Test Blu-ray / Une souris chez les hommes (Un drôle de caïd), réalisé par Jacques Poitrenaud

UNE SOURIS CHEZ LES HOMMES (UN DRÔLE DE CAÏD) réalisé par Jacques Poitrenaud, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Louis de Funès, Maurice Biraud, Dany Saval, Dany Carrel, Maria Pacôme, Robert Manuel, Dora Doll, Claude Piéplu, Jacques Legras, Bernard Musson, Jean Lefebvre…

Scénario : Albert Simonin & Michel Audiard, d’après le roman Les Heures ouvrables de Francis Ryck

Photographie : Marcel Grignon

Musique : Guy Béart & Michel Colombier

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Francis et Marcel, cambrioleurs « à la petite semaine », sont surpris en pleine action par Lucille, une jeune fille de bonne famille. Désœuvrée, en mal de sensations fortes, elle monnaie son silence et les oblige à l’accepter comme associée. Lucille va alors s’employer à planifier les larcins et autres fric-fracs du trio, lesquels se terminent invariablement en catastrophe et sans le moindre butin.

Le 17 juillet 1964, Une souris chez les hommes, réalisé par Jacques Poitrenaud, sort sur les écrans. L’affiche réunit Maurice Biraud, Louis de Funès et surtout l’exquise Dany Saval, ancienne danseuse au Moulin Rouge, que les producteurs essayent de propulser comme nouvelle vedette de cinéma. Elle passe ainsi devant la caméra des plus grands, André Cayatte (Le Miroir à deux faces), Marcel Carné (Les Tricheurs, Du mouron pour les petits oiseaux), Henri Decoin (Nathalie, agent secret), Georges Franju (Pleins feux sur l’assassin), Julien Duvivier (pour son sketch du Diable et les Dix Commandements). Pour Une souris chez les hommes, c’est la comédienne qui est mise en avant et elle retrouve à cette occasion le cinéaste Jacques Poitrenaud, avec lequel elle avait déjà tourné Les Parisiennes et Strip tease. Le film fonctionne correctement durant cet été 1964, où la concurrence n’est pas trop rude. Mais un événement va changer la donne. En septembre de la même année, Le Gendarme de Saint Tropez crée l’événement et attire près de huit millions de spectateurs, devenant le plus grand succès de 1964. Deux mois plus tard, Fantômas d’André Hunebelle cumule 4,5 millions de tickets vendus. Pendant ce temps, Une souris chez les hommes, toujours dans quelques salles, continue d’attirer quelques spectateurs. 1965, Louis de Funès, désormais star en son pays à l’âge de 50 ans, sort trois hits, que l’on appellerait aujourd’hui des blockbusters : Le Corniaud (près de 12 millions d’entrées), Le Gendarme à New York (5,5 millions) et Fantômas se déchaîne (4,2 millions), sans compter la participation de l’acteur au film à sketches Les Bons vivants (ou Un grand seigneur) coréalisé par Gilles Grangier et Georges Lautner, qui plafonne à 1,4 million d’entrées. Et n’oublions pas qu’Une souris chez les hommes, toujours exploité ici et là en France, engrange encore plus de 320.000 entrées en 1965 ! On fait un bond jusqu’à l’été 1968. Entre temps, Le Grand restaurant, La Grande vadrouille, Fantômas contre Scotland Yard, Oscar, Les Grandes vacances et Le Petit Baigneur sont sortis sur les écrans. Résultat : ces six films représentent plus de 38 millions d’entrées cumulées. Un chiffre qui laisse rêveur, encore aujourd’hui. C’est alors que certains distributeurs et producteurs peu scrupuleux décident de ressortir d’anciens films avec Fufu, en changeant « discrètement » le titre, histoire de faire croire qu’il s’agit de nouveaux opus avec l’acteur le plus populaire de l’Hexagone. Une souris chez les hommes est donc rebaptisé Un drôle de caïd et l’affiche est cette fois centrée sur Louis de Funès. Cela fonctionnera, puisque le film de Jacques Poitrenaud, si l’on tient compte des entrées de 1964 et 1965, atteindra finalement 1,4 millions d’entrées. Quand on (re)découvre Une souris chez les hommes, on est étonné de voir comment Fufu est différent dans cette comédie loufoque. Il y joue un braqueur, prêt à « buter » (cela revient du début à la fin) celles et ceux qui se mettraient sur sa route, un emploi quelque peu singulier dans son œuvre prolifique. Deuxièmement, Jacques Poitrenaud, Albert Simonin et Michel Audiard, d’après le roman Les Heures ouvrables de Francis Ryck (Effraction, Le Silencieux), offrent à Louis de Funès un personnage on va dire sexué, qui drague ouvertement une caissière, afin de récolter quelques précieuses informations sur le magasin où celle-ci officie. La jeune femme (Dora Doll, bien allumée), chaude comme la braise, est prête à dévorer tout cru Marcel. Et cela fonctionne très bien. Qui plus est l’alchimie est bien présente entre les trois acteurs principaux, les comédiens s’amusent (cela se voit et le résultat est contagieux) et le reste de la distribution fait penser à un Expendables avant l’heure, puisqu’on y retrouve entre autres Jean Lefebvre, Dany Carrel, Maria Pacôme, Claude Piéplu, Jacques Legras, Jacques Dynam, Philippe Castelli…Du beau monde pour un spectacle mené à cent à l’heure, excellemment écrit, sans temps mort, malin et qui vieillit très bien. Assurément à redécouvrir.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Une souris chez les hommes (Un drôle de caïd), réalisé par Jacques Poitrenaud »

Test Blu-ray / Mortelle randonnée, réalisé par Claude Miller

mortelle-randonnee3

MORTELLE RANDONNÉE réalisé par Claude Miller, disponible en Édition 2 Blu-ray le 3 décembre 2024 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Michel Serrault, Isabelle Adjani, Guy Marchand, Stéphane Audran, Macha Méril, Geneviève Page, Sami Frey, Patrick Bouchitey

Scénario : Jacques Audiard, Michel Audiard d’après le roman de Marc Behm

Photographie : Pierre Lhomme

Musique : Carla Bley

Durée : 1h58 (version cinéma), 1h36 (version TV)

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

L’Oeil, surnommé ainsi pour ses talents de fin limier, travaille pour l’agence de détectives de Madame Schmitt-Boulanger. Divorcé, il est hanté par le souvenir de sa fille Marie qu’il n’a plus revue depuis sa petite enfance, et cherche désespérément à savoir où elle se trouve sur la seule image qu’il possède d’elle, une photo de classe lorsqu’elle avait huit ans…

mortelle-randonnee-1983-11-g

Garde à vue ayant été un grand succès public et critique en 1981, Claude Miller a le vent en poupe et devient libre de choisir ses projets. Il jette son dévolu sur le roman Eye of the Beholder – Mortelle randonnée de Marc Behm et confie son adaptation à Michel Audiard et à son fils Jacques. Le réalisateur souhaite prendre le contrepied de son précédent film en voulant tourner aux quatre coins de l’Europe et en misant sur une esthétique sophistiquée. Il engage Pierre Lhomme, directeur de la photographie de Tout feu, tout flamme et Le Sauvage, et bénéficie d’un casting quatre étoiles avec Michel Serrault et Isabelle Adjani en tête d’affiche, accompagnés de Guy Marchand, Stéphane Audran, Macha Méril, Geneviève Page, Sami Frey, Geneviève Page, Patrick Bouchitey et la participation de Jean-Claude Brialy.

mortelle-randonnee4mortelle-randonnee

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Mortelle randonnée, réalisé par Claude Miller »

Test 4K UHD / Garde à vue, réalisé par Claude Miller

garde-2

GARDE A VUE réalisé par Claude Miller, disponible en Combo Blu-ray + 4K UHD le 3 décembre 2024 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Lino Ventura, Michel Serrault, Romy Schneider, Guy Marchand, Michel Such, Elsa Lunghini

Scénario : Claude Miller, Jean Herman, Michel Audiard d’après le roman A table ! de John Wainwright

Photographie : Bruno Nuytten

Musique : Georges Delerue

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 1981

LE FILM

Le soir du 31 décembre, Jérôme Martinaud, un notaire, est convoqué au commissariat afin de témoigner sur l’assassinat et le viol de deux petites filles. Les inspecteurs Gallien et Belmont, persuadés de la culpabilité du notable, le mettent en garde à vue. Gallien essaye à tout prix de le faire avouer mais malgré tout, l’affaire piétine. C’est alors que Madame Martinaud, la femme du suspect, fait un témoignage décisif pour l’enquête.

garde-7

Emblématique du cinéma d’auteur populaire, Garde à vue de Claude Miller, adapté du roman noir BrainwashA table ! de John Wainwright, demeure une référence du genre policier à huis clos. Lino Ventura, Michel Serrault, Guy Marchand et Romy Schneider s’affrontent durant 1h25, la plupart du temps enfermés dans les bureaux de la police. Le premier campe un inspecteur usé, fatigué, les épaules basses et les yeux tombants, qui convoque le second, notaire renommé de province. Il est 21h le soir de la Saint Sylvestre, il pleut à verse. Alors que le divisionnaire réveillonne avec tout le gratin dans l’annexe de la Préfecture de police, Gallien (Ventura) rejoint son bureau où l’attendent déjà son adjoint Belmont (Guy Marchand), chargé de transcrire l’interrogatoire mais qui ronge son frein face à la légèreté et l’arrogance du suspect, et Martinaud, vêtu d’un smoking. Ce dernier est passé de témoin à principal suspect dans le cadre d’une affaire de double meurtre et de viol. Deux fillettes sont mortes à quelques jours d’intervalle. Martinaud commence à perdre patience face aux questions de Gallien. Sous la pression de ce dernier, il perd le fil de son témoignage et se contredit. Persuadé que Martinaud ment et alors que ce dernier décide de partir, Gallien le retient en le mettant en garde à vue. La soirée ne fait que commencer et la nuit sera même très longue.

garde-3garde-8 Continuer la lecture de « Test 4K UHD / Garde à vue, réalisé par Claude Miller »

Test Blu-ray / Le Drapeau noir flotte sur la marmite, réalisé par Michel Audiard

LE DRAPEAU NOIR FLOTTE SUR LA MARMITE réalisé par Michel Audiard, disponible en DVD et Blu-ray le 12 juin 2023 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean Gabin, Jacques Marin, André Pousse, Jean Carmet, Raymond Meunier, Micheline Luccioni, Yves Barsacq, Jacqueline Doyen, Roger Lumont, Michel Pilorgé, Ginette Garcin, Gilberte Géniat, Eric Damain, Ginette Leclerc, Claude Piéplu…

Scénario : Michel Audiard & Jean-Marie Poiré, d’après le roman de René Fallet

Photographie : Pierre Petit

Musique : Georges Brassens

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Victor, épicier et patron tyrannique ne cesse de parler à sa famille de son passé de marin, bien que ceux-ci ne l’ont jamais cru. Lorsque son neveu gagne un concours de maquette de bateau et est chargé d’en construire un à échelle réelle, Victor va tenter de s’imposer comme le patron de la petite équipe…

Invisible pendant près d’un demi-siècle en raison de droits partagés entre Paramount et Universal, Le Drapeau noir flotte sur la marmite réapparaît dans une copie intégralement restaurée. Unique opus dans lequel Michel Audiard « dirige » Jean Gabin, cette bizarrerie que le Vieux tourne entre Le Chat de Pierre Granier-Deferre et Le Tueur de Denys de La Patellière est bien plus une curiosité qu’une comédie disons-le d’emblée réussie. Né en 1920, Michel Audiard commence sa longue, mythique et éclectique carrière de scénariste à la fin des années 1940. En 1968, il passe pour la première fois derrière la caméra avec Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. Suite à ce grand succès avec plus de 2 millions d’entrées, il enchaîne l’année suivante avec Une Veuve en or avec Michèle Mercier, puis connaît son plus grand triomphe dans les salles avec Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !. En ce qui concerne Le Drapeau noir flotte sur la marmite, nous retrouvons ce qui pouvait faire la qualité, mais aussi malheureusement les défauts de Michel Audiard placé lui-même à la tête d’un long-métrage. Certes celui-ci n’a jamais brillé avec ses mises en scène, mais demeure une sympathique distraction, une fantaisie où les acteurs livrent de merveilleux numéros, tout en se délectant des dialogues truculents signés bien sûr Audiard lui-même. Derrière ce titre à rallonge comme les affectionnait Michel Audiard, nous trouvons une comédie aux scènes lâchement reliées entre elles, prétextes à une poilade entre amis, coécrite avec Jean-Marie Poiré, d’après un roman de René Fallet (La Soupe aux choux, Un idiot à Paris, Les Vieux de la vieille, Le Triporteur, Porte des Lilas). Ainsi, Jean Gabin s’avère comme toujours remarquable dans la peau d’un mythomane, qui va se retrouver confronter au mensonge qui entoure son existence, pour épater ce qui lui reste de famille, y compris son jeune neveu, qui l’admire et le prend pour un grand aventurier. Moins foutraque qu’à son habitude, probablement en raison d’un casting sur lequel trône le Vieux, Michel Audiard peine toutefois à maintenir l’intérêt du début à la fin, à trouver un rythme sur la durée et met un peu de tout dans sa tambouille, ou la marmite ici, au risque de frôler souvent l’indigestion. Néanmoins, découvrir ce Drapeau noir… fait indéniablement plaisir pour les complétistes que nous sommes.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Le Drapeau noir flotte sur la marmite, réalisé par Michel Audiard »

Test Blu-ray / Trois jours à vivre, réalisé par Gilles Grangier

TROIS JOURS À VIVRE réalisé par Gilles Grangier, disponible en Combo Blu-ray + DVD Edition limitée le 26 avril 2023 chez Pathé.

Acteurs : Daniel Gélin, Jeanne Moreau, Lino Ventura, Georges Flamant, Albert Augier, Aimé Clariond, Roland Armontel, Joëlle Bernard…

Scénario : Gilles Grangier, Michel Audiard & Guy Bertret, d’après le roman de Peter Vanett

Photographie : Armand Thirard

Musique : Joseph Kosma

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

Simon Belin est un comédien ambitieux dans une troupe de théâtre itinérante, mais toujours relégué aux seconds rôles. Un soir, il est témoin d’un meurtre. En identifiant le premier suspect qu’on lui présente, Lino Ferrari, il voit là une opportunité pour briller et être sous le feu des projecteurs. Mais ce dernier s’échappe de prison et prévient Simon : il ne lui reste que trois jours à vivre.

Ceux qui me lisent depuis X-années le savent, Gilles Grangier est sans doute l’un des cinéastes qui a le plus bercé l’auteur de ces mots. Sur Homepopcorn.fr (et ailleurs, dans une galaxie lointaine…), j’ai pu revenir sur beaucoup d’opus de ce merveilleux réalisateur, Meurtre à Montmartre, Échec au porteur, Le Sang à la tête, Train d’enfer, Gas-oil, Maigret voit rouge, Archimède le clochard…Une petite partie de l’iceberg flottant sur l’océan que représente sa filmographie conséquente composée de près de 70 longs-métrages, séries télévisées et téléfilms, son plus grand succès étant La Cuisine au beurre, le tandem Bourvil-Fernandel réunissant près de 6,5 millions de spectateurs en 1963. S’il demeure plus connu, tant auprès des cinéphiles que la critique, pour sa douzaine de collaborations avec Jean Gabin, de La Vierge du Rhin en 1953 à Sous le signe du taureau en 1969, Gilles Grangier c’est aussi de petits films qui ont toujours eu l’élégance de la fausse simplicité. Ainsi, juste avant Le Désordre et la nuit, avec le « Vieux », assuré de remporter à nouveau les suffrages du public, sortent deux films coup sur coup, Échec au porteur au mois de janvier (1,2 million d’entrées) et Trois jours à vivre au mois de mars (qui dépasse de justesse la barre du million). Le second, qui nous intéresse aujourd’hui, est l’adaptation d’un roman de Peter Vanett (éditions Fleuve noir, collection Spécial Police 1955), coécrite par Gilles Grangier, Guy Bertret (habituellement compositeur) et surtout Michel Audiard, dont la griffe est immédiatement reconnaissable et qui signe évidemment les dialogues. Trois jours à vivre reste complètement méconnu dans la carrière prolifique et éclectique de Grangier et vaut le coup d’oeil pour plusieurs raisons. La première, pour Jeanne Moreau, qui crève l’écran une fois de plus dans sa troisième association avec le cinéaste, la seconde pour Lino Ventura, alors à ses tous débuts (fracassants), avec lequel Grangier venait de tourner Le Rouge est mis, et qui cette fois encore tire son épingle du jeu malgré son peu de présence à l’écran. Outre son casting, comme d’habitude excellemment dirigé, on retrouve tout ce qui fait le charme inaltérable des films de Gilles Grangier avec son amour pour les scènes tournées en extérieur, de véritables témoignages sur la vie parisienne et provinciale. Une atmosphère que l’on aime ressentir dans chaque film. S’il pâtit d’une tête d’affiche peu enthousiasmante en la personne de Daniel Gélin, nous y reviendrons, Trois jours à vivre est une découverte bien sympathique sur laquelle il n’est pas interdit de se pencher.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Trois jours à vivre, réalisé par Gilles Grangier »

Test Blu-ray / Le Sang à la tête, réalisé par Gilles Grangier

LE SANG À LA TÊTE réalisé par Gilles Grangier, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 19 janvier 2022 chez Pathé.

Acteurs : Jean Gabin, Paul Frankeur, Claude Sylvain, Georgette Anys, José Quaglio, Paul Faivre, Léonce Corne, Florelle…

Scénario : Michel Audiard & Gilles Grangier, d’après le roman de Georges Simenon

Photographie : André Thomas

Musique : Henri Verdun

Durée : 1h23

Année de sortie : 1956

LE FILM

Ancien débardeur, François Cardinaud a mis trente ans pour devenir ce qu’il est : un des hommes les plus importants de La Rochelle. Sa réputation est justifiée, celle d’un type retors, coriace et exigeant. Il a débuté et a grandi sur le port, parmi une faune carnassière, où celui qui ne mord pas est voué à être mordu. En regagnant sa villa, un dimanche au retour de la messe, Cardinaud constate que sa femme Marthe est partie.

C’est un film méconnu dans l’immense carrière de Jean Gabin, un petit trésor caché sans doute, rare et peu diffusé à la télévision. Il s’agit du Sang à la tête, sa troisième collaboration (sur douze) avec Gilles Grangier (1911-1996), situé entre Gas-oil (1955) et Le Rouge est mis (1957). Quand il tourne cette adaptation du roman Le Fils Cardinaud de Georges Simenon, le comédien vient de faire un comeback toni-truand avec Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et enchaîne les triomphes au box-office. 1956 le replace définitivement sur le trône du cinéma français, année où sortent successivement Des gens sans importance de Henri Verneuil (2,4 millions d’entrées), Voici le temps des assassins de Julien Duvivier (1,5 million), Le Sang à la tête de Gilles Grangier (2 millions), La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara (4,9 millions) et Crime et Châtiment de Georges Lampin (1,8 million). Contrairement à ce que ses détracteurs ont toujours déclaré, Jean Gabin n’a jamais été l’homme d’un seul rôle, aussi à l’aise dans la salopette d’un routier que dans le costume d’un trois-pièces d’un grand industriel, insufflant chaque fois sa personnalité, tout en étant différent, pour ne pas dire aux antipodes d’un film à l’autre. C’est ce qui a toujours fait son génie. Dans Le Sang à la tête, il interprète pour ainsi dire les deux extrêmes, puisque son personnage est un ancien prolétaire qui à force de travail et d’acharnement, est devenu l’un des noms les plus illustres de La Rochelle. Jean Gabin est une fois de plus merveilleux dans la peau de ce grand bourgeois, dont la femme, plus jeune que lui, est partie rejoindre un amour d’enfance, laissant son époux devenir la proie des rumeurs et surtout une cible facile pour les envieux qui ont connu son ascension sociale. Le Sang à la tête est un drame teinté d’humour noir et doublé d’une réflexion psychologique sur la jalousie des êtres humains qui n’a rien perdu de sa force près de soixante-dix ans après sa sortie. A redécouvrir de toute urgence.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Le Sang à la tête, réalisé par Gilles Grangier »

Test Blu-ray / Gas-oil, réalisé par Gilles Grangier

GAS-OIL réalisé par Gilles Grangier, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 10 septembre 2021 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean Gabin, Jeanne Moreau, Ginette Leclerc, Gaby Basset, Marcel Bozzuffi, Henri Cremieux, Robert Dalban, Albert Dinan, Roger Hanin, Camille Guerini, Jean-Marie Rivière, Jean Lefèbvre, Jacques Marin…

Scénario : Michel Audiard & Gilles Grangier, d’après le roman de Georges Bayle

Photographie : Pierre Montazel

Musique : Henri Crolla

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Alors qu’il fait nuit noire et qu’il pleut à verse, le camion de Jean Chappe roule sur un corps étendu sur la chaussée, à côté de sa voiture. Cet homme avait participé quelques heures auparavant à un braquage sanglant. Ses complices retrouvent Jean et tentent de l’intimider, pensant qu’il a récupéré le butin du braquage lors de l’accident.

Comme nous le disions dans la chronique de Chiens perdus sans collier, 1955 est l’année où Jean Gabin redevient le roi du box-office, en cumulant 21 millions de spectateurs avec six films sortis de façon très rapprochée, Napoléon de Sacha Guitry, Razzia sur la chnouf de Henri Decoin, Le Port du désir de Edmond T. Gréville, French Cancan de Jean Renoir, Gas-oil de Gilles Grangier et donc Chiens perdus sans collier de Jean Delannoy. Le comédien est un caméléon, capable d’enfiler le bleu de travail d’un ouvrier ou le costume trois-pièces d’un notable, avec le même talent et la même virtuosité pour se fondre dans le personnage, tout en conservant la même aura. Dans Gas-oil, il interprète un camionneur, profession qu’il retrouvera l’année suivante dans Des gens sans importance de Henri Verneuil, et s’associe à nouveau avec le metteur en scène de La Vierge du Rhin (1953), avec lequel il tournera à douze reprises, dont Archimède le clochard (1959), leur plus gros succès. Gas-oil reste important à plus d’un titre puisqu’il s’agit de la première collaboration cinématographique entre Jean Gabin et Michel Audiard, le scénariste s’inspirant du roman Du raisin dans le gaz-oil, série noire de Georges Bayle. Le « Vieux » trouve ici un rôle taillé sur mesure, aussi à l’aise derrière le volant de son 15 tonnes que face à Roger Hanin et à ses sbires ou se faisant tout petit face à Jeanne Moreau en déshabillé. On admire Jean Gabin, la clope au bec dès 5h du matin, se faisant réchauffer le café préparé la veille au soir, allant vérifier les niveaux et mettre le moteur en route alors que le thermomètre affiche des températures négatives. Ce polar demeure non seulement un excellent divertissement, mais il se voit également aujourd’hui comme le témoignage d’un temps révolu, donnant parfois au film de Gilles Grangier un aspect documentaire. Un très bon cru.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Gas-oil, réalisé par Gilles Grangier »

Test Blu-ray / Par un beau matin d’été, réalisé par Jacques Deray

PAR UN BEAU MATIN D’ÉTÉ réalisé par Jacques Deray, disponible en combo DVD/Blu-ray le 21 octobre 2020 chez Pathé.

Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Sophie Daumier, Geraldine Chaplin, Gabriele Ferzetti, Georges Géret, Akim Tamiroff, Claude Cerval, Adolfo Celi, Jacques Monod…

Scénario : M. Andriard, Georges Bardawil, Jacques Deray, Maurice Fabre, Didier Goulard, Arturo Rígel, Michel Audiard d’après un roman de James Hadley Chase

Photographie : Juan Julio Baena, Jean Charvein

Musique : Michel Magne

Durée : 1h49

Année de sortie : 1965

LE FILM

Francis et sa sœur Monique vivent de petites magouilles sur la Côte d’Azur. Monique attire des hommes dans sa chambre où Francis fait irruption peu de temps après leur arrivée : pris sur le fait, « les pigeons » doivent payer pour conserver leur réputation. Las de leurs combines, ils acceptent de participer à un kidnapping en Espagne qui devrait leur rapporter des millions. Il s’agit d’enlever la fille d’un richissime Américain.

Après avoir fait ses débuts en tant que comédien, Jacques Desrayaud alias Jacques Deray (1929-2003) devient assistant sur les tournages de Gilles Grangier, Luis Buñuel et Jules Dassin. En 1960, il écrit et réalise son premier film, Le Gigolo, drame psychologique interprété par Jean-Claude Brialy et Alida Valli. Ses deux films suivants, Rififi à Tokyo et Symphonie pour un massacre sortent la même année, en 1963, à quelques mois d’intervalle. Si le premier est un film policier intégralement tourné au Japon, le second est une vraie claque, un polar dans la tradition du film noir américain, qui se déroule entre la France et la Belgique. Un fabuleux exercice de style, un chef d’oeuvre du genre malheureusement oublié aujourd’hui, qui offrait à Jean Rochefort son premier grand rôle dramatique. Ce troisième film atteint presque la barre des 900.000 entrées, un joli score pour le réalisateur, par ailleurs équivalent à ses deux précédents opus. Jacques Deray souhaite continuer sur cette lancée et jette son dévolu sur un roman du britannique James Hadley Chase, auteur dont les œuvres sont souvent jugées inadaptables, qui aura pourtant largement inspiré les cinéastes comme Julien Duvivier, Denys de La Patellière, Henri Verneuil, Joseph Losey, Robert Aldrich et Patrice Chéreau. Pas moins d’une demi-douzaine de scénaristes sont crédités au générique de Par un beau matin d’été, même si l’on retiendra principalement la mention de Michel Audiard aux dialogues. Si Symphonie pour un massacre bénéficiait de l’écriture de José Giovanni et de Claude Sautet, ce n’est pas le cas ici et le récit peine à trouver un souffle et s’enlise parfois dans une intrigue quelque peu fourre-tout, comme si la collaboration Deray-Audiard n’aboutissait jamais vraiment. Pour cela, il faudra attendre les années 1980 avec Le Marginal (1983) et On ne meurt que deux fois (1985), ce dernier étant sorti à titre posthume. Ceci dit, Par un beau matin d’été conserve un intérêt surtout au niveau de son casting on ne peut plus attractif avec Jean-Paul Belmondo entouré des deux belles Sophie Daumier et surtout Geraldine Chaplin dans son premier vrai rôle à l’écran, treize ans après son apparition dans Les Feux de la rampeLimelight (1952) réalisé par son père. Ajoutez à cela une atmosphère très réussie avec une action se déroulant sous une chaleur écrasante et vous obtenez un polar inclassable, qui oscille parfois entre la comédie dans sa première partie et le drame psychologique dans la seconde. Par un beau matin d’été reste une curiosité, surtout pour les cinéphiles.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Par un beau matin d’été, réalisé par Jacques Deray »

Test Blu-ray (édition Gaumont) / Mélodie en sous-sol, réalisé par Henri Verneuil

MÉLODIE EN SOUS-SOL réalisé par Henri Verneuil, disponible en DVD et Blu-ray le 3 juin 2020 chez Gaumont.

Acteurs : Jean Gabin, Alain Delon, Maurice Biraud, Viviane Romance, Claude Cerval, Henri Virlojeux, Jean Carmet, José Luis de Vilallonga, Rita Cadillac, Clara Marlier, Dora Doll…

Scénario : Albert Simonin, Michel Audiard & Henri Verneuil d’après le roman de John Trinian

Photographie : Louis Page

Musique : Michel Magne

Durée : 1h58

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

A peine sorti de prison, Charles, un truand à la retraite, refuse de s’acheter une bonne conduite. Ce dernier décide de monter un gros casse : le cambriolage du casino Palm Beach à Cannes. Pour mener à bien ce projet, Charles aura à ses côtés Francis, un jeune voyou sans scrupules et Louis, beau-frère de celui-ci. Chacun aura un rôle bien défini : Charles surveillera les salles du casino, Francis utilisera ses charmes pour visiter les coulisses du lieu et Louis sera le chauffeur des deux compères.

Dans une situation tendue, quand tu parles fermement avec un calibre en pogne, personne ne conteste. Y’a des statistiques là-dessus.

Henri Verneuil définissait ainsi son duo d’acteurs vedettes de Mélodie en sous-sol : « D’un côté, un pachyderme. Lent. Lourd. Les yeux enfoncés sous des paupières ridées et, dans l’attitude, la force tranquille que confère le poids. Celui du corps. De l’âge. De l’expérience. Quarante ans de carrière. Soixante-dix films : Gabin. De l’autre, un félin. Un jeune fauve, toutes griffes rentrées, pas un rugissement mais des dents longues et, dans le regard bleu acier, la détermination de ceux qui seront un jour au sommet : Delon ». C’est en effet ainsi que le spectateur pourrait définir les personnages incarnés par Gabin et Delon. Le vétéran qui souhaite faire un dernier coup avant de se retirer, accompagné du jeune ambitieux. Henri Verneuil retrouve Jean Gabin après le succès d’Un Singe en Hiver et lui offre une fois de plus un rôle qui lui colle désormais à la peau, celui du cerveau en ébullition dans un corps un peu fatigué, qui souhaite passer le relais, après avoir mis au point le plus gros coup de sa carrière.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray (édition Gaumont) / Mélodie en sous-sol, réalisé par Henri Verneuil »

Test Blu-ray (édition Gaumont) / Un singe en hiver, réalisé par Henri Verneuil

UN SINGE EN HIVER réalisé par Henri Verneuil, disponible en DVD et Blu-ray le 3 juin 2020 chez Gaumont.

Acteurs : Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Suzanne Flon, Noël Roquevert, Gabrielle Dorziat, Paul Frankeur, Hella Petri, Marcelle Arnold…

Scénario : François Boyer, Henri Verneuil & Michel Audiard d’après le roman d’Antoine Blondin

Photographie : Louis Page

Musique : Michel Magne

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

L’hôtelier d’une petite station balnéaire de Normandie a juré à sa femme de ne plus toucher à un verre d’alcool. C’était sans compter avec l’arrivée de Fouquet qui surgit avec la tentation…

Si je buvais moins, je serais un autre homme, et j’y tiens pas !

Ravis de leurs précédentes collaborations sur Des gens sans importance (1956) et Le Président (1961), Jean Gabin et Henri Verneuil se retrouvent en 1962 pour l’adaptation du roman éponyme d’Antoine Blondin (prix Interallié en 1959), Un singe en hiver. Quelques années auparavant, une première tentative de transposition avait été refusée par la MGM qui n’y voyait qu’une simple et honteuse histoire d’alcooliques. Après le projet d’adaptation du roman Au large d’Eden de Roger Vercel, abandonné suite au refus de Jean Gabin (faute de pied marin), le studio revient finalement sur sa décision. Henri Verneuil obtient le feu vert pour Un singe en hiver.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray (édition Gaumont) / Un singe en hiver, réalisé par Henri Verneuil »