Test DVD / Vivaldi et moi, réalisé par Damiano Michieletto

VIVALDI ET MOI réalisé par Damiano Michieletto, disponible en DVD et Blu-ray le 1er septembre 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Tecla Insolia, Michele Riondino, Fabrizia Sacchi, Andrea Pennacchi, Valentina Bellè, Stefano Accorsi, Hildegard De Stefano, Miko Jarry…

Scénario : Ludovica Rampoldi & Damiano Michieletto, d’après le roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa

Photographie : Daria D’Antonio

Musique : Fabio Massimo Capogrosso

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Au début du XVIIIe siècle, l’Ospedale della Pietà à Venise recueille et forme de jeunes orphelines à la musique. Dissimulées au public, souvent masquées ou derrière une grille, l’orchestre de jeunes filles se produit pour les riches mécènes de l’institution. Cecilia, vingt ans, y excelle en tant que violoniste. Jusqu’au jour où l’arrivée d’un nouveau maître de musique, Antonio Vivaldi, vient bousculer sa vie et celle de l’Ospedale.

Nous ne sommes pas spécialistes et donc nous ne vous ferons pas croire que nous connaissons l’histoire d’Antonio Vivaldi sur le bout des doigts, pour situer dans sa vie le récit du film qui nous intéresse aujourd’hui. Vivaldi et moi ou Primavera en version originale, le titre italien faisant évidemment référence à l’une des Quatre Saisons, est le premier long-métrage de Damiano Michieletto, célèbre metteur en scène italien (né en 1975), né à Venise comme Vivaldi, éminence dans le monde de l’opéra, dont les créations ont été jouées dans les plus grandes salles du monde entier. On le retrouve à la barre de ce Vivaldi et moi, qui a connu un très beau succès des deux côtés des Alpes. Il s’agit ici de l’évocation d’un épisode spécifique de l’existence du légendaire compositeur, alors à l’aube de ses 40 ans, qui revient dans sa ville natale, après que, comme l’indique une réplique « les choses n’aient pas tourné à son avantage ». Aux abois, alors qu’aucune cour ne veut de lui, Vivaldi débarque à l’hospice Della Pietà, où son talent est chichement récompensé pour apprendre la musique à de jeunes orphelines. Sur une reconstitution sobre et réaliste, le réalisateur livre un film passionnant sur l’amour, la fièvre, la nécessité de jouer, de créer, de composer. Excellemment interprété par Tecla Insolia, récompensée par le David di Donatello en 2025 pour L’Art de la joie – L’Arte della gioia de Valeria Golino, et Michele Riondino, connu pour avoir campé la version « jeune » du commissaire Montalbano, Vivaldi et moi est une véritable expérience sensorielle, froide et austère en apparence, mais dont l’émotion et les sentiments des personnages explosent au moment des représentations musicales, durant lesquelles ceux-ci peuvent enfin s’exprimer et ouvrir leur coeur. Un très beau film.

Venise, 1716. Cecilia est une jeune enfant trouvée, recueillie à l’Ospedale della Pietà. Elle a environ 16 ans, et supporte mal la discipline très stricte de l’institution, dans laquelle elle vit quasiment cloîtrée. Elle est une violoniste avertie, membre de l’orchestre de jeunes filles de l’Ospedale. Ces dernières apprennent en effet à jouer d’un instrument et jouent dans l’église de l’institution, dans la tribune, masquées aux yeux du public, composé de familles nobles de la ville. La nuit, elle écrit en secret des lettres à sa mère, qu’elle n’a pas connue, dans lesquelles elle exprime son ressentiment et son désarroi face à l’abandon dont elle a été l’objet, et son désir que celle-ci vienne la chercher. Les jeunes filles de l’institution sont fréquemment destinées à un mariage avec une personne de condition, mais cela implique qu’elles abandonnent la musique, une fois mariées. Violoniste talentueuse, Cécilia est promise en mariage au comte de Sanfermo, qu’elle doit épouser dès son retour de la guerre contre les Turcs. Ce type de mariage se fait contre un don substantiel à l’Ospedale, ce qui lui permet de continuer à vivre. Cependant, la concurrence d’autres ensembles musicaux se fait sentir, et les donations pour l’Ospedale della Pietà diminuent. L’institut nomme alors Antonio Vivaldi nouveau maestro des jeunes musiciennes. Vivaldi est prêtre, de santé fragile et déchu après un passage raté comme impresario. Il nomme, à la surprise générale, Cecilia premier violon de l’orchestre. 

C’est une relation de maître à élève, une passion qui ne s’exprime qu’à travers la musique, qu’à travers la rage avec laquelle Cecilia s’approprie la partition que Vivaldi lui demande d’assimiler. Il lui explique qu’elle n’est peut-être pas la plus talentueuse du groupe, mais qu’elle seule joue avec intensité, entièrement, non pour la gloire et les louanges. La première scène, celle où les chatons trouvés sont mis directement dans un sac en toile de jute par la mère supérieure pour être abandonnés, donne le ton. Pas de place au sentimentalisme, à l’émotion dans cet orphelinat, où les jeunes pensionnaires ont elles aussi été trouvées alors qu’elles n’étaient encore de jeunes nourrissons. Cecilia, comme les autres orphelines, sont pour ainsi dire interchangeables, sont vêtues de la même façon, se déplacent pareil, la tête basse.

On leur enseigne la musique et c’est bien là leur seule échappatoire. Elles doivent demeurer cachées aux yeux du public. Certaines resteront à vie dans cet établissement, d’autres retrouveront leur mère, d’autres seront mariées à des inconnus de haut rang. C’est ce qui est prévu pour Cecilia, dont le futur époux, le comte de Sanfermo (Stefano Accorsi, suintant à souhait) est pour l’instant retenu sur le front. Mais en attendant, le quotidien de la jeune femme s’éclaire avec sa nouvelle mission, être le premier violon de Vivaldi. Ce dernier et Cecilia ont ce caractère rebelle, sauvage, qui les distingue. Chacun se reconnaît dans l’autre. Grâce à Vivaldi et à sa musique, Cecilia trouvera le courage de changer sa situation, au point de vouloir fuir de l’institution à la recherche d’elle-même.

Tiré du roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa, prix Strega en 2009, Vivaldi et moi est un roman d’émancipation, un récit initiatique moderne, qui suit l’itinéraire d’une adolescente entrant dans le monde adulte et qui décide de s’affranchir du destin qu’on a déjà tracé pour elle. Passionnant, séduisant, enivrant lors de ses scènes de concert, photographié avec élégance en privilégiant la lumière naturelle, Vivaldi et moi n’a assurément pas démérité son succès.

LE DVD

Après son beau succès dans les salles françaises (avec près de 350.000 entrées), Vivaldi et moi bénéficie d’une sortie en DVD et en Blu-ray chez Diaphana. Nous nous penchons aujourd’hui sur l’édition Standard. La jaquette repend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Le seul bonus disponible sur cette édition est un reportage tiré du JT de TF1 d’Audrey Crespo-Mara, diffusé au 20h à l’occasion de la sortie au cinéma de Vivaldi et moi (5’). On nous propose de partir sur les traces des jeunes filles orphelines « oubliées », recueillies à Venise et dont certaines sont devenues musiciennes. Vivaldi et moi s’inspire de l’histoire de l’une d’entre elles. Le chef décorateur du film Gaspare De Pascali nous dévoile les véritables lieux de l’action, reconstitués pour le tournage.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce française.

L’Image et le son

Nous n’avons donc pas eu l’édition HD entre les mains et devrons nous contenter du DVD, qui s’en tire avec les honneurs, même si le Blu-ray était tout indiqué pour profiter de la beauté des extérieurs, de Venise et de ses environs. Les couleurs demeurent volontairement éteintes, rares sont les éclats chromatiques, le piqué est aiguisé (évidemment moins qu’en HD), les détails sont convaincants et les contrastes équilibrés. Quelques pertes de la définition sont constatées lors des nombreuses scènes sombres ou nocturnes, le rendu des textures s’en trouve amoindri.

Seule la version italienne est proposée en Dolby Digital 5.1, alors que la piste française doit se contenter d’une simple Stéréo. Évidemment, la première instaure un concourt acoustique plus large, surtout au moment des envolées musicales, plaçant le spectateur au centre de la représentation. De plus, les effets annexes sont riches, les voix délicatement posées sur la centrale, la partition de Fabio Massimo Capogrosso enveloppante. Indéniablement l’option à privilégier. La langue italienne est de plus disponible en Stéréo, qui devrait aussi contenter celles et ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Quant à la version française, déconseillée, à moins d’être tout à fait réfractaire à la V.O., celle-ci est acceptable, mais ne possède pas le charme de son homologue.

Crédits images : © Diaphana / Moana Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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