
DEUX MÂLES POUR ALEXA (Fieras sin jaula) réalisé par Juan Logar, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 6 octobre 2026 chez Artus Films.
Acteurs : Juan Luis Galiardo, Curd Jürgens, Rosalba Neri, Emma Cohen, Eduardo Calvo, Franco Marletta, Mario Della Vigna, Manolo Otero…
Scénario : Francesco Campitelli & Juan Logar
Photographie : José F. Aguayo & Igino Fiorentini
Musique : Piero Piccioni
Durée : 1h22
Date de sortie initiale : 1971
LE FILM
La jeune et jolie Alexa accepte d’épouser le riche et vieillissant Roland selon un pacte tacite : il entretient son oisiveté et elle le laisse profiter de sa jeunesse. Mais lorsque Alexa entame une relation torride avec le vigoureux Pierre, Roland prépare sa vengeance. Il invite les deux amants dans une de ses villas en Normandie.

Depuis dix ans, si vous nous suivez (et nous vous en remercions grandement), nous n’avons jamais caché notre admiration pour la comédienne Rosalba Neri (née en 1939), vue dans À la recherche du plaisir de Silvio Amadio, Furie au Missouri d’Alfonso Brescia, Hercule contre les vampires de Mario Bava, Opération Re Mida (Lucky l’intrépide) et 99 femmes de Jess Franco, Lady Frankenstein de Mel Welles et Ursus l’invincible de Gianfranco Parolini…Aussi bien demandée en Italie qu’en Espagne, la comédienne, qui a tout de même tourné avec Roberto Rossellini, Raoul Walsh, Anthony Mann, Lucio Fulci et bien d’autres, s’en va cette fois de l’autre côté des Pyrénées pour un thriller domestique, faussement vendu sous l’étiquette d’un giallo de machination ibérique. Deux mâles pour Alexa, connu également sous les titres Fauves en liberté ou Prison de fauves, ou bien encore Fieras sin jaula (« fauves sans cage ») et Due Maschi per Alexa, est une ode à Rosalba Neri, qui crève l’écran, le pulvérise par son talent, sa beauté, son érotisme insolent. Le scénario malin coécrit par le réalisateur et Francesco Campitelli, habituellement production manager (La Grosse pagaille, Devilman le diabolique), se concentre essentiellement sur un trio de personnages, pris dans une spirale sexuelle, dont personne ne sortira indemne. Grosse surprise, alors que le premier tiers du film n’est pas encore terminé, énorme rebondissement qui rebat les cartes. Le cinéaste entreprend de raconter ce qui s’est déroulé quelques mois auparavant, pour expliquer comment les protagonistes en sont arrivés là. On retiendra quelques scènes bien perverses, ainsi que le corps nu de Rosalba Neri, excellemment photographié par Igino Fiorentini (Maintenant, on l’appelle Plata, Cul et chemise) et José F. Aguayo (Le Couteau de glace, El Pico et sa suite), qui demeure la grande attraction de ces Deux mâles pour Alexa.


Alexa est une jeune femme vivant à Paris. Bien qu’elle soit mariée à Ronald, un homme très riche mais beaucoup plus âgé qu’elle, elle le trompe avec Peter et passe son temps libre avec lui dans une villa normande surplombant la mer. Alors qu’ils sont au lit, Ronald débarque, il n’était pas en Suède pour un voyage d’affaires comme il l’avait dit. Il tient une arme. Secoués par ce qui se passe, ils se retrouvent dans l’impossibilité de sortir de cette chambre. Alexa se souvient, et sa mémoire la ramène aux événements qui l’ont conduite à cet épilogue : elle était étudiante à l’université, encline à abandonner ses études au profit d’une vie de plaisirs faciles, d’argent et de mondanités. À l’époque, elle entretient une relation amoureuse avec Filippo, un ami proche qui éprouve pour elle un amour tendre, qui n’est pas réciproque car Alexa, bien qu’elle l’aime, est fatiguée par la simplicité de ce garçon. Alexa a ensuite fait la connaissance de Ronald par l’intermédiaire de sa fille, Caterina, une amie d’Alexa depuis ses études universitaires. Il a rencontré Ronald au mariage de Caterina, un homme affable, gentil et veuf depuis longtemps, et Alexa a réussi à le faire tomber amoureux d’elle en faisant appel au désir de Ronald de retrouver sa vigueur et sa jeunesse perdue, considérant ses meilleures années comme un lointain souvenir. Alexa représentait pour lui l’espoir illusoire d’un nouveau départ et lorsqu’il lui a demandé de devenir sa femme, elle n’a naturellement accepté que parce qu’elle voulait son argent. Catherine avait toujours désapprouvé leur mariage, sachant que les sentiments d’Alexa n’étaient alimentés que par sa soif d’argent et de vie facile.


Ne vous en faîtes pas, nous n’avons pas révélé le premier twist, celui qui entraîne l’impossibilité d’Alexa et de son amant de sortir de la chambre. L’histoire pose intelligemment ses personnages, notamment Pietro (Juan Luis Galiardo, vu dans L’Appel de la forêt de Ken Annakin, Antoine et Cléopâtre de Charlton Heston), ce jeune artiste peintre sans scrupules, dont Alexa va instantanément tomber sous le charme.


Deux mâles pour Alexa est un drame amoral, où celui qui est le plus attachant est celui campé par Curd Jürgens, juste avant qu’il s’envole rejoindre Romain Gary pour Kill. S’il paraît tout d’abord froid comme la mort, le visage figé, son mètre 90 bien tendu, Ronald est révélé petit à petit, un homme seul, souffrant de sa solitude d’ailleurs, apeuré de finir ses dernières années sans épouse à ses côtés.


C’est là que, miraculeusement (ou pas évidemment), apparaît Alexa dans son existence. Si le film se perd quelque peu dans la dernière partie, celle où les amants imaginent ce qui aurait pu se passer si…, avec quelques scènes et surtout certains dialogues qui manquent de légèreté on va dire, Deux mâles pour Alexa réserve son lot de surprises et saura contenter les amateurs du genre.


LE COMBO BLU-RAY + DVD
Première sortie du mois d’octobre pour Artus Films, qui revient au thriller espagnol, avec Deux mâles pour Alexa. Comme à son habitude, l’éditeur a soigné le packaging, les deux disques étant disposés dans un Digipack à deux volets, le tout glissé dans un fourreau cartonné aux couleurs habituelles. Le menu principal est fixe et musical.


Emmanuel Le Gagne (Culturopoing) et Sébastien Gayraud (écrivain et conférencier, spécialiste de l’horreur et du cinéma d’exploitation) se retrouvent pour nous présenter Deux mâles pour Alexa (43’). Si vous désirez en savoir plus sur le film qui nous intéresse aujourd’hui, vous pouvez accélérer ce module jusqu’à la 34è minutes, mais ce serait dommage. En effet, les deux complices d’Artus Films proposent pendant la première demi-heure un panorama complet du « giallo espagnol », ou plutôt du thriller de machination ibérique, hérité (ou pas, selon ce qui est dit ici) du giallo italien qui battait son plein dans les salles du monde entier. Armez-vous d’un stylo et d’un papier, car vous entendrez parler d’une multitude de titres, tous aussi attractifs. En ce qui concerne Deux mâles pour Alexa, les deux intervenants expriment quelques doutes sur l’interprétation de Juan Luis Galiardo, reviennent sur le casting, le clin d’oeil aux Diaboliques de Henri-Geoges Clouzot, ainsi que sur les thèmes du film.

L’interactivité se clôt sur un Diaporama d’affiches et de photographies de Deux mâles pour Alexa.
L’Image et le son
Le master HD restauré 2K de Deux mâles pour Alexa s’inscrit dans la continuité des restaurations des films d’Eloy de la Iglesia édités par Artus Films. Les couleurs sont fraîches, les contrastes demeurent solides, la copie est propre (en dehors de quelques rayures), stable, la carnation est naturelle et le piqué agréable. La texture argentique est préservée, certains plans flous semblent l’être d’origine (quelques scènes dans la chambre confinée). Notons que le grain paraît plus rugueux sur les scènes sombres et nocturnes, qui s’accompagnent également de sensibles pertes de la définition. Blu-ray au format 1080p. Et pour répondre à votre question, non, les inserts pornographiques qui avait été ajoutés au montage dans quelques pays européens, ne sont pas disponibles ici.

Comme Deux mâles pour Alexa a été exploité en France, nous retrouvons une piste dans cette chère langue de Molière sur ce Blu-ray. Celle-ci s’avère suffisamment dynamique, claire, quand bien même le doublage laisse à désirer. La version originale aux sous-titres français non imposés dispose quant à elle d’une restauration satisfaisante. L’écoute est frontale, riche et vive. Le confort acoustique est assuré, même si un léger souffle se fait ressentir.


Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
