
LES MAINS DANS LES POCHES (The Lords of Flatbush) réalisé par Stephen Verona & Martin Davidson, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 3 décembre 2025 chez Colored Films.
Acteurs : Perry King, Sylvester Stallone, Henry Winkler, Paul Mace, Susan Blakely, Maria Smith, Renee Paris, Paul Jabara…
Scénario : Stephen Verona, Gayle Gleckler & Martin Davidson
Photographie : Joseph Mangine & Edward Lachman
Musique : Joseph Brooks
Durée : 1h24
Année de sortie : 1974
LE FILM
Des jeunes d’un quartier de Brooklyn se réunissent et forment un gang. S’ils réussissent à affronter les problèmes ensemble plus facilement, ils doivent néanmoins surmonter de nouveaux obstacles.

On a tendance à penser que Les Mains dans les poches –The Lords of Flatbush marque la première apparition au cinéma de Sylvester Stallone, le film étant vendu sous cet argument depuis longtemps. En réalité non, puisque le comédien avait fait quelques panouilles dans Bananas de Woody Allen (voir la scène dans le métro), dansait dans The Sidelong Glances of a Pigeon Kicker de John Dexter et dans Klute d’Alan J. Pakula. Mais en dehors d’autres rôles non crédités (comme dans La Descente infernale de Michael Ritchie et Lune de miel aux orties de Cy Howard), Sylvester Stallone démarre les années 1970 par The Party at Kitty and Stud’s, qui sera rebaptisé L’Étalon italien – The Italian Stallion après le triomphe de Rocky. Un film cu-culte qui était loin de laisser penser que la carrière de l’acteur allait prendre son envol quelques années plus tard. 1973, il obtient le rôle principal de Rebel – No Place to Hide de Robert Allan Schnitzer, thriller qui passe inaperçu et qui sera lui aussi réexploité au début des années 1980, dans un nouveau montage, histoire de mettre Sly encore plus en avant. On arrive alors aux Mains dans les poches, qui pour le coup est ce qu’on pourrait vraiment qualifier de vrai premier rôle dramatique pour Stallone, qui a plus à défendre dans ce film que dans tout ce qu’il avait pu faire jusqu’à présent. Coréalisé par Martin Davidson et Stephen Verona, inconnus au bataillon et qui signaient là leur premier film, The Lords of Flatbush est souvent comparé à American Graffiti de George Lucas, sorti l’année précédente, mais anticipe aussi étrangement Grease de Randal Kleiser avec sa bande de gominés, les épaules serrées dans leur blouson de cuir, la clope au bout du bec. Loin de l’expression populaire « C’était mieux avant », Les Mains dans les poches est parcouru par un vrai spleen et montre des jeunes nés durant la Seconde Guerre mondiale, qui sont pour ainsi dire incapables d’être heureux, de se contenter de ce qu’ils ont, qui se montrent impatients envers tout et tout le monde, qui multiplient les plaisirs éphémères, sans penser au lendemain, ni même à l’heure d’après. Jusqu’à ce que la réalité les rattrape petit à petit et les mette face à leurs responsabilités. The Lords of Flatbush est une chronique sur la perte de l’innocence de jeunes adultes, qui sortent à peine de l’adolescence (oui bon, les acteurs avaient entre 26 et 30 ans) et doivent faire avec le peu qu’ils ont dans la caboche. Une curiosité, mais aussi une vraie découverte que ces Mains dans les poches.


1958, quatre adolescents issus de la petite classe moyenne de Brooklyn, connus sous le nom de « Lords of Flatbush ». Les Lords courent après les filles, volent des voitures, jouent au billard, vont voir Tant qu’il y aura des hommes de Fred Zinnemann au drive-in, se battent dans la rue et traînent dans un bar à milk-shakes du quartier. Le sanguin Chico tente de séduire Jane, une jeune fille issue de la bourgeoisie protestante qui se montre réticente, tout en délaissant Annie, plus facile à conquérir. Le costaud Stanley met apparemment enceinte sa petite amie Frannie, qui fait pression sur lui pour qu’il l’épouse. Très intelligent, Butchey Weinstein dissimule ses capacités derrière une attitude de pitre pour mieux s’intégrer à la bande. Wimpy Murgalo, est le fidèle suiveur admiratif de Stanley.


Pourquoi passe-t-on tout ce temps dans cet endroit puant ?
Les deux metteurs en scène auraient-ils pressenti quelque chose en embauchant Sylvester Stallone ? On peut se le demander, tant ils le mettent en valeur dans Les Mains dans les poches, auquel il aurait participé au scénario, notamment pour l’étrange scène des pigeons (sûrement un hommage à Marlon Brando dans Sur les quais d’Elia Kazan), qui quelque part annonce certaines scènes de Rocky. D’ailleurs, à ce moment précis, son pote l’appelle, on vous le donne en mille, Rocky Marciano ! The Lords of Flatbush fait penser au cinéma vérité de John Cassavetes (Shadows et Faces surtout), suit le balisage tracé par Jerry Schatzberg avec Panique à Needle Park, ou bien par Martin Scorsese avec Mean Streets. Si les moyens sont visiblement peu conséquents (à peine 400.000 dollars de budget), la caméra plonge dans l’intimité des personnages, les suit, les frôle, les observe, aussi bien quand ils jouent les durs à cuir(e) que lorsqu’ils sont soudainement assaillis par le doute, la peur, avant de se redresser et d’aller taper du poing sur une bande rivale. Si l’histoire se termine sur un semblant de happy end, le mariage de Stanley et Frannie, toute la bande, dépourvue de modèles masculins stables pour les guider, n’est pas préparée pour l’avenir, même le plus proche. Ils ont certes remplacé leurs vestes en cuir par des costumes élégants et se prennent pour des hommes, mais ils sont encore loin de l’être et l’euphorie retombera vite.


Aux côtés de Sylvester Stallone, Perry King (Abattoir 5, Mandingo, la série Riptide), qui devait alors remplacer Richard Gere (viré après une violente dispute avec Sly), Henry Winkler (la même année où il décroche le rôle culte de Arthur « Fonzie » Fonzarelli dans Happy Days) et Paul Mace (La Taverne de l’enfer) complètent le quatuor paumé, la belle Susan Blakely (Nos plus belles années de Sydney Pollack et que l’on reverra dans Over the Top : Le Bras de fer de Menahem Golan), crève l’écran. Blonde et le regard azur, elle est comme qui dirait un mirage dans la vie de Chico, avant que leur différence sociale finisse par les séparer.


Avec sa photo réaliste, qui marquait les premiers pas du légendaire Edward Lachman (Dark Waters, Loin du paradis, Erin Brockovich, seule contre tous), sa réalisation parfois heurtée en raison d’une possible économie de moyens, mais qui appuie le naturalisme de l’entreprise, Les Mains dans les poches est un pur produit des années 1970, queue de comète du Nouvel Hollywood, qui allait bel et bien mourir l’année suivante avec l’arrivée sur les écrans des Dents de la mer – Jaws de Steven Spielberg. De son côté, Sylvester Stallone allait enfin interpréter Rocky…Raison de plus pour (re)découvrir The Lords of Flatbush, qui ne manque pas de charme et encore moins de qualités !


LE BLU-RAY
Disponible depuis décembre 2025 chez Colored Films, Les Mains dans les poches n’avait jamais connu de sorties en DVD et encore moins en Blu-ray. L’édition HD se présente sous la forme d’un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette et le sur-étui cartonné possèdent le même visuel, efficace, qui indique « Stallone dans son premier rôle au cinéma ». Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément sur cette édition.
L’Image et le son
Colored Films reprend le même master HD édité outre-Atlantique par Sony en décembre 2024. Une copie qui respecte les conditions de tournage originales, puisque le film a été tourné en 16mm, gonflé par la suite en 35mm pour son exploitation. En revanche, le grain paraît parfois étrangement filtré, alors que d’autres conservent cette texture argentique, grumeleuse, organique. L’ensemble est doux, brut, les couleurs sont correctes, avec des teintes de peau réalistes, les tons sont chauds, les couleurs primaires bien équilibrées, les contrastes convaincants avec des noirs profonds et denses. Attention, la définition demeure limitée en raison du matériel original, entraînant un piqué émoussé, des détails amoindris. Mais la stabilité et la propreté sont indéniables.
Sorti en France en 1978 (236.000 entrées), Les Mains dans les poches bénéficie donc d’un doublage dans la langue de Molière, que l’on retrouve sur cette édition, avec les voix de Dominique Collignon-Maurin (Sylvester Stallone), Bernard Murat (Henry Winkler) et François Leccia (Perry King). Cette piste repose essentiellement sur les voix, parfois au détriment des effets annexes. En ce qui concerne le mixage anglais, les dialogues sont dans l’ensemble clairs, à quelques rares exceptions près où les répliques manquent de corps. Les autres effets et la musique sont dynamiques, malgré un léger souffle. Les sous-titres français ne sont pas imposés.


Crédits images : © Colored Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
