Test Blu-ray / Les Soucoupes volantes attaquent, réalisé par Fred F. Sears

LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT (Earth vs. the Flying Saucers) réalisé par Fred F. Sears, disponible uniquement en coffret Blu-ray ou DVD Ray Harryhausen – Coffret n° 3 : Le Monstre vient de la mer + Les Soucoupes volantes attaquent + À des millions de kilomètres de la terre le 15 octobre 2020 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Hugh Marlowe, Joan Taylor, Donald Curtis, Morris Ankrum, John Zaremba, Thomas Browne Henry, Grandon Rhodes, Larry J. Blake…

Scénario : Curt Siodmak, Bernard Gordon & George Worthing Yates

Photographie : Fred Jackman Jr.

Musique : Mischa Bakaleinikoff

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Surgis des profondeurs de l’espace, les vaisseaux spatiaux d’une civilisation technologiquement avancée apparaissent dans le ciel. Bien que d’abord pacifiques, les visiteurs se transforment vite en envahisseurs, causant des destructions massives sur toute la surface du globe…

Même s’il a avoué par la suite qu’il s’agissait probablement de l’opus de sa filmographie dont il était le moins fier, Ray Harryhausen franchit une nouvelle étape dans sa carrière avec Les Soucoupes volantes attaquentEarth vs. the Flying Saucers, qui sort tout juste un an après Le Monstre vient de la merIt Came from Beneath the Sea. Dans ce film, l’animateur ne crée pas de monstres ou de créatures, mais des objets volants non identifiés, qui sont devenus une référence en la matière, à l’instar de ceux de La Guerre des mondes de Byron Haskin, sorti trois ans auparavant et que Ray Harryhausen souhaité adapter, avant de se faire coiffer au poteau. Le film et ses effets révolutionnaires seront notamment déterminants dans la passion pour le cinéma du jeune Tim Burton, qui lui rendra un hommage fabuleux avec son chef d’oeuvre Mars Attacks !, en s’inspirant du design des soucoupes volantes et en reprenant même certaines scènes de destruction quasiment à l’identique. 65 ans après sa sortie, Les Soucoupes volantes attaquent demeure un vrai blockbuster et pose les bases qui seront ensuite consignées dans un cahier des charges respecté par les plus grands divertissements des années 1990 du style Independence Day de Roland Emmerich. En d’autres termes, tout cinéphile qui se respecte doit avoir vu Earth vs. the Flying Saucers !

Dans les années 1950, les apparitions d’objets volants non identifiés se multiplient à travers le monde. Un jour, alors qu’ils circulent en voiture pour se rendre à la base où ils travaillent sur un projet de lancement de fusées d’observation, le docteur Russell A. Marvin et sa jeune épouse Carol sont survolés à leur tour par une soucoupe volante qui finit par disparaître. Le docteur, alors affairé à enregistrer sur bande magnétique des informations portant sur le projet sur lequel il travaille, s’aperçoit qu’il a laissé l’appareil en marche, et qu’il a enregistré un bruit provenant de la soucoupe volante. De retour à leur base, ils tentent en vain de faire part à leurs supérieurs militaires de l’authenticité de leur observation, sans succès. Cependant un engin spatial est signalé par les radars et arrive au-dessus de la base qu’il finit par détruire entièrement. Les protagonistes de l’histoire s’aperçoivent plus tard que le son enregistré par le docteur Marvin était en fait un message fixant un rendez-vous pour une rencontre entre humains et aliens. Dès lors, la guerre est déclarée dans le monde entier, et c’est grâce au docteur Marvin qu’une arme, capable de détruire les soucoupes volantes des aliens, sera mise au point, dans l’espoir de permettre au genre humain de sortir victorieux de cet affrontement.

Point de pieuvre géante, de monstre venu de Vénus, ou d’autres créatures aussi sublimes que fantastiques dans Les Soucoupes volantes attaquent ! Pour ce film, Ray Harryhausen élargit l’étendue de son travail, qui consiste ici à « donner vie » aux légendaires et éponymes soucoupes, dont le mouvement et le déplacement en rotation en deux temps laisse encore pantois d’admiration, mais aussi en créant des trucages optiques illustrant les champs de force des aliens, leurs rayons laser et les séquences de destruction massives ! La beauté des effets subjugue dès le générique, puisque le récit démarre d’emblée en indiquant que des ovnis se sont manifestés à plusieurs reprises aux quatre coins de la Terre. Contrairement au Monstre vient de la mer, les aliens apparaissent très souvent au fil de l’histoire, très bien menée durant un peu plus d’1h20, sans aucun temps mort, avec beaucoup d’action, d’idées de mise en scène et des acteurs bien dirigés.

Aux commandes des Soucoupes volantes attaquent, on retrouve Fred F. Sears (1913-1957), qui signait ici l’un de ses derniers longs métrages en tant que metteur en scène. S’il apparaît très régulièrement dans près de 80 films sans être crédité la plupart du temps, le réalisateur n’aura jamais arrêté de tourner depuis la fin des années 1940, allant parfois jusqu’à mettre en boite huit films par an ! Exécutant, « maker » comme on le dit vulgairement, le cinéaste passera d’un genre à l’autre, du polar au film fantastique, en passant par le drame social et le western. L’année de sa mort est d’ailleurs représentative de cette carrière insolite et prolifique, puisque Fred F. Sears enchaînera Le Traquenard des sans-loi (western), Calypso Heat Wave (drame musical), The Night the World Exploded (science-fiction) et The Giant Claw (horreur et fantasy). Earth vs. the Flying Saucers est l’un des neuf longs-métrages du metteur en scène à sortir en 1956, après Inside Detroit, film noir avec Dennis O’Keefe, Rock Around the Clock, comédie-musicale avec évidemment Bill Haley and the Comets, et le film d’épouvante The Werewolf. Comment faisait-il ? On ne le saura jamais vraiment, même si son décès prématuré à l’âge de 44 ans n’est sans doute pas anodin. Toujours est-il que Les Soucoupes volantes attaquent est représentatif de son travail, toujours bien fait, net et précis. Si le film reste avant tout célèbre pour ses extraordinaires effets spéciaux, le cadre est soigné, le montage vif et alerte, le scénario reste original et parfois étonnamment sombre.

Dans le rôle de l’éminent scientifique Russel Marvin, Hugh Marlowe, acteur vu chez Vincente Minnelli (Le Chant du Missouri), Joseph L. Mankiewicz (Eve), Jules Dassin (Les Forbans de la nuit), Robert Wise (Le jour où la Terre s’arrêta), Howard Hawks (Chérie, je me sens rajeunir) et Henry Hathaway (L’Attaque de la malle-poste) a suffisamment d’épaules et de charisme pour créer l’empathie nécessaire avec le spectateur, même si le personnage devient de plus en plus ambigu, voire rebutant dans la dernière partie. Sa partenaire Joan Taylor est aussi l’atout-charme des Soucoupes volantes attaquent, tandis qu’on retrouve encore une fois au générique Donald Curtis, qui interprétait le professeur John Carter dans Le Monstre vient de la mer. Mention spéciale à la composition cultissime de Mischa Bakaleinikoff, ainsi qu’aux célèbres bruitages des soucoupes.

Alors, que veulent-ils ces extraterrestres ? D’où viennent-ils ? Mettront-ils les cinq continents à feu et à sang ? Sont-ils communistes ? Pour le savoir, si vous n’avez jamais vu le film, ruez-vous sur cette merveilleuse production Sam Katzman & Charles H. Schneer, formidable du début à la fin et à laquelle le grand Ray Harryhausen insuffle tout son génie et son imaginaire. La magie est au toujours au rendez-vous !

LE BLU-RAY

Les Soucoupes volantes attaquent avait déjà bénéficié d’une édition HD chez Sony Pictures en 2008. Sidonis Calysta propose désormais ce film, uniquement en coffret DVD ou Blu-ray pour le moment, avec Le Monstre vient de la meret À des millions de kilomètres de la terre. Le menu principal est animé et musical.

Décédée en 2012, la comédienne Joan Taylor, enregistrée ici en 2007, semblait aussi heureuse que surprise à l’idée de parler des Soucoupes volantes attaquent, mais aussi qu’on se souvienne d’elle dans ce film. Durant cet entretien (17’30), Joan Taylor, qui avait arrêté sa carrière d’actrice au début des années 1960, revient sur son enfance et ses débuts au cinéma dans L’Homme de Kansas CityFighting man of the plains (1948) d’Edwin L. Marin, ou en évoquant ses divers rôles d’indienne comme dans Le Fils de Géronimo The Savage de George Marshall en 1952. Diverses anecdotes s’enchaînent, pas obligatoirement liées à Earth vs. the Flying Saucers, qui cependant n’est pas oublié, tout comme A des millions de kilomètres de la Terre, dans lequel Joan Taylor a aussi le premier rôle féminin. On apprend notamment que quelques scènes ont vraiment été tournées au Pentagone et sur les marches du Capitole.

S’ensuit un entretien intéressant, bien qu’un poil redondant et emphatique, du producteur et scénariste Del Reisman (29’30) qui aborde longuement la réhabilitation des scénaristes qui avaient été obligés d’utiliser un pseudonyme durant le maccarthysme, après avoir été inscrits sur la tristement célèbre liste noire du cinéma entre 1951 et 1958. Bernard Gordon, victime de la chasse aux sorcières, avait néanmoins pu continuer à travailler, même si son véritable nom n’était pas inscrit aux génériques des films qu’il écrivait. Le travail de longue haleine de la Writers Guild of America a permis de modifier 94 génériques de longs-métrages, en inscrivant le vrai nom de leurs auteurs, comme c’est le cas ici de Bernard Gordon pour Les Soucoupes volantes attaquent. Pas inintéressant, mais ce document aurait gagné à être raccourci.

Place à Ray Harryhausen lui-même (21’30), qui au cours d’un entretien revient sur la genèse et la mise en route des Soucoupes volantes attaquent, ainsi que sur la création des ovnis, ses recherches sur le sujet qui passionnait alors les foules. Le créateur des effets visuels détaille comment les soucoupes ont été animées (d’abord avec une corde à piano, puis du fil de nylon), puis comment les aliens ont été élaborés. Finalement, son plus grand défi aura été la destruction de bâtiments. L’animateur indépendant et historien de l’animation John Canemaker et le créateur des effets spéciaux Stan Winston apparaissent aussi brièvement au cours de ce module pour évoquer la création des soucoupes et l’influence du travail de Ray Harryhausen sur leurs carrières respectives. Quelques images montres ce dernier participer à quelques conventions et signer des autographes à ses admirateurs de 7 à 77 ans.

Last but not least, vous trouverez un commentaire audio (en version originale sous-titrée en français) de Ray Harryhausen, accompagné du producteur Arnold Kunert et des créateurs des effets spéciaux Jeffrey A. Okun (58 minutes pour vivre, Stargate – La Porte des étoiles, Sphère) et Ken Ralston (Star Wars, épisode VI : Le Retour du Jedi, Retour vers le futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit, Forrest Gump). Si vous avez écouté tous les suppléments précédents, alors certains propos tenus ici vous paraîtront redondants, puisqu’ils sont quasiment tous intégralement repris au cours de cette discussion. Nous en apprenons plus sur le casting du film, ainsi que de la réaction très enthousiaste de Ray Harryhausen devant la copie colorisée des Soucoupes volantes attaquent. La légende de l’animation se penche également sur le côté scientifique et semi-documentaire voulu pour donner un aspect réaliste au film. On ne peut éviter le côté cirage de pompes avec « vous êtes une légende » et « vous êtes un génie » tout au long de ce commentaire, qui reste tout de même un bon moment.

L’Image et le son

Comme pour Le Monstre vient de la mer et À des millions de kilomètres de la Terre, Earth vs. the Flying Saucers a bénéficié d’une colorisation proche de l’intention originale de Ray Harryhausen, qui a d’ailleurs approuvé les parti-pris chromatiques, puisque faute de moyens le créateur des effets spéciaux avait dû se contenter du N&B. Le master HD s’en sort bien, même s’il s’avère beaucoup plus grumeleux que celui du Monstre vient de la mer. Les plans à effets spéciaux sont beaucoup plus présents dans Les Soucoupes volantes attaquent et les incrustations ont été réalisées la plupart du temps sur des stock-shots dont la qualité est moindre, la plupart du temps griffés, rayés et marqués par des poussières diverses. La définition est donc forcément aléatoire et les transparences visibles tout du long. En même temps, cela fait partie du charme rétro des Soucoupes volantes attaquent. Si l’on fait exception des plans truqués, le film « traditionnel » est plus ferme au niveau du piqué et des contrastes. La copie présentée semble être identique à celle éditée par Sony Pictures en 2008. Les puristes seront ravis d’apprendre que la version originale N&B est également au programme et possède les mêmes points positifs et négatifs que la version colorisée. Enfin, le Blu-ray est au format 1080p et le spectateur aura la possibilité de passer d’une version à l’autre en appuyant sur la touche Angle de la télécommande.

Contrairement au Monstre vient de la mer, nous trouvons ici une version française présentée en DTS-HD Master Audio 2.0. Celle-ci reste cependant bien trop confinée, avec des voix pincées ou accompagnées d’échos, des bruitages étouffés, mais sans souffle. En ce qui concerne la piste anglaise, privilégiez le mixage DTS-HD Master Audio 2.0, dynam(ation)ique à souhait, avec un report suffisant des dialogues, de la musique et des effets annexes. La version DTS-HD Master Audio 5.1 est facultative ici, d’autant plus que les effets latéraux sont souvent absents, à part pour mettre en valeur le score de Mischa Bakaleinikoff, et que le caisson de basses reste endormi. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Columbia Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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