Test Blu-ray / American Graffiti, réalisé par George Lucas

AMERICAN GRAFFITI par George Lucas, disponible en combo Blu-ray/DVD le 21 janvier 2020 chez Rimini Editions

Acteurs : Richard Dreyfuss, Ron Howard, Paul Le Mat, Charles Martin Smith, Harrison Ford, Cindy Williams, Candy Clark, Mackenzie Phillips, Bo Hopkins, Kathleen Quinlan…

Scénario : George Lucas, Gloria Katz, Willard Huyck

Photographie : Jan D’Alquen, Ron Eveslage

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

En 1962, Curt Henderson, Steve Bolander, Terry Fields et John Milner viennent de terminer le lycée et s’apprêtent à entrer à l’université. A la veille de la séparation, les quatre amis décident de profiter d’une dernière soirée en bonne compagnie et au fil de la nuit les groupes prennent une nouvelle forme.

Relatif succès critique, THX 1138 est timidement accueilli (euphémisme) par les spectateurs, même si le film rembourse finalement son petit budget de 800.000 dollars. Cependant, le premier long métrage de George Lucas avait conduit son producteur, Francis Ford Coppola, à réaliser Le Parrain pour le compte de la Paramount, afin de régler ses dettes. Tout cela conduit George Lucas à créer sa propre société de production, Lucasfilms, le cinéaste de 27 ans rêvant d’une totale indépendance. Le Parrain devient un immense succès mondial. Remis sur pied, Francis Ford Coppola met George Lucas au défi d’écrire et de mettre en scène une comédie, ou tout du moins un film plus « simple » et grand public que THX 1138. Après une mise en route difficile et quelques réécritures avec Willard Huyck et Gloria Katz, American Graffiti voit le jour. Comme THX 1138, le film est produit pour un budget très modeste de 750.000 dollars, tourné durant 28 jours, 28 nuits plutôt, avec un casting essentiellement composé d’inconnus ou d’acteurs venus du petit écran. A sa sortie en août 1973 et sans véritable soutien des studios Universal, American Graffiti devient rapidement un phénomène, au point de devenir l’un des films plus rentables de l’histoire du cinéma. George Lucas filme un moment suspendu, une nuit, une poignée de personnages arrivés à l’un des carrefours de leur vie respective, un pied encore dans l’enfance et donc de l’innocence, l’autre se dirigeant vers l’avenir et l’incertitude. American Graffiti est un film merveilleux, un chef d’oeuvre, sans doute le plus grand, le plus intimiste et le plus mélancolique de toute la carrière de son auteur.

Nuit d’adieux d’une bande de copains à Modesto en Californie, en août 1962. Curt Henderson (Richard Dreyfuss, deux ans avant Les Dents de la mer) et Steve Bolander (Ron Howard, qui explosera l’année suivante dans la série Happy Days, qui doit beaucoup à American Graffiti d’ailleurs), le petit ami de Laurie (Cindy Williams), la sœur de Curt, ayant tous deux terminé le lycée vont quitter leur petite ville californienne pour entamer leurs études universitaires sur la côte est. Après s’être retrouvés au Mel’s Drive-In avec leurs copains Terry Fields dit « la grenouille » (Charles Martin Smith), à qui Steve prête sa Chevrolet Impala blanche de 1958 et John Milner (Paul Le Mat), propriétaire d’un hot rod jaune, ils passent une dernière nuit à parader en voiture avec leurs petites amies le long du Strip, la grand-rue que sillonnent les véhicules rutilants de nombreux jeunes « flâneurs automobiles » à la recherche d’aventures collégiennes. Les autoradios diffusent des airs de rock ‘n’ roll et de musiciens mythiques des années 1950 et du début des années 1960. American Graffiti propose l’une des plus grandes bandes originales de tous les temps avec rien de moins que The Platters, Chuck Berryn Fats Domino, Buddy Holly, Bill Haley, The Beach Boys, Jerry Lee Lewis, Frankie Avalon, Del Shannon, Little Richard et bien d’autres. Au total, plus d’une quarantaine de chansons participent à la plongée des spectateurs au début des années 1960 et dans les quatre parties entrecroisées du film.

Curt, passe la nuit à chercher une blonde inconnue qu’il vient de remarquer au volant de son cabriolet Ford Thunderbird 1956 blanc. Espérant la retrouver, il se lie d’amitié malgré lui avec les mauvais garçons du coin, les Pharaons, avec leurs blousons estampillés et leur Mercury Coupé de 1951 Chop-Top. Vers la fin de la nuit il passe voir Wolfman Jack (dans son propre rôle et qui avait bercé l’adolescence de George Lucas), animateur de la station de radio locale pirate qui est leur idole. Terry rencontre Debbie (Candy Clark), une fille rebelle, au volant de la voiture de Steve et la séduit. John promène Carol (Mackenzie Phillips), la très jeune sœur d’une fille qu’il ne connaît même pas, et dont il aimerait bien se dépêtrer. Steve, reste avec Laurie pendant une partie de la nuit mais se dispute avec elle. Au petit matin, à la sortie de la ville, une course de dragster oppose John à Bob Falfa (Harrison Ford, dans son premier vrai rôle à l’écran), un nouveau venu en ville qui conduit une Chevrolet noire de 1955, dans laquelle il a « embarqué » Laurie dépitée par sa rupture avec Steve.

George Lucas reconstitue une époque, des ambiances, des parfums, des couleurs, qui paraissaient déjà loin alors qu’American Graffiti n’a été tourné que dix ans après les événements narrés dans le film. Entre-temps, la guerre du Vietnam et l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy ont changé à jamais le visage de l’Amérique. Certes, American Graffiti est imprégné de nostalgie, mais jamais le réalisateur ne fait l’apologie du « C’était mieux avant ». De son propre aveu, il s’est divisé lui-même à travers plusieurs personnages du film, entre le jeune sur le point de quitter son patelin pour pouvoir vivre sa vie, le passionné de bagnoles et le dragueur, le cinéaste projette ses souvenirs sur grand écran, les fait revivre le temps d’une nuit et le temps d’un film. Merveilleusement mis en scène, American Graffiti est non seulement un sublime objet de cinéma, mais aussi un film doux-amer universel (la jeunesse bruyante et désoeuvrée reste la même) et intemporel qui a su frapper les spectateurs en plein coeur. Le récit oscille souvent entre le drame et la comédie, à la fois drôle et désabusé. Cette unité de lieu, de temps et d’action se dirige vers un épilogue inattendu – avec quelques intertitres – qui clôt ces quatre aventures dispersées, ou quatre récits initiatiques, où tous les personnages devront quoi qu’il arrive faire face à leur destin.

Délicieusement rétro (la direction artistique est à se damner), mais en aucun cas poussiéreux ou figé, American Graffiti est un miracle du cinéma, qui agit comme une œuvre d’Edward Hopper. En tendant un miroir à une Amérique métamorphosée, George Lucas s’adresse finalement à chaque individu en le renvoyant à sa propre histoire, à son présent, afin que celui-ci puisse réfléchir sur ce qu’il est devenu et si ceci est est conforme ou non à ses idéaux de jeunesse, qui demeure malgré tout définitivement ancrée en chacun de nous. American Graffiti rapportera plus de cent millions de dollars sur le sol américain, obtiendra cinq nominations aux Oscars, deux Golden Globes et engendrera une suite six ans plus tard produite par George Lucas, mais réalisée par Bill L. Norton.

A ma soeur Sylvie, à mon beau-frère Nicolas.

LE COMBO BLU-RAY/DVD

Rimini Editions a mis la main sur American Graffiti ! Un titre exceptionnel bichonné par l’éditeur, qui à cette occasion a créé l’un de ses plus beaux packagings, avec un épais Digipack à deux volets, glissé dans un fourreau cartonné. Notons également le soin apporté à la sérigraphie des trois disques, qui prennent l’apparence de disques vinyles, de couleur bleue pour le Blu-ray, rouge pour le DVD comprenant le film, verte pour le DVD des suppléments (également disponibles sur l’édition HD). Le menu principal est animé sur Rock Around the Clock de Bill Haley.

Le grand supplément inédit présent sur cette édition est le commentaire audio de George Lucas, sous-titré en français et enregistré en 2011. En revanche, ceux qui auront déjà vu le making of rétrospectif, également disponible ici, n’apprendront rien de neuf puisque les propos du réalisateur reprennent globalement tout ce qui est abordé dans le documentaire de Laurent Bouzereau. Les anecdotes de tournage sont exactement les mêmes. George Lucas passe en revue le casting, la genèse d’American Graffiti, évoque ses souvenirs personnels qui ont inspiré le scénario, les conditions des prises de vue, ses intentions, ses thèmes récurrents, les partis pris (le film a été réalisé comme un documentaire), le travail sur le son et plus particulièrement sur la musique, la sortie triomphale dans les salles américaines. Alors, même si les arguments avancés n’ont rien de bien nouveau et ne complètent en rien ceux entendus dans le making of, revoir American Graffiti en compagnie de George Lucas n’a rien de déplaisant.

Revoilà donc le fameux documentaire de Laurent Bouzereau réalisé en 1998 (78’), présent sur l’édition collector du DVD Universal datant de 2004. George Lucas, ainsi que le producteur Francis Ford Coppola, certains comédiens du film (Harrison Ford, Ron Howard, Paul Le Mat, Richard Dreyfuss, Charles Martin Smith, Cindy Williams, Candy Clark, Mackenzie Phillips), le directeur de casting Fred Roos, les coscénaristes Willard Huyck et Gloria Katz, ainsi que Walter Murch, responsable du montage son et du réenregistrement, passent en revue toute la genèse, la production, le montage (la première mouture durait trois heures) et l’accueil d’American Graffiti. Les propos croisés s’enchaînent sur un rythme soutenu, l’ensemble est très joliment illustré par des photos de tournage, ainsi que par des extraits provenant des essais des acteurs, que l’on retrouvera en intégralité dans le supplément suivant.

L’autre bonus inédit est un montage compilant divers essais des comédiens (22’), de Ron Howard à Paul Le Mat, en passant par Charles Martin Smith, Richard Dreyfuss et Mackenzie Phillips, ainsi qu’un autre comédien mystère au visage flouté.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le master proposé ici est le même que celui édité par Universal il y a quelques années. American Graffiti a été tourné en Techniscope, car le CinémaScope coûtait trop cher à la production. Le film bénéficie donc du 35mm et du cadre large, tout en ayant une texture proche du 16mm, support idéal pour George Lucas qui voulait donner à son film un aspect documentaire et d’un juke-box. Ce master HD a certes quelques heures de vol, mais s’en tire admirablement avec une copie très propre, des contrastes qui ravissent souvent les yeux, un grain argentique élégant et des couleurs bigarrées. Quelques plans flous et un léger bruit vidéo. American Graffiti est essentiellement tourné de nuit, sauf son épilogue, et il est très largement conseillé de le visionner dans une salle très peu éclairée.

Pas de remixage 5.1 à l’horizon. Les pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 2.0 assurent le confort acoustique, et plus particulièrement en ce qui concerne l’environnement musical. La version originale l’emporte sur son homologue. Plus naturelle et mieux équilibrée, la V.O. est harmonieuse, restitue les volontés artistiques de George Lucas et de son monteur son Walter Murch en jouant sur l’omniprésence la radio et du rock à chaque coin de rue. En français, où l’on reconnaîtra les voix de Bernard Burat (pour Richard Dreyfuss) et de Pierre Arditi (pour Paul Le Mat), les dialogues sont poussés bien trop en avant et la musique sature très légèrement par moments.

Crédits images : © Rimini Editions / Universal Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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