CROMWELL réalisé par Ken Hughes, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 22 septembre 2020 chez Rimini Editions.
Acteurs : Richard Harris, Alec Guinness, Robert Morley, Dorothy Tutin, Frank Finlay, Timothy Dalton…
Scénario : Ken Hughes
Photographie : Geoffrey Unsworth
Musique : Frank Cordell
Durée : 2h20
Date de sortie initiale : 1970
LE FILM
Angleterre, 1640. Oliver Cromwell, membre du Parlement, s’inquiète des injustices commises sous le règne du roi Charles 1er. Tandis que le peuple gronde, le roi refuse de partager son pouvoir avec le Parlement. Une guerre civile éclate, opposant les troupes de Cromwell à celles du roi.
Nous n’aurons pas la prétention de pointer les erreurs historiques, les anachronismes et les libertés prises par le réalisateur Ken Hughes présents dans son film, puisque personnellement nous ne connaissions ni le personnage Oliver Cromwell (1599-1658), ni le contexte social et politique, ni le pourquoi de cette guerre civile. A moins d’être un britannique pur et dur, il est certain que la plupart des spectateurs se trouveront dans le même cas. Toujours est-il que Cromwell est un immense divertissement, absolument passionnant, clair pour les non-initiés (c’est-à-dire pour tout le monde ou presque), qui vaut évidemment avant tout pour la confrontation de deux monstres du cinéma anglais, Richard Harris dans le rôle-titre face à Alec Guinness dans celui de Charles 1er. Considéré comme étant l’un des films historiques les plus exceptionnels des années 1970, Cromwell aura connu une très longue gestation de près de dix ans pour Ken Hughes (1922-2001), véritablement passionné par son sujet – même si le film fait volontairement l’impasse sur le caractère tyrannique du personnage (responsable d’un vrai génocide en Irlande) qui restera l’un des plus controversés de l’histoire des îles Britanniques – et qui n’aura eu de cesse d’approfondir ses recherches pour coller au plus près des faits, avant de s’embarquer dans un tournage qui s’étalera sur près d’une année. Si les experts dénonceront les raccourcis ou les trahisons, le spectateur lui n’est pas perdant dans cette affaire puisque Cromwell demeure un très grand moment de cinéma, qui allie scènes d’action épiques et conspiration politique.
UN MONDE PLUS GRAND réalisé par Fabienne Berthaud, disponible en DVD le 19 mars 2020 chez France Télévisions Distribution.
Acteurs : Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam, Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter…
Scénario : Fabienne Berthaud, Claire Barre d’après le livre de Corine Sombrun « Mon initiation chez les Chamanes«
Photographie : Nathalie Durand
Musique : Valentin Hadjadj
Durée : 1h36
Date de sortie initiale : 2019
LE FILM
Corine, technicienne du son, aimait follement Paul, pianiste et violoncelliste. Mais ce dernier vient de mourir. Dévastée par la peine, elle accepte de partir travailler en Mongolie, où elle rencontre Oyun, une chamane. Lorsque Corine entre en transe au cours d’une cérémonie, Oyun ne peut qu’en faire le constat : cette étrangère a le don d’aller à la rencontre des esprits…
C’est une histoire vraie digne d’un film fantastique. Un monde plus grand est l’adaptation du livre autobiographique Mon initiation chez les chamanes de Corine Sombrun. Née en 1961, l’ethno-musicienne est devenue l’une des plus grandes spécialistes françaises du chamanisme mongol, puisque formée à la transe par des chamanes de Mongolie. En 2001, au cours d’un reportage sur les traditions chamaniques au nord de la Mongolie, Corine Sombrun se laisse envahir par le son d’un tambour utilisé par Balgir, un chamane, et plonge dans un état de transe incontrôlable. A son réveil, Balgir lui apprend que sa réaction prouve qu’elle est elle-même chamane et qu’elle doit impérativement être initiée. Vivant un deuil douloureux, Corine accepte. Sa vie va alors changer. Réalisé par Fabienne Berthaud, Un monde plus grand est une véritable expérience sensorielle, portée Cécile de France, exceptionnelle, qui crève l’écran une fois de plus.
LIENS D’AMOUR ET DE SANG (Beatrice Cenci) réalisé par Lucio Fulci, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre le 31 mai 2020 chez Artus Films.
Acteurs : Tomás Milián, Adrienne La Russa, Georges Wilson, Mavie, Antonio Casagrande, Ignazio Spalla…
Scénario : Lucio Fulci, Roberto Gianviti
Photographie : Erico Menczer
Musique : Angelo Francesco Lavagnino, Silvano Spadaccino
Durée : 1h29
Année de sortie : 1969
LE FILM
À Rome en 1599, la jeune Béatrice attend dans une cellule le moment de son exécution. Son crime est d’avoir commandité l’assassinat de son père, Francesco Cenci, noble tyrannique et incestueux. La sentence provoque l’ire du peuple qui voit en la « Belle parricide » la martyre d’une société arrogante et hypocrite. Mais derrière l’icône se cache un personnage complexe qui a su manipuler les sentiments du serviteur Olimpio pour arriver à ses fins.
Quand Lucio Fulci (1927-1996) s’empare d’une icône de l’histoire italienne. Surnommée La Belle parricide, Beatrice Cenci (1577-1599) était une jeune femme noble, vivant sous le joug d’un père tyrannique, Francesco Cenci, aristocrate violent, plusieurs fois rappelé à l’ordre par le Vatican en raison de son comportement disons pas très catholique. Fondamentalement immoral, ce mari et père régnait en maître dans sa luxueuse demeure, sur sa famille et sur ses serviteurs. Après avoir abusé de sa fille Beatrice, Francesco Cenci est assassiné par cette dernière, avec l’aide de sa belle-mère, de sa famille et de leurs vassaux, dont l’un était devenu l’amant de Beatrice. Ce meurtre sordide et de vengeance, d’abord déguisé en accident, conduira Beatrice et les siens dans les cachots du Vatican, où ils seront torturés, questionnés, reconnus coupables, avant d’être exécutés en place publique, malgré les protestations du peuple de Rome, au courant des agissements de Francesco Cenci. Depuis, Beatrice est devenue le symbole de la résistance contre l’aristocratie et l’Eglise omnipotentes. Cette histoire a largement inspiré la littérature, on retrouve d’ailleurs le personnage de Beatrice Cenci dans les Chroniques italiennes de Stendhal ou chez Alexandre Dumas père dans sa nouvelle Les Cenci. Le cinéma s’est également très tôt intéressé à ce récit puisqu’Albert Capellani réalise Beatrice Cenci dès 1908. Suivront deux autres adaptations éponymes, une en 1909 par Mario Caserini et une en 1941 par Guido Brignone. Le légendaire Riccardo Freda s’empare du mythe de Beatrice Cenci pour Le Château des amants maudits en 1956. Alors qu’il vient de terminer Perversion Story – Une sull’altra, Lucio Fulci désire revenir à ce fait divers, afin d’en relater les faits le plus précisément possible, sans omettre les tortures que Beatrice et ceux qui l’ont aidé à assassiner son père ont subies de la part de l’Église. Relativement peu connu dans l’oeuvre de Lucio Fulci, ou plutôt dissimulé entre Perversion Story et Le Venin de la peur, Liens d’amour et de sang, titre français, reste un fabuleux tour de force, un drame historique imprégné des obsessions et des motifs du réalisateur.
CHE ! réalisé par Richard Fleischer, disponible en DVD et Blu-ray le 28 novembre 2019 chez BQHL Editions
Acteurs : Omar Sharif, Jack Palance, Cesare Danova, Robert Loggia, Woody Strode, Barbara Luna, Frank Silvera, Albert Paulsen…
Scénario : Sy Bartlett, David Karp, Michael Wilson
Photographie : Charles F. Wheeler
Musique : Lalo Schifrin
Durée : 1h36
Date de sortie initiale : 1969
LE FILM
La vie d’Ernesto Guevara, dit le Che, révolutionnaire communiste qui fut un proche de Fidel Castro et qui voulut conduire la révolution en Amérique du Sud.
Ernesto Guevara, le Che, est mort depuis seulement deux ans quand débarque sur les écrans le film de Richard Fleischer consacré au révolutionnaire marxiste-léniniste et internationaliste, exécuté en octobre 1967 par l’armée bolivienne. Le cinéaste né en 1916 a déjà plus de 25 films derrière lui et se voit confier un budget confortable de près de dix millions de dollars par la Twentieth Century Fox. Durant les années 1960, Richard Fleischer sera passé du drame criminel (Drame dans un miroir) au film d’aventure (Le Grand risque), en passant par le péplum (Barabbas), la science-fiction (Le Voyage fantastique), la comédie-musicale (L’Extravagant docteur Dolittle) et le thriller (L’Etrangleur de Boston). Il clôt cette décennie avec ce film biographique, qui dresse un portrait ambigu du Che, à la fois idéaliste et humaniste, mais aussi redoutable guerrier. Che ! est à la fois un vrai drame intimiste centré sur un homme hors du commun, mais aussi un véritable film de guerre très violent, qui compte de nombreuses séquences d’assauts, de fusillades et d’affrontements, qui entraînent un nombre impressionnant de victimes. Des scènes sèches, brutales, sanglantes par moments. S’il est et demeure un Fleischer « mineur », d’ailleurs le film ne rentrera pas dans ses frais, Che ! démontre une fois de plus toute la virtuosité d’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma.
HOUDINI LE GRAND MAGICIEN (Houdini) réalisé par George Marshall, disponible en DVD le 21 octobre 2019 chez Les Films du Paradoxe
Acteurs : Tony Curtis, Janet Leigh, Torin Thatcher, Angela Clarke, Stefan Schnabel, Ian Wolfe, Sig Ruman, Michael Pate…
Scénario : Philip Yordan d’après le livre de Harold Kellock
Photographie : Ernest Laszlo
Musique : Roy Webb
Durée : 1h42
Date de sortie initiale : 1953
LE FILM
La carrière d’Houdini débute sur les champs de foire où ses tours de prestidigitation amusent les passants. Son succès et son talent lui ouvrent bientôt les portes de théâtres prestigieux. Marié à Bess, sa fidèle compagne, Houdini devient le plus célèbre magicien de son temps. Son spectacle s’enrichit de nouveaux tours. Mais son public l’admire surtout pour ses fabuleux numéros d’évasion. Houdini en invente sans cesse de plus spectaculaires et de plus risqués. D’un autre côté, il se passionne pour l’occultisme, allant jusqu’à croire que tous les événements importants de sa vie se sont produits le jour d’Halloween.
Réalisateur prolifique à qui l’on doit près de 200 films, courts, longs métrages et épisodes de séries télévisées mis en scène de 1916 à 1972, George Marshall (1891-1975) a fait ses classes durant le cinéma muet, principalement dans le domaine du western. Egalement auteur de comédies, genre dans lequel il dirigera les plus grands acteurs comme WC Fields, Laurel & Hardy, Jerry Lewis, Bob Hope, George Marshall reste aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands artisans du cinéma hollywoodien. En 1953, il réalise l’un de ses films les plus célèbres, Houdini, plus connu en France sous le titre Houdini le grand magicien et confie le rôle-titre à un jeune comédien de 28 ans à la carrière très prometteuse, Tony Curtis. Biopic qui prend alors de grandes libertés avec la véritable histoire du célèbre magicien expert dans l’art de l’évasion, Houdini le grand magicien vaut surtout aujourd’hui pour le talent et la beauté de ses interprètes, ainsi que pour l’élégance des décors et de la réalisation au charme toujours intact.
STAN & OLLIE réalisé par Jon S. Baird, disponible en DVD le 17 juillet 2019 chez Metropolitan Vidéo
Acteurs : Steve Coogan, John C. Reilly, Shirley Henderson, Nina Arianda, Danny Huston, Rufus Jones, Susy Kane, Bentley Kalu…
Scénario : Jeff Pope
Photographie : Laurie Rose
Musique : Rolfe Kent
Durée : 1h34
Date de sortie initiale : 2019
LE FILM
1953. Laurel et Hardy, le plus grand duo comique de tous les temps, se lancent dans une tournée à travers l’Angleterre. Désormais vieillissants et oubliés des plus jeunes, ils peinent à faire salle comble. Mais leurs capacités à se faire rire mutuellement et à se réinventer vont leur permettre de reconquérir le public, et renouer avec le succès.
Il fallait s’y attendre. D’ailleurs, cela faisait un bon bout de temps qu’on en entendait parler. Stan et Ollie ou Stan & Ollie est le biopic consacré au duo comique Laurel et Hardy constitué en 1927 et formé par les comédiens Stan Laurel (1890-1965) et Oliver Hardy (1892-1957). Comme son titre l’indique, ce film se focalise sur les deux individus, artistes certes, mais avant tout deux êtres humains qui ne se seront pour ainsi dire jamais quittés pendant trente ans. S’il ne révolutionne en rien un genre désormais ultra-balisé, Stan & Ollie est une très grande et heureuse surprise. Pour deux raisons. Tout d’abord, on ne s’attendait pas à être cueillis de la sorte par l’émotion distillée durant 1h40. Deuxièmement, on reste bluffés par la performance des deux têtes d’affiche, les merveilleux Steve Coogan et John C. Reilly, sublimes, incroyables de mimétisme, drôles, bouleversants, qui font littéralement revivre à l’écran le mythique tandem.
BOHEMIAN RHAPSODY réalisé par Bryan Singer, disponible en DVD, Blu-ray et 4K UHD le 6 mars 2019 chez 20th Century Fox
Acteurs : Rami Malek, Lucy Boynton, Gwilym Lee, Ben Hardy, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander, Allen Leech, Aaron McCusker, Mike Myers…
Scénario : Anthony McCarten
Photographie : Newton Thomas Sigel
Musique : Michael Giacchino
Durée : 2h15
Année de sortie : 2018
LE FILM
Le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie. La vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.
Mouarf…comme le disait François Truffaut, Bohemian Rhapsody est un film malade. Issu d’une longue et pénible gestation, passé entre les mains de plusieurs réalisateurs, qui se sont finalement refilé le bébé après avoir soupçonné dans quel piège on allait les mettre, ce biopic sur Freddie Mercury (1946-1991) est comme qui dirait une illustration « wikipedienne » de l’artiste qu’il voudrait mettre en lumière. C’est finalement Bryan Singer, qui n’a pas signé une seul bon film depuis Walkyrie, qui a hérité de ce projet maudit. Après les désistements successifs de Sacha Baron Cohen et Ben Wisham, et après avoir envisagé Dominic Cooper et Daniel Radcliffe, Rami Malek, découvert dans le rôle d’Ahkmenrah dans la trilogie de La Nuit au musée, puis devenu célèbre en 2015 grâce à la série Mr. Robot, est engagé pour incarner Freddie Mercury, après avoir été adoubé par Brian May et Roger Taylor en personne. On connaît la suite. Bryan Singer est ensuite pris dans quelques scandales sexuels (la production préférera dire « évincé pour des raisons de santé ») et remplacé au pied levé par Dexter Fletcher, qui avait été un temps pressenti pour réaliser Bohemian Rhapsody, lui-même metteur en scène du prochain biopic consacré à Elton John, Rocketman. Qui a fait quoi ? Ce serait difficile à dire, même si l’éviction de Singer ne s’est faite qu’à deux ou trois semaines de la fin du tournage. Toujours est-il que ce portrait de Freddie Mercury déçoit par son manque d’audace et d’intérêt, sa réalisation mollassonne et par son rythme en dents de scie qui peine à emporter le spectateur jusqu’au bout de ses 135 minutes. Rendez-nous Control, Walk the Line, Bird, Shine, Velvet Goldmine, ou le récent et magnifique Love & Mercy : La Véritable Histoire de Brian Wilson des Beach Boys !
En 1970, Farrokh Bulsara, un immigré parsi, est étudiant en art et travaille comme bagagiste à l’aéroport de Londres-Heathrow. Un soir, dans une petite boîte de nuit, il découvre sur scène le groupe de rock Smile, alors composé du guitariste Brian May, du batteur Roger Taylor et du chanteur-bassiste Tim Staffell. Ce dernier annonce aux deux autres qu’il a décidé de quitter la formation pour rejoindre un autre groupe qui lui semble plus prometteur. Après le concert, Farrokh se présente à Brian May et Roger Taylor, qui sont alors dépités. Ils ne prennent pas au sérieux ce jeune homme au look étrange et Roger Taylor, alors étudiant en médecine dentaire, se moque même de sa denture si particulière, mais Farrokh leur fait une démonstration de ses capacités en chant qui les fait changer d’avis. Après des débuts hésitants, ils sont rejoints par le bassiste John Deacon. Le groupe se renomme Queen, alors que Farrokh choisit comme nouveau nom Freddie Mercury, malgré les réticences de son père. Le groupe commence à se faire remarquer, notamment par les performances scéniques de Freddie, qui demande par ailleurs en mariage Mary Austin, une vendeuse de vêtements qu’il fréquente depuis plusieurs mois et qui l’aide à créer ses costumes de scène. Le groupe va imposer son style et Freddie a une idée pour un album qui succédera au succès de Killer Queen. Après plusieurs semaines d’enregistrement dans un studio en pleine campagne, Queen présente Bohemian Rhapsody, qui ne convainc pas le producteur Ray Foster d’EMI, trouvant les paroles confuses et le morceau trop long pour être diffusé à la radio. Queen quitte le label et fait passer le single dans des petites radios, créant un engouement populaire. Pendant ce temps, le couple Mary-Freddie bat de l’aile : Freddie veut sa liberté et se sent davantage attiré par les hommes. Au fil des années, le groupe enchaîne les tournées et les albums, Freddie organise des soirées exubérantes dans sa nouvelle maison, à côté de celle où il a installé Mary. S’installe alors une certaine routine entre enregistrements d’albums et longues tournées internationales. Voyant que les autres membres du groupe ont désormais une vie de famille, Freddie a des envies d’ailleurs. Il se brouille avec les trois autres membres du groupe.
On connaît la suite. Freddie Mercury part enregistrer son premier album solo et la réconciliation du chanteur avec le reste du groupe se fera autour du concert Live Aid le 13 juillet 1985 au stade de Wembley. Bref, Bohemian Rhapsody suit le cahier des charges bien élimé du « parfait petit biopic », sans aucune surprise, en suivant un chemin bien trop balisé. Succès, pétage de câble, fêtes décadentes, sexe (mais point trop, surtout que l’homosexualité est presque montrée comme une malédiction), drogue, alcool, reprise en main, rédemption, de nouveau au top. Bohemian Rhapsody passe en revue quinze années du groupe Queen et des aventures de Freddie Mercury, en transformant la véritable histoire quand il le faut.
En résulte une œuvre souvent interminable, où les séquences s’enchaînent comme des perles sur un collier, sans jamais rendre les personnages attachants. Bohemian Rhapsody est devenu un film bâtard, que s’est approprié le producteur Graham King (Ali, Gangs of New York, Traffic, The Town, World War Z). Malgré tout et en dépit des critiques en grande partie négatives, Bohemian Rhapsody est devenu le biopic le plus lucratif de l’histoire du cinéma en dépassant la barre des 900 millions de dollars de recette pour une mise de départ de 52 millions, dont près de 4,5 millions de spectateurs en France. Le mimétisme, il est vrai souvent dingue du comédien Rami Malek a visiblement fait son effet auprès du public, qui ne s’est d’ailleurs jamais lassé d’écouter Queen. Ce serait mentir de dire que les comédiens ne sont pas bons et excellemment castés. Mention spéciale à Gwilym Lee, parfait dans la peau de Brian May et on apprécie de revoir Joseph Mazzello, ici John Deacon, le bassiste du groupe, qui interprétait le petit Tim dans Jurassic Park de Steven Spielberg ! Alors oui on en prend plein les yeux avec une multitude de costumes extravagants, de lumières éclatantes (belle photo de Newton Thomas Sigel, collaborateur complice de Bryan Singer), de décors en tous genres, tout comme le film fait office de juke-box en enchaînant les tubes du groupe. Mais tout est ici bien trop mécanique et artificiel (comme la prothèse dentaire du comédien), comme la séquence finale qui reproduit quasiment en temps réel la performance de Queen au Live Aid.
Bohemian Rhapsody rejoint Ray de Taylor Hackford au rayon des biopics sans âme. Ce qui n’a pas empêché le film de repartir avec quatre statuettes aux Oscar en 2019, dont celle du meilleur acteur pour Rami Malek (également lauréat du Golden Globe, du Screen Actors Guild Awards et du BAFTA) et du meilleur montage pour John Ottman.
LE BLU-RAY
Qu’il soit réussi ou non, Bohemian Rhapsody bénéficie d’une superbe édition 4K Ultra-HD chez Fox. Cette édition se compose du Blu-ray et du disque full HD, sérigraphiés à l’occasion comme un disque vinyle, mauve pour le Blu-ray, noir pour le 4K. Les menus principaux, animés et musicaux des deux galettes sont les mêmes.
Le seul supplément en commun des deux disques est le concert Live Aid reconstitué pour le film, disponible dans son intégralité (22’), autrement dit agrémenté des deux chansons manquantes, A Little Thing Called Love et We Will Rock You.
Le reste des suppléments donne la parole au producteur Graham King, à Brian May et Roger Taylor, aux comédiens du film, aux différents techniciens (chef opérateur, maquilleuse, décorateur, costumier)…mais…mais…il est où le réalisateur ? Aucune trace de Bryan Singer, ni de son remplaçant. Personne ne fait allusion au metteur en scène et aucune image ne montre un réalisateur à la barre de Bohemian Rhapsody. En réalité, Graham King s’octroie tous les « mérites » en expliquant que ce projet lui tenait à coeur depuis le début des années 2000 et qu’il s’est battu pour le concrétiser. Il n’est jamais fait mention non plus des différents choix d’acteurs pour interpréter Freddie Mercury. Nous nous retrouvons donc avec trois modules d’une durée de 20 minutes en moyenne chacun. Le premier est consacré à la transformation (jusqu’au choix de la prothèse dentaire) et au travail de Rami Malek, le second au groupe proprement dit et le dernier segment se concentre sur la reconstitution du Live Aid, avec un gros plan sur les effets spéciaux, qui sont d’ailleurs très (voire trop) voyants dans le film. Des propos à foison, tous évidemment criant au génie sur un tel, des images de tournage souvent rapides qui dissimulent constamment qui se trouve derrière la caméra, tout cela est compilé proprement, mais cela n’empêche pas de trouver cela suspect.
L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.
L’Image et le son
L’image chiadée bénéficie d’un codec de haut niveau, renforçant les contrastes, ainsi que les détails aux quatre coins du cadre large. Voici typiquement le genre de film qui tire entièrement parti de cette élévation en Full Haute Définition grâce au HDR10+, nouveauté chez Fox. Les visages des comédiens peuvent être analysés sous toutes les coutures, tout comme les costumes avec les matières palpables, les coiffures, jusqu’à la moustache de Rami Malek. Les couleurs sont flamboyantes, les contrastes dingues, la photo seventies du chef opérateur Newton Thomas Sigel est resplendissante, le piqué aiguisé comme la lame d’un scalpel. Le nec plus ultra de la 4K UHD, c’est sublime. Mention spéciale à la luminosité du Live Aid, éblouissante, même si les effets spéciaux ressortent malheureusement encore plus qu’en Blu-ray.
Alors là, chapeau ! Montez le volume, car c’est du très grand spectacle ! Le mixage Dolby Atmos (compatible Dolby True HD 7.1)se révèle particulièrement explosif et immersif. Les frontales et les latérales rivalisent de dynamisme, les chants sont exsudés avec force, la spatialisation est démentielle et le caisson de basses participe joyeusement à toutes les séquences musicales. Chaque note de guitares et de piano, chaque percussion résonne et crèvent les tympans, notamment lors du Live Aid avec son quart d’heure ininterrompu de tubes et les acclamations des 100.000 spectateurs. On en redemande et restez jusqu’au générique pour le démentiel The Show Must Go On que nous n’avions jamais entendu ainsi ! En revanche, la version française doit se contenter d’une DTS 5.1…forcément moins percutante.
LE JOUR DE MON RETOUR (The Mercy) réalisé par James Marsh, disponible en DVD le10 juillet 2018 chez Studiocanal
Acteurs : Colin Firth, Rachel Weisz, David Thewlis, Ken Stott, Jonathan Bailey, Adrian Schiller, Oliver Maltman, Kit Connor…
Scénario : Scott Z. Burns
Photographie : Eric Gautier
Musique : Jóhann Jóhannsson
Durée : 1h38
Année de sortie : 2018
LE FILM
1968. Donald Crowhurst, un homme d’affaires anglais, passionné par la voile, est au bord de la faillite. Pour sauver son entreprise et vivre l’aventure dont il rêve depuis toujours, il décide de participer à la première course à la voile en solitaire pour remporter le grand prix. Soutenu par sa femme et ses enfants, il se lance alors dans cette incroyable odyssée à travers les mers du monde. Mais mal préparé et face à lui-même, Crowhurst rencontre très vite de graves difficultés…
Il y a des films qui tiennent essentiellement sur leurs têtes d’affiche. La plupart peut-être. Le Jour de mon retour – The Mercy fait partie du lot. Bien que cette histoire vraie ne manque pas d’intérêt, le traitement académique finit par lasser et si le spectateur parvient à aller jusqu’au bout, c’est uniquement en raison du talent et du charisme de ses interprètes. Et dans Le Jour de mon retour nous sommes gâtés puisque le film de James Marsh réunit deux des plus grands comédiens britanniques, Colin Firth et Rachel Weisz. Le réalisateur qui compte à son actif de très grandes réussites comme le documentaire Le Funambule (2008) sur le célèbre Philippe Petit et sa traversée sur un fil tendu entre les deux tours du World Trade Center, l’exceptionnel Shadow Dancer (2012) avec Clive Owen, ou bien encore Une merveilleuse histoire du temps avec Eddie Redmayne oscarisé pour son incarnation de Stephen Hawking, peine à capter l’attention et signe une œuvre souvent redondante, même si le récit reste bouleversant.
Le Jour de mon retour se penche sur le destin de Donald Crowhurst, qui a déjà inspiré d’autres films et documentaire (Deep Water,de Louise Osmond et Jerry Rothwell, sorti en 2006) dès 1982 avec Les Quarantièmes rugissants de Christian de Chalonge avec Jacques Perrin dans le rôle principal. Déjà producteur à l’époque et en dépit de l’échec du film, ce dernier est à nouveau producteur sur Le Jour de mon retour. Ecrit par Scott Z. Burns (La Vengeance dans la peau, The Informant !, Effets secondaires), le film de James Marsh propose une réelle transposition au cinéma des derniers jours de Donald Crowhurst (1932-1969), homme d’affaires anglais, inventeur d’un radiocompas, passionné de voile en navigateur amateur, porté disparu durant la course autour du monde Sunday Times Golden Globe Race. En 1968, bien que n’ayant jamais pris la mer, il décide de laisser femme et enfants pour participer à cetteépreuveen solitaire et sans escale afin de gagner le prix offert par le journal organisateur, 5000 livres sterling, pour sauver son entreprise en difficulté. Quelques semaines après son départ, Donald Crowhurst, enchaîne les incidents techniques. Il abandonne secrètement la course tout en falsifiant son livre de bord et en transmettant par radio de fausses positions pour faire croire qu’il effectue réellement le tour du monde prévu. Ne pouvant s’imaginer rentrant au pays en ayant perdu son pari, ce qui le conduirait à la ruine, il sombre petit à petit dans la démence.
Le problème du Jour de mon retour est la mise en scène académique de James Marsh, que l’on a connu nettement plus inspiré. Si l’on comprend très vite ce qui a pu l’attirer dans ce projet, à savoir la détermination d’un homme qui entreprend de réaliser le rêve de sa vie envers et contre tous, tout en étant prêt à mettre sa vie en jeu, le récit fait malheureusement du surplace. Le cinéaste se retrouve piégé dès que son personnage principal se retrouve seul en mer à bord de son trimaran en bois de 12m, le Teignmouth Electron. Si l’utilisation des flashbacks tente de faire diversion, l’émotion a du mal à prendre. Colin Firth assure évidemment du début à la fin avec l’élégance qui le caractérise. Rachel Weisz, toujours aussi resplendissante, n’a pas grand-chose à défendre, mais le fait bien et avec une immense sensibilité.
Evidemment, cette histoire vraie, bien documentée et reconstituée ne laisse pas indifférent. C’est seulement que ce drame est bien trop sage et scolaire pour réellement convaincre et emporter pleinement l’adhésion.
LE DVD
Le Jour de mon retour n’est disponible qu’en DVD chez Studiocanal. Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.
L’éditeur n’avait visiblement pas beaucoup d’éléments à disposition puisque seul un making of de 4 minutes (en fait divisé en deux featurettes) est proposé comme bonus. L’occasion pour l’équipe de revenir brièvement sur l’histoire et les personnages.
L’Image et le son
Ce master restitue habilement l’omniprésence des gammes bleues avec l’horizon, les costumes, les éléments du décor. Les contrastes sont légers mais très beaux, le cadre large est superbe. Si quelques baisses de la définition demeurent constatables, le piqué reste très appréciable sur les scènes diurnes, les détails sont agréables, la clarté est de mise. Un transfert très élégant.
Deux pistes Dolby Digital 5.1 qui parviennent à embarquer le spectateur à bord du trimaran. Les ambiances naturelles ne manquent pas, surtout lors des tempêtes rencontrées par Donald Crowhurst où le caisson de basses s’anime également. Les voix sont solidement plantées sur la centrale, surtout en version originale, et la spatialisation musicale est systématique. Les sous-titres français sont imposés en anglais. Une piste Audiodescription est également proposée, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.
ESCOBAR (Loving Pablo) réalisé par Fernando León de Aranoa, disponible en DVD et Blu-ray le 22 août 2018 chez M6 Vidéo
Acteurs : Javier Bardem, Penélope Cruz, Peter Sarsgaard, Julieth Restrepo, Óscar Jaenada, Santiago Soto, Quique Mendosa, Ariel Sierra…
Scénario : Fernando León de Aranoa d’après une histoire originale et le livre de Virginia Vallejo, « Pablo, je t’aime, Escobar, je te hais » (« Amando a Pablo, odiando a Escobar »)
Photographie : Alex Catalán
Musique : Federico Jusid
Durée : 2h03
Année de sortie : 2017
LE FILM
Impitoyable et cruel chef du cartel de Medellin, Pablo Escobar est le criminel le plus riche de l’histoire avec une fortune de plus de 30 milliards de dollars. « L’empereur de la cocaïne » met la Colombie à feu à sang dans les années 80 en introduisant un niveau de violence sans précédent dans le commerce de la drogue. Fascinée par son charisme et son pouvoir, la très célèbre journaliste Virginia Vallejo, va s’apercevoir qu’on ne s’approche pas de l’homme le plus dangereux du monde impunément…
Décidément, le célèbre trafiquant colombien de cocaïne Pablo Escobar (1949-1993) n’a de cesse d’inspirer le cinéma et la télévision. Après Cliff Curtis dans Blow de Ted Demme (2001), Benicio del Toro dans Paradise Lost d’Andrea Di Stefano (2014), sans oublier Wagner Moura dans la série Narcos, c’est au tour de Javier Bardem d’interpréter le baron de la drogue des années 1980 dans Escobar, un rôle qu’il convoitait depuis près de vingt ans et qui pour ainsi dire lui revenait de droit. Rien de bien nouveau dans ce biopic qui se contente d’aligner les poncifs et moments attendus répertoriés sur la fiche Wikipédia du roi de la blanche, qui fait le plus souvent penser à un remake de Mesrine de Jean-François Richet passé à la sauce Tarantinesque, si cela veut dire quelque chose. Certes, Javier Bardem s’en sort très bien dans ce rôle pour lequel il s’investit à fond, avec grosse bedaine et tout, mais le film pâtit de l’interprétation outrancière de Penélope Cruz, que nous n’avions pas vue aussi mauvaise depuis très longtemps. C’est d’ailleurs la sixième fois que le couple Bardem-Cruz se donne la réplique au cinéma.
Pour se démarquer de toutes les productions tournant autour du narcotrafiquant colombien, le scénariste et réalisateur espagnol Fernando León de Aranoa a choisi de centrer son film sur la liaison amoureuse entre Pablo Escobar et la journaliste-présentatrice Virginia Vallejo, dont le livre autobiographique Loving Pablo, Hating Escobar a d’ailleurs servi de base au récit. Il n’y a rien à redire sur la reconstitution, sur les décors, sur la technique assez impressionnante et la mise en scène, comme lors de cette séquence de l’atterrissage d’un avion sur une autoroute. Le gros problème, c’est qu’on a l’impression d’avoir déjà vu ça des centaines de fois au cinéma et que rien ne distingue Escobar d’autres films sur le sujet des cartels, en attendant que Sylvester Stallone vienne faire un peu de ménage là-dedans avec son très attendu Rambo V.
Escobar s’apparente à une succession de vignettes bien chiadées sur la forme, mais qui ennuient et lassent sur le fond. Javier Bardem (également producteur) donne de sa personne avec ses yeux camés, son bide proéminent, sa moustache mal taillée et son accent à couper au couteau. Mais il semble être le seul à croire à l’entreprise. Ses partenaires ont du mal à exister à ses côtés, y compris sa propre épouse Penélope Cruz. La comédienne, coiffée comme Bernadette Chirac et maquillée comme une voiture volée n’apporte aucune crédibilité à son personnage, aussi pénible qu’inintéressant. L’utilisation de l’anglais pose également un gros problème, l’actrice ayant toujours eu du mal dans cette langue. Alors forcément, interpréter une colombienne et jouer dans la langue de Shakespeare (comme le reste du casting, seules les insultes restent en espagnol) avec l’accent du pays, le défi était de taille, surtout que sa voix est aussi omniprésente qu’une piste audiodescription, puisqu’elle assure la narration – on pourrait même dire qu’elle paraphrase l’action – durant plus de deux heures. Finalement, peu importe ce qui peut lui arriver car Javier Bardem, bluffant, s’étale tellement à l’écran, au sens propre comme au figuré, qu’il ne reste que très peu de place pour ceux qui l’entourent. A part peut-être Peter Sarsgaard, dans un rôle pourtant très limité.
De son côté, le réalisateur suit son cahier des charges, à savoir : a) montrer Escobar pénétrer le marché américain de la drogue b) suivre le cartel de Medellín s’étendre aux Etats-Unis où il fournit 80 % de la cocaïne c) ne pas oublier d’évoquer l’élection d’Escobar comme suppléant à la Chambre des représentants de Colombie pour le Parti libéral d) mettre en scène les assassinats des membres des réseaux et cartels concurrents, sans oublier les juges, politiciens et officiers de police qui mettraient le nez (poudré) dans ses affaires. Parallèlement, Escobar ne cesse de s’enrichir, de perdre pied à mesure qu’il s’en envoie dans le pif, se retrouve entre sa femme et mère de ses enfants et sa maîtresse (Virginia Vallejo donc) pour finalement devoir composer avec le monstre qu’il a lui-même créé.
Escobar n’est pas un film déplaisant ni inintéressant, loin de là, c’est juste que rien ne le distingue des autres films de genre, y compris dans les séquences d’exécution pourtant très violentes. Pas étonnant que ce thriller soit passé complètement inaperçu lors de son rapide passage dans les salles.
LE BLU-RAY
Le test du Blu-ray d’Escobar, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.
Trois interviews sont proposées dans la section des suppléments. Penélope Cruz (9’), Javier Bardem (15’) et Peter Sarsgaard (6’) reviennent sur les intentions et la direction d’acteurs de Fernando León de Aranoa, le point de vue adopté pour raconter l’histoire, les personnages, leur préparation, le tournage en Colombie et les partis pris. Javier Bardem se taille la part du lion et aborde point par point la façon dont il s’est approprié la figure d’Escobar. Il est de loin le plus passionnant du trio. De son côté, Penélope Cruz a visiblement du mal à défendre ce film dans un anglais souvent hésitant. Ses mains s’agitent beaucoup trop et ses arguments manquent de consistance. Enfin, Peter Sarsgaard passe beaucoup de temps à dire tout le bien qu’il pense de ses partenaires.
L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.
L’Image et le son
Ce master HD (1080p, AVC) d’Escobar ne déçoit pas et se révèle même superbe. Le piqué et le relief sont acérés tout du long et permet d’apprécier les visages des comédiens (ainsi que leurs prothèses), la clarté est de mise, le cadre large offre un lot confondant de détails y compris sur les scènes sombres et la belle photographie marquée par des teintes alliant le chaud et le froid est habilement restituée. Evidemment, la copie est d’une propreté immaculée, les contrastes sont denses. Les meilleures conditions techniques sont réunies et la définition est exemplaire.
Comme pour l’image, l’éditeur a soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et « spanglish », autant dans les scènes d’affrontements secs que dans les séquences plus calmes. Quelques séquences sortent de lot, à l’instar de l’atterrissage de l’avion sur l’autoroute, comme celles des exécutions et de l’assaut dans la jungle. Les mixages imposent une balance impressionnante des frontales comme des latérales, des effets annexes très présents et dynamiques, des voix solidement exsudées par la centrale. La spatialisation est en parfaite adéquation avec le ton du film. L’éditeur joint également deux pistes Stéréo.
LE 15H17 POUR PARIS (The 15:17 to Paris) réalisépar Clint Eastwood,disponible en DVD et Blu-ray le 13 juin 2018 chez Warner Bros.
Acteurs : Spencer Stone, Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Jenna Fischer, Judy Greer, P.J. Byrne, Tony Hale, Thomas Lennon…
Scénario : Dorothy Blyskal d’après le livre d’Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Spencer Stone, Jeffrey E. Stern
Photographie : Tom Stern
Musique : Christian Jacob
Durée : 1h33
Année de sortie : 2018
LE FILM
Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers…
Bon…voilà…Clint Eastwood a réalisé son plus mauvais film à ce jour. Ça c’est dit. D’ailleurs, la plupart des critiques françaises, à quelques exceptions près, étaient quasi-unanimes sur ce point. Le 15h17 pour Paris – The 15:17 to Paris n’avait tout simplement pas la matière nécessaire pour évoquer sur 1h30 l’attentat déjoué à bord du Thalys, grâce à l’intervention d’Anthony Sadler (étudiant universitaire), Alek Skarlatos (membre de la Garde Nationale de l’Oregon) et Spencer Stone (infirmier de l’armée de l’air). Comme si Clint Eastwood lui-même ne savait pas quoi faire de son sujet, son film, sa 36e mise en scène, s’apparente à un épisode en version longue, pour ne pas dire interminable, de La Nuit des héros, émission culte d’Antenne 2 (pas encore France 2) au début des années 1990.
Etait-il nécessaire d’aborder l’enfance des trois protagonistes et amis, pour finalement reconstituer l’affrontement avec le terroriste djihadiste armé de sa kalachnikov et muni de neuf chargeurs pleins, qui représente en tout et pour tout dix minutes du long métrage ? Quel intérêt de les montrer en virée – et en flashbacks – à Amsterdam boire une binouse, à Venise sur un vaporetto, à Rome pour les voir hésiter entre tel et tel parfum de gelato ? Après American Sniper, consacré à Chris Kyle, son plus grand succès en tant que réalisateur sur le sol américain, et le génial Sully, Clint Eastwood clôt sa trilogie consacrée aux héros – patriotes – américains de façon consternante, en ayant recours aux trois véritables Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone, dans leurs propres rôles. Le problème, c’est que l’on ne s’improvise pas comédien et que les trois compères ne dégagent absolument rien à l’écran, si ce n’est un charisme de bulot avec l’air de se demander constamment comment ils sont arrivés là.
Peu aidé par un scénario scolaire et faisant la part belle à un discours prêchi-prêcha sur le « tout est déjà écrit », Clint Eastwood alterne les scènes de reconstitution (le film a été tourné en France) dans le Thalys, avec des séquences sans intérêt, de la fascination des gamins pour les armes à feu, jusqu’à leur désir de servir la patrie. Plus le métrage avance, moins les personnages ont des choses à faire. On les regarde faire des selfies dans quelques villes européennes, draguer, picoler, prendre du bon temps. En fait, Le 15h17 pour Paris s’apparente plus à un film sur le phénomène du selfie que sur un attentat déjoué. Le réalisateur illustre platement un script de court-métrage et l’étend jusqu’à l’ennui.
Après avoir sauvé la vie de 500 passagers et empêché un véritable carnage, l’étudiant Anthony Sadler et les deux militaires Alek Skarlatos et Spencer Stone sont évidemment acclamés en héros dans le monde entier, reçus et décorés par la Légion d’honneur par le Président de la République François Hollande. C’est notre Patrick Braoudé national qui avait été choisi pour interpréter l’ancien chef de l’état, pour la troisième fois de sa carrière, puisqu’il l’avait déjà excellemment incarné dans le téléfilm La Dernière Campagne de Bernard Stora (2013) et dans Ils sont partout de Yvan Attal (2016). Dommage pour lui, son apparition se résume à une demi-seconde de profil au détour d’un plan, le reste du temps de dos, puisque Clint Eastwood a préféré avoir recours aux images d’archives, ainsi qu’au discours original dans son intégralité.
Le 15h17 pour Paris est un drame biographique raté du début à la fin, une illustration de la page Wikipédia de l’événement, mis en scène par un réalisateur fatigué, probablement endormi derrière sa caméra, et interprété par des pantins sans charisme qui se croient dans une télé-réalité. A fuir.
LE DVD
Le 15h17 pour Paris est disponible en DVD et en Blu-ray chez Warner bros. Le DVD repose dans un boîtier « économique » (moins de plastique donc, de couleur noire. Le menu principal est fixe et musical.
Un seul supplément sur cette édition. Il s’agit d’un making of promotionnel (12’) constitué d’interviews de Clint Eastwood, des acteurs principaux et des producteurs. Ce segment, illustré par des photos et des images de tournage, se focalise surtout sur la reconstitution des événements et l’emploi des véritables protagonistes pour interpréter leurs propres rôles à l’écran.
L’Image et le son
Un DVD solide avec un piqué aussi pointu qu’il est possible d’avoir en édition standard, des contrastes denses et une palette chromatique riche et bigarrée, notamment lors du voyage touristique des trois amis, plus froide et tranchante pour les scènes dans le Thalys. Le cadre large est bien exploité, les détails éloquents.
Les pistes anglaise et française sont disponibles en Dolby Digital 5.1. Evidemment, le rendu acoustique ne vaut pas une bonne DTS-HD Master Audio, mais les deux mixages font ce qu’ils peuvent pour instaurer un confort certain. Le rendu est beaucoup plus saisissant et immersif en version originale. Evitez évidemment la piste française au doublage français totalement inapproprié.