
ROMERÍA réalisé par Carla Simón, disponible en DVD & Blu-ray le 15 septembre 2026 chez Ad Vitam.
Acteurs : Tristán Ulloa, José Ángel Egido, Llúcia Garcia, Mitch Martín, Celine Tyll, León Romagosa, Hans Romagosa, Marina Troncoso…
Scénario : Carla Simón
Photographie : Hélène Louvart
Musique : Ernest Pipó
Durée : 1h51
Date de sortie initiale : 2026
LE FILM
La jeune étudiante Marina, enfant adoptée, recherche des papiers administratifs pour s’inscrire à l’université, en école de cinéma. S’ensuit alors la longue histoire de la vie de sa famille d’origine, ses secrets et ses drames, qu’elle découvre au fur et à mesure de ses recherches, dans un voyage initiatique sur les traces de sa propre histoire, dans la ville galicienne de Vigo.

C’est un coup d’éclat, un coup de foudre, un coup au coeur et à l’âme que ce troisième long-métrage de Carla Simón (née en 1986), révélée en 2017 avec Été 93, largement récompensé à travers le monde. À l’instar de ses œuvres précédentes, la réalisatrice s’inspire de ses parents biologiques, décédés du sida, leur disparition prématurée ayant forcément laissé de nombreuses questions, qui n’auront sans doute jamais de réponse. À travers son art, Carla Simón n’a eu de cesse d’aller à la recherche de ce qui lui manque, de recréer un passé qu’elle n’a pas connu, celui de ceux qui lui ont donné la vie et qui sont morts quand elle avait trois ans (pour son père) et six ans (en ce qui concerne sa mère). Romería cristallise tout ce que la cinéaste avait fait jusqu’à présent et apparaît comme un film-somme définitif, comme une conclusion cohérente après Été 93 – Estiu 1993 et Nos soleils – Alcarràs (2022, récompensé par l’Ours d’or), mais aussi quelques-uns de ses courts-métrages, notamment Llacunes (2016), qui est plus ou moins « intégré » à Romería et ce dès l’introduction. La réalisatrice catalane atteint les sommets avec Romería, sélectionné en compétition officielle de la 78e édition du Festival de Cannes en 2025, chef d’oeuvre de 2026, cadeau pour les cinéphiles, expérience sensorielle à part entière, qui révèle une jeune actrice exceptionnelle, Llúcia Garcia (née en 2006), dont on entendra très certainement parler dans le futur. Retenez bien ce nom.



Afin d’obtenir un document d’état civil lui permettant l’accès à une bourse pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance par sa tante maternelle, doit renouer avec une partie de sa famille paternelle. Elle se rend à Vigo, en Galice, où vivent oncles, tantes et grands-parents. Elle rencontre d’abord son oncle Lois qui, aux côtés de sa femme et de ses enfants, grands adolescents, l’héberge avec chaleur sur son magnifique voilier, puis ses tantes Olalla, qui tient un magasin de robes de mariée, et Virxinia, et enfin son oncle Iago. Marina les questionne sur l’histoire de ses parents morts, l’un du sida, l’autre d’un accident, alors qu’elle n’était encore qu’une toute petite fille, mais personne ne semble s’accorder sur les mêmes éléments biographiques.


Jour 1 – Vais-je apprendre quelque chose sur mes parents biologiques ?
Marina entend tout et son contraire au cours de son périple. « Elle est le portrait craché de sa mère ! » et « Tu ne ressembles pas du tout à ta mère ! », « Tes parents ont habité ici » ou « Mais non, ils ont habité là ! », « Ton père est mort en telle année » et « Mais non, il est mort plus tard ». Marina est perdue dans cette famille qu’elle connaît à peine, se distingue avec sa robe rouge au milieu de l’agitation, mais reste au milieu de la pièce, observe, cherche des éléments qui pourraient l’aider dans ses recherches. L’immeuble donnant sur la mer où auraient vécu ses parents, apparaît comme le seul phare pouvait éclairer son enquête. Pas étonnant que l’imagination de Marina l’emmène vers ce point plus tard dans le film. Si Été 93 mêlait réalité et fiction en racontant la petite enfance de la réalisatrice, ce moment où elle s’installait dans sa famille après le décès de ses parents, Romería prolonge cette quête de savoir.


Marina est essentiellement guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée. Elle se rend ainsi sur la côte Atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connaissait pas. Sa présence fait évidemment ressurgir le passé, ravive le souvenir de ses parents, révèle des secrets jusqu’à présent enfouis, les hontes (on évitait de parler du sida, de l’addiction à l’héroïne rendue « disponible » durant la Transition démocratique et la Movida), les non-dits.


Jour 2 – Quelle personne serais-je si j’avais grandi dans la famille de mon père ?
Pour l’heure, Marina filme en DV son voyage en Galice, avec lequel elle commence à « écrire » sa propre existence, avec les bases qu’elle détient, avec celles qu’elle découvre, avec celles qu’elle viendra à imaginer. C’est peu dire que Llúcia Garcia crève l’écran dans Romería, pour lequel elle a été récompensée par le prix Gaudí de la meilleure révélation. Son hyper-sensibilité à fleur de peau, son naturel, son charisme solaire foudroient à chaque instant, l’actrice étant de chaque séquence, de chaque scène, de chaque plan. Le contraste est particulièrement troublant quand elle incarne Marina et sa mère durant l’acte onirique, où la jeune femme imagine la vie de ses parents dans les années 1980.


Jour 3 – Être du même sang, signifie-t-il être de la même famille ?
Carla Simón projette ses propres fantasmes, s’invente un passé, pour aller de l’avant, car il faut continuer à avancer. Tous les comédiens sont exceptionnels dans Romería, y compris le jeune débutant Mitch, musicien de rock, qui partage l’affiche (l’une des plus belles de 2026) avec Llúcia Garcia, la photo lumineuse est belle à se damner et malgré le sujet complexe, pour ne pas dire douloureux, le film reste positif, sensuel. Ou comment panser les plaies en pensant déjà à la cicatrisation, renvoyant la douleur à un moment éphémère, pour finalement se concentrer sur l’essentiel, le présent. Somptueux, bouleversant, érotique aussi, Romería est étonnamment reparti bredouille de la Croisette, mais a su ravir et renverser le coeur des spectateurs français, le film ayant dépassé la barre des 100.000 spectateurs dans nos contrées.



LE BLU-RAY
Romería a connu le succès des deux côtés des Pyrénées, avec 120.000 entrées en France et deux fois plus en Espagne. Chez nous, c’est Ad Vitam qui prend en charge le film de Carla Simón, en DVD et en Blu-ray. Le visuel de la jaquette reprend celui de la magnifique affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

On démarre l’interactivité par un court-métrage de Carla Simón intitulé Lipstick (9’, 2013). Sophia et Oliver sont deux petits frères et sœurs qui jouent chez leur grand-mère. Cependant, leurs jeux sont interrompus lorsque Oliver se rend compte que sa grand-mère ne bouge plus. Ils rencontrent la mort pour la première fois et doivent y faire face, seuls. « J’ai été confrontée à la mort très tôt, c’est pourquoi les enfants face à la mort sont un sujet que j’ai toujours voulu explorer. Dans quelle mesure un enfant peut-il être conscient de la mort ? Comment un enfant y fait-il face ? Peut-il mal l’interpréter ? Les adultes pensent généralement que les enfants ne peuvent pas comprendre la mort, et ils utilisent des euphémismes pour leur expliquer ce que c’est. Mais d’après mon expérience personnelle, je pense qu’ils sont vraiment capables de la comprendre, à leur manière. Lipstick se déroule dans une sorte de monde poétique, où les spectateurs apprécieront la douceur des enfants qui jouent jusqu’à ce que la mort s’insinue et apporte sa noirceur dans le jeu, déplaisant au public avec un mélange d’émotions douces et aigres. » Carla Simón. Tourné en N&B, Lipstick est un remarquable court-métrage, une formidable ouverture sur l’oeuvre de la réalisatrice.




L’autre court-métrage proposé par Ad Vitam est Llacunes (15’, 2016). Un film expérimental centré sur la mère de Carla Simón, qui juxtapose la lecture de ses lettres à un voyage dans les lieux où elle les a écrites. Oeuvre matricielle, qui inspirera aussi bien Été 93 – Estiu 93, son premier long-métrage, mais aussi Romería, puisque le cinéaste y reprend même certains dialogues et quelques répliques, Llacunes dévoile l’intimité de Carla Simón. Le film s’ouvre et se clôt sur des images de sa mère, tournées en Super8, à qui elle s’adresse, avant de tenter d’en dresser le portrait à travers sa correspondance, de 1964 à 1993. Si vous avez aimé Romería, précipitez-vous sur Llacunes, qui peut se voir à la fois comme un prologue et même comme un épilogue.



En plus de la bande-annonce et du dossier de presse, Ad Vitam propose aussi une passionnante interview de Carla Simón (16’30). La réalisatrice expose tout d’abord la genèse de Romería, « un film sur la mémoire, né de Llacunes, avec le désir de raconter, non sans mal, l’histoire de ma mère biologique », morte du sida quand elle avait six ans et dont elle n’a quasiment pas de souvenirs. Après avoir filmé les lieux décrits par sa mère dans ses lettres, Carla Simón a suivi ses traces, mais Romería lui permettait d’explorer les souvenirs qu’elle n’avait pas, grâce au cinéma, pour combler les trous, pour « créer » en fait ses souvenirs. Les partis-pris et les intentions de la réalisatrice sont analysés (« faire comme un film enquête », « être capable d’imaginer à partir des éléments rassemblés, en adoptant un ton un peu plus fantastique, plus imaginaire, plus onirique », « rendre hommage à la génération de nos parents »). Carla Simón donne la signification du titre, Romería reflétant l’idée de pèlerinage, un voyage spirituel, presque religieux, revient sur le fléau de l’héroïne dans l’Espagne post-franquiste, ainsi que sur le casting du film.

L’Image et le son
La définition est optimale et fait la part belle à une magnifique colorimétrie. Ce transfert HD de Romería ne cesse de flatter les mirettes avec une luminosité omniprésente et un piqué incisif. Les séquences extérieures, particulièrement celles se déroulant en pleine mer, sont les mieux loties avec un soleil qui transperce les paysages et l’eau. La palette est vive, chaude et bigarrée (photo signée Hélène Louvart, remarquée pour son travail sur La Chimère), les contrastes sont denses y compris en intérieur, les détails foisonnent. Le film de Carla Simón profite entièrement des apports de la HD.

Le spectacle est également assuré du point de vue acoustique grâce à un mixage DTS-HD Master Audio 5.1, en espagnol, comme en français, qui exploite toutes les enceintes dans leurs moindres recoins. La balance frontale est saisissante, les effets nets et précis, les dialogues savamment délivrés sur le point central et les ambiances latérales constantes participent à l’immersion totale du spectateur. La musique bénéficie d’un superbe écrin phonique. N’oublions pas le caisson de basses qui tire habilement son épingle du jeu, comme lors de la scène de la tempête. L’éditeur joint également deux pistes Stéréos, les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.



Crédits images : © Quim Vives/Elastica Films / Ad Vitam / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
