Test 4K UHD / Le Train sifflera trois fois, réalisé par Fred Zinnemann

LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS (High Noon) réalisé par Fred Zinnemann, disponible en Combo 4K UHD + Blu-ray le 17 juillet 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Gary Cooper, Grace Kelly, Thomas Mitchell, Lloyd Bridges, Katy Jurado, Lon Chaney Jr., Otto Kruger, Harry Morgan, Ian MacDonald, Lee Van Cleef…

Scénario : Carl Foreman, d’après une nouvelle de John W. Cunningham

Photographie : Floyd Crosby

Musique : Dimitri Tiomkin

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

À peine marié, le shérif Will Kane apprend que Frank Miller, un homme qu’il a fait arrêter et condamner cinq ans plus tôt, arrivera en ville par le train de midi. Déjà, trois de ses complices l’y attendent. Le sens du devoir l’emportant sur la démission qu’il avait l’intention de donner, Kane espère cependant que quelques-uns de ses concitoyens prennent les armes avec lui. Aucun ne le suit. Bien que le combat s’annonce perdu d’avance, le shérif se dresse contre les bandits.

Peut-on faire plus culte que Le Train sifflera trois fois – High Noon, l’un des rares westerns à être connu aussi bien sous son titre français qu’anglais, qui dès qu’on l’évoque fait surgir en mémoire moult images emblématiques, ainsi qu’une chanson, là encore dans la langue de Molière comme dans celle de Shakespeare ? C’est toujours impressionnant de s’attaquer à un mythe, cela peut coincer, car on a peur de trop en faire, d’oublier des éléments, de ne pas être à la hauteur…et puis finalement ce qu’il y a de mieux à faire dans ces cas-là, c’est de prendre le film comme si on le découvrait pour la première fois, en faisant abstraction de tout ce qui a pu être dit dessus, histoire de ne pas être parasité ou influencé. Le Train sifflera trois fois, qui a eu ses défenseurs, comme ses détracteurs et ce depuis sa sortie, est un tour de force dans le sens où l’(in)action se déroule en quasi-temps réel, l’intrigue se situant entre 10h30 et midi, durée durant laquelle le personnage principal erre à la recherche de soutien physique et moral, en attendant l’arrivée de quelques sbires qui pourraient bien le faire passer de vie à trépas. Masterclass, leçon de cinéma, sobre et pourtant virtuose, Le Train sifflera trois fois épate sur tous les plans et offre à John Wayne l’un des plus grands rôles de son illustre carrière, et l’on se souviendra toujours de cette scène où celui s’éloigne vers le soleil couchant avec Grace Kelly. Ah oui, c’est Gary Cooper connard.

À dix heures trente du matin, le shérif d’Hadleyville, Will Kane, vient d’épouser la jeune quaker Amy Fowler dans l’église du village. Tous deux projettent d’ouvrir un magasin dans une bourgade voisine et Will Kane s’apprête à rendre son étoile de shérif. Mais revenu dans son bureau, il apprend par un courrier le retour imminent de Frank Miller, qu’il a jadis arrêté et qui a, par la suite, été condamné à mort. Finalement libéré de prison au bout de cinq ans, Miller est en route pour Hadleyville, dans l’intention de régler son compte au shérif. Il doit arriver à la gare par le train de midi, où trois de ses complices, dont son frère, l’attendent patiemment. Malgré les supplications de sa femme, le shérif Kane décide de rester à son poste et tente de recruter des hommes de main parmi les habitants de la ville, en visitant le saloon, l’église et des connaissances à leur domicile, etc. Mais, l’un après l’autre, tous lui font défaut, par lâcheté, peur de mourir, intérêt ou amitié pour Miller. C’est donc seul qu’il va devoir faire face à quatre hommes.

Avouez que la fiche technique ne manque pas de classe. Fred Zinnemann (Les Yeux dans les ténèbres, C’étaient des hommes) aux manettes, Carl Foreman (Le Champion de Mark Robson, Le Pigeon d’argile – The Clay Pigeon de Richard Fleischer) au scénario, Dimitri Tiomkin (La Caravane de feu, Seuls les anges ont des ailes, Les 55 jours de Pékin, La Chute de l’empire romain) à la baguette, tandis que Floyd Crosby (L’Empire de la terreur, La Chambre des tortures, La Chute de la maison Usher, La Malédiction d’Arkham) signe cette photographie spécifique, incandescente, où la longue silhouette élancée de Gary Coooper vêtu de noir, contraste violemment avec des blancs parfois presque brûlés. La chanson Do not forsake me Oh my darling (ou Si toi aussi tu m’abandonnes en français) ouvre le film sur un certain Lee Van Cleef, dans sa première apparition (muette d’ailleurs) au cinéma, un visage singulier, qui deviendra lui aussi iconique dans le genre, et le générique démarre. Cette ritournelle ne cessera de revenir durant le film, comme des soupapes pour laisser au spectateur le temps de reprendre son souffle, au cours de ce récit sec, aride, à l’os.

Outre l’exemplarité de la mise en scène de Fred Zinnemann, en passe de recevoir l’Oscar du meilleur réalisateur pour Tant qu’il y aura des hommes – From Here to Eternity, le montage d’Elmo Williams (L’Assassin sans visage, Les Vikings et 20.000 Lieues sous les mers de Richard Fleischer, un cador quoi) est magistral, nous faisant ressentir la tension qui anime le personnage avec la dizaine de plans (de plus en plus rapprochés) sur une horloge, indiquant que l’heure tourne et que le train se rapproche douloureusement, mais sûrement d’Hadleyville. Si Gary Cooper (après le refus de Gregory Peck, Marlon Brando, Montgomery Clift, Henry Fonda et Kirk Douglas) s’impose sans mal et obtiendra d’ailleurs son second Oscar du meilleur acteur (plus de dix ans après Sergent York), Grace Kelly illumine le film par son innocente beauté, femme frêle perdue dans un monde violent et impitoyable. Encore à ses débuts, âgée de seulement 22 ans, celle-ci enchaînera très vite avec Mogambo de John Ford, puis Le Crime était presque parfait – Dial M for Murder et Fenêtre sur cour – Rear Window d’Alfred Hitchcock. Une star est née. L’autre personnage inoubliable du Train sifflera trois fois reste celui incarné par Katy Jurado (Le Sorcier du Rio Grande, La Lance brisée, Trapèze), l’ancienne maîtresse de Bill Kane, femme indépendante, au caractère bien trempé, peu dupe sur la nature humaine, encore moins en ce qui concerne les hommes, qui saura faire entendre raison à Emma, en lui faisant comprendre que sa place est auprès de son mari.

S’il existe des westerns durant lesquels aucun coup de feu n’est donné (à l’instar du Destin du fugitif – 3000$ mort ou vif d’Alfred E. Green), il faut attendre le dernier quart d’heure de High Noon pour que l’action démarre, ce qui avait été critiqué par certains, fatigués par les états d’âme du personnage principal, un shérif aux abois, qui ne peut retenir ses larmes et en vient même à écrire son testament, sachant que l’issue ne peut être que fatale. Rétrospectivement, High Noon est devenue une parabole sur Hollywood et le maccarthysme. Durant le tournage, Carl Foreman, dénoncé par le scénariste Martin Berkeley, est convoqué par la Commission des activités anti-américaines et accusé d’être membre du Parti communiste. Refusant de coopérer, le scénariste, inscrit sur la tristement célèbre liste noire du cinéma, quitte finalement les États-Unis et trouve refuge à Londres.

On retrouve cet événement en filigrane dans Le Train sifflera trois fois, avec le shérif, abandonné par tous, qui doit affronter seul son destin. Celui du film sera heureux. Ce sera un triomphe international, largement couronné aux Oscars. Et une œuvre passée à la postérité.

LE 4K UHD

Pour Le Train sifflera trois fois, tout commence en 1999 avec une première édition en DVD aux Éditions Montparnasse. 2004, le film revient chez Paramount, où il restera de longues années et sera entre autres proposé dans la collection Eddy Mitchell. 2020, sortie du film de Fred Zinnemann en Blu-ray chez Sidonis Calysta. Six ans ont passé, High Noon est désormais proposé en UHD chez le même éditeur, dans la collection Western de légende. Le menu principal est animé et musical. Point négatif, l’éditeur n’a pas repris le livre de Patrick Brion (60 pages tout de même), anciennement disponible sur l’édition Blu-ray de 2020.

On retrouve l’indispensable présentation du Train sifflera trois fois réalisée par Bertrand Tavernier en 2019 (37’). Quel bonheur d’écouter Tatav parler de ce film, d’un des « plus célèbres westerns au monde, une œuvre révolutionnaire, qui reste malgré tout traîné dans la boue par les amateurs du genre, qui prétendent qu’il s’agit d’un faux western et d’un des films les plus surestimés de tous les temps ». Bertrand Tavernier tient à nuancer, en disant que « la vérité est entre les deux », indiquant aussi que John Wayne et Howard Hawks auraient fait Rio Bravo, en réponse à High Noon, qu’ils critiquaient et détestaient ouvertement, en qualifiant le film de « un-American ». Tatav passe au crible le scénario de Carl Foreman (ainsi que ses démêlés avec la Commission parlementaire sur les activités antiaméricaines), les partis-pris du chef opérateur Floyd Crosby, le casting, l’importance des personnages féminins, les conditions de production (marquées par le maccarthysme donc), le succès énorme et la pérennité du film, sa célèbre musique (attention, Bertrand Tavernier se met à chanter un détournement de Si toi aussi tu m’abandonnes…)…un plaisir de chaque instant que cette intervention !

Place à Patrick Brion (2019, 25’). Toujours plus succinct que Bertrand Tavernier, et par ailleurs souvent redondant, l’historien du cinéma commence sa présentation en dressant une liste de westerns sortis en 1952. Puis, il en vient rapidement au Train sifflera trois fois, en se concentrant tout d’abord sur l’opposition entre les ardents défenseurs du film et ceux qui n’ont jamais cessé de le rejeter, en prétextant qu’il s’agissait d’un drame psychologique, plus qu’un western proprement dit. On retrouve ici les mêmes arguments concernant l’affaire Carl Foreman pris dans la Chasse aux sorcières, le casting, les partis-pris esthétiques, la musique, les conditions de tournage, les tensions entre Carl Foreman et Stanley Kramer…Malgré des redites, ce bonus vaut le coup, car Patrick Brion n’a pas la même nature, ni la même sensibilité que Bertrand Tavernier. Leur approche diffère et finalement les deux suppléments remplissent leur fonction.

On passe au documentaire intitulé Irrésistible Gary Cooper (2020, 54’). Trois décennies durant, le discret Gary Cooper a incarné au cinéma une figure emblématique du héros américain. Cet hommage, signé par les sœurs Kuperberg, est dédié à un acteur considéré comme l’une des grandes stars de l’âge d’or hollywoodien. Ce film est constitué d’images d’archives, d’interventions de Gary Cooper (« Il n’y a rien de plus beau qu’un cheval au galop, en parfaite harmonie avec son cavalier »), de nombreux extraits de films, de propos d’historiens du cinéma et de la fille de Gary Cooper. Ces derniers reviennent sur la carrière du comédien, en mettant en avant son implication émotionnelle, comme dans Le Train sifflera trois fois. Son parcours est aussi rapidement retracé. Ce documentaire se clôt sur une interview de Billy Wilder (en français), accompagné de Gary Cooper, au moment du tournage d’Ariane à Paris, ainsi que sur une note plus émouvante, par les images de James Stewart venu chercher l’Oscar d’honneur de son ami « Coop » en 1961, l’acteur étant alors gravement malade et s’éteindra d’ailleurs quelques semaines plus tard.

Place au making of (1992-22’), présenté par l’éminent Leonard Maltin, réalisé à l’occasion du 40e anniversaire du Train sifflera trois fois. Un module rétrospectif plaisant, bien illustré et écrit, qui se concentre sur une nouvelle figure de héros. Le fond et la forme sont habilement croisés, les principaux sujets intelligemment abordés (comme les conditions de prises de vues pendant 28 jours), les propos intéressants (dont ceux de Stanley Kramer, Fred Zinnemann, Lloyd Bridges), les partis-pris disséqués et les intentions du réalisateur passées au crible, tout comme celles de Carl Foreman.

L’autre supplément conséquent est aussi un documentaire rétrospectif, réalisé en 2006 (50’), narré par Frank Langella et constitué (entre autres) par des interviews de Bill Clinton (« Ce film m’a accompagné pendant 50 ans, il a enrichi ma vie »), de la fille de Gary Cooper, du fils de Carl Foreman, du fils de Fred Zinnemann et même du Prince Albert qui parle des débuts de sa mère au cinéma. Si vous en êtes arrivés à ce stade, vous aurez évidemment une impression de redondance, puisque les propos tenus ici sont peu originaux avec ce qui a été entendu précédemment. Cependant « ce simple petit western devenu un classique instantané, récompensé par quatre Oscars » est abordé comme il se doit, n’oubliant pas d’évoquer les critiques négatives et l’aspect controversé du film.

Petit cadeau fort sympathique, nous trouvons la remise de l’Oscar du meilleur acteur à Gary Cooper (2’). Cependant, étant absent, c’est John Wayne qui vient chercher le trophée pour son ami, alors que le premier n’a jamais eu de cesse de critiquer Le Train sifflera trois fois et sa représentation d’un héros aux abois. John Wayne fait rire l’assemblée et, beau joueur, rend hommage à Gary Cooper.

Les amateurs de musique seront aux anges, puisque Sidonis a réalisé un montage de 18 minutes, qui compile les différentes interprétations, en français comme en anglais, de la chanson principale Do not forsake me Oh my darling ou Si toi aussi tu m’abandonnes, d’Eddy Mitchell à Frankie Laine, en passant par John William, Tex Ritter, ainsi que Dave et Dean Martin…

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Il est là, il est arrivé en France, le master UHD du Train sifflera trois fois ! Une restauration 4K étincelante, sans doute définitive du film de Fred Zinnemann. Un disque estampillé Dolby Vision – HDR, qui met en valeur les violents contrastes entre les blancs extrêmement lumineux (avec un ciel sans nuage) et les noirs denses, où le mètre 90 de Gary Cooper se découpe facilement sur des fonds unis. Le relief impressionne dans les rues d’Hadleyville, la texture argentique est fine, organique, la propreté est irréprochable, les gros plans sublimes. À titre comparatif, le 4K natif l’emporte largement sur le Blu-ray, plus neutre dans son rendu. Le Dolby Vision de l’UHD est un plus évidemment non négligeable, notamment sur les zones d’ombres. Assurément le plus beau master actuellement disponible en France.

Le Train sifflera trois fois est proposé en anglais et en français. Aucune anomalie technique constatée sur les deux pistes. Sur les deux pistes, les dialogues sont clairs, précis (surtout en VO), l’ensemble suffisamment dynamique, modeste certes, l’histoire se prêtant guère aux éclats, mais le confort acoustique est bel et bien présent. La musique de Dimitri Tiomkin manque peut-être parfois un peu de corps, surtout en français, plus sourde et marquée par un très léger souffle. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.