Test DVD / No Room for the Groom, réalisé par Douglas Sirk

NO ROOM FOR THE GROOM réalisé par Douglas Sirk, disponible le 28 janvier 2020 en DVD chez Elephant Films.

Acteurs : Tony Curtis, Piper Laurie, Don DeFore, Spring Byington, Lillian Bronson, Paul McVey, Stephen Chase, Lee Aaker, Jack Kelly, Frank Sully…

Scénario : Joseph Hoffman d’après le roman de Darwin L. Teilhet

Photographie : Clifford Stine

Musique : Frank Skinner

Durée : 1h19

Année de sortie : 1952

LE FILM

Le jeune Alvah s’enfuit à Las Vegas en compagnie de la fille de sa propriétaire et les deux tourtereaux se marient. Mais Alvah est malade et la nuit de noce sera pour plus tard… beaucoup plus tard en réalité, puisqu’il part combattre en Corée. Quand une permission lui permet de rejoindre son épouse, les choses ne vont guère mieux. Sa maison est investie par sa belle-famille, qui ignore encore tout du mariage…

Avant de devenir le maître incontesté du mélodrame dès 1954 avec des titres tels que All I Desire, Le Secret magnifique, Tout ce que le ciel permet, Demain est un autre jour, Le Temps d’aimer et le Temps de mourir, Mirage de la vie, le cinéaste allemand d’origine danoise Douglas Sirk (1897-1987), de son vrai nom Hans Detlef Sierck, faisait encore ses classes au sein des studios hollywoodiens. Avant de quitter l’Allemagne suite à la montée du nazisme, le cinéaste possédait déjà de nombreux succès derrière lui avec les drames Les Piliers de la société (1935) et Paramatta, bagne de femmes (1937). Installé aux Etats-Unis, Douglas Sirk reprend le travail à l’instar de ses compatriotes exilés et se plie aux volontés du studio Universal avec lequel il signe un contrat. Après le sublime drame aux allures de film policier Tempête sur la colline, le réalisateur s’essaye à la comédie dite de slapstick avec No Room for the Groom en 1952. Et c’est un enchantement. Magistralement mis en scène avec une énergie toujours aussi contagieuse près de 70 ans après, ce divertissement de haute volée est aussi l’un des premiers films en vedette de l’immense Tony Curtis, qui donne la réplique à la délicieuse Piper Laurie. Les deux comédiens en étaient d’ailleurs à leur troisième collaboration, après Le Voleur de Tanger The Prince Who Was a Thief (1951) de Rudolph Maté et Le Fils d’Ali BabaSon of Ali Baba (1952) de Kurt Neumann. S’ils allaient se donner la réplique pour la dernière fois dans Les Bolides de l’enfer – Johnny Dark (1954) de George Sherman, les deux acteurs pétillants prennent définitivement leur envol avec No Room for the Groom, fantastique comédie débridée, moderne, culottée, en plus d’être superbe à regarder.

Alors qu’il vient juste d’être appelé sous les drapeaux, Alvah s’enfuit à Las Vegas en compagnie de sa petite amie Lee pour se marier en secret. À peine installé à l’hôtel, Alvah est atteint de la varicelle et conduit tout droit à l’hôpital. Privé de sa nuit de noces puis soigné, il embarque pour la Corée. De retour pour une permission de dix jours, il est persuadé de pouvoir rattraper le temps perdu. Mais il constate que la famille de Lee s’est installée dans sa maison et qu’elle n’a pas parlé de son mariage à sa famille. Sa mère a assemblé autour d’elle les membres de sa famille qui lui doivent aussi leur emploi dans la cimenterie de Herman Strouple et qui sont à ses petits soins. Elle simule une maladie de cœur pour garder Lee près d’elle et la persuade qu’elle ferait mieux d’épouser Herman Strouple, le puissant patron de la cimenterie.

Il y a des réalisateurs qui transcendent une œuvre de commande. C’est le cas de No Room for the Groom de Douglas Sirk, porté par deux valeurs montantes des studios Universal, Tony Curtis et Piper Laurie. Avec ce film, les deux comédiens explosent littéralement à l’écran et livrent une partition burlesque toute en spontanéité et pleine de charme. Loin des mélodrames qui feront sa renommée internationale peu de temps après, Douglas Sirk démontre son sens du rythme, du gag et de la répartie. Avec cette comédie menée à cent à l’heure, le spectateur n’a guère le temps de souffler, emporté dans un tourbillon de quiproquos délicieux, coquins et où la tension sexuelle se ressent comme rarement à l’époque. Visiblement conquis par les enjeux moraux et sociaux de l’histoire, le réalisateur confronte et oppose ses personnages englués dans les valeurs familiales traditionnelles. Derrière la comédie sociale et familiale, genre alors très en vogue à Hollywood au début des années 1950, No Room for the Groom est en réalité un portrait corrosif réalisé au vitriol de la famille américaine.

La même année, Douglas Sirk récidive dans la comédie. Ce sera Qui donc a vu ma belle ?Has Anybody Seen My Gal ?, qui sera non seulement son premier film en couleur, mais aussi sa rencontre avec celui deviendra son acteur fétiche, Rock Hudson.

LE DVD

Après une première édition en DVD chez Carlotta Films en 2008, No Room for the Groom revient dans les bacs sous les couleurs d’Elephant Films, toujours en édition standard. La collection Douglas Sirk s’agrandit chez l’éditeur, puisque No Room for the Groom rejoint Le Mirage de la vie, La Ronde de l’aube, Le Temps d’aimer et le temps de mourir, Les Ailes de l’espérance, Les Amants de Salzbourg, Ecrit sur du vent, Capitaine Mystère, Demain est un autre jour, Tout ce que le ciel permet, Le Secret magnifique, Le Signe du Païen, All I Desire, Le Joyeux Charlatan et Tempête sur la colline. Le visuel est donc typique de cette collection. Jaquette réversible avec affiche originale. Cette édition comprend également un livret intitulé Deux ou trois choses que je sais de Douglas Sirk, réalisé par Louis Skorecki (12 pages). Le menu principal est fixe et musical.

En plus d’un lot de bandes-annonces et des credits du DVD, nous trouvons un portrait de Douglas Sirk réalisé par Jean-Pierre Dionnet (9’), dont il s’agit de l’un des réalisateurs fétiches. Le producteur, scénariste, journaliste, éditeur de bande dessinée et animateur de télévision lui consacre ce petit module, dans lequel il parcourt rapidement les grandes phases de sa carrière, ses thèmes et comédiens récurrents, les drames qui ont marqué sa vie, son regain de popularité dans les années 1970 grâce à la critique française et quelques réalisateurs (Fassbinder, Almodóvar) alors que le cinéaste, devenu aveugle, était à la retraite en Allemagne.

La grande nouveauté sur cette édition provient de l’excellente intervention Denis Rossano, auteur du roman Un père sans enfant (Allary Editions), lauréats du prix Révélation 2019 de la Société des Gens de Lettres. L’invité d’Elephant Films propose un brillant exposé de plus d’une heure durant lequel il met en parallèle les œuvres les plus célèbres de Douglas Sirk (dont il retrace également le parcours), avec la tragique disparition de son fils Klaus Detlef Sierck (à 19 ans, sur le front de l’Est), que le réalisateur avait eu avec sa première femme, une actrice ratée devenue une nazie fanatique. Douglas Sirk était alors metteur en scène de théâtre dans les années 20 et réalisateur apprécié de Goebbels dans les années 30. Avant de fuir l’Allemagne et de conquérir Hollywood, Douglas Sirk divorce en 1928. Son ex-femme lui interdit de voir son fils de quatre ans dont elle fera un enfant star du cinéma sous le Troisième Reich. Le père ne reverra jamais son fils, sauf à l’écran. S’il s’est très rarement exprimé sur ce sujet, l’esprit de son fils plane très souvent dans les films de Douglas Sirk. Denis Rossano, alors étudiant en cinéma, avait rencontré Douglas Sirk dans les années 1980 et avait décidé de mener son enquête sur ce qui était arrivé au fils du cinéaste. Cet entretien, illustré par quelques extraits de films, vous donnera non seulement envie de vous replonger dans l’une des œuvres les plus fantastiques du cinéma, mais aussi celle de dévorer ce superbe roman.

L’Image et le son

Le grain est parfois trop lissé à notre goût. Toutefois, on ne peut qu’apprécier de redécouvrir cette comédie romantique de Douglas Sirk dans de telles conditions techniques. Le point fort de ce nouveau master restauré étant sans nul doute sa clarté retrouvée. Certains diront que de légères scories ont été décelées ainsi que divers troubles et griffures, mais rien de bien alarmant. Les contrastes sont traités avec une belle délicatesse.

L’acoustique de cette édition s’avère très plaisante mais on ne peut échapper à divers craquements et saturations. La musique accompagne les dialogues de manière très harmonieuse. Les voix des comédiens demeurent claires et l’ensemble possède une dynamique exquise dépourvue du moindre souffle. Pas de version française et les sous-titres ne sont pas imposés.

Crédits images : © Elephant Films / Universal Studios / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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