Test DVD / I Know This Much Is true, réalisé par Derek Cianfrance

I KNOW THIS MUCH IS TRUE réalisé par Derek Cianfrance, disponible en DVD le 7 juillet 2021 chez HBO et Warner Bros.

Acteurs : Mark Ruffalo, John Procaccino, Rob Huebel, Gabe Fazio, Kathryn Hahn, Melissa Leo, Rosie O’Donnell, Archie Panjabi, Michael Greyeyes, Juliette Lewis…

Scénario : Derek Cianfrance & Anya Epstein, d’après le roman La Puissance des vaincus de Wally Lamb

Photographie : Jody Lee Lipes

Musique : Harold Budd

Durée : 6h (6 épisodes)

Date de sortie initiale : 2020

LA MINI-SÉRIE

Dominik et Thomas Birdsey sont deux frères jumeaux. Alors que Thomas souffre de problèmes psychiatriques aggravés après le décès de leur mère, Dominik se lance dans une bataille pour faire sortir son frère d’un asile psychiatrique.

Révélé en 2010 avec son deuxième long métrage Blue Valentine, interprété par Michelle Williams et Ryan Gosling, le réalisateur Derek Cianfrance (né en 1974) a ensuite confirmé avec The Place Beyond the Pines, encore une fois incarné par Ryan Gosling, avec également Eva Mendes et Bradley Cooper. Bien que surestimés, ces deux films démontraient le savoir-faire du réalisateur américain et imposaient sans mal une nouvelle sensibilité. En 2016, il revenait avec Une vie entre deux océans, film qui a énormément déçu, qui croulait malheureusement sous les clichés et les effets téléphonés, rendant l’histoire complètement improbable. Après, le réalisateur aura produit et écrit Sound of metal de Darius Marder, tout en se consacrant à l’adaptation d’une mini-série, I Know This Much Is True, d’après le best-seller du même nom de Wally Lamb, sorti en France sous le titre La Puissance des vaincus (Belfond, 2000). On comprend ce qui a tout de suite attiré le cinéaste dans ce pavé de près de 1000 pages, puisqu’il y aura retrouvé les thèmes qu’il n’aura cessé d’explorer tout au long de ses films précédents, à savoir la famille, la paternité et la maternité, les responsabilités, la rédemption, le poids des secrets qui peut à la fois détruire et souder des individus et parfois même au sein du couple, les choix et leurs conséquences à travers une réaction en chaîne. N’y allons pas par quatre chemins, Derek Cianfrance livre son chef d’oeuvre. Divisé en 6 épisodes de près d’une heure, à l’exception du dernier d’une durée de 75 minutes, I Know This Much Is True est comme qui dirait l’oeuvre ultime que le metteur en scène et scénariste semblait viser depuis ses débuts, par petites touches. Il atteint ici le sublime, non seulement grâce à une écriture d’une extrême délicatesse, percutante et hypersensible, mais aussi par une réalisation souvent remarquable et par son casting exceptionnel, porté par la double performance extraordinaire de Mark Ruffalo, définitivement l’un des plus grands comédiens aujourd’hui. Du début à la fin, on reste scotchés par le charisme, le talent hors-norme et la transformation de l’acteur (plus de vingt kilos pris pour l’incarnation du deuxième jumeau), également producteur exécutif. Vous voulez voir une immense performance ? Jetez-vous sur I Know This Much Is true, événement de l’année 2020 sur la chaine HBO.

Loin de ses précédentes hésitations, comme le mélodrame horripilant qu’était Une vie entre deux océans, Derek Cianfrance peut enfin, probablement grâce au format confortable offert par la mini-série, prolonger les sujets qui lui tenaient à coeur, en prenant le temps de développer ses personnages, lui qui allait habituellement trop vite en besogne, ce qui nuisait à l’empathie. Cette fois, il s’agit d’un drame psychologique passionnant, dans lequel les spectateurs peuvent aisément se retrouver car centré sur les relations familiales, les rancunes, les traumatismes, les espoirs déçus, les secrets enfouis. D’emblée, on est happé dans ce récit intimiste où s’impose Mark Ruffalo, qui se dédouble par l’intermédiaire d’impressionnants effets spéciaux, quand le frère atteint de schizophrénie paranoïde, se rend dans une bibliothèque municipale et se tranche la main en guise de sacrifice. Un acte religieux supposé stopper la guerre du Golfe alors en cours, qui le conduit à l’hôpital, où il refuse qu’on lui recouse le membre coupé. Son frère jumeau, Dominik, sur le point de signer l’autorisation obligatoire pour le faire opérer, décide finalement d’écouter son frère et décline la greffe. Cet acte violent va conduire Dominik à redoubler de vigilance envers son frère, d’autant plus que leur mère (superbe Melissa Leo) est sur le point de mourir. Dominik, lui-même touché par un drame survenu quelques années auparavant, qui a ensuite entraîné la dissolution de son couple avec sa femme Dessa (inattendue Kathryn Hann), arrive à un carrefour de sa vie, celui où il devra enfin se confronter à son passé, forcément lié à celui de son frère jumeau, pour profiter de sa propre existence et mieux envisager l’avenir.

On reconnaît aussi dès les premières séquences, le soin quasi-maniaque de Derek Cianfrance mis dans chaque plan, lui qui évoque souvent ses références et influences éclectiques, du Mépris de Jean-Luc Godard, en passant par L’Evangile selon Saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini, Une femme sous influence de John Cassavetes, Napoléon d’Abel Gance, Psychose d’Alfred Hitchcock et 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu. Sans trop dévoiler l’intrigue, on pourra dire que la vie de Thomas et de Dominik découlera d’une malédiction survenue quelques générations auparavant, liée à leur grand-père maternel, qu’ils n’ont pas connu, sicilien qui a quitté sa terre natale pour embrasser le rêve américain au début du XXe siècle. L’épisode 5, dans lequel on découvre cette histoire à travers la traduction d’un manuscrit écrit par cet aïeul dès le premier épisode, mélange à la fois les langues italienne et anglaise. C’est à travers ce récit, qui montre que tout n’est que répétitions, que Dominik prendra conscience de son propre trauma, de sa culpabilité, et qu’il trouvera la force de briser cette damnation, même s’il devra pour cela affronter encore quelques pertes, pour accepter de (sur)vivre. Comme à son habitude, Derek Cianfrance joue la carte de l’émotion pudique et du romanesque, tout en évitant le pathos qui parasitait ses autres films. Ici, rien d’artificiel, de surligné, de poussif, de manichéen, de dégoulinant. Tout y est percutant, viscéral, universel et surtout un modèle dans le message que la série véhicule, la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, mais qui ne se mange pas.

Récompensé par le Golden Globe du Meilleur acteur, Mark Ruffalo porte (doublement) I Know This Much Is true, comme ses camarades tout aussi fantastiques (Rosie O’Donnell et Archie Panjabi en tête), mini-série addictive car bouleversante, saisissante, en un mot magistrale.

L’ÉDITION DVD

C’est tout naturellement chez HBO / Warner que la mini-série I Know This Much Is True débarque (seulement) en DVD en France. Un boîtier Amaray contient les six épisodes répartis sur deux disques, trois sur l’un, trois sur l’autre. Boîtier glissé dans un fourreau cartonné. Le visuel de la jaquette sera forcément attractif pour les fans de Mark Ruffalo. Le menu principal est fixe et muet.

Aucun supplément…Dommage…

L’Image et le son

Derek Cianfrance revient à ses premières amours, sur le fond comme sur la forme. Les partis-pris de Jody Lee Lipes (Manchester by the Sea) rappellent parfois ceux de Andrij Parekh (Blue Valentine) et Sean Bobbitt (The Place Beyond the Pines) avec lesquels le réalisateur avait collaboré. La colorimétrie y est sensiblement délavée ou volontairement atténuée, froide voire glacée, quelques flous sporadiques sont inhérents aux conditions des prises de vue mais la clarté des séquences extérieures flatte la rétine et le piqué demeure palpable. L’ensemble ne manque pas de qualités, notamment au niveau des contrastes et du grain scrupuleusement conservé.

Le confort acoustique est également largement assuré grâce aux mixages anglais et français Dolby Digital 5.1 qui mettent le paquet concernant la spatialisation musicale, une très large ouverture des frontales, des effets latéraux sans cesse palpables, des ambiances annexes suffisantes et un rendu percutant des dialogues. Si la version originale l’emporte sur son homologue du point de vue homogénéité des voix, musique et effets, la piste française n’est jamais en reste.

Crédits images : © Home Box Office / Warner Bros. / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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