Test DVD / Zorro, réalisé par Duccio Tessari

ZORRO réalisé par Duccio Tessari, disponible en DVD depuis le 21 octobre 2014 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Alain Delon, Ottavia Piccolo, Enzo Cerusico, Moustache, Giacomo Rossi-Stuart, Giampiero Albertini…

Scénario : Giorgio Arlorio

Photographie : Giulio Albonico

Musique : Guido De Angelis, Maurizio De Angelis

Durée : 2h04

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Son ami Miguel assassiné, Don Diego de la Vega se jure de le venger. Sous son identité, il prend les fonctions de gouverneur du Nouvel Aragon, une province que le despotique Colonel Huerta rançonne, éliminant tous ses opposants et régnant par la terreur. Si Don Diego joue les aristocrates frivoles et poltrons pour mieux tromper l’ennemi, c’est pour mieux l’affronter derrière le masque de Zorro, un cavalier qui, surgissant de nulle part, ridiculise l’armée et pousse les paysans à la révolte. Rusé, Don Diego propose même à Huerta de servir d’appât dans le piège que celui-ci tend à l’insaisissable justicier…

Zorro, l’esprit du renard noir, l’immortel, le vengeur invulnérable. Créé en 1919 par Johnston McCulley, le justicier masqué vêtu de noir qui combat l’injustice et défend la veuve et l’orphelin a inspiré moult romans, séries télévisées, bandes dessinées, jeux et évidemment des films dont ce formidable Zorro réalisé par Duccio Tessari en 1975 avec Alain Delon dans le rôle-titre. Coproduit par le comédien, désireux de toucher un public familial loin de ses films policiers et drames habituels, tourné en Espagne avec une équipe essentiellement italienne, Zorro demeure un des plus grands succès populaires d’Alain Delon. Véritable triomphe avec plus de 56 millions d’entrées dans le monde, Zorro remplit les salles, enregistre des records d’affluence en Chine où il sera parmi les premiers films occidentaux diffusés au moment de l’ouverture du pays.

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Test Blu-ray / La Tulipe Noire, réalisé par Christian-Jaque

LA TULIPE NOIRE réalisé par Christian-Jaque, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 12 décembre 2018 chez TF1 Studio

Acteurs : Alain Delon, Virna Lisi, Adolfo Marsillach, Dawn Addams, Akim Tamiroff, Robert Manuel, Francis Blanche, Laura Valenzuela, Georges Rigaud…

Scénario : Paul Andréota, Christian-Jaque, Henri Jeanson d’après le roman “La Tulipe Noire” d’Alexandre Dumas père

Photographie : Henri Decaë

Musique : Gérard Calvi

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Juin 1789, quelques jours avant la prise de la Bastille, les nobles sont attaqués par un mystérieux cavalier qui signe ses exploits en laissant derrière lui une tulipe noire. Ce justicier masqué n’est autre que Julien de Saint Preux, jeune, ardent et passionné qui sacrifierait sa vie pour que triomphent ses idées de liberté…

Jeune premier dans Christine (1958) de Pierre Gaspard-Huit aux côtés de Romy Schneider, ainsi que dans Faibles femmes et Le Chemin des écoliers mis en scène par Michel Boisrond en 1959, Alain Delon explose aux yeux du monde dans Plein soleil de René Clément en 1960. Plus rien ne s’arrêtera après pour le comédien âgé seulement de 25 ans. Très vite repéré par les maîtres italiens du cinéma, Alain Delon enchaîne coup sur coup Rocco et ses frères de Luchino Visconti et L’Eclipse de Michelangelo Antonioni. En 1963, les triomphes publics de Mélodie en sous-sol d’Henri Verneuil et Le Guépard de Visconti consolident sa place convoitée au box-office et dans le coeur des spectateurs. Un autre triomphe populaire arrive pour Alain Delon en février 1964, celui de La Tulipe Noire, réalisé par Christian-Jaque. Grand champion des rediffusions télévisées, il a d’ailleurs détenu le record jusqu’en 2013, ce film de cape et d’épée – qui n’emprunte au roman éponyme d’Alexandre Dumas père que son titre – vaut autant pour le spectacle toujours garanti et d’une immense beauté plastique, que pour le jeu virevoltant d’Alain Delon dans un double-rôle.

À la veille de la Révolution française, dans le Roussillon, le chef de la police La Mouche traque son insaisissable adversaire, sans parvenir à l’arrêter. Masqué d’un ruban et surnommé “la Tulipe noire”, un jeune aristocrate s’en prend aux nobles de la région en les dépouillant de leur fortune. Lors d’une altercation avec la police, il est marqué au visage d’un coup d’épée. Ne pouvant plus assurer son anonymat, il demande à son frère jumeau Julien, son parfait sosie, de prendre le relais.

Plus d’une vingtaine de diffusions sur le petit écran, cela veut bien dire que les français restent attachés à La Tulipe Noire, l’un des rares films où Alain Delon fait réellement preuve de fantaisie, capable de se battre à l’épée avec son ennemi tout en souriant à la caméra et en attirant la magnifique Virna Lisi vers lui pour l’embrasser. Certes, le comédien n’a pas le panache d’un Jean Marais ou d’un Errol Flynn, mais il s’en sort très bien et se révèle particulièrement à l’aise dans le maniement des armes blanches, ainsi que dans les cascades. De l’autre côté de la caméra, on trouve le prolifique – 59 longs métrages à son actif de 1932 à 1977 – Christian Maudet alias Christian-Jaque (1904-1994). Sur un scénario coécrit avec le mythique Henri Jeanson, le cinéaste signe ici l’un de ses films les plus aboutis sur la forme. La Tulipe Noire est par ailleurs le premier long métrage français (une coproduction franco-italiano-espagnole en fait) tourné au format 65mm (ratio 2,20:1) et projeté en 70mm dans les salles équipées. Le cadre large et la photographie en Eastmancolor du chef opérateur Henri Decaë sont dingues de beauté, tout comme celle des costumes et des décors naturels espagnols. Qui plus est, les effets spéciaux permettant de dédoubler Alain Delon à l’écran sont incroyablement réussis pour l’époque, notamment les plans où Guillaume passe derrière Julien alors assis sur une chaise. Même si l’on imagine très bien comment cette prouesse technique a été réalisée, le résultat à l’écran est franchement bluffant.

Mais soyons honnêtes, La Tulipe Noire n’atteint jamais la réussite de Fanfan la Tulipe, autre très grand succès du même réalisateur sorti en 1952, avec Gérard Philipe dans le rôle-titre. Si les dialogues sont parfois très amusants et modernes, la légèreté d’ensemble prend le pas sur tout le reste, y compris sur la tension des scènes pourtant violentes et dramatiques. C’est le cas par exemple de la pendaison dans la dernière partie, dont on se moque ouvertement en raison de son ton décalé, alors qu’il s’agit bel et bien de la mise à mort d’un des personnages principaux ! Les séquences s’enchaînent sur un rythme soutenu, les images sont soignées, les acteurs s’amusent, Francis Blanche évidemment, mais également Alain Delon lui-même lorsqu’il campe Julien, le frère de La Tulipe Noire, avec ingéniosité, tout le contraire de Guillaume, brigand, cynique et anarchiste. Nous ne sommes pas loin de sa composition du Don Diego de la Vega efféminé dans le génial Zorro réalisé par Duccio Tessari en 1975 !

Voir Alain Delon loin de sa « crispation » habituelle vaut donc le déplacement et La Tulipe Noire a su conserver un charme pétillant, comme la composition du grand Gérard Calvi, qui traverse les années sans véritable dommage.

LE BLU-RAY

La Tulipe Noire était auparavant disponible chez René Chateau en édition double DVD. Désormais chez TF1 Studio, le film de Christian-Jaque arrive en Blu-ray. Ce combo contient l’édition HD et le DVD. Le menu principal est animé et musical.

Afin de remettre La Tulipe Noire dans son contexte et dans la carrière d’Alain Delon, TF1 Studio a fait appel à l’excellent Olivier Rajchman (journaliste, auteur de l’ouvrage Delon/Belmondo : L’Etoffe des héros, Broché, 2010) et Denise Morlot (scripte du film). Ce document de 18 minutes propose un retour complet sur la genèse de La Tulipe Noire, sur les étapes de la carrière du réalisateur, sur le scénario d’Henri Jeanson, ainsi que sur la coproduction entre la France, l’Espagne et l’Italie. La Tulipe Noire était en effet un film très cher, tourné en 70mm, nécessitant un budget conséquent pour les costumes et les décors. Le casting est passé au peigne fin, tout comme la chorégraphie des combats à l’épée et les effets spéciaux qui permettaient de dédoubler Alain Delon à l’écran.

Le module Autour de La Tulipe Noire (31’), compile les propos (enregistrés en 2004) de Michel Wyn, assistant de Christian-Jaque sur le film, et du célèbre maître d’armes et responsable des cascades Claude Carliez (disparu en 2015 à l’âge de 90 ans). Blindé d’anecdotes de tournage (y compris sur les effets spéciaux), ne manquez pas ces entretiens drôles et passionnants sur la production de La Tulipe Noire. Vous y apprendrez entre autres pourquoi Alain Delon et Francis Blanche ont été mis en prison en Espagne !

Cette section se clôt sur un descriptif exhaustif de la restauration de La Tulipe Noire par le laboratoire Ariane en ce qui concerne l’image, et L.E. Diapason pour le son (5’).

L’Image et le son

La Tulipe Noire est le premier film français tourné en 65mm selon le procédé Super panorama 70 avec la caméra MCS 70 (Modern Cinema System) sur pellicule Eastmancolor. Le négatif original était donc en 65mm à 5 perforations (le 35mm traditionnel en possède quatre) pour un format image original de 2.20. La restauration a commencé par de traditionnels travaux mécaniques, avec chaque bobine déroulée sur une table 65mm afin d’analyser les défauts physiques et de procéder aux réparations nécessaires (collures, amorces, perforations abîmées) avant le passage sur scan. Un essuyage minutieux a été réalisé sur une « essuyeuse » 65mm à ultra-sons. Cette opération permet de supprimer toutes les petites poussières physiquement déposées sur la pellicule. Les bandes courtes d’étalonnage conservées (rares pour un film de cette époque) ont permis de travailler sur la totalité des plans du film (scan, cadrage, pré-étalonnage) tout en préservant le négatif original. Le négatif 65mm a ensuite été scanné en 6,5K 16 bits, avec un étalonnage et une restauration effectués en 4K par le laboratoire Ariane. Le filtrage automatique a permis de traiter les rayures et les défauts habituels, les tâches et les éclats de gélatine, nettoyés manuellement. La restauration a ensuite été validée par Michel Wyn, assistant de Christian-Jaque. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le master HD de La Tulipe Noire s’inscrit parmi les plus grandes réussites de l’éditeur. Sublime dès l’introduction avec son ciel bleu lumineux, tout comme les yeux de notre cher Alain Delon, l’image laisse pantois. Le piqué est incisif, les contrastes d’une densité inédite, la texture argentique flatteuse et le rendu des matières palpable. Les gros plans sont somptueux et la profondeur de champ impressionnante.

En ce qui concerne le son, le film avait été enregistré selon le procédé Western Electric Sound System et mixé en 6 pistes, avec 5 pistes avant et une arrière. Il s’agissait à l’époque de la plus grande qualité acoustique. Les bandes matrices magnétiques originales du mixage 6 pistes étaient encore accessibles lors de cette restauration. Cependant, plus du tiers de la matière sonore contenue sur les bobines était rendu inutilisable. Les sons manquants proviennent de plusieurs copies d’exploitation 70mm dans des états de conservation divers. Les travaux ont été réalisés par L.E. Diapason. La piste DTS HD Master Audio 5.0 tente de recréer les conditions originales d’exploitation et parvient à spatialiser le spectacle concocté par Christian-Jaque et surtout le travail de son compositeur Gérard Calvi dont la partition est particulièrement endiablée. La spatialisation profite donc essentiellement à la musique, tandis que l’action reste essentiellement frontale. La piste 2.0 est tout autant dynamique avec des dialogues clairs, sans bruit de fond. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © TF1 Studio / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Borsalino, réalisé par Jacques Deray

BORSALINO réalisé par Jacques Deray, disponible en DVD et Blu-ray le 5 décembre 2018 chez Paramount Pictures

Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Catherine Rouvel, Françoise Christophe, Corinne Marchand, Laura Adani, Nicole Calfan, Hélène Rémy, Odette Piquet…

Scénario : Jean-Claude Carrière, Jean Cau, Jacques Deray, Claude Sautet d’après le roman “Bandits à Marseille” d’Eugène Saccomano

Photographie : Jean-Jacques Tarbès

Musique : Claude Bolling

Durée : 2h04

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Quand Roch Siffredi sort de prison, c’est d’abord pour aller se mesurer, par la force du poing, à François Capella. Mais les deux gangsters vont très vite comprendre que l’union fait la force, et qu’en s’associant ils peuvent voir grand, très grand. Ils multiplient les arnaques et les coups d’éclat dans un Marseille alors aux mains des puissants chefs de clan Pauli et Marcello…

Superproduction ambitieuse et triomphale de 1970, Borsalino s’apparente à un Heat avant l’heure. Sur le tournage de La Piscine, Alain Delon découvre le recueil de nouvelles écrit par le journaliste Eugène Saccomano, Bandits à Marseille, notamment le passage consacré à Paul Carbone et François Spirito, deux figures du crime de Marseille dans les années 1930. Le comédien y voit l’argument pour s’associer à Jean-Paul Belmondo, son « rival », puisque les deux stars et artistes se disputent les faveurs des spectateurs français. Alain Delon en parle à Jacques Deray, immédiatement emballé par ce projet d’envergure puisque cela signifie que le film nécessitera une reconstitution historique et donc coûteuse. Le jeu en vaudra la chandelle puisque Borsalino, produit par Alain Delon via sa société Adel Productions, sera un succès monstre dans les salles avec plus de 4,7 millions d’entrées. Près d’un demi-siècle après sa sortie, ce polar bourré de classe fait toujours son effet. Le jeu des deux têtes d’affiche est aussi frais et jubilatoire qu’au premier jour, tandis que résonne encore et toujours la splendide composition de Claude Bolling qui s’inscrit définitivement dans toutes les mémoires.

Marseille, 1930. Roch Siffredi, un jeune voyou récemment libéré de prison, décide de retrouver sa compagne, Lola. Mais pendant qu’il purgeait sa peine, celle-ci s’est entichée d’un certain François Capella, truand lui aussi. Après une rencontre orageuse, les deux hommes deviennent amis et s’associent. Après avoir éliminé la concurrence sur le marché du poisson pour le compte de notables peu scrupuleux, ils se rendent compte qu’ils peuvent en faire plus et décident de conquérir la ville ensemble. Dénués de scrupules et imaginatifs, ils s’attaquent à un des deux parrains de Marseille nommé Poli, propriétaire d’un restaurant et de l’approvisionnement de Marseille en viande. À cause d’une fuite, l’opération de sabotage des entrepôts de viande appartenant à Poli est un échec et ils sont obligés de se retirer. Ils partent alors à la campagne pour se faire oublier, recruter de nouveaux membres dans leur bande, acheter de nouvelles armes et préparer leur vengeance.

Tout était réuni pour faire de Borsalino un immense succès populaire. Le huitième long métrage de Jacques Deray, nourri au cinéma de gangsters américains des années 1930, allie le grand cinéma populaire avec celui dit « d’auteur », au sens le plus noble du terme. La mise en scène est aussi discrète que clinquante et flamboyante (Jacques Deray était vraiment un grand cinéaste) avec cette photo sensiblement surannée du chef opérateur Jean-Jacques Tarbès, grand complice et fidèle collaborateur du réalisateur. Le soin tout particulier apporté aux décors, aux costumes, aux accessoires, aux automobiles est très impressionnant et l’argent, la production française la plus coûteuse à l’époque (14 millions de francs, en partenariat avec le studio américain Paramount Pictures), se voit à chaque plan. Mais le principal argument de vente reste bien évidemment la réunion à l’écran du duo/duel Belmondo/Delon et de ce point de vue-là tout le monde est gâté.

Sous pression du milieu marseillais et recevant quelques menaces de mort, Jacques Deray doit changer les noms de ses personnages. Carbone et Spirito deviennent ainsi Roch Siffredi (pseudo qu’utilisera le célèbre Rocco) et François Capella. Cette rivalité complice fait le charme inaltérable de Borsalino, chacun jouant sa partition sans empiéter sur celle de l’autre. Bebel avec son sourire en coin, toujours prêt à mettre une raclée à celui qui lui chercherait des noises, Delon au regard félin, d’une classe absolue, plus réfléchi que son partenaire, mais n’hésitant pas non plus à jouer du poing s’il ne peut pas faire autrement. A leurs côtés, la gent féminine se bouscule, certes reléguée au rang de damoiselles qui se pâment et se soumettent en leur présence, mais qui répondent au nom de Catherine Rouvel, Françoise Christophe, Corinne Marchand et Nicole Calfan. Des actrices qui ravissent autant les yeux que l’âme. Entre les deux félins, celui qui se taille la part du lion est l’immense Michel Bouquet dans le rôle de Maître Rinaldi.

A partir d’un premier traitement écrit par Jean Cau et Claude Sautet, Jean-Claude Carrière a su retranscrire la vie, l’atmosphère, les parfums de Marseille du début des années 1930 avec ses troquets, ses casinos clandestins, ses villas outrancières et ses politiciens véreux. L’audience se délecte de voir les acteurs mis en valeur dans leurs costumes cintrés, leur galurin sur la tête et la mitraillette Thompson à la main. L’histoire de deux petits voyous qui gagnent leur place parmi les notables de la ville et devenir les caïds de la pègre marseillaise avait évidemment tout pour remporter les suffrages des spectateurs.

En 1974, désireux de retrouver son personnage de Roch Siffredi, Alain Delon, demande à son ami Jacques Deray – ils tourneront neuf films de 1969 à 1994 – de mettre une suite en chantier. Même si Borsalino & Co. est loin d’avoir rencontré le même succès en attirant « que » 1,7 million de spectateurs, ce deuxième volet s’avère encore plus réussi. Moins bling-bling, ironique et insouciant, plus nerveux, rythmé et surtout beaucoup plus violent et sombre, Borsalino & Co. apparaît ni plus ni moins comme étant un des meilleurs films de Jacques Deray. Ce dernier semble ici plus à l’aise derrière la caméra et livre un véritable western en transformant Marseille en Far-West, enchaînant les morceaux de bravoure avec l’élégance qui a toujours caractérisé son cinéma. Mais ceci est une autre histoire.

LE BLU-RAY

Longtemps indisponible en raison de problèmes de droits, le film appartenant à Paramount Pictures, il aura fallu attendre 2009 pour que Borsalino fasse son apparition dans les bacs. Presque dix ans après son arrivée en DVD, le film de Jacques Deray dispose désormais d’une édition Blu-ray. Cette édition se compose de deux disques, le film sur galette bleue, tandis que tous les suppléments sont disponibles sur un DVD. Le menu principal est animé sur la musique de Claude Bolling.

La première partie de cette interactivité est consacrée aux archives rares de l’INA, en version intégrale inédite. Trois modules, Jacques Deray parle du film (2’15), France Roche s’entretient avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo (5’15) et Alain Delon et Jean-Paul Belmondo parlent de Borsalino lors de la sortie du film (9’). Dans le premier segment, le cinéaste évoque les conditions de tournage à Marseille, tandis qu’il tourne la séquence de la bagarre du début du film. Alain Delon intervient également en fin de partie.

Nous retrouvons ce dernier avec la journaliste Franche Roche, où il confie qu’il refuserait le rôle du Christ si on le lui proposait (« car il y a un Judas et que je connais la fin de l’histoire que je n’ai jamais aimée »). De son côté, Bebel revient sur la clause de son contrat qui n’a pas été respectée, qui mettait les deux comédiens à égalité sur l’affiche. En effet, le comédien s’était rendu compte que l’affiche stipulait « Alain Delon présente Jean-Paul Belmondo et Alain Delon dans Borsalino ». Les avocats des deux acteurs étaient ensuite tombés d’accord sur le fait de retirer la première mention du Alain Delon producteur, qui avait d’ailleurs refusé que son partenaire produise le film avec lui. Mais Bebel déclare alors ne pas vouloir participer à la première du film.

Le dernier segment dévoile quelques images de tournage du film Un homme qui me plaît de Claude Lelouch, avant de passer à celles de Borsalino dans les rues de Marseille. Jacques Deray et Alain Delon parlent des prises de vue et le comédien se met à rêver de films qui pourraient réunir quelques grands noms du cinéma international comme une association Belmondo/Steve McQueen.

L’éditeur propose ensuite un court extrait du film en version anglaise (1’).

S’ensuivent deux entretiens. Le premier avec l’auteur du roman Bandits à Marseille, Eugène Saccomano (10’). Le journaliste revient sur la genèse de son livre et le désir d’Alain Delon de l’adapter au cinéma. L’occasion pour l’écrivain d’évoquer les véritables Carbone et Spirito, leur mainmise sur Marseille, ainsi que le travail sur le scénario, jusqu’à la reconstitution des années 1930 et le triomphe du film au cinéma, en France, mais aussi au Japon et en Amérique du Sud.

Le meilleur rendez-vous de cette édition reste celui en compagnie de l’immense Jean-Claude Carrière (18’). C’est ici que vous en apprendrez le plus sur la genèse du projet, l’écriture du scénario (avec les menaces de la part de la pègre marseillaise), les problèmes de production, les conditions de tournage, l’entente entre les deux comédiens, le couac juridique à la sortie du film en raison de la double-apparition du nom d’Alain Delon sur l’affiche. Jean-Claude Carrière explique que trois semaines avant le début des prises de vue, le budget alors calculé en dollars est brutalement amputé de 17%, suite à une dévaluation de la monnaie. La production lui demande de retirer tout ce qui est possible du scénario, scène par scène. Le scénariste se résout à couper une grande séquence qui devait se dérouler dans un train d’époque. Charles Bluhdorn, alors le boss de la Paramount, vient en aide à Alain Delon, mais ce dernier doit alors lui céder tous les droits du film. Enfin Jean-Claude Carrière donne son avis sur ce film « fait de grâce, ensoleillé, léger », tout en revenant sur sa longue et profonde amitié avec Jacques Deray, « le meilleur cadreur que j’ai pu rencontrer dans le monde du cinéma ».

L’éditeur livre d’autres interviews, celles des comédiens du film, réalisées à l’occasion de la sortie en DVD de Borsalino en 2009 : Michel Bouquet (7’), Nicole Calfan (7’), Françoise Christophe (6’30), Corinne Marchand (4’30) et Catherine Rouvel (6’30). Chacun y va de ses souvenirs enjoués et émus, liés au tournage de Borsalino, ainsi que sur leur collaboration avec Jacques Deray, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Michel Bouquet se remémore celui “extraordinaire” de la lecture du scénario et de son plaisir d’interpréter ce rôle d’avocat qu’il considérait comme étant le plus beau du film. Il est visiblement ravi de parler de Jacques Deray, « un homme qui avait l’élégance du coeur, un être humain exceptionnel ». Nicole Calfan revient sur son casting (très drôle) et de ses allers-retours quotidiens entre Paris et Marseille pendant 12 jours, puisque la comédienne jouait à la Comédie-Française et ne pouvait obtenir un congé pour se rendre sur le tournage de Borsalino. Tout le monde se souvient d’un Alain Delon protecteur et généreux, et d’un Bebel gouailler, charmeur et très drôle avec toute l’équipe.

L’autre moment indispensable de cette édition est l’interview du grand compositeur Claude Bolling (21’), entrecoupée par des interventions du musicologue Stéphane Lerouge qui analyse le travail du maestro. Le premier, confortablement installé chez lui, aborde la création des différents thèmes de Borsalino, tout en se mettant au piano pour nous faire une petite démonstration. Quant à Stéphane Lerouge, il revient sur la fructueuse collaboration Bolling-Deray (9 longs métrages et téléfilms) et l’on apprend qu’une partie de la musique du film était diffusée sur le plateau afin de mettre les comédiens et le reste de l’équipe dans l’ambiance des années 1930.

Assis sur le sofa rouge de son émission Vivement dimanche, Michel Drucker intervient également sur cette édition (7’30). Le Highlander de la télévision française était encore reporter sportif au moment du tournage de Borsalino. Envoyé à Marseille pour couvrir un match de l’OM, Michel Drucker avait pu assister au tournage du film de Jacques Deray, qui l’intimidait beaucoup. Il partage ici ses anecdotes, notamment liées aux comédiens.

Veuve du cinéaste, Agnès Vincent-Deray propose un formidable portrait (15’30) de son époux, l’homme et le cinéaste, tout en parlant longuement et posément de la longue association du réalisateur avec Alain Delon, « une tendresse amoureuse, une complicité faite d’admiration réciproque ». Elle revient également sur les différentes étapes de la carrière de Jacques Deray, avant d’en venir plus précisément sur la genèse, la production (les costumes, les décors), le tournage, la fin alternative (avec quelques pages du scénario original à l’appui) et la sortie de Borsalino.

Enfin, nous terminons par un entretien (19’) avec le grand Alain Delon (il vous en prie), souriant, disponible et très heureux de partager moult anecdotes sur Borsalino. Certes, le comédien arrive en fin de partie et ses propos sont quelque peu redondants avec ce qui a déjà été dit à plusieurs reprises au cours des suppléments précédents, mais les entendre raconter par Alain Delon ça n’a pas de prix. Beaucoup s’amuseront une fois de plus à l’entendre parler de lui-même à la troisième personne, mais le monstre du cinéma français paraît spontané et détendu (en jean et pieds nus) quand il aborde les étapes de cette superproduction (le difficile montage financier est d’ailleurs évoqué), les conditions de tournage et son œil brille quand il évoque Jacques Deray.

L’Image et le son

Borsalino a été restauré en 4K par Paramount Pictures avec le concours de la succession de Jacques Deray, et de Crossing. Les travaux de restauration ont été menés par L’Image retrouvée. La séquence inaugurale et le générique font tout d’abord très peur avec des couleurs pâles, une succession de plans flous, des fourmillements. Il faut attendre la fin des credits pour que ce nouveau master restauré HD se révèle. Alors, si tout n’est pas parfait loin de loin, le Blu-ray de Borsalino tient ses promesses avec notamment une solide restitution des partis pris originaux de la luxueuse photographie de Jean-Jacques Tarbès. C’est brillant, la soie et le velours se font ressentir, le piqué est agréable, la texture argentique flatteuse et la profondeur de champ éloquente. Certaines séquences diurnes sont luminescentes (voir celle où les deux acteurs sortent de l’eau) et les teintes chromatiques brillent de mille feux, malgré quelques contrastes sans doute trop appuyés. N’oublions pas la propreté de la copie. Un grand bond en avant entre le DVD sorti en 2009 et cette édition HD.

Le célèbre ragtime de Claude Bolling n’a jamais été aussi agréable aux oreilles et dynamique qu’à travers cette piste DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Les dialogues sont propres et ardents, les effets percutants et le spectacle est garanti. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © Paramount Pictures France / Captures Blu-ray et DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr