Chronique du DVD / Moontrap (Péril sur la Lune), réalisé par Robert Dyke

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Péril sur la Lune (Moontrap)alisé par Robert Dyke, disponible en DVD le 18 octobre 2016 chez Rimini Editions

Acteurs : Walter Koenig, Bruce Campbell, Leigh Lombardi, Robert Kurcz, John J. Saunders, Reavis Graham

Scénario : Tex Ragsdale

Photographie : Peter Klein

Musique : Joseph LoDuca

Durée : 1h21 (version courte), 1h25 (version longue)

Date de sortie initiale : 1989

LE FILM

Lors d’une mission de routine, deux astronautes américains découvrent un étrange cocon dans l’épave d’un vaisseau spatial d’origine inconnue, ainsi que le corps d’un humanoïde qui serait mort depuis… 14 000 ans. Ils ramènent leur découverte sur Terre et sont renvoyés sur la lune, où la NASA espère découvrir l’explication de ces mystères.

moontrap-4Un alien, un ballon de rugby qui sonne creux

Moontrap (1989) est un nanar de l’espace ! Production Shapiro / Glickhenhaus complètement fauchée, aux maquettes jamais crédibles, aux décors hilarants, au montage catastrophique, nous sommes ici en plein divertissement bas de gamme, mais qui parvient tout de même à distraire ! L’affiche est pourtant prometteuse. Réunir Walter Koenig (Chekov de la série et des films Star Trek) et Bruce Campbell (Evil Dead, Mort sur le Grill, Maniac Cop) dans un film de science-fiction avec en fond une invasion de la Terre par des aliens, excusez du peu ! Mais il faut bien se rendre à l’évidence, Moontrap, également en France sous le titre Péril sur la Lune, est en fait un « narvet », à mi-chemin entre le nanar et le navet, mais comprenant plus de sang nanar. Cela fait donc peser Moontrap du bon côté de la balance puisqu’on ne s’ennuie pas devant cette suite de scènes mal reliées, surjouées avec un Walter Koenig qui disparaît sous le fond de teint et Bruce Campbell qui reste les yeux écarquillés à chaque apparition.

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Toutes les supposées punchlines tombent systématiquement à plat, tout comme les scènes d’action où les personnages affrontent des créatures venues d’ailleurs constituées d’un ballon de rugby, de morceaux de robots et de « pièces détachées » humaines. Ce qui nous vaut quelques fusillades sans consistance et forcément très amusantes. Outre l’interprétation neurasthénique, nous retiendrons également la superbe poitrine de la comédienne Leigh Lombardi, dévoilée dans une scène aussi gratuite qu’improbable dans un igloo-airbag. Si l’on pousse le bouchon, on peut y voir le film qui aura inspiré d’autres nanars comme Transformers 3 – La Face cachée de la Lune de Michael Bay et même Independence Day de Roland Emmerich. Certaines séquences se répondent, notamment celle de la présence de robots le 20 juillet 1969 pour le premier, et le gigantesque vaisseau-mère qui s’apprête à envahir la Terre pour le second.

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Moontrap est une œuvre qui s’amuse à faire l’aller-retour entre la série B et la série Z, qui essaye de faire fi de son manque de moyens en gardant la tête haute, ou plutôt celle des poupées en scaphandre sur la maquette du module lunaire. Il y a donc un côté attendrissant et désuet (on pense même à Planète interdite et à ses ersatz des années 1950) devant ce système D. Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Robert Dyke, responsable des miniatures sur Evil Dead 2 et des effets spéciaux de Bigfoot et les Henderson, fait visiblement le maximum avec ce qu’on a pu lui obtenir, autrement dit 3 millions de dollars. Moontrap n’a aucune autre prétention que divertir les spectateurs et il y parvient sans ennuyer. Mission accomplie ? Affirmatif !

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LE DVD

Jusqu’alors inédit en France, Moontrap est enfin disponible en DVD dans nos contrées. Dommage pour l’édition HD, disponible en import américain et allemand. Remercions tout de même Rimini Editions pour cette sortie française ! Le DVD repose dans un boîtier Amaray classique de couleur noire. Le menu principal est légèrement animé sur la musique du film. La jaquette est très réussie et attractive.

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Malheureusement, les suppléments semblent avoir été aspirés dans un trou noir. En revanche, l’éditeur propose la version longue du film (85’), plus longue de 4 minutes par rapport au montage connu des cinéphiles.

moontrap-11moontrap-10Des produits dérivés ? Non, des plans tirés du film

L’Image et le son

Aïe aïe aïe ! Bon alors, commençons par ce qui est positif. La copie est propre, même si divers points blancs font une apparition ici et là, mais le nettoyage est convaincant. Bon, ça c’était pour ce qui allait. Quant au reste…on ne sait pas d’où provient ce nouveau master (Haute-Définition annonce la jaquette), mais force est de constater qu’il paraît bien plus âgé que les 27 bougies du film ! L’image paraît sans cesse floue, la colorimétrie, certes singulière, bave et ne trouve jamais un équilibre convenable, les visages restent cireux et la définition demeure fort médiocre. Mais bon, il s’agit d’un nanar et cela rajoute un peu de piment à l’ensemble. Découvrir ce petit film dans ces conditions n’est finalement pas désagréable.

moontrap-8moontrap-7Walter Koenig appelle son agent

Seule la version courte du film est disponible en version française. Le doublage est parfois improbable et donc souvent tordant. Les voix sont parfois étriquées, grinçantes, de temps en temps à la limite de la saturation. La piste anglaise, présente sur les deux versions, s’avère plus « harmonieuse », même si l’ensemble manque d’homogénéité entre les dialogues, les effets et la musique. Les deux versions manquent de punch et il ne faut donc pas hésiter à monter le volume. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la piste anglaise.

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Crédits images : © Rimini Editions / Captures : Franck Brissard

Chronique du DVD / La Dernière orgie du IIIeme Reich, réalisé par Cesare Canevari

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LA DERNIERE ORGIE DU IIIeme REICH (L’ultima orgia del III Reich) réalisé par Cesare Canevari, disponible en DVD le 4 octobre 2016 chez Artus Films

Acteurs : Adriano Micantoni, Daniela Poggi, Maristella Greco, Fulvio Ricciardi, Antiniska Nemour, Caterina Barbero

Scénario : Cesare Canevari, Antonio Lucarella

Photographie : Claudio Catozzo

Musique : Alberto Baldan Bembo

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Pendant la guerre, la jolie Lise est envoyée dans un camp de concentration. Le commandant du camp, Conrad Von Starke, succombe à son charme et commence à entretenir une relation de maître à esclave avec elle. Capable d’endurer la souffrance, Lise subit les jeux de domination du SS de plus en plus cruels et sadiques. Quelques années après la fin de la guerre, les deux retournent dans le camp, afin de se remémorer ainsi des souvenirs troubles et malsains.

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Amis du cinéma déviant, bonjour ! La Dernière orgie du IIIème Reich est un des films « emblématiques » du sous-genre du film d’exploitation décrié appelé nazisploitation. Au début des années 1970, le cinéma Bis italien a trouvé un nouveau filon suite aux succès des Damnés de Visconti, de Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pasolini, de Portier de nuit de Liliana Cavani et de Madame Kitty de Tinto Brass. Pour le meilleur pour les producteurs, mais surtout pour le pire pour les spectateurs et les critiques. En 1975, Ilsa, la louve des SS de Don Edmonds avec la très « émouvante » Dyanne Thorne dans le rôle principal pose les bases de ce genre éphémère, très vite récupéré par les italiens à qui rien ne fait peur. Toutefois, La Dernière orgie du IIIème ReichL’Ultima orgia del III Reich, également connu en France sous le titre Des filles pour le bourreau ou bien encore Bourreaux SS, fait partie du dessus du panier et s’avère un film tout à fait réussi dans le (sous) genre.

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Réalisé par Cesare Canevari (1927-2012), metteur en scène de Moi, Emmanuelle (1969), Parties déchaînées (1976) et surtout de Matalo, son chef d’oeuvre réalisé en 1970, cet opus n’est pas aussi irresponsable ou en roue libre comme pouvait l’être par exemple Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich). On y retrouve les mêmes éléments indispensables, autrement dit des scènes sulfureuses durant lesquelles des nazis sont montrés en train de torturer leurs victimes, commettre des actes criminels, des viols, dans des décors souvent dépouillés supposés refléter des camps de concentration. Quelques années après la Seconde guerre mondiale, Conrad von Starke (Adriano Micantoni) arpente les ruines d’un camp d’extermination. Il doit y rencontrer Lise Cohen (Daniela Poggi), une ancienne détenue, qui jadis par son témoignage, a permis à Conrad d’échapper à la peine capitale. Ils font l’amour, et des souvenirs reviennent en mémoire à Lise, à l’époque où Conrad, officier SS, traitait Lisa comme son esclave sexuelle.

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Après une citation de Nietzsche en introduction, le film déroule tranquillement son récit. Une caméra embarquée dans une voiture place le spectateur à la place du mort, tandis que certains témoignages en voix-off, visiblement issus du Procès de Nuremberg, présentent les personnages Conrad Von Starker et de Lise. Le premier a été le bourreau de la seconde, prisonnière juive qui a subi toutes les brimades possibles et imaginables, mais la déclaration de Lise a blanchi Von Starker, qui échappe alors à la prison. Il a pu être réintégré dans la société, mais le souvenir de Lise demeure encore vif. Les deux ont visiblement décidé de se revoir, sur les lieux mêmes qui ont vu naître leur étrange relation.

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La Dernière orgie du IIIème Reich se compose de flashbacks et enchaîne les scènes érotiques et surtout d’humiliations. Certaines séquences sont largement déconseillées aux âmes sensibles, notamment une prisonnière suspendue et trempée dans de la chaux vive, ou bien encore celle – absolument repoussante – du banquet, à base d’aliments issus des corps des prisonniers exterminés, ici un fœtus. Même chose pour la scène de l’orgie qui s’ensuit qui voit les hôtes flamber au cognac une prisonnière en guise de dessert, avant de copuler près du corps calciné.

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La nazisploitation est un sous-genre tellement étrange et glauque, malsain, vicieux et provocateur, mais qui n’a aucune autre prétention que de « divertir » les spectateurs. La Dernière orgie du IIIème Reich ne laisse pas indifférent et n’est sûrement pas un navet, grâce à une solide interprétation, et encore moins un nanar avec une mise en scène tendue et appliquée, une partition soignée d’Alberto Baldan Bembo et une photographie inspirée de Claudio Catozzo.

LE DVD

Le DVD de La Dernière orgie du IIIème Reich, édité chez Artus Films, repose dans un boîtier Amaray classique. La jaquette, estampillée Guerre et barbarie, est très attractive avec un visuel clinquant. Le menu principal est fixe et musical.

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Aucune présentation de La Dernière orgie du IIIème Reich au programme ! Néanmoins, les spectateurs désireux d’en savoir plus sur le genre de la nazisploitation, pourront se reporter sur celle de Christophe Bier présente sur le DVD de Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich).

En revanche, Artus Films propose une fin alternative (5’) durant laquelle – ATTENTION SPOILERS – Lise se relève après avoir assassiné Von Starker. Elle laisse le corps aux bons soins de l’homme aux tics aperçu au début du film, et sort en regardant la cheminée du camp qui crache une fumée noire.

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Cette section se clôt sur un diaporama de photos et d’affiches d’époque et de plusieurs bandes-annonces.

L’Image et le son

Le master 1.77 d’origine (16/9 compatible 4/3) est correct. Du moins le confort de visionnage est suffisant malgré des points blancs, de nombreux fourmillements, des griffures et autres rayures verticales. Les couleurs sont fanées, certains plans flous, mais étrangement, l’état de la copie accentue le malaise distillé par le film.

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La version française est sourde, ou au contraire parfois trop aigüe au point d’irriter les tympans. La piste italienne s’en sort bien mieux avec une plus grande clarté des voix et des effets annexes. Certains passages au doublage perdu passent directement en version originale sous-titrée en français.

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Crédits images : © Artus Films / Captures : Franck Brissard

Chronique du DVD / Fais ta prière,Tom Dooley, réalisé par Ted Post

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FAIS TA PRIERE, TOM DOOLEY (Fais ta prière… Tom Dooley) réalisé par Ted Post, disponible en DVD le 21 septembre 2016 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Michael Landon, Jo Morrow, Jack Hogan, Richard Rust, Dee Pollock, Ken Lynch…

Scénario : Stanley Shpetner

Photographie : Gilbert Warrenton

Musique : Ronald Stein

Durée : 1h16

Date de sortie initiale : 1959

LE FILM

1865. Tom Dooley, un soldat sudiste, et deux amis attaquent une diligence nordiste et tuent les passagers. Par la suite, ils apprennent que la guerre de Sécession est finie et qu’ils sont des assassins. Tous trois doivent fuir la région pour éviter la prison. Dans sa fuite, Tom persuade sa fiancée Laura de le suivre…

THE LEGEND OF TOM DOOLEY, Michael Landon, 1959

C’est un petit western dont on n’attendait rien en vue du titre français, de son apparente modestie et de son casting. Et pourtant la surprise est de taille ! Fais ta prière, Tom DooleyThe Legend of Tom Dooley est d’abord réalisé par le solide Ted Post (1918-2013) qui a surtout fait ses classes à la télévision avec des séries comme Perry Mason, Rawhide, L’Homme à la carabine et signe son premier long métrage The Peacemaker en 1956. Ses films les plus connus demeurent ses deux collaborations avec Clint Eastwood, Pendez-les haut et court (1968) et Magnum Force (1973), le deuxième opus de la franchise Harry Callahan sur un scénario de John Milius et Michael Cimino. Fais ta prière, Tom Dooley (1959) est seulement son second long métrage. Tourné en Californie dans des décors épurés, pour ne pas dire approximatifs, habituellement utilisés pour la télévision et vraisemblablement dans les plaines situées autour des studios de la Columbia, ce western repose sur une histoire en béton écrite par Stanley Shpetner, également producteur.

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Durant la Guerre de Sécession, trois soldats Confédérés, Tom Dooley, Country Boy et Abel, sont envoyés derrière les lignes ennemies pour attaquer un convoi d’armes. L’affaire tourne en leur faveur malgré la mort des opposants nordistes et Abel est sérieusement blessé. Dans la diligence, ils découvrent un soldat Sudiste, victime de leurs balles. Avant de mourir, il leur annonce que la guerre est terminée. Pris de court, Tom, Country Boy et Abel deviennent malgré eux des meurtriers très vite recherchés. Si le point de départ rappelle celui du Relais de l’or maudit, réalisé par Roy Huggins en 1952, Fais ta prière, Tom Dooley suit un autre chemin. En dépit d’un budget restreint et d’un tournage qu’on imagine rapide, le film s’avère passionnant en se focalisant sur ce trio d’amis qui n’ont nulle part où aller et qui ne peuvent même plus rentrer chez eux. Tom Dooley est interprété par le tout jeune Michael Landon, 23 ans, avant Bonanza et surtout bien avant le triomphe mondial de La Petite maison dans la prairie et sa consécration dans le rôle de Charles Ingalls. S’il est un peu lisse, le comédien porte convenablement le film sur ses épaules et campe un Tom Dooley très attachant. Mais son partenaire Richard Rust (Country Boy) s’en sort encore mieux et impose sans mal un charisme froid et animal.

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Tom Dooley ne souhaite qu’une chose, essayer de prendre la fuite avec Laura (Jo Morrow), celle qu’il a laissée avant de partir à la guerre et à laquelle il a promis de revenir pour l’épouser. Tom et Laura se retrouvent et le film prend alors la tournure d’un film noir avec le couple en fuite qui tente d’échapper aux pièges tendus sur leur passage. Jusqu’où les personnages pourront-ils aller alors qu’ils sont traqués par les civils, les militaires et même par un homme jaloux qui convoitait Laura ? Dans un magnifique N&B signé Gilbert Warrenton, l’ambiance s’assombrit et l’issue semble fatale comme l’indique d’ailleurs d’emblée la récurrente ballade populaire de Caroline du Nord entonnée par le Kingston Trio (et par Les Compagnons de la Chanson en version française), inspirée d’un fait divers, qui donne son titre au film :

Hang down your head Tom Dooley,
hang down your head and cry,
Hang down your head, Tom Dooley
Poor boy, you’re bound to die.

Fais ta prière, Tom Dooley est un petit film plein de qualités, soigné, passionnant, une véritable tragédie sur fond de western (la violence est sèche et les affrontements brutaux), comme une fable noire et cynique. A connaître absolument.

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LE DVD

Le test du DVD de Fais ta prière, Tom Dooley, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

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Les éminents Bertrand Tavernier (20’) et Patrick Brion (14’) ont répondu à l’appel de Sidonis pour présenter ce petit western qu’ils affectionnent, plus particulièrement le second. Le premier partage ses souvenirs émus de sa découverte (en version française) du film de Ted Post à sa sortie dans un cinéma parisien situé sur les Grands Boulevards. Un film qui selon lui était et demeure une très agréable surprise qui possède de nombreuses qualités. Bertrand Tavernier passe en revue les conditions de tournage, les décors, le casting qu’il juge composé de jeunes acteurs pas vraiment charismatiques parmi lesquels se distingue tout de même Richard Rust (Country Boy dans le film). Notre interlocuteur loue également la qualité du scénario et l’originalité de l’histoire même si le point de départ rappelle celui de Le Relais de l’or maudit, réalisé par Roy Huggins en 1952. La carrière du cinéaste Ted Post est ensuite rapidement évoquée et Bertrand Tavernier indique à cette occasion que Magnum Force, le second épisode des aventures de l’inspecteur Harry, est pour lui considéré à tort comme un bon film et critique le scénario qu’il juge très faible. En revanche, Bertrand Tavernier encense Go Tell the Spartans, connu en France sous le titre Le Merdier. Il clôt ce passionnant entretien en parlant de la bande originale qui donne son titre au film et qui se fait entendre du début à la fin.

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De son côté, Patrick Brion fait un check-up du western en 1959, une grande année. A l’instar de Bertrand Tavernier, Fais ta prière, Tom Dooley est un western que Patrick Brion adore et se réjouit de pouvoir le présenter aux spectateurs. Le fond est un peu plus fouillé que chez son confrère, tout comme les collaborations de Ted Post avec Clint Eastwood. Malgré quelques inévitables redites, les propos se complètent, mais la passion et l’engouement de Brion pour ce western sont vraiment contagieux.

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En plus de l’incontournable galerie de photos, nous trouvons également 5 chansons sur le thème de Tom Dooley, y compris celle entonnée par Les Compagnons de la Chanson pour les besoins de la version française du film de Ted Post ! Même Neil Young est présent dans cette section !

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L’Image et le son

Le format original 1.37 n’est pas respecté et celui constaté sur le DVD est en 1.45. La compression est solide comme un roc et cette copie en met plein les yeux avec une définition étincelante du N&B. Les contrastes sont denses, les noirs profonds, les blancs lumineux et le grain original préservé. En dehors d’une ou deux séquences peut-être moins définies, l’image est nette et bien nettoyée et les très nombreuses séquences sombres sont tout aussi soignées que les scènes plus claires, le piqué est plaisant, la stabilité de mise, les détails étonnent par leur précision.

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L’éditeur nous propose ici les versions originale et française restaurées en mono 2.0. Les mixages s’avèrent propres, dynamiques, et restituent solidement les voix, fluides, sans souffle. Le confort acoustique est largement assuré dans les deux cas avec de belles ambiances naturelles. Les sous-titres français sont imposés sur cette dernière et le changement impossible à la volée. Un carton indique que la piste française, plus sourde, est incomplète et que les passages non doublés passent directement en version originale sous-titrée en français.

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Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures suppléments : Franck Brissard

 

 

Chronique du DVD / Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich), réalisé par Luigi Batzella

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HOLOCAUSTE NAZI (ARMES SECRETES DU IIIe REICH) réalisé par Luigi Batzella, disponible en DVD le 4 octobre 2016 chez Artus Films

Acteurs : Macha Magall, Gino Turini, Edilio Kim, Xiro Papas, Salvatore Baccaro

Scénario : Luigi Batzella, Lorenzo Artale

Photographie : Ugo Brunelli

Musique : Giuliano Sorgini

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Les Nazis recherchent les partisans réfugiés dans les montagnes. Pour obtenir des informations, ils séquestrent les femmes des villages alentour, qui sont faites prisonnières dans un camp, dirigé par la SS Ellen Kratsch. Cette dernière mène en parallèle une expérience scientifique, et a créé un monstre hybride mi-homme mi-singe, qu’elle garde en cage. Afin de les faire parler, elle n’hésite pas à lui donner les filles en pâture.

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Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich) fait partie de cette douzaine de films issus du sous-genre du film d’exploitation décrié, appelé nazisploitation. Au début des années 1970, le cinéma Bis italien racle les fonds de tiroir pour lancer un nouveau courant et les succès des Damnés de Visconti, de Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pasolini, de Portier de nuit de Liliana Cavani et de Madame Kitty de Tinto Brass vont lancer quelques idées auprès d’« irresponsables ». La nazisploitation est un courant cinématographique sulfureux dans lequel des nazis sont montrés en train de torturer leurs victimes, commettre des actes criminels, des viols, dans des décors souvent dépouillés supposés refléter des camps de concentration. En 1975, Ilsa, la louve des SS de Don Edmonds avec la très « émouvante » Dyanne Thorne dans le rôle principal pose les bases de ce genre éphémère. Si cette production canadienne sera précédée de deux suites, Ilsa, gardienne du harem en 1976 et Ilsa, la tigresse du goulag en 1977, les italiens plongent tête baissée et vont alors produire quelques longs métrages à ne pas mettre devant tous les yeux. Horreurs nazies (Sergio Garrone, 1976), La Dernière orgie du IIIème Reich (Cesare Canevari, 1977) débarquent sur les écrans, ainsi que Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich).

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Egalement connu sous son titre original La Bestia in Calore, mais également sous The Beast in Heat, Horrifying Experiments in the Last Days of the SS ou SS Hell Camp, Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich) est un fleuron du genre qui ne peut laisser indifférent. Même s’il s’agit du côté déviant du déviant, jusqu’au-boutiste, c’est avant tout une expérience de cinéma à part entière. Entre la série B et la série Z, Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich) pousse tous les curseurs du mauvais goût à fond, à croire que le réalisateur Luigi Batzella (1924-2008), ici sous le pseudonyme Ivan Kathansky, a voulu livrer un des films les plus repoussants. Certes le film est réservé à un public averti et quelques séquences sadiques mettent toujours mal à l’aise aujourd’hui, mais l’ensemble est franchement ridicule et vulgaire. C’est surtout le cas de la bête du titre original “interprétée” par Salvatore Baccaro et son visage déformé par la maladie constamment filmé en gros plan. Pour les amateurs du Bis, Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich) est évidemment un film inconfortable, laid, cruel, complètement crétin et inconscient, avec les atrocités nazies montrées de manière frontale. D’un autre côté, il y a aussi un côté “comics” pour adultes avec sa violence graphique hallucinante, qui n’a pas pour prétention de se montrer “réaliste”, d’autant plus par l’expérience centrale du film.

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Les corps apparaissent nus, violentés, fouettés, rongés, meurtris, on y coupe des pénis (hors-champs), on électrocute des vagins (plein cadre), les femmes SS aussi savent être des boute-en-train quoi ! C’est le cas du Dr. Ellen Kratsch, interprétée par Macha Magall, qui rit à gorge déployée devant ses victimes, qui se fout à poil pour mieux les impressionner et qui est surtout contente d’avoir créé une redoutable (rires) bestiole mi-homme mi-primate, constamment assoiffée de sexe. Afin de bien conduire son expérience, la SS Kratsch enferme quelques donzelles fraîchement arrêtées dans la cage de ce surexcité, dont les grimaces éhontées entraînent inévitablement les rires.

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Luigi Batzella (Pour Django les salauds ont un prix, Les Vierges de la pleine lune) explose les frontières du mauvais goût, tout comme la musique de Giuliano Sorgini (Le Massacre des morts-vivants de Jorge Grau) qui met mal à l’aise dès les premières notes. On passe constamment du rire nerveux (les croix gammées apparaissent souvent à l’envers, la mise en scène part en vrille, l’ombre de la caméra apparaît) à l’écoeurement. On ne sait qu’en penser, on s’ennuie pas mal avec cette histoire de résistance, de sabotages et de fusillades dans les Abruzzes aussi rythmée qu’un épisode de Derrick et composée de nombreux stock-shots notamment du film Quand explose la dernière grenade du même réalisateur, mais impossible de rester de marbre devant un tel long métrage !

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LE DVD

Le DVD d’Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich), édité chez Artus Films, repose dans un boîtier Amaray classique. La jaquette, estampillée Guerre et barbarie, est très attractive avec un visuel clinquant. Le menu principal est fixe et musical.

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Acteur vu chez Jean-Pierre Mocky, réalisateur, historien de cinéma et critique de cinéma, Christophe Bier propose une formidable et indispensable présentation d’Holocauste nazi (Armes secrètes du IIIe Reich) (33’). Bien plus passionnant que le film lui-même, cet exposé sur le sous-genre dit de la nazisploitation est brillant du début à la fin. Les titres alternatifs et l’historique de ce courant cinématographique ainsi que ses œuvres les plus célèbres sont d’abord passés en revue par Christopher Bier, qui en vient ensuite au film qui nous intéresse, considéré comme une œuvre culte en Italie et un des films les plus fous du genre. Au-delà de l’aspect « divertissant », notre interlocuteur indique y trouver du fond, notamment l’échec de la virilité et la régression totale de l’homme.

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Cette section se clôt sur un diaporama de photos et d’affiches d’époque et de plusieurs bandes-annonces.

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L’Image et le son

Le premier plan annonce la couleur. Le générique sur fond de croix gammée est tremblant, instable, poussiéreux avec des couleurs complètement fanées. Si cela s’améliore après, le teint des comédiens reste cireux, les raccords de montage subsistent, les tâches et points également. Les stock-shots se voient comme le nez au milieu de la figure avec un grain plus accentué et une gestion des contrastes encore plus aléatoire. Sur les plans «empruntés », les teintes paraissent même parfois en N&B. Le format original 1.77 (16/9 compatible 4/3) est respecté et l’état du master participe à cette sensation de malaise, comme un « documentaire » qui aurait été retrouvé après la Seconde Guerre mondiale.

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La version française s’accompagne d’un étrange écho sur les dialogues. De plus quelques grésillements se font entendre tout du long. La piste italienne s’en sort bien mieux avec une plus grande clarté des voix et des effets annexes. Certains passages jamais doublés en français passent directement en version originale sous-titrée en français.

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Crédits images : © Artus Films / Captures : Franck Brissard

Chronique du DVD / Le Massacre des Sioux, réalisé par Sidney Salkow

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LE MASSACRE DES SIOUX (The Great Sioux Massacre) réalisé par Sidney Salkow, disponible en DVD le 21 septembre 2016 chez Sidonis Calysta...

Acteurs : Joseph Cotten, Philip Carey, Darren McGavin, Julie Sommars, Nancy Kovack, John Matthews

Scénario : Marvin A. Gluck

Photographie : Irving Lippman

Musique : Emil Newman, Edward B. Powell

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Encouragé par des politiciens affairistes de Washington, Custer, héros de la guerre de Sécession, est persuadé d’éliminer les Sioux afin que les terres de ceux-ci puissent être données aux colons blancs, en violation des traités. Custer accueille avec plaisir l’arrivée du capitaine Benton et méprise les avis qu’il reçoit concernant la volonté des Sioux de conserver leurs terres.

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Le Massacre des SiouxThe Great Sioux Massacre est un western dit « révisionniste » réalisé par Sidney Salkow (1909-2000) en 1965, alors que le genre est déjà révolu aux Etats-Unis. De plus, la célèbre bataille de Little Bighorn aka Custer’s Last Stand, qui opposa les hommes du 7e régiment de cavalerie de l’armée américaine du lieutenant-colonel Custer à une coalition de Sioux et de Cheyennes rassemblés par Sitting Bull puis menés par Crazy Horse les 25 et 26 juin 1876 avait déjà inspiré deux films de Raoul Walsh, La Charge fantastique (1941) avec Errol Flynn, et La Brigade héroïque (1954) avec Alan Ladd. Déjà en 1954, Sidney Salkow (Je suis une légende avec Vincent Price) avait réalisé Sitting Bull, même si finalement le chef indien n’était pas le personnage principal de l’intrigue. En raison de restrictions budgétaires dues au rejet de plus en plus important des spectateurs pour le genre, la Columbia Pictures impose que diverses séquences d’action ou qui auraient nécessité des dizaines voire des centaines de figurants, soient directement reprises d’autres westerns. Au montage final, Sidney Salkow insère des plans et des séquences, essentiellement de batailles, provenant de Siege of the Saxons (1963) et East of Sudan (1964) de Nathan Juran, The Brigand of Kandahar (1965) de John Gillung et même de son propre Sitting Bull ! Du coup, les images du Massacre des Sioux coïncident mal avec le reste et le film s’apparente à un patchwork avec les coutures apparentes. Cela ne dérange pas vraiment, mais occasionne parfois quelques sourires quand un personnage est supposé observer et réagir à un affrontement. Le contrechamp extrait d’un autre film montre bien que les événements coïncident difficilement du point de vue formel et que les paysages ne sont pas raccords.

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Le point négatif de cette « illustration historique » vient surtout du casting. Joseph Cotten, qui débarque tout juste de Chut, chut, chère Charlotte de Robert Aldrich a l’air complètement ailleurs, Darren McGavin n’a aucun charisme, tandis que Philip Carey n’est jamais crédible dans le rôle du Colonel Custer. Les autres comédiens font surtout office de figurants. Néanmoins, Sidney Salkow, cinéaste inégal, soigne sa mise en scène et le rythme demeure soutenu. Certes l’ensemble est un peu trop didactique, et ce en dépit de faits historiques vraisemblablement peu respectés, malgré une voix-off qui annonce le contraire, mais Le Massacre des Sioux vaut pour quelques séquences particulièrement réussies. C’est le cas de Custer qui fonce avec ses hommes à travers un village d’indiens pour exterminer hommes, femmes et enfants, tout comme le même Custer qui tire dans le dos de ses hommes qui s’enfuient, ainsi que la bataille finale qui fait son petit effet. Le cadre Cinemascope est très beau et l’on peut voir Le Massacre des Sioux comme un dernier « baroud d’honneur » avant de laisser le genre s’éteindre paisiblement pendant plusieurs décennies aux Etats-Unis.

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LE DVD

Le test du DVD du Massacre des Sioux, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

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L’indispensable Patrick Brion est seul à bord dans cette section ! Dans sa présentation (10’), notre critique de cinéma commence tout d’abord par indiquer que le western américain est pour ainsi dire déjà mort en 1965, alors que le genre triomphe en Italie et en Espagne. Il en vient ensuite au film de Sidney Salkow proprement dit en indiquant les westerns les plus célèbres de ce réalisateur « sympathique » quelque peu oublié. Puis, Patrick Brion en vient au casting du Massacre des Sioux, au montage qui reprend diverses scènes de Sitting Bull réalisé dix ans auparavant, en raison d’un manque de budget. Si Brion critique cette oeuvre et ses acteurs « peu concernés », il déclare tout de même qu’il s’agit d’un film divertissant.

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Nous trouvons également une galerie de photos et la bande-annonce.

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L’Image et le son

Chez Sidonis, même les plus petits westerns sont souvent aussi bien logés que les grands classiques et chefs-d’oeuvre incontestés ! Le master du Massacre des Sioux s’avère lumineux, propre malgré encore quelques tâches, stable et franchement plaisant pour les mirettes. Le cadre large 2.35 étonne par son lot de détails, le piqué est pointu, les contrastes sont fermes. Du moins en ce qui concerne les séquences filmées en 1965 puisque le film reprend également de nombreux plans d’autres westerns, parmi lesquels Sitting Bull, également réalisé par Sidney Salkow dix ans auparavant ! Le grain n’est pas le même, comme la colorimétrie et les contrastes. Ces stock-shots se voient comme le nez au milieu de la figure et la restauration pose donc problème de ce point de vue. Du coup, une même séquence alterne les séquences claires au ciel bleu étincelant, avec d’autres grisâtres et ternes. Dans l’ensemble, le grain original est conservé et bien géré et la copie restaurée en HD plaisante.

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Que votre choix se porte sur la version originale (avec sous-titres français imposés) ou la version française, la restauration est également fort satisfaisante. Aucun souffle constaté sur les deux pistes, l’écoute est frontale et riche. Les effets annexes sont plus conséquents sur la version originale que sur la piste française, moins précise, mais le confort acoustique est assuré sur les deux options. Le changement de langue est verrouillé à la volée. Signalons également que la version française est incomplète et que les passages jamais doublés passent automatiquement en version originale sous-titrée en français.

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Crédits images : © Sidonis Calysta

 

Chronique du DVD / Le Shérif d’El Solito, réalisé par George Sherman

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LE SHERIF D’EL SOLITO (The Hard man) réalisé par George Sherman, disponible en DVD le 21 septembre 2016 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Guy Madison, Valerie French, Lorne Greene, Barry Atwater, Robert Burton, Rudy Bond

Scénario : Leo Katcher

Photographie : Henry Freulich

Musique : Mischa Bakaleinikoff

Durée : 1h16

Date de sortie initiale : 1957

LE DVD

Steve Burden, qui appartient aux Texas Rangers, a pour habitude de ne ramener les coupables que morts. Il devient le shérif de la petite ville d’El Solito mais le riche Rice Martin dirige la région sans la moindre pitié. Attiré par Fern, la femme de Rice, Steve cherche à découvrir la vérité concernant la mort d’un homme qui déplaisait à Rice.

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Réalisateur prolifique et éclectique, George Sherman (1908-1991) demeure célèbre pour ses histoires du grand Ouest américain, genre avec lequel il se fait la main au début de sa carrière à la fin des années 1930. Le western prend alors de l’ampleur et Sherman parvient à mettre en scène une dizaine de films par an jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Au milieu des années 50, le western est à son apogée et pléthore de cinéastes de renom s’y adonnent. Bien qu’inégal, George Sherman a toujours œuvré comme un artisan perfectionniste, aimant mettre en valeur ses comédiens. Toujours soucieux de respecter une bonne histoire proposée, le cinéaste, considéré à juste titre comme un maître du genre, sait alors qu’il possède un très bon scénario avec Le Shérif d’El SolitoThe Hard man. L’histoire est ici écrite par Leo Katcher, d’après son propre roman, également l’auteur du remake de M le Maudit par Joseph Losey en 1951 et plus tard de Traquenard de Nicholas Ray en 1958.

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Dans le rôle de Steve Burden, Guy Madison (La Charge des tuniques bleues d’Anthony Mann) signe une prestation fort correcte et même parfois ambigüe puisque son personnage est montré comme un type qui profite de son statut pour flinguer à tout va. Un vrai fou de la gâchette qui en vient même à tirer sur un type qui déclare pourtant être innocent dans l’excellente séquence d’ouverture se déroulant sous une pluie diluvienne. Le comédien retrouve le réalisateur George Sherman, directement après le formidable Reprisal ! aka La Vengeance de l’indien dans nos contrées. Mais c’est surtout sa partenaire, Valerie French (L’Homme de nulle part de Delmer Daves) qui lui vole la vedette dans le rôle de Fern Martin, une jeune femme qui cache bien son jeu et qui se révèle aussi perverse que séduisante, n’hésitant pas à user de ses charmes pour se défaire d’un mari qui la séquestre. Une vraie femme fatale digne du film noir des années 1940 !

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Le Shérif d’El Solito est un bon western, rapide (75 minutes montre en main), qui va droit à l’essentiel tout en développant ses personnages. Steve Burden est montré comme un Texas Rangers qui préfère mettre une balle (ou plusieurs) dans le corps de ses prisonniers au moindre geste suspect. Ses méthodes brutales sont critiquées par les shérifs des petites contrées qu’il traverse puisqu’ils ne peuvent pour ainsi dire jamais interroger les suspects. Steve Burden entame alors une sorte de rédemption en acceptant une mission, celle d’enquêter sur les agissements d’un propriétaire terrien, véritable baron, qui tient la ville d’El Solito près de la frontière mexicaine. Steve va mettre un coup de pied dans la fourmilière et parasiter le train-train quotidien de Rice (Lorne Greene de la série Bonanza).

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Réalisé, cadré et monté avec un vrai savoir-faire, Le Shérif d’El Solito, qui n’était pas sorti dans les salles françaises en 1957, est un film court mais dense, complexe, passionnant, au suspense bien mené, qui marque les esprits par son personnage féminin fort, comme les affectionnaient George Sherman, un des plus solides artisans du genre dans les années 1950.

LE DVD

Le test du DVD du Shérif d’El Solito, édité chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical, typique de la collection western de l’éditeur.

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Visiblement tiré du lit pour assurer sa présentation, l’immense Patrick Brion, pas rasé et pas peigné, assure seul son exposé sur Le Shérif d’El Solito (10’). Comme à son habitude, le critique cinéma expose tout d’abord les plus grands westerns de l’année 1957. Puis, Patrick Brion en vient au film qui nous intéresse en dressant également un portrait du réalisateur George Sherman. Mais notre interlocuteur se contente trop souvent de raconter le film. Patrick Brion se penche tout de même sur les personnages, notamment celui interprété par Valerie French, qu’il considère comme étant la vraie star du film.

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L’interactivité se clôt sur une minuscule galerie de photos.

L’Image et le son

Jusqu’alors inédit en DVD en France, Sidonis Calysta livre un master plutôt satisfaisant du Shérif d’El Solito, restauré en HD. Même si quelques rayures, points, raccords de montage et autres scories subsistent, la copie demeure plaisante. L’encodage est solide, la gestion des contrastes est dans l’ensemble équilibré, et la photo en Technicolor du prolifique chef opérateur Henry Freulich est habilement restituée. Le piqué est certes aléatoire mais quelques scènes sortent du lot, le master trouve rapidement un équilibre convenable et offre un confort de visionnage suffisant. Notons quelques décrochages sur les fondus enchaînés, mais une bonne gestion du grain original.

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Que votre choix se porte sur la version originale (avec sous-titres français imposés) ou la version française, la restauration est également fort satisfaisante. Aucun souffle constaté sur les deux pistes, l’écoute est frontale et riche (la pluie dans la première scène), dynamique et vive. Les effets annexes sont plus conséquents sur la version originale que sur la piste française, moins précise, plus étouffée, mais le confort acoustique est assuré sur les deux options. Le changement de langue est verrouillé à la volée.

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Crédits images : © Sidonis Calysta

 

Chronique du DVD / Les Ogres, réalisé par Léa Fehner

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LES OGRES réalisé par Léa Fehner, disponible en DVD le 23 août 2016 chez Pyramide Vidéo

Acteurs : Adèle Haenel, Marc Barbé, François Fehner, Marion Bouvarel, Inès Fehner, Lola Dueñas, Philippe Cataix, Christelle Lehallier

Scénario : Léa Fehner, Catherine Paillé, Brigitte Sy

Photographie : Julien Poupard

Musique : Philippe Cataix

Durée : 2h16

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Ils vont de ville en ville, un chapiteau sur le dos, leur spectacle en bandoulière.
Dans nos vies ils apportent le rêve et le désordre.
Ce sont des ogres, des géants, ils en ont mangé du théâtre et des kilomètres.
Mais l’arrivée imminente d’un bébé et le retour d’une ancienne amante vont raviver des blessures que l’on croyait oubliées.
Alors que la fête commence !

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« Les comédiens ont installé leur tréteaux
Ils ont dressé leur estrade
Et tendu leur calicot
Les comédiens ont parcouru les faubourgs
Ils ont donné la parade
A grand renfort de tambour »

Charles Aznavour, Les Comédiens

Avec son premier long métrage Qu’un seul tienne et les autres suivront, primé au Festival de Deauville et Prix Louis Delluc, Léa Fehner, venue de la Fémis, s’élevait instantanément au rang des auteurs les plus prometteurs de sa génération. Film choral salué par la critique en décembre 2009, cette première œuvre avait été sélectionné aux César l’année suivante. Ambitieux et prometteur, remarquablement écrit, réalisé et interprété par des jeunes comédiens français talentueux (Vincent Rottiers, Pauline Etienne, Reda Kateb), mature et difficile par la dureté des thèmes abordés notamment sur le monde du parloir dans le milieu carcéral, Qu’un seul tienne et les autres suivront était un choc dans le cinéma français. Depuis, nous étions sans nouvelles de Léa Fehner, 28 ans à l’époque de son premier film. Les Ogres marque enfin son retour derrière la caméra.

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C’est un essai transformé, une explosion. Dans un autre genre, nous retrouvons la tension qui animait les protagonistes de son précédent long métrage. La force et l’énergie de ses acteurs est ici le sujet des Ogres, Swann d’or du meilleur film au Festival du film de Cabourg en 2016, et que l’on devrait normalement retrouver aux César en 2017. La caméra de Léa Fehner prend place au sein d’un théâtre itinérant. La réalisatrice connaît bien le sujet, ayant elle-même grandi dans ce milieu particulier dans les années 1990. Par ailleurs, ses parents comédiens sillonnent encore les routes de France comme Léa Fehner nous le montre dans son film, dans un véritable convoi de caravanes, plantant le chapiteau au gré de leur voyage. De l’aveu même de la cinéaste, c’est par peur de ces conditions de travail très précaires et difficiles qu’elle s’est ensuite tournée vers le cinéma. Jusqu’à ce que son enfance, ses gênes, lui inspirent ce deuxième film, que l’on peut aisément qualifier de chef d’oeuvre de l’année 2016. C’est un film qui bouscule, qui hurle, qui émeut, qui met mal à l’aise, qui rend heureux, qui agit comme un véritable uppercut. Ça se bat, ça baise, ça se rentre dans le lard, ça vit. Si Léa Fehner loue le courage et la passion qui anime les artisans du monde du théâtre itinérant, la tension est également omniprésente. Elle se fait sentir du début à la fin, comme une montée d’adrénaline avant d’entrer en scène, qui ne vous lâche plus. La vie et le théâtre s’entremêlent, pour les comédiens le théâtre est leur vie, les sentiments s’exacerbent. C’est beau, c’est même magnifique, on est même aux larmes à la fin sans que l’on puisse expliquer pourquoi.

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Les Ogres est un film étourdissant porté des acteurs magnifiques, Marc Barbé et Adèle Haenel en tête. Le titre renvoie évidemment à l’appétit de vivre des gens du théâtre itinérant, mais aussi à ces mêmes personnes, hommes et femmes, qui en voulant avaler le monde se font évidemment autant de mal que de bien à vivre ensemble. Les dialogues sont parfois vraiment difficiles, tout comme certaines situations inconfortables, à l’instar de cette « mise aux enchères » de Marion, la femme du metteur en scène, dont l’infidélité de son mari avec une femme plus jeune, lui a ôté la flamme, la passion et même l’envie de vivre. Léa Fehner indique “Ces ogres de vie sont aussi capables de bouffer les autres et de prendre toute la place ! Mais c’est aussi ça qui peut devenir passionnant : donner à voir des êtres puissants et drôles, indignes et inconséquents, foutraques et amoureux. Traquer l’ambivalence. D’une certaine manière, parler des ogres c’est aussi se rendre compte que cette question de la démesure a autant à voir avec le théâtre itinérant qu’avec l’intimité des familles : comment certains y occupent toute la place, comment l’amour peut être dévorant…”.

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Avec ses talentueuses et précieuses coscénaristes Catherine Paillé (Tonnerre, Une vie meilleure) et Brigitte Sy (Les Mains libres, L’Astragale), Léa Fehner s’intéresse à la place de l’individu dans une troupe, tout en cherchant à comprendre ce qui fait d’un groupe de théâtre une vraie communauté, unie dans les bons comme dans les mauvais moments, dans la tendresse et dans la violence. Il y a quelque chose de foncièrement épique et de romanesque dans Les Ogres, y compris dans sa durée de 2h18. Afin d’appuyer le réalisme, Léa Fehner a pu faire participer une dizaine de comédiens issus de la troupe de ses parents, y compris François, Marion et Inès Fehner, son père, sa mère et sa sœur, chacun dans un rôle délicat et très difficile. Le fils de la réalisatrice, ainsi que ses neveux et nièces sont également de la partie.

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La mise en scène épouse cette effervescence quotidienne. En caméra portée, Léa Fehner colle aux visages, aux allées et venues entre les coulisses et la scène, tandis que la vie réelle et la représentation s’imbriquent avec une fièvre étourdissante et contagieuse. On glisse d’un personnage à l’autre, les acteurs sont ensuite réunis, sur le plateau comme en dehors où les joies et vicissitudes se fondent. C’est le deuil d’un fils, la naissance d’un autre, une ancienne infidélité qui parasite le quotidien d’un couple vieillissant, la réapparition de la femme à l’origine de cette crise, la peur de ne pas être à sa place, celle de ne pas être soutenu, de ne pas d’en sortir, mais aussi la joie de tailler la route de pouvoir donner un peu de bonheur à quelques spectateurs qui auront la curiosité de venir les voir jouer sur ce bateau ivre. Et qu’importe si la situation est explosive dans les coulisses, the show must go on, peu importe le nombre de places occupées dans les tribunes devant lesquelles on joue Anton Tchekhov.

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Les Ogres est un film virtuose, libre, puissant, bouillonnant, foisonnant, comme une valse menée par les saltimbanques. Et c’est surtout magnifique.

LE DVD

Le test du DVD des Ogres, disponible chez Pyramide Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est très beau, animé sur la musique de Philippe Cataix. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche du film.

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En plus d’un petit livret reprenant le dossier de presse, cette édition contient également trois scènes commentées du film. La première (La parade) est commentée par la réalisatrice Léa Fehner et le chef opérateur Julien Poupard, la seconde (Le départ d’Inès) par Léa Fehner et sa coscénariste Catherine Paillé, la dernière par Julien Poupard et Pascale Consigny, chef décoratrice. Ces dix petites minutes ne donnent que de minuscules bribes d’informations sur les conditions de tournage, le casting, la photo. On aurait vraiment préféré un commentaire audio sur l’intégralité des Ogres. Mais c’est déjà ça de pris.

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L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

A l’aide de sa caméra à l’épaule, la réalisatrice a tenu à coller au plus près des personnages, de leurs émotions et de la hargne qui les anime. Ce genre de prises de vue donne toujours du fil à retordre lors du transfert d’un film en DVD mais le pressage numérique des Ogres s’en sort avec tous les honneurs. En dépit d’une compression pas toujours optimum et de légers flous intempestifs, la palette colorimétrique est chatoyante tout du long et les gros plans ne manquent pas de précision. Les contrastes sont beaux et denses, la luminosité plaisante, les noirs concis et le master immaculé. Le chef opérateur Julien Poupard (Party Girl, Voie rapide) a privilégié les éléments naturels pour éclairer son décor principal, le chapiteau, à l’instar de guirlandes d’ampoules et les projecteurs de théâtre. Un résultat brut mais néanmoins très élégant. Le piqué est aussi acéré. Un très beau master. Dommage que les 100.000 entrées dans les salles n’aient pas incité Pyramide Vidéo à offrir Les Ogres en Haute-Définition.

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Le mixage Dolby Digital 5.1 est immédiatement immersif et permet au spectateur de plonger dans le monde agité de ce théâtre itinérant avec une musique omniprésente sur les enceintes latérales. Les voix sont d’une précision sans failles sur la centrale, la balance frontale est constamment soutenue, la composition spatialisée de bout en bout. La piste Stéréo devrait satisfaire ceux qui ne seraient pas équipés sur les enceintes arrière. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

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Crédits images : © Pyramide Vidéo

 

Chronique du DVD / L’Agent invisible contre la gestapo, réalisé par Edwin L. Marin

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L’AGENT INVISIBLE CONTRE LA GESTAPO (Invisible Agent) réalisé par Edwin L. Marin, disponible en DVD le 21 septembre 2016 chez Elephant Films.

Acteurs : Ilona Massey, Jon Hall, Peter Lorre, Cedric Hardwicke, J. Edward Bromberg, Albert Bassermann, John Litel, Holmes Herbert

Scénario : Curt Siodmak

Photographie : Lester White

Musique : Hans J. Salter

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1942

LE FILM

Frank Raymond, le petit-fils de «l’homme invisible», vit sous une fausse identité à New York. Mais il est repéré par deux agents secrets, le baron Ikito et Conrad Stauffer, qui oeuvrent pour les forces de l’Axe. Ceux-ci veulent à tout prix mettre la main sur la fameuse formule permettant de devenir invisible. Frank parvient à leur échapper et se met alors au service des Alliés. Parachuté sur Berlin, il a pour mission d’aider au démantèlement d’un réseau d’espions infiltrés aux Etats-Unis…

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Suite au succès de la comédie-fantastique La Femme invisible, les studios Universal comptent bien exploiter le filon, d’autant plus que les deux derniers épisodes ont su renouveler la franchise Invisible man. Cependant, il faudra attendre 1942 pour que l’Homme invisible fasse son retour sur les écrans. Alors que la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939 et que les Etats-Unis entrent à leur tour dans le conflit armé suite à l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, le cinéma soutient l’effort de guerre à travers quelques films. Le patriotisme est mis à l’avant, les horreurs nazies sont évoquées, les agents secrets ont la cote. C’est alors le bon moment pour qu’Universal dégaine un Agent invisible contre la GestapoInvisible Agent, réalisé par l’américain Edwin L. Marin (1899-1951). Ancien assistant opérateur à la MGM et à la RKO, il devient réalisateur au début des années 1930 et signera une œuvre éclectique, entre le western et le film-musical, comptant une soixantaine de longs métrages, parmi lesquels A Christmas Carol (1938) adapté de Charles Dickens, ou bien encore L’Amazone aux yeux verts (1944) avec John Wayne.

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Alors qu’il vient d’achever le script du Loup-garou, Curt Siodmak reprend du service pour celui de cet Agent invisible, évidemment plus axé sur les événements qui secouent le monde entier. Le comédien qui prêtera ses traits, ou plutôt sa voix comme on ne le verra quasiment pas du film, est Jon Hall, jeune premier vu dans quelques séries B d’aventures aux titres explicites Pago-Pago, île enchantée, Aloma, princesse des îles ou bien encore The Tuttles of Tahiti. L’Agent invisible contre la gestapo lui permet de changer de registre et de s’affirmer devant la caméra. Il donne la réplique à l’actrice et chanteuse d’origine hongroise Ilona Massey, mais la véritable vedette du film est un des comédiens les plus inoubliables des années 1930-1940, il s’agit bien sûr de Peter Lorre dans le rôle du Baron Ikito. Son jeu inimitable, son faciès inquiétant, les petites lunettes rondes qu’il arbore, sa voix calme, font de lui le personnage le plus mémorable, surtout lorsqu’il se prépare à trancher les doigts de Frank Raymond pour « le faire parler ». Par ailleurs, son personnage rappelle celui du Major Arnold Toht des Aventuriers de l’Arche perdue de Steven Spielberg. Après sa participation au Retour de l’homme invisible, Cedric Hardwicke est à nouveau de la partie, mais dans un autre rôle, celui du perfide Conrad Stauffer.

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Véritable film d’espionnage typique de l’époque, agrémenté bien évidemment de touches fantastiques avec la « présence » de l’Homme invisible, L’Agent invisible contre la gestapo est un divertissement haut de gamme doublé d’un film de propagande. La recherche du sérum d’invisibilité est ici prétexte pour montrer les méthodes d’interrogation de la gestapo, à l’instar de l’introduction qui place le petit-fils de l’ancien Homme invisible, en fâcheuse posture. Les forces de l’Axe veulent s’emparer de cette invention qui pourrait devenir une arme redoutable pour remporter la guerre. Japonais et Allemands font front commun, mais après l’attaque de Pearl Harbor (visible à travers quelques images d’actualités), les Etats-Unis et l’Angleterre sont bien décidés à renverser la situation et parviennent à convaincre Frank Raymond, alors détenteur du sérum, de devenir lui-même un agent pour aider son pays. Devenant invisible, il est parachuté au-dessus de Berlin et son enquête commence. Il est chargé de collecter des renseignements sur un possible attentat visant les Etats-Unis.

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Le film oscille entre un portrait chargé sur le IIIe Reich et un décalage humoristique quelque peu déplacé, surtout lorsque le nazi (ou une caricature plutôt) Karl Heiser, interprété par J. Edward Bromberg, est ridiculisé à table par Frank. La scène est sans doute très réussie et drôle, tout comme le fait que Frank se tartine de crème hydratante pour être vu, mais ce changement de ton déséquilibre l’ensemble. Ajoutez à cela des allemands qui parlent évidemment anglais entre eux ! Mais L’Agent invisible contre la gestapo est une réussite. Les dialogues sont percutants, le dernier acte, plus grave, s’avère plus sobre avec quelques scènes mémorables. Les effets spéciaux du maître John P. Fulton sont également très soignés et impressionnants, tout comme les péripéties rencontrées par notre héros invisible. La saga Invisible man est décidément la meilleure des Universal Monsters !

LE DVD

Le test du DVD de L‘Agent invisible contre la gestapo, disponible dans l’indispensable collection Cinéma Monster Club éditée chez Elephant Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical. Mention spéciale au visuel, très réussi, de la jaquette et du fourreau cartonné.

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En guise d’interactivité, le journaliste Jean-Pierre Dionnet nous livre une présentation du film (12′) en le replaçant surtout dans son contexte historique. Le casting qu’il juge « éblouissant » est ensuite passé au peigne fin, tout comme une partie de l’équipe technique.

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On retrouve également un module où Dionnet expose le thème de l’Homme Invisible (13′), décliné à travers les arts, de la littérature (H.G. Wells bien sûr) et au cinéma, du film de James Whale en 1933, ses suites qui suivront dans les années 1940, tout en passant rapidement sur les films de John Carpenter et de Paul Verhoeven. Jean-Pierre Dionnet évoque également les effets spéciaux miraculeux de John P. Fulton.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos, les credits du disque ainsi que les nombreuses bandes-annonces des films disponibles dans la même collection.

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L’Image et le son

Le master de L’Agent invisible contre la gestapo est présenté dans son format respecté 1.33. La copie s’avère claire et lumineuse, propre, stable. Les contrastes sont élégants, les noirs denses flattent les mirettes. Remercions encore Elephant Films de nous permettre de (re)découvrir ce film d’espionnage-fanstastique dans de belles conditions.

La bande-son a été restaurée en version originale, seule piste disponible sur cette édition, en Mono 2.0. Les dialogues, tout comme la musique, sont dynamiques et le confort acoustique très appréciable.

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Crédits images : © Elephant Films

 

Chronique du DVD / La Femme Invisible, réalisé par A. Edward Sutherland

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LA FEMME INVISIBLE (The Invisible Woman) réalisé par A. Edward Sutherland, disponible en DVD le 21 septembre 2016 chez Elephant Films

Acteurs : Virginia Bruce, John Barrymore, John Howard, Charles Ruggles, Oskar Homolka, Edward Brophy, Margaret Hamilton…

Scénario : Joe May, Kurt Siodmak, Robert Lees, Frederic I. Rinaldo, Gertrude Purcell

Costumes : Vera West

Musique : Frank Skinner

Durée : 1h09

Date de sortie initiale : 1940

LE FILM

L’excentrique Professeur Gibbs, brillant mais imprévisible, financé par un riche et séducteur avocat, invente une machine qui a la particularité de rendre invisible. Il cherche à faire l’essai sur un cobaye et trouve Kitty Carroll, une très jolie mannequin, qui pense que devenir invisible l’aidera un peu plus dans la vie. Les complications surviennent lorsque trois gangsters volent la machine pour l’utiliser sur leur patron. Mais leur butin ne sera que plus difficile à préserver face à la détermination de la femme Invisible !

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Au début des années 1940, les Studios Universal se frottent les mains. La créature de Frankenstein, le Loup-garou, Dracula, la Momie et l’Homme Invisible ont désormais leurs propres sagas et les suites sont produites à la pelle. C’est ainsi que Le Retour de l’Homme invisible de Joe May a permis une remise en avant et avec un grand succès cet homme ayant la faculté de disparaître grâce à un sérum révolutionnaire, qui a cependant pour effets secondaires de le rendre fou et dangereux.

A peine un an sépare La Femme invisible de l’épisode précédent. Non seulement les studios ont décidé cette fois de rendre une actrice invisible, mais en plus la production a voulu changer de registre en intégrant cette fois cet élément fantastique dans une screwball comedy à la Howard Hawks ou à la George Cukor. Ce n’est pas le réalisateur de L’Impossible Monsieur Bébé ni celui de Sylvia Scarlett que l’on retrouve derrière la caméra, mais un certain A. Edward Sutherland.

the-invisible-woman4Cinéaste britannique (1895-1973) jusqu’alors spécialisé dans les comédies mettant en scène le nez de W.C. Fields, le duo Laurel et Hardy et la croupe de Mae West, A. Edward Sutherland signe ici un vrai petit chef d’oeuvre burlesque et débridé, mené à cent à l’heure.

La femme invisible éponyme c’est Virginia Bruce, sublime révélation aperçue au cinéma dans Parade d’amourThe Love Parade d’Ernst Lubitsch. Quasi-inconnue à l’époque et aujourd’hui totalement oubliée, cette jeune comédienne de 30 ans est pourtant ici extraordinaire. Un talent comique à couper le souffle, une énergie contagieuse, une beauté qui crève l’écran. Ses scènes avec l’immense John Barrymore sont souvent hilarantes et on ne peut que se demander comment une telle actrice n’a pas réussi à percer véritablement au début des années 1940. Mention spéciale également au comédien John Howard, le troisième homme d’Indiscrétions (The Philadelphia Story) de George Cukor, déjà rompu à ce genre d’exercice, celui de la comédie aux dialogues enlevés, qui se chevauchent, qui emportent tout. Même chose pour Charles Ruggles (L’Impossible Monsieur Bébé), hilarant valet, qui n’arrête pas de se prendre les pieds dans le tapis et de se relever en gardant son flegme.

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Cette œuvre brillante, écrite entre autres par le spécialiste Curt Siodmak, joue habilement avec la censure de l’époque avec quelques sous-entendus coquins, surtout lorsque l’on sait que la femme invisible – excellents effets spéciaux par ailleurs – se promène évidemment nue sous le nez des passants. La Femme invisible ne devrait pas le rester et chaque cinéphile devrait se ruer immédiatement sur ce joyau de la comédie-fantastique.

LE DVD

Le test du DVD de Blu-ray de La Femme Invisible, disponible dans l’impressionnante et indispensable collection Cinéma Monster Club éditée chez Elephant Films, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et muet. Mention spéciale au visuel, très réussi, de la jaquette et du fourreau cartonné.

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En guise d’interactivité, le journaliste Jean-Pierre Dionnet nous livre une présentation du film (9′) en avouant d’emblée avoir découvert La Femme Invisible pour la première fois à l’occasion de sa sortie en DVD. « Et quelle surprise » dit Dionnet qui n’hésite pas à qualifier le film de vrai chef d’oeuvre, en comparant le jeu de Virginia Bruce à celui de Katharine Hepburn. Le reste du casting est ensuite passé au peigne fin, tout comme une partie de l’équipe technique.

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On retrouve également un module où Dionnet expose le thème de l’Homme Invisible (13′), décliné à travers les arts, de la littérature (H.G. Wells bien sûr) et au cinéma, du film de James Whale en 1933, ses suites qui suivront dans les années 1940, tout en passant rapidement sur les films de John Carpenter et de Paul Verhoeven. Jean-Pierre Dionnet évoque également les effets spéciaux miraculeux de John P. Fulton.L’interactivité se clôt sur une galerie de photos, les credits du disque ainsi que les nombreuses bandes-annonces des films disponibles dans la même collection.

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L’image et le son

Le N&B est clair, léger, mais l’ensemble manque de concision. La gestion des contrastes est aléatoire, divers fourmillements demeurent, certains effets de pompage également. Le grain cinéma est heureusement restitué, tout comme les partis pris de rendre plus ouatés les plans sur Virginia Bruce. Les scènes comprenant des effets visuels sont les plus déséquilibrés en raison des trucages avec plusieurs images superposées et incrustations. Ces séquences appuient les points, griffures et tâches inhérentes aux conditions de la postproduction. Dans l’ensemble l’image est propre et offre de belles conditions pour (re)découvrir ce bijou.

La bande-son a été restaurée en version originale, seule piste disponible sur cette édition, en Mono 2.0. Les dialogues, tout comme la musique, sont dynamiques et le confort acoustique très appréciable.

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Crédits images : © Elephant Films

 

 

Chronique du DVD / Superman : l’intégrale des cartoons de Max Fleisher

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Réalisation : Dave Fleischer

Voix en VO : Bud Collyer, Joan Alexander

Histoire originale : Joe Shuster, Jerry Siegel d’après leurs personnages de comic books

Scénario : Seymour Kneitel, Izzy Sparber, Jay Morton

Musique : Sammy Timberg, Winston Sharples

DVD disponible chez Elephant Films le 5 avril 2016.

La série animée

Look ! Up in the sky ! It’s a bird !

It’s a plane !

It’s Superman!

Avant la destruction de la planète Krypton, une petite nacelle est envoyée sur Terre. À son bord, Kal-el, un bébé recueilli par un couple de fermiers du Kansas. Quelques années plus tard, le jeune homme cache sa force surhumaine et ses superpouvoirs sous l’identité de Clark Kent, journaliste au Daily Plannet de Metropolis. Aux côtés de Lois Lane, Clark enquête sur les criminels menaçants la sécurité de la Terre, qu’il neutralise sous les traits de Superman !

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Les cartoons Superman issus des Studios Fleischer (les deux frères Max et Dave) ont 75 ans en 2016. Il s’agit de la première série de courts-métrages animés en Technicolor consacrés à l’Homme d’acier de DC Comics. Il y aura 17 dessins animés, 9 produits par les Fleischer Studios entre 1941 et 1942, et huit produits par les Famous Studios de 1942 à 1943 après que la Paramount ait repris les affaires en main suite à une brouille entre les deux frères. Aujourd’hui, ces cartoons réalisés en rotoscopie – les animateurs dessinaient sur de véritables performances d’acteurs – sont tombés dans le domaine public, bien que les éléments originaux 35mm demeurent la propriété des Studios Warner.

This looks like a job for Superman !

Le super-héros et icône culturelle américaine est né en janvier 1933 sous la plume de l’écrivain américain Jerry Siegel et sous le pinceau de l’artiste canadien Joe Shuster. Mais il faudra attendre le numéro d’Action Comics publié en juin 1938 pour que Superman soit révélé au monde entier. Très vite, Superman devient un véritable phénomène. Les pièces radiophoniques et les émissions de télévision s’en emparent. Ses valeurs morales, sa puissance, tout comme son justaucorps rouge, bleu et jaune, sa cape, deviennent célèbres partout. Il n’est donc pas étonnant que Superman devienne le héros d’une série animée au milieu de la Seconde Guerre mondiale dans laquelle il affronte entre autres des savants fous mais surtout les japonais dont il détruit l’arsenal, tout comme les nazis qui ne font pas un pli devant les bottes rouges moulantes.

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Au cours de ses (coûteuses) 17 aventures de 9 minutes en moyenne, Superman – qui vole ici pour la première fois de son histoire alors qu’il ne faisait que bondir jusqu’alors par-dessus les buildings – devra combattre un sosie, un gorille géant, des civilisations inconnues qui s’en prennent à Lois Lane – aux allures de pin-up propre aux années 40 – qui se met chaque fois dans le pétrin afin d’obtenir un scoop, sauf dans le dernier cartoon dans lequel elle n’apparaît pas. Il devra aussi stopper un train rempli d’or qui s’est emballé, arrêter une éruption volcanique, un tremblement de terre, des braqueurs, des machines infernales, un monstre venu de l’Arctique, un télescope magnétique et même une momie ! Autant dire que le surhomme de Krypton, défenseur de la veuve et de l’orphelin, n’a pas chômé dès sa première adaptation !

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Le symbole de la puissante Amérique

Le dernier épisode est différent des autres par son animation, plus « réaliste », par l’absence de Lois Lane et par son ton « film noir » (où Hitler et sa moustache font même une apparition) quand Clark Kent se prend pour un véritable espion avant de prendre son dernier envol, tout en prenant le soin de saluer le drapeau américain flottant au vent. Superman est devenu un véhicule de propagande. Aujourd’hui, les cartoons vintage de Superman n’ont rien perdu de leur saveur et demeurent une réjouissante curiosité, bien dessinée, pleine d’action et de charme, qui titille la fibre nostalgique des fans dès le prologue et la musique devenus cultes.

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LE DVD

Le test du DVD édité par Elephant Films a été réalisé à partir d’un check-disc, sans packaging, que nous ne pouvons donc pas détailler. De plus, Elephant n’a pas pu mettre la main sur un quelconque supplément pour célébrer le 75e anniversaire de la série. Le menu principal est animé et musical, tandis qu’un carton indique que quatre épisodes n’ont jamais bénéficié de doublage français.

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L’image et le son

Les épisodes de ce Superman vintage ont été restaurés en Haute-Définition et sont issus de nouvelles sources respectant le format original 1.33. Le Technicolor n’est certes pas flamboyant, mais les couleurs retrouvent néanmoins une nouvelle fraîcheur sur la plupart des épisodes. La stabilité est de mise, la qualité visuelle au rendez-vous et les partis pris esthétiques sont respectés sans lissage excessif du grain. Les contrastes sont plaisants, même si quelques épisodes font apparaître plus de scories, rayures verticales, points et autres résidus. Le style crayonné spécifique à l’époque est superbement retranscrit et la compression solide. Pour information, la série Superman des Studios Fleischer est tombée récemment dans le domaine public. Les Studios Warner qui disposaient des pellicules originales sont à l’origine de la restauration de la série dont on pouvait jusqu’alors retrouver les épisodes disséminés à travers le coffret Blu-ray dédié à la saga cinématographique de l’Homme d’acier.

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En version originale, les voix nasillardes saturent, mais les dialogues demeurent intelligibles. La piste française apparaît étonnamment plus claire, mais il semble que le doublage ait été effectué plus récemment. La musique tient également une grande place dans les épisodes et l’accompagnement sonore se révèle aléatoire. Certaines séquences s’avèrent plus couvertes, d’autres plus grinçantes, et l’ensemble a souvent du mal à trouver un juste équilibre. On déplorera un petit manque d’ardeur dans les premières aventures et une prédominance des aigus qui irritent quelque peu les tympans. Les épisodes 2, 8, 11 et 17 n’ont jamais bénéficié de doublage et sont donc proposés uniquement en version originale sous-titrée en français. Les deux pistes sont disponibles en Dolby Digital 2.0.

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Crédits images : © Elephant Films