubitatif devant le supplément en vidéo proposé par Rimini Editions et leurs complices de La Plume, dont nous avons souvent salué la qualité des suppléments, tant écrits que vidéos. Stéphane Chevalier, consultant relation presse, est ici accompagné de Rania Griffete, directrice de l’agence La Plume, pour un « exposé » sur le buddy movie (21’). Si l’on sent que La Manière forte est un film chéri par Rania Griffete et qui a vraisemblablement bercé son enfance, le manque de spontanéité d’ensemble est assez pesant et les informations distillées ici et là sur l’essence, les composantes et les titres emblématiques du buddy movie au cinéma s’adresseront en priorité aux néophytes ou aux plus jeunes spectateurs, qui voudront creuser ce genre bien aimé des cinéphiles et des spectateurs.

L’Image et le son

C’est franchement pas mal. Ce master HD de La Manière forte, qui avait quelque peu disparu des radars depuis une première édition en DVD il y a près de vingt ans, permet de redécouvrir le film de John Badham sous un angle différent et de se rendre compte de la beauté de la photographie, en particulier des séquences de nuit. La propreté est évidente, tout comme la stabilité, et même si le grain argentique a tendance à être un poil trop lissé sur certains plans (et non pas des séquences hein, on tient à rassurer tout le monde), ce Blu-ray (au format 1080p) de La Manière forte remplit son contrat, autrement dit instaurer un confort de visionnage, où les couleurs sont suffisamment rafraîchies (entre la chaleur des intérieurs et les teintes plus froides sur les séquences en extérieur), les contrastes solides, le piqué à l’avenant et les détails éloquents sur le cadre large.

Les versions originale et française bénéficient d’une piste DTS-HD Master Audio Stéréo 2.0 exemplaire et limpide, restituant les dialogues avec minutie, ainsi que la partition d’Arthur B. Rubinstein, qui jouit d’un coffre inédit. Les effets sont solides, le confort acoustique largement assuré. Le mixage français est certes moins riche mais le doublage – avec Luq Hamet, Joël Martineau et Bernard Tiphaine – est gigantesque. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Universal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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