Test Blu-ray / Hurler de peur, réalisé par Seth Holt

HURLER DE PEUR (Taste of Fear) réalisé par Seth Holt, disponible en Édition Blu-ray + DVD + Livret le 17 septembre 2019 chez ESC Editions

Acteurs : Susan Strasberg, Ronald Lewis, Ann Todd, Christopher Lee, John Serret, Leonard Sachs, Anne Blake, Fred Johnson…

Scénario : Jimmy Sangster

Photographie : Douglas Slocombe

Musique : Clifton Parker

Durée : 1h18

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Penny Appleby, jeune femme paralysée et condamnée au fauteuil roulant, revient dans sa demeure familiale située sur la Côte d’Azur après la disparition de son père. Accueillie par Jane, sa belle-mère, et épaulée à chaque instant par Bob, le chauffeur de la famille, voici qu’elle commence à avoir d’épouvantables visions : elle se met à voir le cadavre de son père dans différents endroits de la demeure, lequel disparaît aussitôt…

Même si la Hammer Films demeure emblématique de l’épouvante et du fantastique au cinéma, celle-ci était pourtant loin de se cantonner aux genres qui lui ont donné ses lettres de noblesse. Des films de pirates et d’aventures sont nés également au sein de la Hammer, y compris des thrillers dramatiques et psychologiques, à l’instar de Hurler de peurTaste of Fear pour les puristes (Ou bien encore Scream of Fear aux Etats-Unis), réalisé par Seth Holt en 1961, qui découle de deux des plus grands films de l’histoire du cinéma qui venaient alors de secouer la planète entière, Les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot (1955) et Psychose d’Alfred Hithcock (1960). Opus méconnu de la société de production britannique, petite production tournée en N&B en décors naturels, Hurler de peur s’avère un film très étonnant, osé et moderne, emblématique de l’ambition et de l’éclectisme de la Hammer.

C’est ce qu’on appelle une madeleine, un film précieux, auquel on tient tout particulièrement. Loin d’être l’opus le plus célèbre – euphémisme – du célèbre studio, Hurler de peur est pourtant une très grande réussite, technique, nous y reviendrons, mais également un succulent rollercoaster d’émotions qui va à cent à l’heure (78 minutes montre en main), marqué par des rebondissements en tout genre, des renversements de situations et des personnages délicieusement ambigus. Le réalisateur est un quasi-inconnu et l’est d’ailleurs malheureusement resté. Seth Holt (1923-1971), monteur (De l’or en barre, Tortillard pour Tietfield, La Loterie de l’amour et La Bataille des sexes de Charles Crichton) britannique, n’avait mis en scène qu’un seul long métrage, Le Criminel aux aboisNowhere to Go en 1958, thriller avec la grande Maggie Smith dans son premier film. Remarqué par les pontes de la Hammer, il est engagé pour Hurler de peur, dans lequel il démontre un véritable savoir-faire technique, qui participe à la grande réussite de Taste of Fear.

Mais le grand-manitou de Hurler de peur demeure le producteur et scénariste Jimmy Sangster (1927-2011). L’homme derrière les titres emblématiques Frankenstein s’est échappé, La Revanche de Frankenstein, Le Cauchemar de Dracula, La Malédiction des pharaons et Les Maîtresses de Dracula, tous réalisés par Terence Fisher, aimait garder la main-mise sur le tournage, tout en laissant s’exprimer le talent artistique des « employés » de la Hammer. C’est le cas ici pour Seth Holt, qui révèle un indéniable talent de directeur d’acteurs.

Peu de comédiens au générique, nous citerons l’excellence de Susan Strasberg (1938-1999), fille du mythique Lee Strabserg et de la comédienne Paula Strasberg, vue avant cela dans le superbe Picnic (1955) de Joshua Logan. Sa beauté magnétique et sa sensibilité emportent immédiatement l’adhésion du spectateur, qui se prend de compassion pour la jeune femme et souhaite savoir qui est derrière cette machination qui voudrait tenter de lui faire perdre-pied définitivement. Que penser de ce médecin intriguant et suintant auquel Christopher Lee (qui a toujours déclaré qu’il s’agissait ici d’un de ses films préférés et un des meilleurs produits par la Hammer), de passage sur la Côte d’Azur, prête son charisme troublant ? Est-ce sa belle-mère, interprétée par Ann Todd (1909-1993), grande actrice ayant collaboré avec Alfred Hitchcock sur Le Procès ParadineThe Paradine Case (1947) et son époux David Lean (Les Amants passionnés, Le Mur du son, Madeleine), qui semble bien trop évasive sur l’absence inexpliquée de son époux ? Ou bien encore ce chauffeur au grand coeur, Robert (Ronald Lewis), qui en pince visiblement pour Penny ?

Seth Holt s’empare du petit bijou de scénario de Jimmy Sangster. Même si certains éléments se devinent bien avant la fin, Hurler de peur est un divertissement haut de gamme, doublé d’une indéniable beauté plastique, avec surtout la photographie Douglas Slocombe, immense chef opérateur décédé en 2016 à l’âge de 103 ans, qui aura terminé sa carrière sur la trilogie Indiana Jones de Steven Spielberg.

Le réalisateur, le scénariste et les producteurs sont conscients que les spectateurs essaieront d’emblée de comprendre ce qui se cache derrière ce mystère, et s’ils ne peuvent dissimuler bien longtemps quelques révélations, Hurler de peur demeure très malin et parvient à surprendre l’audience jusqu’au dernier coup de théâtre.

LE BLU-RAY

Hurler de peur intègre tout naturellement la collection « British Terrors » d’ESC Editions, qui comprend entre autres les titres Le Caveau de la terreur, Le Train des épouvantes, Asylum, Les Contes aux limites de la folie, Histoires d’outre-tombe, Les Deux visages du Dr Jekyll, La Maison qui tue et La Revanche de Frankenstein. Cette édition Mediabook se compose du DVD et du Blu-ray du film, ainsi que d’un livret de 16 pages rédigé par Marc Toullec. Le menu principal est animé et musical.

ESC a confié la présentation de la Hammer à l’imminent Nicolas Stanzick, auteur du livre Dans les griffes de la Hammer : la France livrée au cinéma d’épouvante. Dans un module de 13 minutes, le journaliste nous raconte l’histoire du mythique studio Hammer Film Productions. Comment le studio a-t-il fait sa place dans l’Histoire du cinéma, comment le studio a-t-il réussi l’exploit de susciter un véritable culte sur son seul nom et surtout en produisant de vrais auteurs ? Comment les créateurs du studio ont-ils pu ranimer l’intérêt des spectateurs pour des mythes alors tombés en désuétude ou parfois même devenus objets de comédies ? Nicolas Stanzick, érudit, passionnant, passe en revue les grands noms (Terence Fisher bien évidemment, Christopher Lee, Peter Cushing) qui ont fait le triomphe de la Hammer dans le monde entier, mais aussi les grandes étapes qui ont conduit le studio vers les films d’épouvante qui ont fait sa renommée. Voilà une formidable introduction !

Nicolas Stanzyck laisse ensuite sa place à Laurent Aknin, que nous avons déjà eu le plaisir de croiser sur différents titres comme La Maison qui tue, Histoires d’outre-tombe, Chuck – Jeu d’enfant, tous disponibles chez ESC. Durant quasiment vingt minutes, Laurent Aknin, toujours aussi attachant, enjoué et informatif, donne de multiples informations sur la genèse de Hurler de peur, sur le réalisateur, le casting et le scénariste Jimmy Sangster. L’historien et critique de cinéma analyse à la fois le fond et la forme de Hurler de peur, sans temps mort et avec une passion franchement contagieuse.

L’Image et le son

Franchement, nous ne nous attendions pas à un résultat aussi beau. Malgré quelques légères imperfections, ce nouveau master restauré HD (1080p, AVC) s’impose aisément comme l’une des plus belles surprises de cette collection British Terrors. Ce qui frappe d’emblée, mis à part le formidable usage du cadre, c’est la densité du N&B et la profondeur de champ qui est souvent admirable. La photo est formidablement nuancée avec une large palette de gris, un blanc lumineux et des noirs profonds. La gestion du grain est fort plaisante. La copie est lumineuse et le rendu des textures est très réaliste.

Le film est disponible en version originale ainsi qu’en version française DTS HD Master Audio mono d’origine. Sans surprise, la piste anglaise l’emporte haut la main sur son homologue, surtout du point de vue homogénéité entre les voix des comédiens, la musique et les effets sonores. La piste française est tantôt sourde, tantôt criarde, au détriment des ambiances annexes et de la partition de Clifton Parker, le tout accompagné d’un léger souffle.

Crédits images : © ESC Distribution / ESC Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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