Test Blu-ray / Le Monstre vient de la mer, réalisé par Robert Gordon

LE MONSTRE VIENT DE L’ESPACE (It Came from Beneath the Sea) réalisé par Robert Gordon, disponible uniquement dans le coffret Blu-ray Ray Harryhausen – Coffret n° 3 : Le Monstre vient de la mer + Les Soucoupes volantes attaquent + À des millions de kilomètres de la terre le 15 octobre 2020 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Kenneth Tobey, Faith Domergue, Donald Curtis, Ian Keith, Dean Maddox Jr., Chuck Griffiths, Harry Lauter, Richard W. Peterson…

Scénario : George Worthing Yates & Harold Jacob Smith

Photographie : Henry Freulich

Musique : Mischa Bakaleinikoff

Durée : 1h19

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Découverte dans les grands fonds par un sous-marin chargé de torpilles nucléaires, une pieuvre géante sort de son territoire de chasse pour faire route vers San Francisco. Si l’armée tente de l’arrêter, la créature atteint bientôt la ville…

En 1955, le créateur des effets spéciaux Ray Harryhausen rencontre le producteur Charles H. Schneer. L’entente est immédiate entre les deux hommes, qui décident de s’associer. Leur collaboration durera un quart de siècle. Avec Sam Katzman, célèbre et prolifique producteur spécialisé dans les films à très petit budget, ils se lancent dans leur premier projet, qui deviendra Le Monstre vient de la merIt Came from Beneath the Sea, inspiré par le succès du Monstre des temps perdusThe Beast from 20,000 Fathoms d’Eugène Lourié, sorti deux ans auparavant et pour lequel Ray Harryhausen s’était chargé de l’animation image par image de la Bête. Pour leur coup d’essai, l’artiste participe au scénario, même s’il n’est pas crédité, et créé bien évidemment la pieuvre gigantesque qui effraie les marins, avant de faire une entrée très remarquée au pied du Golden Gate de San Francisco. Si effectivement la thématique du film, projeté en double programme avec Le Tueur au cerveau atomiqueCreature with the Atom Brain d’Edward L. Cahn, se rapproche de celle du Monstre des temps perdus, Le Monstre vient de la mer pâtit aujourd’hui d’un cruel manque de rythme, d’une mise en scène plate et figée de l’inconnu Robert Gordon (1913-1990), d’une photo et d’une musique passe-partout, ainsi que d’une direction d’acteurs aux abonnés absents. Seules les diverses apparitions de la créature valent le déplacement, mais celles-ci s’avèrent bien trop sporadiques, surtout durant la première heure. Le dernier acte est plus animé et permet d’apprécier la beauté de l’animation, mais il est déjà trop tard et en dépit de sa courte durée (à peine 80 minutes), on s’ennuie beaucoup…

Un sous-marin nucléaire en manœuvre dans l’océan Pacifique, commandé par le commandant Pete Mathews (Kenneth Tobey), se retrouve face à un retour de sonar massif. Le bateau est immobilisé, mais parvient à se libérer et à retourner à Pearl Harbor. Le tissu d’une énorme créature marine est découvert coincé dans les hélices du sous-marin. Une équipe de biologistes marins, le professeur Lesley Joyce (Faith Domergue) et John Carter (Donald Curtis) de l’Université d’Harvard, est mobilisée. Ils identifient le tissu comme étant une petite partie d’une gigantesque pieuvre. Les autorités militaires se moquent de leur rapport, mais doivent se rendre à l’évidence après avoir reçu des informations selon lesquelles des nageurs auraient disparu, ainsi que des navires en mer, qui auraient été emportés par un gros animal. Les deux scientifiques concluent que la créature est originaire des profondeurs de Mindanao, ayant été forcée de quitter son habitat naturel, suite aux tests de bombe à hydrogène effectués dans la région, qui auraient rendu la pieuvre géante radioactive, et éliminé son alimentation naturelle. Les scientifiques suggèrent que les disparitions d’une flotte de pêche japonaise et d’un bateau sibérien pourraient être l’œuvre de la créature. La hiérarchie de Pete et la marine expriment des doutes et exigent des preuves supplémentaires. Plus tard, alors que Pete assiste John et Lesley, un rapport fait état d’une attaque contre un cargo canadien. Plusieurs hommes ont réussi à s’en sortir sur un radeau. Ces survivants sont interrogés par des psychiatres, et lorsque la description par le premier marin d’une créature aux tentacules géants est accueillie avec scepticisme, les autres marins refusent de témoigner. Lesley parvient à convaincre le premier marin de répéter son histoire aux représentants du gouvernement, qui disposent alors des preuves dont ils ont besoin. Tout le trafic maritime est suspendu dans le Pacifique Nord sans en révéler la raison. Un filet de sécurité électrifié est tendu sous l’eau à l’entrée de la baie de San Francisco pour protéger le Golden Gate Bridge. La créature est attirée vers les terres. Plus tard dans la journée, la créature démolit le filet sous-marin, irrité par la tension électrique, et se dirige vers la ville…

“L’homme avait pensé à tout…sauf à ce qui était au-delà de sa compréhension !”

En racontant le film ainsi, on pourrait penser qu’il se passe beaucoup de choses dans Le Monstre vient de la mer. Mais non. Rapidement, ou lentement, c’est selon, on se rend compte que le film fait du surplace. La première séquence, durant laquelle les marins tentent de comprendre pourquoi leur sous-marin est immobilisé, dure facilement près d’un quart d’heure. Pendant ce temps, les comédiens, filmés dans un décor étroit et dépouillé, appuient sur des tas de boutons, tout en parlant technique, en prenant l’air inquiet, mais en restant droit dans leurs bottes, car rappelons-le, il s’agit avant tout de militaires américains. Déjà 15 minutes de gagner sur un film qui en compte 80. Ensuite, place aux trois protagonistes principaux, interprétés par des comédiens peu enthousiasmants, qui font ce qu’ils peuvent pour rendre crédibles un récit somme toute classique. Dans le rôle du commandant Pete Mathews, Kenneth Tobey (Un si doux visage d’Otto Preminger, L’Attaque de la malle-poste d’Henry Hathaway, Allez coucher ailleurs de Howard Hawks) s’en sort pas trop mal, même si son personnage manque d’empathie. A ses côtés, Donald Curtis (vu dans Tout ce que le ciel permetAll That Heaven Allows de Douglas Sirk) , le professeur John Carter dans le film, est également un peu trop effacé et à peu de choses à défendre. Nous retiendrons tout de même la présence de la belle Faith Domergue (Les Survivants de l’infini This Island Earth de Joseph M. Newman), qui fait jeu égal avec ses partenaires masculins, dont le regard sulfureux et les quelques allusions sexuelles ne laissent pas indifférent.

Soyons honnêtes, la véritable star du Monstre vient de la mer demeure Ray Harryhausen, qui malgré un budget famélique – qui l’a conduit à réaliser une pieuvre à six tentacules au lieu de huit – a fait ce qu’il a pu pour insuffler une âme à sa gigantesque créature. Un défi technique relevé haut la main et qui fait tout l’intérêt du film, surtout durant son formidable dernier quart d’heure qui n’a rien à envier aux blockbusters contemporains et qui voit la pieuvre géante s’en prendre au Golden Gate, ainsi qu’aux habitants de San Francisco qui tentent d’échapper aux bras du mollusque qui s’étendent dans les rues de la ville. Ici, pas de bavardages inutiles, d’amourette insipide ou de longs plans sur quelques manipulations redondantes et interminables de scientifiques en pleine analyse. L’action est au rendez-vous, ainsi que le spectacle. Mais encore une fois, il faut véritablement s’armer de patience pour y arriver, même si l’attaque en pleine mer qui voit un bateau emporté par le fond par la pieuvre vaut aussi le déplacement.

Rétrospectivement, Le Monstre vient de la mer est probablement l’oeuvre la plus dispensable de l’association Ray Harryhausen – Charles H. Schneer. Ils passeront immédiatement la vitesse supérieure en signant Les Soucoupes volantes attaquentEarth vs. the Flying Saucers l’année suivante, sur lequel nous reviendrons très bientôt.

LE BLU-RAY

Le Monstre vient de la mer avait déjà bénéficié d’une édition HD chez Sony Pictures en 2009. Sidonis Calysta propose désormais ce film, uniquement en coffret DVD ou Blu-ray pour le moment, avec Les Soucoupes volantes attaquent et À des millions de kilomètres de la terre, dont vous pourrez prochainement retrouver les chroniques détaillées. Le menu principal est animé et musical.

A cette occasion, l’éditeur reprend une bonne partie des suppléments réalisés en 2007-2008, déjà disponibles sur l’ancien Blu-ray, mais pas tous !

On commence par une rencontre entre Ray Harryhausen et Tim Burton (27’). Le réalisateur d’Edward aux mains d’argent et de Beetlejuice, venait alors d’enchaîner Ed Wood et Mars Attacks !, dans lesquels il rendait un hommage éblouissant au cinéma qui lui a donné envie de devenir animateur et de passer derrière la caméra. Pas étonnant de le voir comme un gamin aux côtés de celui qui l’a fait rêver avec ses créatures et dont le travail sur Les Soucoupes volantes attaquent a entre autres grandement inspiré des séquences de Mars Attacks !. Ray Harryhausen le reçoit le chez lui et revient sur ses débuts, sur ses plus grandes créations et sur son héritage. Tim Burton, très impressionné, écoute l’animateur évoquer les conditions de tournage de Earth vs. the Flying Saucers, tout en manipulant de son côté certaines soucoupes utilisées pour le film et en parlant de l’émotion qui se dégageait systématiquement des créatures de Ray Harryhausen.

S’ensuit un entretien avec le producteur Arnold Kunert (18’), long et redondant, qui se penche sur le matériel publicitaire créé pour la sortie des films auxquels participait Ray Harryhausen. Détenteur d’affiches, de lobby-cards et de plaquettes originales, Arnold Kunert évoque notamment le fait que plus la popularité du créateur des effets spéciaux allait en grandissant, plus la promotion se focalisait sur le travail de celui-ci en mettant en valeur ses créatures.

Place à Ray Harryhausen lui-même (22’), qui au cours d’un entretien revient sur sa rencontre avec le producteur Charles H. Schneer, sur la genèse et la mise en route du Monstre vient de la mer, ainsi que sur la création de la pieuvre géante et les conditions de tournage. Le superviseur des effets spéciaux John Bruno, réalise quelques apartés durant lesquels il se souvient de la première fois qu’il a vu le film, croyant réellement que le Golden Gate, qu’il empruntait alors souvent, avait réellement été détruit par un monstre géant ! Un trauma qui n’est pas sans avoir eu un impact sur son futur métier. Même chose pour l’animateur indépendant et historien de l’animation John Canemaker, qui apparaît aussi brièvement au cours de ce module.

Last but not least, vous trouverez un commentaire audio (en version originale sous-titrée en français) de Ray Harryhausen, accompagné de Randall William Cook (créateur d’effets spéciaux sur la trilogie du Seigneur des Anneaux), de John Bruno et d’Arnold Kunnert. Si vous avez écouté tous les suppléments précédents, alors certains propos tenus ici vous paraîtront redondants, puisqu’ils sont quasiment tous intégralement repris au cours de cette discussion. Nous en apprenons plus sur le casting du film, ainsi que de la réaction très enthousiaste de Ray Harryhausen devant la copie colorisée du Monstre vient de la mer. La légende de l’animation se penche également sur le côté scientifique et semi-documentaire voulu pour donner un aspect réaliste au film, en parlant notamment des retombées radioactives suite aux essais nucléaires, dont on ignorait encore vraiment la teneur à l’époque du tournage.

L’Image et le son

C’est un grand plaisir de découvrir Le Monstre vient de la mer dans sa version couleur (souhaitée et approuvée par Ray Harryhausen) réalisée par Legend Films, d’autant plus que la copie est réellement plaisante, même si la restauration accuse déjà quelques heures de vol. Si quelques petits points et griffures demeurent visibles, notamment sur les nombreux stockshots en pleine mer, la copie affiche une étonnante stabilité, la propreté est de mise, le grain est plutôt bien géré, les contrastes tenus et la colorimétrie spécifique à dominante butternut-verte pastel ne bave pas. Les puristes seront ravis d’apprendre que la version originale N&B est également au programme et possède les mêmes points positifs et négatifs que la version colorisée. La qualité technique est donc au rendez-vous. Enfin, le Blu-ray est au format 1080p et le spectateur aura la possibilité de passer d’une version à l’autre en appuyant sur la touche Angle de la télécommande.

Pas de version française sur ce disque, comme sur l’ancien Blu-ray Sony Pictures. Privilégiez le mixage DTS-HD Master Audio 2.0, dynam(ation)ique à souhait, avec un report suffisant des dialogues, de la musique et des effets annexes. La version DTS-HD Master Audio 5.1 est facultative ici, d’autant plus que les effets latéraux sont souvent absents, à part pour mettre en valeur le score de Mischa Bakaleinikoff, et que le caisson de basses reste endormi. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Columbia Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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