Test DVD / La Petite cuisine de Mehdi, réalisé par Amine Adjina

LA PETITE CUISINE DE MEHDI réalisé par Amine Adjina, disponible en DVD le 7 avril 2026 chez Pyramide Vidéo.

Acteurs : Younès Boucif, Clara Bretheau, Hiam Abbass, Gustave Kervern, Malika Zerrouki, Birane Ba, Lou-Adriana Bouziouane, Laurent Stocker…

Scénario : Amine Adjina

Photographie : Sébastien Goepfert

Musique : Amine Bouhafa

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Mehdi, cuisinier au restaurant Baratin, et Léa, serveuse dans ce même établissement, sont collègues et amants. Ils vivent ensemble et songent à prendre ensemble la succession du patron bientôt à la retraite. Les parents de Léa sont prêts à leur donner un coup de main,. Léa voudrait rencontrer Fatima la mère de Mehdi. Ce dernier, paniquant à l’idée de la réaction de sa mère à la découverte de la fiancée qu’il lui avait cachée demande à son amie Souhila de feindre d’être sa mère.

Comme le nom du restaurant où officie le personnage principal l’indique, Mehdi va se retrouver dans une spirale infernale de mensonges, histoire selon lui d’arrondir les angles. La Petite Cuisine de Mehdi est donc celle qui symbolise le beau métier de ce jeune homme arrivé à un carrefour de son existence (partagée entre deux cultures, deux identités), mais aussi ce qu’il trafique, avec les ingrédients mis à portée de main, pour faire en sorte que sa vie personnelle ne soit pas trop impactée par la tournure des événements. Ce premier long-métrage écrit et réalisé par Amine Adjina, qui a aussi été comédien, s’avère très attachant, non seulement par sa simplicité, mais aussi par sa fraîcheur et l’excellence de sa distribution. Celle-ci est portée par Younès Boucif, comédien qui petit à petit fait son trou dans le cinéma français et que l’on avait déjà vu dans Les Magnétiques de Vincent Maël Cardona, la série Drôle sur Netflix, le superbe Le Ravissement d’Iris Kaltenbäck et même aux côtés de Laura Dern et de Liam Hemsworth dans la comédie romantique Lonely Planet de Susannah Grant. Il est ici en haut de l’affiche et porte merveilleusement bien cette comédie douce et amère très prometteuse menée sans aucun temps mort et marquée par de belles répliques qui fusent. Une belle surprise.

Mehdi est sur le point de racheter le restaurant dans lequel il travaille, avec sa compagne Léa, devenue serveuse. Lorsque sa sœur Faiza passe par surprise au restaurant, celui-ci est gêné et tente d’éviter qu’elle n’échange seule avec Léa. Malgré tout, celle-ci, persuadée que la mère de Mehdi était au bled, apprend que cette dernière est venue pour une circoncision chez sa mère. Désemparé, Mehdi, qui n’a aucune envie de présenter sa mère à Léa, accepte la proposition d’une amie, Souhila, qui tient un bar. Celle-ci va jouer sa mère quelque temps, histoire de confirmer qu’elle est juste de passage…

Il est à fleur de peau Mehdi. Persuadé que sa mère n’acceptera pas qu’il soit fiancé à une femme non algérienne, il préfère mentir. Mais le mensonge en entraîne un autre, au point où la situation finit par lui échapper. Il joue le rôle du fils algérien parfait devant sa mère Fatima, tout en lui cachant sa relation avec Léa ainsi que sa passion pour la gastronomie française. Il est chef dans un bistrot qu’il s’apprête à racheter avec Léa. Mais celle-ci n’en peut plus de ses cachotteries. La Petite cuisine de Mehdi s’inspire d’une situation vécue par Amine Adjina lui-même, quand il avait tardé à présenter sa compagne à sa famille. Là-dessus, le metteur en scène n’a pas peur du romanesque et invente une réaction en chaîne aussi légère que fantaisiste de rebondissements.

Outre Younès Boucif, c’est un plaisir de retrouver Hiam Abbass (Paradise Now de Hany Abu-Assad, Munich de Steven Spielberg, The Visitor de Tom McCarthy, Les Citronniers d’Eran Riklis), sans doute l’une des plus grandes comédiennes des années 2000-2010, parfaite ici dans le rôle de Souhila, la « mère de substitution » de Mehdi. Prenant son « personnage » très au sérieux, Souhila, femme seule qui tient un bar qui accueille les âmes éperdues la nuit, est donc chargée de rencontrer Léa (la belle Clara Bretheau) pour la satisfaire, même si cette dernière n’est pas dupe et voit bien qu’elle ne correspond pas au portrait que lui avait dressé son petit ami. Gustave Kervern, Malika Zerrouki, Birane Ba (Je verrai toujours vos visages) et Laurent Stocker complètent le casting.

Le réalisateur s’en tire très bien derrière la caméra et évite le côté téléfilm souvent attribué aux premières œuvres et il est aussi aidé par de très beaux partis-pris esthétiques imputables au directeur de la photographie Sébastien Goepfert (Sur un fil de Reda Kateb, La Nouvelle femme de Léa Todorov, Petit paysan d’Hubert Charuel). Avec ses couleurs chaudes et ambrées, son rythme vif, ses dialogues très bien écrits, le naturel des acteurs, La Petite cuisine de Mehdi tire son épingle du jeu et se révèle être une comédie tendre, pétillante et intelligente (la question de l’origine et des racines est au coeur du récit), belle à regarder et qui réchauffe le coeur.

LE DVD

C’est chez Pyramide Vidéo qu’apparaît dans les bacs La Petite cuisine de Mehdi, uniquement en DVD. Après avoir frôlé les 100.000 entrées, le premier long-métrage d’Amine Adjina saura toucher ainsi un nouveau public. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur ne vient pas les mains vides et présente quelques suppléments intéressants. C’est le cas des trois scènes coupées (5’30). Deux prolongeaient l’amitié entre Mehdi et Ibrahim, qui discutaient après la soirée où le premier présentait sa « mère » – qui avait bien picolé – à ses proches. Une autre mettait Mehdi et Bernard face-à-face après la révélation, le patron du restaurant (interprété par Gustave Kervern) faisant comprendre qu’il est amoureux de Souhila.

Nous trouvons ensuite une interview d’Amine Adjina (15’), qui revient sur l’histoire du film, sa genèse et sa part autobiographique. Le réalisateur s’exprime sur son parcours, les thèmes qu’il a voulu aborder (ou quand le mensonge sert à faire sortir la vérité, le trouble identitaire, la famille et bien sûr la cuisine vue comme un vecteur de la transmission de la mémoire et des souvenirs), les partis-pris, le travail avec le directeur de la photographie Sébastien Goepfert, le casting et la musique d’Amine Bouhafa.

L’interactivité se clôt sur une large et très belle galerie de photos de tournage (prises par Laurent Le Crabe) et un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Pyramide Vidéo et le chef opérateur Sébastien Goepfert nous proposent un master SD croustillant sur fond de contrastes denses, saupoudré d’une clarté bienvenue. Le tout est arrosé d’un piqué renversant, des détails qui flattent les pupilles (ou papilles ?) gustatives et la profondeur de champ est offerte pour le dessert. En guise de digestif, nous admirerons le relief omniprésent, la concision des noirs, la vivacité de la colorimétrie, ainsi que la beauté des éclairages tamisés. Un très beau DVD.

Le spectateur a le choix entre les pistes Dolby Digital 5.1 et 2.0. Notre préférence va pour la première qui instaure un confort acoustique plus plaisant, une spatialisation musicale convaincante et des effets latéraux, certes peu foisonnants, mais appréciables. Le caisson de basses s’invite à table quand la situation le lui permet, les ambiances de cuisine sont plaisantes, la balance frontale toujours dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. La piste stéréo est évidemment plus plate mais riche et remarquablement équilibrée. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Pyramide Films / Pyramide Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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