Test Blu-ray / La Petite Dernière, réalisé par Hafsia Herzi

LA PETITE DERNIÈRE réalisé par Hafsia Herzi, disponible en DVD & Blu-ray le 19 février 2026 chez Ad Vitam.

Acteurs : Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Melissa Guers, Rita Benmannana, Razzak Ridha, Louis Memmi, Waniss Chaouki…

Scénario : Hafsia Herzi, d’après le roman de Fatima Daas

Photographie : Jérémie Attard

Musique : Amine Bouhafa

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle s’émancipe de sa famille et ses traditions. Fatima se met alors à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants ?

On avait été emballé par ses précédents longs-métrages comme réalisatrice, Tu mérites un amour et Bonne Mère, on est maintenant subjugué par son dernier film en date, La Petite Dernière. Hafsia Herzi atteint les sommets avec cette adaptation du roman éponyme et autobiographique écrit par Fatima Daas, publié en 2020, pourtant jugé peu transposable au cinéma. La metteuse en scène signe seule le scénario et repasse derrière la caméra. Le résultat dépasse toutes les espérances et s’avère à l’image d’Hafsia Herzi elle-même, fiévreux, sensuel, brut et hyper-sensible. Récompensé par la Queer Palm et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2025, mais aussi par le Prix Louis-Delluc, le César de la Meilleure révélation féminine et le Prix Lumières 2026 de la Révélation féminine, on peut dire que qu’Hafsia Herzi et Nadia Melliti ont fait le Grand Chelem avec La Petite Dernière ! Ou comment une œuvre dite de commande, puisqu’il s’agit au départ d’une idée des deux productrices Julie Billy (Vous n’aurez pas ma haine, Gagarine) et Naomi Denamur (Une amie désavouée), est devenue une œuvre personnelle, engagée, ambitieuse, audacieuse et qui s’inscrit finalement logiquement dans la filmographie de la réalisatrice. Il est fort à parier qu’Hafsia Herzi elle-même aurait joué le personnage de Fatima si La Petite Dernière était sorti il y a vingt ans. La comédienne révélée en 2007 par La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche, récemment récompensée par le César de la meilleure actrice pour Borgo, est définitivement l’une des plus belles et grandes chrysalides du cinéma français depuis très longtemps.

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Test Blu-ray / Le Sud, réalisé par Victor Erice

LE SUD (El Sur) réalisé par Victor Erice, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Omero Antonutti, Sonsoles Aranguren, Icíar Bollaín, Lola Cardona, Rafaela Aparicio, Aurore Clément, Maria Caro, Francisco Merino, José Vivó, Germaine Montero…

Scénario : Victor Erice, d’après la nouvelle d’Adelaida García Morales

Photographie : José Luis Alcaine

Musique : Enrique Granados

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

1957, dans une petite ville du nord de l’Espagne. C’est l’histoire d’une relation forte entre un père, Agustín, et sa fille, Estrella. Un jour, cependant, leur complicité s’efface, Estrella découvrant que son père garde un vieux secret au fond de lui, au sujet d’une femme étrange…

Dix ans après L’Esprit de la ruche – El espíritu de la colmena, Victor Erice (né en 1940) revient avec Le SudEl Sur. L’action se déroule en Espagne dans les années 1950. Dans une maison, appelée « La Mouette » et située dans un village du Nord, vivent Agustín, médecin et sourcier, son épouse, institutrice révoquée de l’enseignement après la Guerre civile, et leur petite fille, Estrella. Le réalisateur adopte à nouveau le point de vue d’une enfant, fascinée et en adoration pour son père. Des sentiments malmenés quand celle-ci découvre que celui qui lui a donné la vie a aimé une autre femme qu’il a laissée dans son Sud natal. Ce film, adapté d’une nouvelle d’Adelaida García Morales, alors son épouse, demeure le plus méconnu de son auteur, qui reniera plus ou moins son second long-métrage, car le jugeant inachevé, étant donné qu’il l’avait conçu en deux parties, la deuxième ne parvenant pas à trouver de financements suffisants. Cette expérience éloignera Victor Erice du monde du cinéma pendant une nouvelle décennie. Pourtant, on serait tenté de dire que TOUT Victor Erice est dans El Sur, magistrale leçon de cinéma, film-somme et en même prolongement de sa mythique première œuvre. Si la petite héroïne de L’Esprit de la ruche, Ana, avait cinq ans, Estrella dans El Sur est aux portes de l’adolescence, carrefour existentiel où toutes les cartes sont redistribuées, où ce qu’on espérait ou rêvait se heurte aux portes de la rationalité. C’est aussi l’âge où l’on « étudie » plus sérieusement ceux qui nous ont donné la vie. Comme le chantait Michel Sardou dans Une fille aux yeux clairs, « Et j’avais oublié qu’avant d’être ma mère, Elle avait mis 30 ans… ». Cela s’applique à Estrella pour son père, qui se pose des questions légitimes, qui veut en savoir plus sur celui qui lui a donné le jour, qui veut savoir ce qu’il y a de si mystérieux dans le Sud de l’Espagne…Film puzzle qui renvoie à la pensée d’Estrella, que nous ne quitterons jamais, qui nous guide dans ses souvenirs, dans ses réflexions, dans ses sentiments, El Sur est un miracle comme seul le cinéma est capable de faire apparaître dans notre vie. Immense chef d’oeuvre, ce second long-métrage de Victor Erice a beau avoir été amputé de son troisième acte avant même qu’il puisse être réalisé, il n’en demeure pas moins l’un des plus beaux films au monde.

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Test Blu-ray / Personne n’a entendu crier, réalisé par Eloy de la Iglesia

PERSONNE N’A ENTENDU CRIER (Nadie oyó gritar) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Carmen Sevilla, Vicente Parra, María Asquerino, Antonio Casas, Goyo Lebrero, Felipe Solano, Ramón Lillo, Antonio del Real, Tony Isbert…

Scénario : Antonio Fos, Gabriel Moreno Burgos & Eloy de la Iglesia

Photographie : Francisco Fraile

Musique : Fernando García Morcillo

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Elisa, une jolie escort girl de luxe vit seule dans son appartement d’un immeuble moderne, avec un couple comme seuls voisins. Un matin, elle voit par hasard le mari, Miguel, en train de traîner le corps de sa femme dans la cage d’ascenseur. L’assassin va alors l’obliger à l’aider pour faire disparaître le cadavre, la faisant ainsi passer du statut de témoin à celui de complice. Une relation trouble naît entre eux.

Nous nous sommes déjà penchés sur les films les plus célèbres du réalisateur Eloy de la Iglesia (1944-2006), Colegas, L’Enfer de la drogue El Pico, El Pico 2, Navajeros, Le Député et ce grâce au travail éditorial exceptionnel d’Artus Films. Quel plaisir de découvrir des œuvres dites de jeunesse, à l’instar de Personne n’a entendu crier Nadie oyó gritar (1973), son sixième long-métrage. Partagé entre le drame (Un goût amer, Le Ring) et le thriller (Le Plafond de verreEl techo de cristal), y compris le film d’horreur (La Semaine d’un assassinLa Semana del asasino), le cinéaste est cette fois encore influencé par le genre et lorgne du côté d’Alfred Hitchcock pour Personne n’a entendu crier. À cette occasion, il retrouve la magnifique Carmen Sevilla (1931-2023), qu’il avait déjà dirigé dans Le Plafond de verre. Longtemps considérée comme une actrice de seconde zone, qui ne devait son succès qu’à sa beauté et à son succès dans la chanson, ainsi que comme danseuse, la comédienne est pourtant superbe, inquiétante, déroutante et ambiguë dans cette histoire de cadavre encombrant. Elle est ici loin (euphémisme) des personnages qu’elle campait dans La Belle de Cadix, Andalousie et dans Violettes impériales aux côtés de Luis Mariano vingt ans auparavant ! Devenue un peu plus rare sur les écrans dans les années 1960, Carmen Sevilla revient en force au début de la décennie suivante, au point où Charlton Heston lui offre le rôle d’Octavia dans son Antoine et Cléopâtre en 1972. Mais c’est bel et bien Eloy de la Iglesia qui lui offre ses meilleurs rôles de composition. Dans Personne n’a entendu crier, elle campe une femme quelque peu obscure, qui vit sa vie comme escort, rejoignant un client fidèle à Londres, elle-même ayant une liaison avec un homme beaucoup plus jeune qu’elle, qu’elle entretient aussi. Jusqu’au jour où elle prend sur le fait son voisin, en train de se débarrasser du corps de sa femme dans la cage d’ascenseur de leur immeuble. Prise au piège, elle doit se plier aux exigences du meurtrier, qui lui demande de l’aider pour déplacer le cadavre…Entre les deux va s’installer un jeu du chat et de la souris…Eloy de la Iglesia signe un thriller quasi-inclassable, où se mêle une passion inattendue, une esthétique de roman photos qui contraste avec la violence et le sang qui parcourt les veines de ce « giallo ibérique » chaudement recommandé.

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Test 4K UHD / Mister Frost, réalisé par Philippe Setbon

MISTER FROST réalisé par Philippe Setbon, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray – Édition limitée chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker, Jean-Pierre Cassel, Daniel Gélin, François Négret, Maxime Leroux, Vincent Schiavelli, Roland Giraud, Catherine Allégret, Mike Marshall, Henri Serre…

Scénario : Philippe Setbon & Brad Lynch

Photographie : Dominique Brenguier

Musique : Steve Levine

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Mais qui est Mr Frost ? Arrêté par Felix Detweiler dans son manoir de Brighton, dans le jardin duquel il a enterré 24 victimes dont il a filmé les séances de torture, Mr Frost n’a aucune existence légale et reste une énigme pour les autorités. Trois mois après son arrestation, il se mure dans le silence. Après deux ans à passer d’un établissement à l’autre dans toute l’Europe, il quitte son mutisme, à son arrivée à l’hôpital St Clare, pour annoncer qu’il ne parlera qu’au Dr Sarah Day. Au cours de leurs séances, irrité du fait que la science ait remplacé la foi, il lui révèle être Satan en personne et l’intime à croire en lui.

Jeff Goldblum qui donne la réplique à Roland Giraud dans une coproduction franco-britannique…Non ce n’est pas un Kamoulox, mais bel et bien Mister Frost, le second long-métrage réalisé par Philippe Setbon (né en 1947), trois ans après Cross. Le scénariste des Fauves de Jean-Louis Daniel, de Parole de flic de José Pinheiro de Détective de Jean-Luc Godard, de Lune de Miel de Matrick Jamain et de Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni a démontré qu’il en avait suffisamment sous le capot pour s’adonner à la mise en scène. Cross n’avait peut-être pas rencontré le succès espéré (à peine 200.000 entrées), mais Philippe Setbon avait prouvé qu’il connaissait et comprenait la série B, ainsi que le genre. Avec Mister Frost, il passe la vitesse supérieure et parvient même à engager Jeff Goldblum, qui depuis le triomphe de La Mouche The Fly de David Cronenberg n’avait pas vraiment su rebondir. Ainsi, bien avant Jurassic Park et Independence Day, le comédien américain déployait son mètre 94 et imposait son incroyable tronche dans l’Hexagone, où il campe le diable, ou tout du moins un type qui déclare l’être. Si l’ensemble n’est pas totalement convaincant, on ne peut que saluer cet essai de concilier à la fois le thriller et le fantastique, d’autant plus que la réalisation est élégante du début à la fin et la photographie de Dominique Brenguier (Ave Maria de Jacques Richard, Bleu comme l’enfer d’Yves Boisset) un ravissement de tous les instants. Très rarement diffusé à la télévision, comme sur M6 en deuxième voire en troisième partie de soirée, Mister Frost mérite assurément d’être redécouvert, d’autant plus que beaucoup de cinéphiles considèrent qu’il s’agit d’un des plus grands rôles de Jeff Goldblum, si ce n’est son meilleur.

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Test 4K UHD / Marche ou crève, réalisé par Francis Lawrence

MARCHE OU CRÈVE (The Long Walk) réalisé par Francis Lawrence, disponible en DVD, Blu-ray & Édition collector limitée – 4K Ultra HD + Blu-ray – Boîtier SteelBook le 14 février 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Cooper Hoffman, David Jonsson, Garrett Wareing, Tut Nyuot, Charlie Plummer, Ben Wang, Jordan Gonzalez, Joshua Odjick…

Scénario : J.T. Mollner, d’après le roman de Stephen King

Photographie : Jo Willems

Musique : Jeremiah Fraites

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Le jeune Garraty va concourir pour  » La Longue Marche « , une compétition qui compte cent participants. Cet événement sera retransmis à la télévision, suivi par des milliers de personnes. Mais ce n’est pas une marche comme les autres, plutôt un jeu sans foi ni loi…

Il aura fallu attendre près d’un demi-siècle pour que Marche ou crève The Long Walk, roman d’anticipation dystopique de Richard Bachman, aka Stephen King bien évidemment, soit adapté au cinéma. Longtemps envisagé par Frank Darabont (et même George A. Romero avant lui dans les années 1980), qui avait déjà signé Les Évadés, La Ligne verte, The Mist et qui avait acheté les droits du livre dans le but de le transposer lui-même (on parle d’une bonne douzaine d’années), Marche ou crève change de crèmerie en 2018, débarque chez New Line où le projet prend enfin forme. James Vanderbilt se penche sur le scénario et commence à donner quelques sérieux signes de fatigue (The Amazing Spider-Man, Total Recall : Mémoires programmées, The Amazing Spider-Man : Le Destin d’un héros), puis son travail est finalement oublié. C’est son confrère JT Mollner (inconnu au bataillon) qui se charge du script. Le nom d’André Øvredal (Le Dernier voyage du Demeter, Scary Stories, The Jane Doe Identity) circule pour réaliser le film, avant que LionsGate ne confie définitivement Marche ou crève à Francis Lawrence, qui vient de connaître à nouveau le succès avec Hunger Games : La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteurThe Ballad of Songbirds and Snakes, que personne n’attendait réellement et qui a enthousiasmé à la fois la critique et le public. Changement radical pour le metteur en scène révélé en 2005 avec Constantine, puis qui a signé d’immenses hits (Je suis une légende, De l’eau pour les éléphants, Red Sparrow et quatre opus de la saga Hunger Games donc, bientôt cinq d’ailleurs), sans connaître un seul échec depuis vingt ans. Habitué aux budgets conséquents de cent millions de dollars (au minimum), il se retrouve doté ici de « seulement » 20 millions de billets verts pour restituer la moelle épinière d’un des romans les plus célèbres et emblématiques de la carrière de Stephen King. Un pari qu’il relève une fois de plus haut la main et qui tombe à point nommé, politiquement parlant on va dire, qui démontre que certains écrits du Maître de l’horreur, surtout à la fin des années 1970, s’accompagnaient d’un caractère prophétique, d’un appel à la vigilance quant à l’avenir des États-Unis, de la montée des extrêmes, de la politique-spectacle. Marche ou crève est un huis clos à ciel ouvert, qui respecte le matériel original, mais l’adapte aussi intelligemment pour au final livrer un divertissement malin, qui en a dans la caboche, qui fait appel à la matière grise du spectateur, qui contente à la fois celles et ceux qui sont venus pour avoir des sueurs froides et les autres qui veulent également ce petit truc en plus qui distinguerait ce film du tout-venant. Une grande réussite et assurément un classique en devenir.

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Test Blu-ray / L’Homme sans mémoire, réalisé par Duccio Tessari

L’HOMME SANS MÉMOIRE (L’Uomo senza memoria) réalisé par Duccio Tessari, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari, Rosario Borelli, Manfred Freyberger, Tom Felleghy…

Scénario : Ernesto Gastaldi

Photographie : Giulio Albonico

Musique : Gianni Ferrio

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

À la suite d’un accident, Edward est devenu amnésique. Après un long séjour en clinique, il retourne en Italie retrouver son épouse, Sara. Mais celle-ci a refait sa vie, le croyant mort. Petit à petit, elle est victime d’incidents étranges sans réelle explication, tandis que le passé trouble de voyou remonte à la surface dans la vie d’Edward. C’est alors que George intervient auprès de Sara, la menaçant de mort si son mari ne restitue pas une somme d’argent qu’il aurait gardée pour lui seul…

Duccio Tessari (1926-1994). Un cinéaste sur lequel l’auteur de ces mots revient toujours avec un immense plaisir. Cela avait déjà été le cas pour Le Retour de Ringo, Zorro, Un papillon aux ailes ensanglantées, La Mort remonte à hier soir et Un pistolet pour Ringo, nous n’aurons de cesse de remettre en avant le travail de cet artisan du cinéma italien, metteur en scène éclectique, dont la patte est reconnaissable quand on se penche sur son illustre filmographie. L’ancien assistant de Mario Bonnard et Sergio Leone sur Les Derniers jours de Pompéi – Gli ultimi giorni di Pompei (1959), de Vittorio Cottafavi (1960) sur Messaline, de Vittorio Sala sur La Reine des Amazones – La Regina delle Amazzoni (1960), et scénariste sur Pour une poignée de dollars Per un pugno di dollari (1964) compte déjà une vingtaine de long-métrages quand il entreprend L’Homme sans mémoire – L’Uomo senza memoria. Connu aussi en France sous le titre La Trancheuse infernale, réalisé après l’imposant Big Guns : Les Grands FusilsTony Arzenta, avec Alain Delon, ce thriller surfe allègrement sur les gialli qui fleurissaient dans les salles de cinéma, non seulement de l’autre côté des Alpes, mais aussi dans celles du monde entier. Sur un scénario du prolifique Ernesto Gastaldi (La Queue du scorpion, Le Dernier jour de la colère, Mort suspecte d’une mineure), Duccio Tessari livre un véhicule de star à Luc Merenda, acteur français devenu une icône du poliziottesco et du giallo avec des titres emblématiques comme Torso et Rue de la violenceMilano trema: la polizia vuole giustizia de Sergio Martino. Avant de retrouver ce dernier pour Le Parfum du diable La Città gioca d’azzardo et L’AccuséLa polizia accusa : il servizio segreto uccide, juste avant de collaborer à deux reprises avec l’éminent Fernandi Di Leo (Colère noire et Gli amici di Nick Hezard), l’acteur, qui a alors le vent en poupe signe une étonnante prestation dans L’Homme sans mémoire. Si le récit peut paraître quelque peu classique, les années n’ont en rien altéré son efficacité et cela grâce à une mise en scène stylisée propre à son auteur.

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Test Blu-ray / Mort un dimanche de pluie, réalisé par Joël Santoni

MORT UN DIMANCHE DE PLUIE réalisé par Joël Santoni, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray – Édition limitée & Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Nicole Garcia, Jean-Pierre Bacri, Dominique Lavanant, Jean-Pierre Bisson, Étienne Chicot, Jean-Pierre Malo, Marshall Titus, Cerise Leclerc…

Scénario : Joël Santoni & Philippe Setbon, d’après le roman de Joan Aiken

Photographie : Jean Boffety

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

David Briand, un architecte, vit dans une grande maison avec sa femme et leur fille. À la suite de l’éboulement d’un immeuble dessiné par David, un homme, Cappy Bronsky se retrouve handicapé. David se sent obligé de l’engager comme jardinier et son épouse comme babysitter. Mais la vie des Briand va vite devenir un enfer.

Quelle audace ! Si le cinéma français d’aujourd’hui avait les mêmes cojones que celles qu’arborent Mort un dimanche de pluie, le septième art hexagonal se porterait bien mieux et attirerait sans doute plus de spectateurs dans les salles. Sept ans après le succès mitigé du il est vrai fort moyen Ils sont grands ces petits, Joël Santoni (1943-2018) revenait derrière la caméra avec ce qui sera alors son dernier long-métrage. Avant de consacrer tout le reste de sa carrière à la télévision, pour laquelle il signera notamment de nombreux épisodes de la série à succès Une famille formidable, qui s’étendra sur plus d’un quart de siècle, le réalisateur livre un incroyable film de genre, un thriller psychologique qui laisse pantois, magistralement mis en scène et interprété. Furieusement anxiogène et immersif, Un dimanche de pluie repose sur un scénario machiavélique coécrit par le cinéaste et Philippe Setbon (Cross, Mister Frost, scénariste des Fauves, de Parole de flic et même de Détective de Jean-Luc Godard), d’après le roman de Joan Aiken publié en 1972, qui joue avec les nerfs des spectateurs du début à la fin et prend un malin plaisir à plonger les personnages dans un cauchemar éveillé. Certaines scènes sont réservées à un public averti, une en particulier, celle de la scène dite des « toilettes », qui reste impensable à reproduire aujourd’hui, mais Mort un dimanche de pluie demeure un sacré tour de force.

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Test Blu-ray / Exit 8, réalisé par Genki Kawamura

EXIT 8 réalisé par Genki Kawamura, disponible en DVD & Blu-ray le 4 février 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Kazunari Ninomiya, Yamato Kōchi, Naru Asanuma, Kotone Hanase, Nana Komatsu…

Scénario : Kotake Create, Genki Kawamura & Hirase Kentaro, d’après le jeu vidéo Exit 8

Photographie : Keisuke Imamura

Musique : Shōhei Amimori & Yasutaka Nakata

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un homme piégé dans un couloir de métro cherche la sortie numéro 8. Pour la trouver, il faut traquer les anomalies. S’il en voit une, il fait demi-tour. S’il n’en voit aucune, il continue. S’il se trompe, il est renvoyé à son point de départ. Parviendra-t-il à sortir de ce couloir sans fin ?

Présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2025, Exit 8 est l’adaptation d’un jeu vidéo éponyme sorti en 2023 et qui reprend le même principe d’une personne piégée dans une station de métro, cherchant désespérément la sortie. Réalisé par Genki Kawamura (né en 1979), également producteur (Le Garçon et la bête, Your Name, Les Enfants du temps) et scénariste reconnu, remarqué avec son premier long-métrage (N’oublie pas les fleurs), Exit 8 s’empare de quelques codes issus du jeu vidéo, à l’instar de plans-séquences filmés en caméra subjective (toute l’introduction), peu d’interaction avec l’environnement, des changements du personnage principal. Ce qui a de quoi décontenancer lorsque le public est peu habitué à ce genre de narration. Toutefois, Exit 8 happe d’emblée le spectateur avec la présentation originale du personnage principal et l’exposition du décor, quasi-unique, dans lequel se déroulera l’intrigue. L’auteur de ces mots allait écrire « l’action », mais il n’y en a pas vraiment dans Exit 8, qui joue plutôt sur l’attente et l’angoisse qui en découle. Solide directeur d’acteurs comme il l’avait démontré dans son précédent film, Genki Kawamura aborde frontalement le genre fantastique teinté d’horreur, même si Exit 8 est aussi et avant tout un film dramatique, dans lequel un homme se retrouve à un carrefour de sa vie, au sens propre comme au figuré. L’allégorie et la métaphore sont reines dans cette seconde œuvre redoutablement anxiogène et immersive. Si quelques digressions s’avèrent peu utiles à la compréhension, et qui finissent d’ailleurs par alourdir le propos, Exit 8 est un sacré tour de force, une réelle expérience de cinéma, qui n’en finit jamais de retourner le ciboulot. Une grande réussite.

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Test Blu-ray / Effraction, réalisé par Daniel Duval

EFFRACTION réalisé par Daniel Duval, disponible en Blu-ray depuis le 18 novembre 2025 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Marlène Jobert, Jacques Villeret, Bruno Cremer, Jean-Pierre Dravel, Robert Darame, Denise Filiatrault, Robert Kramer, Florent Pagny…

Scénario : Daniel Duval & Francis Ryck, d’après le roman de Francis Ryck

Photographie : Michel Cénet

Musique : Maurice Vander

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Lors d’un hold-up qui tourne mal, Valentin tue plusieurs personnes. Il s’enfuit avec un butin confortable et, pourchassé par la police, rencontre un couple dont la femme l’attire irrémédiablement.

Dans le genre polar français passé plus ou moins inaperçu à sa sortie, peu diffusé à la télévision et donc indéniablement oublié aujourd’hui, Effraction est un spécimen. Pourtant, tout était réuni pour que le film connaisse un beau succès dans les salles ou fasse parler de lui plus tard si cela n’avait pas été le cas. Avec une affiche aussi prestigieuse réunissant Bruno Cremer, Marlène Jobert et Jacques Villeret, dirigés par Daniel Duval, Effraction faisait plus qu’envie…Échec cuisant avec à peine 250.000 entrées, Effraction ne méritait assurément pas ce désintérêt du public et même ce rejet dont il a fait l’objet ultérieurement. Nous sommes en avril 1983 et en cette belle année où Arnold Schwarzenegger devient officiellement citoyen américain, Les Dieux sont tombés sur la tête de James Ulys a attiré près de six millions de spectateurs (il restera d’ailleurs sur la première marche du podium), Tootsie fait le plein, Banzaï est un triomphe pour Coluche (même chose pour Tchao Pantin, qui sortira quelques mois après), Le Ruffian sera le dernier pour Lino Ventura, tandis que Sylvester Stallone vient de signer un doublé avec Rambo et Rocky III, L’Oeil du Tigre, qui ont dépassé tous les deux les trois millions d’entrées. Autant dire que le cinéma se porte bien, alors que d’autres mastodontes pointent déjà le bout de leur nez (Les Compères, L’Été meurtrier, Le Marginal, Flashdance, Papy fait de la résistance, Le Retour du Jedi, Octopussy…). Effraction n’apparaît qu’à la 112è place du box-office en 1983, coincé entre La Petite Bande de Michel Deville et Vive la sociale ! de Gérard Mordillat. Il est temps désormais de réhabiliter ce cinquième long-métrage mis en scène par Daniel Duval, qui quatre ans auparavant avait connu un succès international avec La Dérobade, 2,8 millions d’entrées et valu à Miou-Miou le César de la meilleure actrice. Pour Effraction, il adapte le roman éponyme de Francis Ryck, sorti dans la collection Série Noire en 1975, en collaboration avec celui-ci. Ce polar sombre et violent offre à Jacques Villeret l’un de ses rôles les plus inattendus, celui d’un type frappadingue, qui pour donner quelques exemples tue tout le monde à la mitraillette, tète le sein de Marlène Jobert et donne une raclée à Bruno Cremer, tout en faisant un hold-up, grimé avec postiche et fausse moustache et même en escaladant la corniche d’un hôtel comme Bebel. Oui, vous avez bien lu, et en plus le comédien apparaît très crédible dans toutes ces situations, ce qu’on était loin d’imaginer au premier abord. Également thriller psychologique, Effraction joue sur la tension et le malaise qui s’installent une fois que les trois personnages principaux sont réunis au mitan du film. De plus, on y retrouve un romantisme emphatique, exacerbé, propre à l’artiste hyper-sensible qu’était Daniel Duval. C’est tout cela Effraction, une œuvre hybride, qui semble ne pas savoir sur quel pied danser ni où se diriger, mais qui reflète justement ce sentiment de perte de repères des protagonistes. Une belle et grande réussite.

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Test DVD / Les Tourmentés, réalisé par Lucas Belvaux

LES TOURMENTÉS réalisé par Lucas Belvaux, disponible en DVD le 17 janvier 2026 chez UGC.

Acteurs : Niels Schneider, Ramzy Bédia, Linh-Dan Pham, Déborah François, Mahé Boujard, Baptiste Germain, Jérôme Robart, Estelle Luo…

Scénario : Lucas Belvaux, d’après son roman

Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Frédéric Vercheval

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. « Madame », veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu…

Après l’excellent Des hommes, sorti en 2021, le cinéaste belge Lucas Belvaux revient au cinéma avec Les Tourmentés, adaptation de son propre roman publié en 2022 et récompensé par le prix Régine-Deforges. Et c’est une nouvelle et grande réussite à inscrire à son palmarès. Rétrospectivement, une seule fausse note apparaît dans une filmographie quasi-parfaite, en l’occurrence 38 témoins (2012), tandis que ses autres longs-métrages font indubitablement partie de ce qui se fait de mieux dans le cinéma francophone. Suite à sa trilogie Un couple épatant, Cavale, Après la vie, sortie en 2003, le réalisateur ne cessera d’explorer les thèmes du mensonge, de la lâcheté, du couple, de la peur, des souvenirs, de la culpabilité, et Les Tourmentés ne déroge pas à la règle. Ce qu’il y a de fascinant chez Lucas Belvaux, c’est sa virtuosité à passer d’un genre à l’autre, tout en suivant une même ligne directrice, en explorant encore et toujours les sujets inépuisables qui le fascinent, l’obsèdent, l’inspirent. En lisant l’histoire, on pense indéniablement aux Chasses du comte Zaroff, nouvelle de Richard Connell (The Most Dangerous Game -1924), adaptée en 1932 Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. Lucas Belvaux s’inspire plutôt de l’atmosphère de cette histoire et s’intéresse à ce qu’il y a derrière, ou plutôt à l’âme, à la psyché perturbée de ses personnages. Certes, le récit joue sur la tension, entretenue jusqu’à la fameuse chasse attendue, mais que l’on ne verra pas, soyez prévenus d’entrée de jeu. Car l’essentiel est ailleurs. Triple parcours initiatique, Les Tourmentés se focalise sur trois protagonistes principaux, qui ont plus ou moins vendu leur âme au diable et qui tentent malgré tout de survivre dans ce bas monde, tant qu’ils l’arpentent encore malgré eux. Grosse claque, Les Tourmentés n’a pourtant connu aucun engouement dans les salles, au point que Lucas Belvaux a connu le pire score de sa carrière (52.000 entrées, ouch). Si vous deviez donner une deuxième chance à un seul film de 2025, accordez-la aux Tourmentés s’il vous plaît !

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