Test Blu-ray / La Ballade des Dalton, réalisé par René Goscinny et Morris

LA BALLADE DES DALTON réalisé par Morris et René Goscinny, disponible en Blu-ray le 21 novembre 2017 chez Citel Vidéo

Acteurs :  Roger Carel, Georges Atlas, Daniel Ceccaldi, Jacques Balutin, Xavier Depraz, Pierre Tornade, Jacques Deschamps, Gisèle Grimm, Michel Elias, Bernard Haller, Jacques Fabbri, Gérard Hernandez, Henri Labussière, Roger Lumont, Jacques Legras, Jacques Morel, Ada Lonati, Henri Poirier, Lawrence Riesner, Pierre Trabaud, Jean-Marc Thibault, Rosy Varte, Henri Virlojeux, René Goscinny…

ScénarioRené Goscinny, Morris, Pierre Tchernia

Musique : Claude Bolling

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Les Dalton prennent la poudre d’escampette pour toucher l’héritage de feu Tonton Dalton. Une seule condition: assassiner le jury qui a condamne le respectable vieil homme.

Lucky Luke – Daisy Town ayant été un très grand succès en Europe, il était certain que L’Homme qui tire plus vite que son ombre ferait son retour sur le grand écran. En 1978, débarque sur les écrans La Ballade des Dalton, LE chef d’oeuvre du cowboy solitaire au cinéma. Si finalement Lucky Luke laisse la vedette aux quatre frangins à moustaches, Joe, William, Jack et Averell, l’humour y est dévastateur, le film enchaîne les gags pendant 1h20 et demeure aujourd’hui une immense référence.

Les frères Dalton purgent leurs 4200 ans de travaux forcés lorsqu’ils apprennent la mort « naturelle » (« c’est une consolation ») par pendaison de leur cher Tonton Henri. Dans son testament, le vieil homme leur lègue toute sa fortune à deux conditions : qu’ils suppriment les huit membres du jury et le juge responsable de sa condamnation et que Lucky Luke – seul homme honnête et digne de confiance qu’ait connu Tonton Henri ! – confirme au notaire la bonne exécution de cette clause obligatoire. Sans plus attendre, les quatre coyotes s’évadent pour entamer leur drôle de ballade. Si les Dalton échouent, tout le magot d’Henry Dalton ira aux bonnes œuvres. Joe promet à Lucky Luke une part de l’héritage s’il accepte de le faire (tout en voulant le tuer à la fin), Lucky Luke accepte mais ce n’est qu’apparence. Il s’assure en fait que chacun survive tout en faisant croire aux Dalton qu’ils réussissent.

Les cibles répondent au nom de Ming Li Foo, un blanchisseur chinois, Thaddeus Collins, un directeur de prison (d’où les détenus se sont tous évadés), Plume de serpent, un sorcier indien qui vit au milieu du Désert de la soif, Dr Aldous Smith, un charlatan alcoolique (qui ressemble comme deux gouttes d’alcool au comédien américain W.C. Fields), Tom O’Connor, un chercheur d’or, Sam Game, un joueur de poker reconverti en prêcheur, Bud Bugman, un conducteur de train, Mathias Bones, un croque-mort (accompagné de son vautour), ainsi que le juge Groovy qui a condamné Henri Dalton.

Conscients que la meilleure transposition d’une bande dessinée au cinéma se rapproche plus du film à sketches reliés entre eux par un fil rouge, Morris et René Goscinny, aidés par leur complice Pierre Tchernia au scénario et par Henri Gruel et Pierre Watrin à la mise en scène, reprennent pour ainsi dire la même structure que Les Douze travaux d’Astérix sorti en 1976. Lâcher les Dalton dans la nature sous la surveillance de Lucky Luke, pour qu’ils puissent décimer tous les membres d’un jury avec le juge en sus, donne l’opportunité aux réalisateurs d’imaginer neuf petites histoires. Et c’est absolument formidable encore quarante ans après. Si Lucky Luke – Daisy Town était déjà une grande réussite, La Ballade des Dalton est un véritable coup de maître écrit et réalisé par des génies absolus.

Sur un rythme trépidant, les spectateurs, petits et grands, suivent ces aventures originales (l’album adapté du film sera édité plus tard) aux répliques hilarantes, aux situations et gags anthologiques et aux magnifiques couleurs. Une scène parmi tant d’autres, celle du rêve onirique de Joe Dalton après que ce dernier et ses frères se soient fait droguer par un sorcier indien, montre la fratrie plongée dans un monde de comédies musicales. C’était ici l’occasion pour René Goscinny de rendre hommage au cinéma hollywoodien qu’il affectionnait, Chantons sous la pluie, White Christmas, Le Bal des sirènes, Ziegfield Follies. Malheureusement, René Goscinny, décédé le 5 novembre à l’âge de 51 ans, n’a pas pu voir le résultat final.

La Ballade des Dalton bénéficie d’un plus grand budget (ici 12 millions de francs) que Daisy Town et cela se voit à l’écran. Quelques chiffres éloquents : 800 plans, 500 décors, 560.000 dessins. Ajoutons à cela une merveilleuse bande originale signée Claude Bolling qui reste à jamais gravée dans les mémoires, ainsi qu’un casting vocal exceptionnel. Daniel Ceccaldi remplace Marcel Bozzuffi pour Lucky Luke, René Goscinny lui-même prête sa voix à Jolly Jumper, Bernard Haller interprète Rantanplan (« on a volé la prison ! »), les Dalton sont incarnés par Pierre Trabaud (Joe), Jacques Balutin (William), Gérard Hernandez (Jack) et Pierre Tornade (Averell). Les amis et complices de Goscinny et de Tchernia participent également à l’immense réussite de ce « road-movie » comme Jacques Legras (le notaire Augustus Betting), Roger Carel (Ming Li Foo, Mathias Bones, le crieur de journaux, Juan le Méxicain), Jacques Morel (Sam Game), Jean-Marc Thibault (Aldous Smith) ou bien encore Jacques Fabbri (Thadeus Collins).

L’animation est plus fluide, le trait plus fin, bref, c’est un régal de chaque instant. La Ballade des Dalton sort le 24 octobre 1978, presque un an après le décès brutal de René Goscinny. C’est aussi le dernier long métrage d’animation produit par les Studios Idéfix qui allait fermer ses portes.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Ballade des Dalton, disponible chez Citel Vidéo, repose dans un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette indique cette fois « Nouveau Master Haute Définition », même si le visuel aurait pu être plus attractif. Le menu principal est animé et musical.

Le must sur cette édition HD est bien entendu son image restaurée, mais pas ses suppléments qui se résument uniquement à la bande-annonce originale, ainsi qu’un comparatif avant/après la restauration.

L’Image et le son

Il aura fallu attendre la fin de l’année 2017 pour posséder enfin La Ballade des Dalton en Haute-Définition dans nos contrées ! L’image est présentée dans son format original 1.66 et a surtout été entièrement restaurée à partir du négatif original 35mm, par Mediatoon Distribution aux laboratoires Eclair. Tout cela a été scanné en 4K avant de connaître une restauration très poussée en 2K. Voilà un dépoussiérage de premier ordre ! On attendait impatiemment la sortie en Blu-ray du chef d’oeuvre de Morris et Goscinny. C’est superbe. Les couleurs bleues, jaunes et rouges retrouvent un éclat inespéré, le grain original est heureusement respecté, la clarté est évidente et les contrastes revus à la hausse. L’image est stable, propre comme elle n’a jamais été, sans griffures. Si l’on remarque encore quelques effets de pompages sur certains aplats, qui auraient été difficiles à équilibrer sans dénaturer les volontés artistiques, ou bien encore diverses scènes marquées par des points blancs (le dernier pétage de plomb de Joe Dalton au tribunal), revoir La Ballade des Dalton dans ces conditions contribue à sa postérité et n’a pas fini de faire de nouveaux adeptes parmi le jeune public.

Il n’y a pas que l’image qui a bénéficié d’un lifting, par le désormais incontournable Studio L.E. Diapason, qui s’occupe entre autres de la restauration sonore sur les titres du patrimoine chez Pathé. L’unique piste DTS-HD Master Audio Mono 2.0 est beaucoup plus dynamique, propre et vif que celui de Lucky Luke – Daisy Town, qui restait souvent étriqué avec des échanges aigus. Ce nouveau mixage fait ici la part belle à l’extraordinaire bande originale signée Claude Bolling, que nous n’avions jamais entendu avec autant de coffre. Aucun souffle, pas de saturation, tout est net. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © DARGAUD Productions, René Goscinny Productions / Idéfix Studio /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Lucky Luke – Daisy Town, réalisé par Morris et René Goscinny

LUCKY LUKE – DAISY TOWN réalisé par Morris et René Goscinny, disponible en Blu-ray le 21 novembre 2017 chez Citel Vidéo

Acteurs :  Marcel Bozzuffi, Pierre Trabaud, Jacques Balutin, Jacques Jouanneau, Pierre Tornade, Jean Berger, Roger Carel, Jacques Fabbri, Jacques Legras, Claude Dasset, Jacques Bodoin, Georges Atlas, André Legal, Jacques Hilling, Rosy Varte, Denise Bosc…

ScénarioRené Goscinny, Morris, Pierre Tchernia

Photographie : François Léonard

Musique : Claude Bolling

Durée : 1h16

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Barman, un whisky bien frappé ! il faut fêter la naissance de Daisy Town ! Hélas, une jolie nouvelle ville attire toujours bandits et desperados, ces chevaliers de la violence et du vice. Seul Lucky Luke peut y ramener la paix et empêcher les braquages et vols de vaches… Les citoyens le choisissent donc comme shérif. Mais au moment où tout semble rentré dans l’ordre, les Dalton s’installent en ville et sèment la terreur chez les habitants. L’éternel combat qui les oppose au célèbre cow-boy reprend alors…

« Nous pensions vous présenter ce spectacle sur écran large. Mais exceptionnellement aujourd’hui, nous vous l’offrons sur super grand écran géant de luxe ! »

C’est une madeleine. Un grand classique de l’animation franco-belge, doublé d’un formidable hommage au western, genre chéri par Morris et René Goscinny, le dessinateur et scénariste de Lucky Luke, l’Homme qui tire plus vite que son ombre. Réalisé par les deux complices et épaulé par Pierre Tchernia au scénario, Lucky Luke (titre original), rebaptisé Daisy Town à la suite de sa transposition en bande dessinée en 1983 et titre utilisé lors de ses diffusions télévisuelles (vous vous rappelez quand vous l’avez découvert sur LaCinq comme l’auteur de ces mots ?) n’a rien perdu de son charme et les gags qui conservent toujours leur efficacité témoignent encore du génie immense de leurs auteurs.

Une caravane de pionniers s’arrête. Ils arrivent au bout de leur traversée et décident à la vue d’une pâquerette, qu’ils y poseront la première planche pour y construire leur ville. Daisy Town verra donc le jour. Mais une ville, surtout s’il s’agit d’une simple et charmante petite bourgade, attire les bandits et ces derniers rendent la vie impossible dans ce coin de paradis autrefois si calme. Arrive alors le seul homme de la situation pour remettre de l’ordre à Daisy Town, Lucky Luke, cow-boy courageux et honnête. Nommé Sherif par les notables de la cité, notre héros va débarrasser la ville de toute sa racaille, y chasser les Dalton et la défendre contre les indiens.

Quel plaisir que ce Lucky Luke – Daisy Town, réalisé en 1971 aux Studios Belvision ! Bourré de charme, d’inventivité, mené à un train d’enfer et multipliant les gags visuels, sonores, ainsi que les références au western (américain et italien), Daisy Town demeure une vraie référence. La fantastique musique de Claude Bolling (Borsalino) et la superbe photographie de François Léonard (Astérix le Gaulois, Astérix et Cléopâtre) d’après les dessins de Morris montrent l’ambition du studio, qui voulait évidemment divertir les spectateurs, tout en traitant son sujet avec sérieux, comme un véritable film. Au casting, les réalisateurs convient leurs amis. C’est Marcel Bozzuffi, inoubliable et indispensable second rôle du cinéma français (Le Deuxième souffle, Z, La Cage aux folles II) qui prête son timbre grave au cowboy solitaire, qui avait encore la clope au bec. A ses côtés, Rosy Varte (Lulu Carabine au dialogue), Nicolas Croisille (Lulu Carabine au chant), Pierre Trabaud, Jacques Balutin, Jacques Jouanneau et Pierre Tornade (Jo, William, Jack et Averell Dalton), ainsi que Jacques Legras (le guichetier de la banque), Roger Carel (le croque-mort, le vautour, le lieutenant de cavalerie), Jacques Fabbri (le maire), Jean Berger (Jolly Jumper), sans oublier Gérard Rinaldi, qui sous le pseudonyme de Gérard Dinal, entonne le très célèbre Quadrille lors des divers square dance organisés dans le saloon de Daisy Town. Ou comment transposer les fêtes bien françaises et leurs chansons à boire dans le Far West Américain.

En 1991, Terence Hill n’aura pas grand-chose à faire pour son Lucky Luke puisque le comédien-réalisateur reprendra non seulement le synopsis du film d’animation, mais également quelques gags et séquences cultes qu’il reproduira à l’identique. Nous ne parlerons pas de la qualité relative de cet essai (un Lucky Luke tout vêtu de blanc, sérieusement), mais ce Luke Luke reste bien plus fidèle à l’univers de Morris/Goscinny que l’horrible opus signé James Huth avec Jean Dujardin dans le rôle principal. Si Daisy Town est un énorme succès à sa sortie avec 2,7 millions d’entrées en France et 2 millions en Allemagne, il faudra attendre 1978 pour que le Poor Lonesome Cowboy reviennent au cinéma dans le chef d’oeuvre La Ballade des Dalton.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Lucky Luke – Daisy Town, disponible chez Citel Vidéo, repose dans un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette indique cette fois « Nouveau Master Haute Définition », même si le visuel aurait pu être plus attractif. Le menu principal est animé et musical.

Le must sur cette édition HD est bien entendu son image restaurée, mais pas ses suppléments qui se résument uniquement à la bande-annonce originale, ainsi qu’un comparatif avant/après la restauration.

L’Image et le son

Bienvenue à Lucky Luke – Daisy Town en Blu-ray (1080p) ! A cette occasion, l’image, présentée enfin dans son format original 1.37, a été entièrement restaurée à partir du négatif original 35mm, par Mediatoon Distribution aux laboratoires Eclair. Tout cela a été scanné en 4K avant de connaître une restauration très poussée en 2K. Pour sa sortie en Haute Définition, le film de Morris et Goscinny a subi un dépoussiérage de premier ordre, comme l’indique le comparatif dans les suppléments. Les couleurs bleues, jaunes et rouges retrouvent un éclat inespéré, le grain original est heureusement respecté, la clarté est évidente et les contrastes revus à la hausse. L’image est stable, propre comme elle n’a jamais été, sans griffures. Si l’on déplore encore quelques effets de pompages sur certains aplats, qui auraient été difficiles à équilibrer sans dénaturer les volontés artistiques, revoir Lucky Luke – Daisy Town dans une belle copie continue de nous émouvoir.

Il n’y a pas que l’image qui a bénéficié d’un lifting, par le désormais incontournable Studio L.E. Diapason, qui s’occupe entre autres de la restauration sonore sur les titres du patrimoine chez Pathé. L’unique piste DTS-HD Master Audio Mono 2.0 qui découle du mixage original disponible sur bandes magnétiques, demeure étriqué avec des échanges souvent aigus, une voix-off grinçante et une B.O. qui frôle la saturation (voir les séquences « Quadrille »). L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © DARGAUD Productions, René Goscinny Productions / Idéfix Studio /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Planète sauvage, réalisé par René Laloux

LA PLANÈTE SAUVAGE réalisé par René Laloux, disponible en DVD et Blu-ray le 7 juin 2017 chez ARTE Editions

Acteurs : Jennifer Drake, Sylvie Lenoir, Jean Topart, Jean Valmont, Michèle Chahant, Yves Barsacq, Gérard Hernandez, Claude Joseph…

Scénario : Roland Topor, René Laloux d’après le roman Oms en série de Stefan Wul

Photographie : Boris Baromykin, Lubomir Rejthar

Musique : Alain Goraguer

Durée : 1h12

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Sur la planète Ygam, vivent des androïdes géants appelés les Draags. Ils élèvent de minuscules êtres humains qu’ils surnomment Oms. Mais un jour, l’Om de la jeune Tiwa se révèle plus intelligent et va déclencher une révolte…

La Planète sauvage est un film culte, un chef d’oeuvre de l’animation qui marque une étape primordiale dans le cinéma y compris dans le genre de la science-fiction. Librement inspiré du roman Oms en série de Stefan Wul publié en 1957, La Planète sauvage est l’aboutissement de la rencontre et du travail en commun du réalisateur, dessinateur, peintre et sculpteur René Laloux (1929-2004) et de Roland Topor (1938-1997), illustrateur, peintre, dessinateur, poète, écrivain, chansonnier, cinéaste, acteur, metteur en scène et scénariste. Les deux amis et collaborateurs signent l’histoire en commun, tandis que Roland Topor s’occupe seul des dessins et des illustrations. Prix spécial du jury à Cannes en 1973 et Prix Saint-Michel à Bruxelles en 1974, immense succès critique et public (plus de 800.000 entrées en France), La Planète sauvage est l’un des rares longs métrages d’animation français (pour adulte) à obtenir une reconnaissance internationale.

Réalisé à partir de 1969 dans les studios d’animation Jiří Trnka de Krátký Film à Prague – mais interrompu de 1968 à 1971 en raison du printemps de Prague –  pour des questions de budget et de technique, à partir de la technique dite du papier découpé, le film de Laloux/Topor demeure un véritable OVNI près de 45 ans après sa conception, de par son récit, mais également par ses images insolites. Les Draags, êtres humanoïdes bleus et aux yeux rouges mesurant douze mètres de haut, vivent sur une planète étrange, Ygam, à l’extravagante végétation. Leur existence s’écoule lentement, tout entière tournée vers la méditation. Ils ont recueilli le minuscule peuple des Oms, qu’une catastrophe a chassé de la lointaine planète dévastée Terra. Les adolescents Draags privilégiés ont le droit d’élever des Oms comme de minuscules animaux domestiques, qu’ils tentent d’élever et de promener en laisse. C’est ainsi que Tina chérit sa petite mascotte, Terr, et le laisse profiter des leçons que lui dispensent ses écouteurs. Terr devient ainsi fort savant. Les dirigeants des Draags s’aperçoivent tardivement de l’intelligence des Oms et constatent leur rigoureuse organisation. Pressentant une menace, ils décident d’en finir une bonne fois pour toutes avec leurs petits hôtes désormais considérés comme nuisibles. Mais rien ne va se passer comme prévu et Terr, devenu adolescent et bientôt un véritable adulte, parvient à s’évader puis, nourri de la connaissance des Draags, va devenir le leader de la révolution des Oms sauvages contre le peuple Draag.

Laloux et Topor mettent tous leurs sujets de prédilection dans La Planète sauvage, le film étant ainsi nourri d’une forte croyance en l’homme, mais redoutablement pessimiste comme l’avait déjà démontré leur premier court-métrage Les Temps morts réalisé en 1964. Merveille visuelle, La Planète sauvage agit comme une véritable séance d’hypnose avec ses images uniques, inquiétantes et même cauchemardesques (le prologue en aura traumatisé plus d’un) qui rappelle Les Escargots, réalisé par le duo en 1965, son ton inclassable, la beauté incommensurable des décors (et de la faune) et de la musique pop électro expérimentale d’Alain Goraguer.

Viscéralement poétique et philosophique, mais aussi trip psychédélique, le film de Laloux/Topor fait appel à tous les sens des spectateurs, en flattant à la fois leurs yeux et leur pensée avec une réflexion aussi virtuose qu’insondable et foisonnante sur la nature humaine, la société, l’émancipation par la connaissance, le libre-arbitre, les régimes totalitaires, la tolérance, l’esprit critique et le droit à la différence. Ambitieux, fascinant et envoûtant.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Planète sauvage, disponible chez Arte Editions, ainsi que le livret de 12 pages René Laloux l’extra-terrestre écrit par Fabrice Blin, reposent dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est sobre, animé sur la superbe musique planante d’Alain Goraguer.

Hormis les extraits des longs-métrages Les Maîtres du temps et Gandahar, cette nouvelle édition HD reprend les mêmes suppléments déjà disponibles sur le DVD sorti en 2001 et le premier Blu-ray édité en 2009. A l’occasion de cette ressortie restaurée 2K, Arte Editions nous propose également un entretien inédit avec Laurent Valière, journaliste, auteur de Cinéma d’animation, la French Touch (Editions de La Martinière), qui revient sur la genèse de La Planète sauvage, sur l’évolution de l’animation en France à la fin des années 1960, sur les thèmes du film, sur le travail de René Laloux avec Roland Topor, sur l’adaptation du roman de Stefan Wul, sur la réalisation dans les studios de Prague, sa réception avec l’engouement de la critique et la récompense au Festival de Cannes en 1973.

Ne manquez pas la rencontre avec René Laloux réalisée en 2001 (26’), durant laquelle le réalisateur, dessinateur, peintre et sculpteur revient sur ses débuts, sur la genèse et la conception des Dents du singe, Les Temps morts, Les Escargots et bien sûr de La Planète sauvage et de Gandahar avec quelques extraits à l’appui. Avec son célèbre franc-parler, René Laloux est visiblement très heureux de partager ses souvenirs liés à sa collaboration avec Roland Topor. Parallèlement, le producteur André Vallio-Cavaglione intervient aussi sur les conditions de tournage des Escargots et de La Planète sauvage.

Véritables trésors à part entière, les trois magnifiques courts-métrages de René Laloux, Les Dents du singe, Les Temps morts et Les Escargots sont également disponibles sur cette édition.

Les Dents du singe (13’, 1960) : C’est l’histoire d’un homme qui va chez le dentiste pour se faire arracher une dent mais qui ignore que le dentiste vole les dents des pauvres pour les donner aux riches. Réalisé pour Les Films Paul Grimault, Les Dents du singe est le premier film professionnel de René Laloux, animé en papier découpé sur une histoire écrite par les patients de la clinique psychiatrique de La Borde à Cour-Cheverny, où il exerce alors l’art thérapie depuis 1956 à travers des ateliers de peinture, de marionnettes et d’ombres chinoises.

Les Temps morts (10’, 1964) : Suite de séquences en prise de vue réelles ou en animation accompagnées d’un texte de Jacques Sternberg dit par Roland Dubillard. Ce film pessimiste et très sombre, réalisé en N&B, première collaboration entre René Laloux et Roland Topor, avec Alain Goraguer à la musique, dénonce l’appétit de mort de l’humanité et le cercle vicieux de la violence, qui mène de la brutalité à la guerre et au crime, pour finir par la peine de mort. Certaines images, notamment de véritables décapitations, peuvent heurter la sensibilité de certains spectateurs.

Les Escargots (10’, 1965) : Alors qu’un paysan vient enfin de trouver un remède contre la sécheresse pour faire pousser ses salades, un pays est progressivement envahi par des escargots géants. En apparence inoffensifs, ils se révèlent carnivores et particulièrement sournois. Rien ne semble pouvoir leur résister. Extraordinaire court-métrage fantastique, réalisé par René Laloux sur des dessins de Roland Topor, Les Escargots est reconnu dans le monde entier comme un des meilleurs films d’animation de tous les temps, largement récompensé, notamment par le Grand Prix du Festival d’animation de Mamaia, le Grand Prix des rencontres cinématographiques de Prades, le Prix spécial du jury du Festival de Carcovie et le Prix spécial du jury du film de science-fiction de Trieste.

L’interactivité se clôt sur une galerie de dessins originaux, préparatoires et concepts rejetés de Roland Topor réalisés pour La Planète sauvage, ainsi qu’une galerie de peintures de René Laloux.

L’Image et le son

Déjà disponible en Haute-Définition depuis 2009, La Planète sauvage revient une fois de plus chez ARTE Editions, mais cette fois dans une version restaurée 2K par Eclair/Groupe Ymagis en 2016, à partir du négatif original et de l’interpositif pour certaines séquences. Cette nouvelle version du film de René Laloux est sans aucun doute l’édition définitive de ce chef d’oeuvre. Les couleurs pastel possèdent un nouvel éclat, les poussières qui pouvaient subsister ont ici disparu, la stabilité est de mise, le trait est affiné et le film retrouve une nouvelle jeunesse pour ainsi être découvert par une nouvelle génération de spectateurs, tout en offrant aux cinéphiles un confort de visionnage inédit. Si le DVD et le premier Blu-ray n’étaient franchement pas honteux, ce Blu-ray au format 1080p en met discrètement plein la vue et surpasse les précédents travaux d’ARTE Editions, tout en respectant les partis pris originaux dont le grain argentique et les quelques défauts liés aux conditions de tournage.

Rien à redire concernant l’unique piste audio DTS HD Master Audio Stéréo, d’une fluidité et d’une propreté absolues, sans saturation ni craquements et encore moins de souffle intempestif. La musique d’Alain Goraguen est ici délivrée avec ardeur, tout comme les bruitages et la narration. Les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont disponibles.

Crédits images : © Les Films Armorial / Argos Films / ARTE France Développement / Les Dents du singe : Successions Laloux – Jean Oury – Félix Guattari / Les Temps morts : Successions Laloux / Topor / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Pour en savoir plus : http://boutique.arte.tv/f11841-planete_sauvage_version_restauree

Chronique du DVD / Superman : l’intégrale des cartoons de Max Fleisher

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Réalisation : Dave Fleischer

Voix en VO : Bud Collyer, Joan Alexander

Histoire originale : Joe Shuster, Jerry Siegel d’après leurs personnages de comic books

Scénario : Seymour Kneitel, Izzy Sparber, Jay Morton

Musique : Sammy Timberg, Winston Sharples

DVD disponible chez Elephant Films le 5 avril 2016.

La série animée

Look ! Up in the sky ! It’s a bird !

It’s a plane !

It’s Superman!

Avant la destruction de la planète Krypton, une petite nacelle est envoyée sur Terre. À son bord, Kal-el, un bébé recueilli par un couple de fermiers du Kansas. Quelques années plus tard, le jeune homme cache sa force surhumaine et ses superpouvoirs sous l’identité de Clark Kent, journaliste au Daily Plannet de Metropolis. Aux côtés de Lois Lane, Clark enquête sur les criminels menaçants la sécurité de la Terre, qu’il neutralise sous les traits de Superman !

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Les cartoons Superman issus des Studios Fleischer (les deux frères Max et Dave) ont 75 ans en 2016. Il s’agit de la première série de courts-métrages animés en Technicolor consacrés à l’Homme d’acier de DC Comics. Il y aura 17 dessins animés, 9 produits par les Fleischer Studios entre 1941 et 1942, et huit produits par les Famous Studios de 1942 à 1943 après que la Paramount ait repris les affaires en main suite à une brouille entre les deux frères. Aujourd’hui, ces cartoons réalisés en rotoscopie – les animateurs dessinaient sur de véritables performances d’acteurs – sont tombés dans le domaine public, bien que les éléments originaux 35mm demeurent la propriété des Studios Warner.

This looks like a job for Superman !

Le super-héros et icône culturelle américaine est né en janvier 1933 sous la plume de l’écrivain américain Jerry Siegel et sous le pinceau de l’artiste canadien Joe Shuster. Mais il faudra attendre le numéro d’Action Comics publié en juin 1938 pour que Superman soit révélé au monde entier. Très vite, Superman devient un véritable phénomène. Les pièces radiophoniques et les émissions de télévision s’en emparent. Ses valeurs morales, sa puissance, tout comme son justaucorps rouge, bleu et jaune, sa cape, deviennent célèbres partout. Il n’est donc pas étonnant que Superman devienne le héros d’une série animée au milieu de la Seconde Guerre mondiale dans laquelle il affronte entre autres des savants fous mais surtout les japonais dont il détruit l’arsenal, tout comme les nazis qui ne font pas un pli devant les bottes rouges moulantes.

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Au cours de ses (coûteuses) 17 aventures de 9 minutes en moyenne, Superman – qui vole ici pour la première fois de son histoire alors qu’il ne faisait que bondir jusqu’alors par-dessus les buildings – devra combattre un sosie, un gorille géant, des civilisations inconnues qui s’en prennent à Lois Lane – aux allures de pin-up propre aux années 40 – qui se met chaque fois dans le pétrin afin d’obtenir un scoop, sauf dans le dernier cartoon dans lequel elle n’apparaît pas. Il devra aussi stopper un train rempli d’or qui s’est emballé, arrêter une éruption volcanique, un tremblement de terre, des braqueurs, des machines infernales, un monstre venu de l’Arctique, un télescope magnétique et même une momie ! Autant dire que le surhomme de Krypton, défenseur de la veuve et de l’orphelin, n’a pas chômé dès sa première adaptation !

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Le symbole de la puissante Amérique

Le dernier épisode est différent des autres par son animation, plus « réaliste », par l’absence de Lois Lane et par son ton « film noir » (où Hitler et sa moustache font même une apparition) quand Clark Kent se prend pour un véritable espion avant de prendre son dernier envol, tout en prenant le soin de saluer le drapeau américain flottant au vent. Superman est devenu un véhicule de propagande. Aujourd’hui, les cartoons vintage de Superman n’ont rien perdu de leur saveur et demeurent une réjouissante curiosité, bien dessinée, pleine d’action et de charme, qui titille la fibre nostalgique des fans dès le prologue et la musique devenus cultes.

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LE DVD

Le test du DVD édité par Elephant Films a été réalisé à partir d’un check-disc, sans packaging, que nous ne pouvons donc pas détailler. De plus, Elephant n’a pas pu mettre la main sur un quelconque supplément pour célébrer le 75e anniversaire de la série. Le menu principal est animé et musical, tandis qu’un carton indique que quatre épisodes n’ont jamais bénéficié de doublage français.

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L’image et le son

Les épisodes de ce Superman vintage ont été restaurés en Haute-Définition et sont issus de nouvelles sources respectant le format original 1.33. Le Technicolor n’est certes pas flamboyant, mais les couleurs retrouvent néanmoins une nouvelle fraîcheur sur la plupart des épisodes. La stabilité est de mise, la qualité visuelle au rendez-vous et les partis pris esthétiques sont respectés sans lissage excessif du grain. Les contrastes sont plaisants, même si quelques épisodes font apparaître plus de scories, rayures verticales, points et autres résidus. Le style crayonné spécifique à l’époque est superbement retranscrit et la compression solide. Pour information, la série Superman des Studios Fleischer est tombée récemment dans le domaine public. Les Studios Warner qui disposaient des pellicules originales sont à l’origine de la restauration de la série dont on pouvait jusqu’alors retrouver les épisodes disséminés à travers le coffret Blu-ray dédié à la saga cinématographique de l’Homme d’acier.

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En version originale, les voix nasillardes saturent, mais les dialogues demeurent intelligibles. La piste française apparaît étonnamment plus claire, mais il semble que le doublage ait été effectué plus récemment. La musique tient également une grande place dans les épisodes et l’accompagnement sonore se révèle aléatoire. Certaines séquences s’avèrent plus couvertes, d’autres plus grinçantes, et l’ensemble a souvent du mal à trouver un juste équilibre. On déplorera un petit manque d’ardeur dans les premières aventures et une prédominance des aigus qui irritent quelque peu les tympans. Les épisodes 2, 8, 11 et 17 n’ont jamais bénéficié de doublage et sont donc proposés uniquement en version originale sous-titrée en français. Les deux pistes sont disponibles en Dolby Digital 2.0.

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Crédits images : © Elephant Films