Test DVD / Stan & Ollie, réalisé par Jon S. Baird

STAN & OLLIE réalisé par Jon S. Baird, disponible en DVD le 17 juillet 2019 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Steve Coogan, John C. Reilly, Shirley Henderson, Nina Arianda, Danny Huston, Rufus Jones, Susy Kane, Bentley Kalu…

Scénario : Jeff Pope

Photographie : Laurie Rose

Musique : Rolfe Kent

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

1953. Laurel et Hardy, le plus grand duo comique de tous les temps, se lancent dans une tournée à travers l’Angleterre. Désormais vieillissants et oubliés des plus jeunes, ils peinent à faire salle comble. Mais leurs capacités à se faire rire mutuellement et à se réinventer vont leur permettre de reconquérir le public, et renouer avec le succès.

Il fallait s’y attendre. D’ailleurs, cela faisait un bon bout de temps qu’on en entendait parler. Stan et Ollie ou Stan & Ollie est le biopic consacré au duo comique Laurel et Hardy constitué en 1927 et formé par les comédiens Stan Laurel (1890-1965) et Oliver Hardy (1892-1957). Comme son titre l’indique, ce film se focalise sur les deux individus, artistes certes, mais avant tout deux êtres humains qui ne se seront pour ainsi dire jamais quittés pendant trente ans. S’il ne révolutionne en rien un genre désormais ultra-balisé, Stan & Ollie est une très grande et heureuse surprise. Pour deux raisons. Tout d’abord, on ne s’attendait pas à être cueillis de la sorte par l’émotion distillée durant 1h40. Deuxièmement, on reste bluffés par la performance des deux têtes d’affiche, les merveilleux Steve Coogan et John C. Reilly, sublimes, incroyables de mimétisme, drôles, bouleversants, qui font littéralement revivre à l’écran le mythique tandem.

Durant leur tournée de 1953, Stan Laurel et Oliver Hardy se rendent peu à peu compte que leur popularité décline. De plus, des problèmes personnels influencent de plus en plus leur vie professionnelle. Même si le spectre du passé et de nouvelles épreuves ébranlent la solidité de leur duo, cette tournée est l’occasion unique de réaliser à quel point, humainement, ils comptent l’un pour l’autre…

L’ouverture donne le frisson. Un plan-séquence de plus de cinq minutes introduit les deux personnages, de dos, installés dans le local qui leur sert de loge. Ils sont assis face à un miroir qui reflète l’autre. Laurel est Hardy et inversement. Nous sommes en 1937 et un carton indique que les deux comiques sont les deux plus grandes stars à Hollywood. Mais au fil de leur conversation qui nous entraîne dans les studios, le spectateur apprend qu’ils souhaiteraient revoir leur contrat signé avec le producteur Hal Roach, qui s’est enrichi sur leur dos. Certes, les deux acteurs vivent bien, mais ils ne possèdent rien, et surtout par les droits de leurs films qu’ils enchaînent alors à un rythme effréné. Deux personnalités distingues émergent alors. Laurel, auteur et créateur des gags, mais également présent à la mise en scène et au montage, se méfie des requins qui peuplent Hollywood, tandis que Hardy se laisse emporter par le succès en s’en remettant aux décisionnaires. Vient alors Hal Roach (Danny Huston, fielleux), qui coupe court aux conversations autour de lui et souhaite que le tournage du nouveau film – Laurel et Hardy au Far West – du duo aille au plus vite. Les salles de cinéma du monde entier affichent complet, les spectateurs sont hilares…Et c’est là que le film nous transporte en Angleterre, seize ans plus tard.

Stan et Ollie ont vieilli. Ils ont respectivement 63 et 61 ans. Alors qu’Abbott et Costello tiennent le haut de l’affiche de longs-métrages parodiques dans lesquels ils affrontent les monstres Universal (Deux nigauds contre l’homme invisible, Deux nigauds et la momie), Laurel et Hardy, qui rêvent toujours de réaliser leur version de Robin des Bois (eux qui n’ont toujours au droit qu’à des productions de faible envergure), peinent désormais à remplir les théâtres du Royaume-Uni. Ils doivent se rendre à l’évidence, le temps a passé, mais ils demeurent bien décidés à démontrer qu’ils en ont encore sous le capot. Le film est joliment mis en scène par l’écossais Jon S. Baird, réalisateur du très remarqué Ordure !, d’après un roman d’Irvine Welsh, avec James McAvoy, Jamie Bell et Eddie Marsan. Sur une intrigue condensée en 95 minutes (générique de fin compris), le cinéaste montre la fusion du tandem, devant la caméra, sur scène et en dehors, à tel point qu’ils ne peuvent s’empêcher de provoquer des gags volontairement (ou pas) quand ils se rendent à l’hôtel, quand ils marchent tranquillement dans la rue. Quand Jon S. Baird se focalise sur l’un, l’autre lui manque terriblement, malgré le soutien et la présence de leurs compagnes respectives, excellemment incarnées par Shirley Henderson (Lucille Hardy) et Nina Arianda (Ida Kitaeva Laurel).

Mais il est vrai que Stan & Ollie n’aurait pu voir le jour sans Steve Coogan et John C. Reilly, pour qui le film a quasiment été écrit et sur lesquels les producteurs et le réalisateur avaient jeté leur dévolu dès le départ. Transformés grâce au génie des maquilleurs, la ressemblance des deux acteurs avec leurs modèles est aussi fascinante que troublante. Mais au-delà des prothèses et des costumes rembourrés, la performance des deux acteurs est sensationnelle. L’alchimie entre Steve Coogan (récompensé par le BAFA du meilleur acteur) et John C. Reilly est palpable et les deux parviennent à restituer la magie miraculeuse qui officiait lorsque Laurel et Hardy étaient ensemble, pour divertir le public, pour faire rire les spectateurs de 7 à 77 ans.

Stan et Ollie n’est donc pas un réel biopic, puisqu’en dehors de l’exposition, le récit demeure focalisé sur une année en particulier. Il s’agit plus d’un drame doux-amer sur un couple (le mot est adéquat, puisqu’on y évoque une « infidélité ») de comédiens qui effectuent leur baroud d’honneur, avant d’être rattrapés par la vie, l’âge et la mort qui approche doucement, mais sûrement. Un très beau film largement recommandé.

LE DVD

Après une carrière discrète dans les salles, Stan & Ollie apparaît dans les bacs uniquement en DVD chez Metropolitan Vidéo. La jaquette ne reprend pas l’affiche française du film, mais n’en demeure pas moins efficace et saura attirer l’oeil des spectateurs. Le menu principal est animé et musical.

En guise d’accompagnements au film, l’éditeur propose trois mini-featurettes promotionnelles, soit onze minutes au total. C’est peu, mais suffisant pour en apprendre sur la genèse, les intentions, les partis pris et la réalisation de Stan & Ollie avec les propos du Jon S. Baird, des comédiens, des producteurs, du scénariste, des responsables des maquillages. Les images de tournage abondent et le module consacré à la transformation physique de John C. Reilly (trois heures de maquillage en plus du costume grossissant lesté de plomb) et de Steve Coogan (pour les oreilles décollées, les lentilles colorées, le menton plat et le dentier de Laurel) demeure le plus intéressant du lot.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Comme pour ses sorties traditionnelles, Metropolitan soigne autant le transfert de cette production modeste qu’un blockbuster et l’image de Stan & Ollie ne déçoit pas. Le piqué est soigné, la clarté de mise, le cadre large offre un lot conséquent de détails et la colorimétrie est habilement restituée. Evidemment, la copie est d’une propreté immaculée, les contrastes sont denses (voir les clairs-obscurs sur scène), les intérieurs agréablement feutrés, et malgré un sensible bruit vidéo et des moirages, les meilleures conditions techniques sont réunies et la définition est exemplaire.

En anglais comme en français, les mixages Dolby Digital 5.1 parviennent à créer une sensible spatialisation, avec une plus grande homogénéité pour la version originale. Certes, la balance frontales-latérales profite surtout à la musique mais quelques ambiances naturelles parviennent à percer sur les séquences en extérieur. Les voix sont claires et distinctes, la spatialisation musicale systématique et le confort acoustique solide. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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