Test Blu-ray / Le Roi de Paris, réalisé par Dominique Maillet

LE ROI DE PARIS réalisé par Dominique Maillet, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 juin 2021 chez Doriane Films.

Acteurs : Philippe Noiret, Veronika Varga, Jacques Roman, Manuel Blanc, Michel Aumont, Paulette Dubost, Corinne Cléry, Ronny Coutteure…

Scénario : Jacques Fieschi, Jérôme Tonnerre, Bernard Minoret & Dominique Maillet

Photographie : Bernard Lutic

Musique : Quentin Damamme

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1995

LE FILM

Le Roi de Paris, en cette saison théâtrale 1930, c’est Victor Derval, le grand acteur. Il vit avec sa cour : le directeur du théâtre de la Grande Comédie, sa fidèle habilleuse, un marquis déchu et son ancienne maîtresse et partenaire de scène.

Le 11 janvier 1995, alors que le Frankenstein de Kenneth Branagh, le génial Coups de feu sur Broadway de Woody Allen et Le Péril jeune de Cédric Klapisch se disputent le box-office, un film, sorti en catimini, sans annonce ni publicité, ramasse les miettes en fin de classement. Il s’agit du Roi de Paris, le premier long-métrage réalisé par le critique de cinéma Dominique Maillet, intervenant dans Cinématographe et La Revue du cinéma, interprété par l’exceptionnel, le géant, le monstre Philippe Noiret. Les deux hommes avaient précédemment collaboré pour un livre (Philippe Noiret, Henri Veyrier) consacré au comédien, à sa vie, à sa carrière, cinq années auparavant. Devenus amis et désirant se retrouver pour un projet commun, ils s’associent cette fois au cinéma. S’il avait signé quelques courts métrages, dont Victor (1981), avec Gérard Lanvin et Jean Bouise, et Femme fidèle (1986) avec Marie Trintignant et Jean-Pierre Kalfon, Dominique Maillet passe la vitesse supérieure avec Le Roi de Paris, qu’il coécrit avec l’imminent Jacques Fieschi (Police de Maurice Pialat, Quelques jours avec moi et Un cœur en hiver de Claude Sautet, Les Nuits fauves de Cyril Collard, Le Fils préféré de Nicole Garcia), Bernard Minaret et Jérôme Tonnerre (Vive la vie, Partir, revenir, Un homme et une femme : Vingt ans déjà de Claude Lelouch, Chouans ! de Philippe de Broca, La Gloire de mon père et Le Château de ma mère d’Yves Robert). Vibrant hommage au talent, au charisme, à l’aura, à l’élégance, à la gouaille, à la personnalité de Philippe Noiret, pour qui le rôle a évidemment été taillé sur mesure, Le Roi de Paris se double également du témoignage d’un passionné de cinéma, en adoration certes devant son acteur, mais aussi plus généralement pour le septième art, pour le théâtre, pour ces hommes et ces femmes qui nous transportent dans un autre monde, dans lequel eux-mêmes ne savent plus très bien où s’arrête la fiction et où reprend la réalité. Une frontière poreuse, friable, représentée par un fil sensible sur lequel les comédiens semblent marcher comme des funambules, parfois pour le meilleur puisque cela nourrit constamment leur jeu, mais aussi souvent pour le pire quand cela nuit à leur vie personnelle. Alors qu’il amorçait l’automne de sa vie, Philippe Noiret, qui allait avoir 65 ans, livre ici une prestation dantesque, bouffant chaque scène comme un ogre, tout en laissant une place de choix à ses jeunes partenaires, notamment la lumineuse Veronika Varga, superbe révélation que l’échec commercial cuisant du film (alors considéré comme maudit) n’a malheureusement pas aidé pour faire décoller sa carrière par la suite. Elle y est pourtant somptueuse face à son imposant partenaire. Le Roi de Paris est une très belle découverte, très largement conseillée aux amoureux du cinéma.

En 1930, Victor Derval, surnommé le «roi de Paris», acteur adulé et monstre sacré, règne en maître sur les planches de la capitale. Derval vit entouré de sa cour, composée du directeur du théâtre de la Grande comédie, de son habilleuse, d’un marquis déchu et de sa partenaire à la scène. Romain Coste, l’auteur des derniers succès de Derval, ne fait pas partie de ce petit cercle fermé. Il ne parvient pas à accepter la liberté que prend l’acteur avec ses textes. De son côté, Paul, le fils de Derval, éprouve fascination et mépris à l’égard de son père. Un beau jour, Derval est accosté dans la rue par Lisa Lanska, une jeune étrangère, venue à Paris tenter sa chance sur les planches…

« Il y a des rencontres qu’il ne faut pas laisser passer… »

Petit bijou dissimulé dans la filmographie de Philippe Noiret, coincé entre l’imposante Fille de d’Artagnan de Bertrand Tavernier et le désormais culte Les Grands Ducs de Patrice Leconte, Le Roi de Paris rend compte de l’ambition de Dominique Maillet, qui à cette occasion s’entoure de grands noms du cinéma. Outre les scénaristes susmentionnés, le réalisateur s’appuie sur le travail de Jacques Rouxel (Cyrano de Bergerac et Le Hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau) pour les décors (solide reconstitution des années 1930), sur celui de Christian Gasc (Souvenirs d’en France, Rendez-vous et Le Lieu du crime d’André Téchiné), créateur des costumes, ainsi que sur celui de Bernard Lutic (Un jeu brutal de Jean-Claude Brisseau, La Femme de l’aviateur, Le Beau mariage et L’Ami de mon amie d’Eric Rohmer), responsable de la magnifique photographie du film.

Si rétrospectivement Le Roi de Paris a pu apparaître anachronique dans le paysage cinématographique français où triomphaient alors Un indien dans la ville d’Hervé Palud, La Cité de la peur d’Alain Berberian, Les Trois frères des Inconnus, Les Anges gardiens de Jean-Marie Poiré, La Haine de Mathieu Kassovitz, les années ont passé et l’on peut enfin (re)découvrir cette œuvre merveilleusement écrite, aux dialogues ciselés, délicatement mise en scène et portée par un fabuleux casting. A ce titre, Dominique Maillet s’est aussi fait plaisir et mélange à la fois les talents émergents, Veronika Varga donc, mais aussi Manuel Blanc, alors tout juste révélé par André Téchiné dans J’embrasse pas, et des acteurs de renom, parmi lesquels l’extraordinaire Michel Aumont (l’exquis marquis de Castellac, souffre-douleur de Derval), le trop rare Jacques Roman, la légendaire Paulette Dubost (alors âgée de 85 ans et de l’énergie à revendre), sans oublier la participation de la divine Corinne Cléry, dans l’une de ses rares, pour ne pas dire sa seule incursion dans le cinéma français.

« Le triomphe printanier de l’une porterait ombrage à la gloire automnale de l’autre… »

Le Roi de Paris est une œuvre plurielle, un triangle amoureux, une histoire de rivalité en dehors et sur les plateaux entre un père et son fils, au milieu desquels une femme, éprise du premier quand elle foule les mêmes planches que lui, du second (considéré comme « une erreur de jeunesse ») dont la fragilité la foudroie, et qui doit aussi penser à sa propre carrière, au moment où son jeu, sa beauté, sa grâce et sa fraîcheur explosent aux yeux du monde du théâtre et du cinéma, friand de nouveaux visages à l’aube des films parlants. Comme les spectateurs qui découvrent ainsi Lisa Lanska donner la réplique au Roi de Paris, celui du film de Dominique Maillet se retrouve face à un long-métrage précieux, dont on a envie de parler à tout le monde, de prendre soin, de conserver chaleureusement et auquel on reviendra probablement avec un grand plaisir.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

C’est à Doriane Films que revient l’honneur d’éditer Le Roi de Paris, qui à cette occasion présente le film de Dominique Maillet dans un superbe combo Blu-ray + 2 DVDs, qui prend la forme d’un Digipack à trois volets. Le menu principal est animé et musical.

Disposant d’un DVD individuel, le supplément proposé par Doriane Films est un très long documentaire rétrospectif de 84 minutes, composé d’images de tournage, d’essais des acteurs, mais aussi essentiellement de propos absolument passionnants de Dominique Maillet, du scénariste Jacques Fieschi, du chef-décorateur Jacques Rouxel, du créateur des costumes Christian Gasc, de l’assistant-réalisateur Gabriel Julien-Laferrière et de la comédienne Veronika Varga (après la défection de Nastassja Kinski). Chaque intervenant s’exprime, sans langue de bois, sur la genèse du Roi de Paris, sur les partis-pris et les intentions du réalisateur (une mise en scène qui rend compte du théâtre à travers le cinéma), sur la mise en route difficile du film (ou comment Bertrand Tavernier, qui allait produire le film, aura lâché Dominique Maillet en prétextant finalement qu’il ne lui faisait pas confiance pour le mettre en scène), sur l’arrêt du tournage après seulement trois jours de prises de vue (il n’y avait plus d’argent en raison du retrait de France 3, qui après un coup de téléphone de l’Elysée, devait miser uniquement sur Jeanne la Pucelle de Jacques Rivette). Le tournage ne reprendra que cinq mois après, de façon fragile, Dominique Maillet louant par ailleurs la patience de Philippe Noiret, mis pour la première fois de sa vie au « chômage technique » et qui a su patienter durant cette longue période, croyant en son réalisateur et au projet. En voix-off, Philippe Noiret s’exprime sur son rôle et sur le film. Ce module se clôt sur la sortie au cinéma du Roi de Paris (« aussi cauchemardesque que le tournage ») volontairement sabordée par le producteur Jean Gontier, qui avait refusé que le film soit présenté aux festivals de Venise et de Toronto, puis vendu à l’étranger ou même accompagné de promotion. Finalement, Le Roi de Paris connaîtra une sortie dite technique dans quatre salles et n’attirera qu’un peu plus de 15.600 spectateurs. Voilà un fabuleux making of qui participera à coup sûr à la réhabilitation du Roi de Paris.

L’Image et le son

C’est ce qu’on appelle une vraie résurrection. En effet, bien qu’invisible durant de très longues années, Le Roi de Paris a subi un véritable lifting et Doriane Films peut être fier de présenter ce magnifique master HD restauré 4K. Le grain argentique est fin, organique, excellemment géré, élégant et participe à la beauté de la photographie signée Bernard Lutic (Diên Biên Phu de Pierre Schoendoerffer, Le Colonel Chabert d’Yves Angelo). Les couleurs sont éclatantes, les noirs denses, la propreté remarquable, le piqué acéré comme la lame d’un scalpel, le relief omniprésent, les détails aiguisés, les matières palpables, la stabilité indéniable. Le Blu-ray est au format 1080p.

L’option 5.0 fait son effet en créant une projection immersive et en profitant intelligemment des enceintes latérales. Les voix sont solidement plantées sur la centrale, les effets distillés de façon maligne et la musique de Quentin Damamme profite de cet écrin acoustique dynamique. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 est forcément plus « plate », mais délivre également de très bonnes ambiances, tout en respectant le volume des dialogues. L’éditeur joint aussi une piste en Audiodescription, ainsi que les sous-titres hongrois, anglais et français pour les spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © Doriane Films / Mac Guffin Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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