Test DVD / Ecce Homo Homolka, réalisé par Jaroslav Papousek

ECCE HOMO HOMOLKA réalisé par Jaroslav Papousek, disponible en DVD le 24 août 2022 chez Malavida Films.

Acteurs : Josef Sebánek, Marie Motlová, Frantisek Husák, Helena Ruzicková, Petr Forman, Matej Forman, Yvonne Kodonová, Miroslav Jelínek…

Scénario : Jaroslav Papousek

Photographie : Jozef Ort-Snep

Musique : Karel Mares

Durée : 1h20

Date de sortie initiale: 1970

LE FILM

Un chauffeur de taxi tchèque emmène les siens en week-end à la campagne. Mais au fil du voyage, tous les membres de la famille – sa femme, sa belle-fille, son fils et ses deux petits-enfants – semblent chacun être uniquement rattrapé par ses problèmes personnels.

On connaissait Ecce Bombo (1978), second long-métrage de Nanni Moretti, mais pas ce Ecce Homo Homolka (1970), dont certains cinéphiles français pourraient avoir entendu parler sous le titre La Famille Homolka. « Ecce Homo », signifiant « Voici l’homme », indique que ce film sera une radiographie d’une famille tchèque, à l’aube des années 1970, un constat implacable d’un pays tout juste marqué par le Printemps de Prague survenu deux ans auparavant, qui s’achèvera brutalement sept mois plus tard par l’invasion de la Tchécoslovaquie par le pacte de Varsovie en août 1968, annihilant l’ensemble des réformes de libéralisation politique engagé par Alexander Dubček, alors premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque, et renforçant de ce fait l’autorité du Parti communiste tchécoslovaque. Des centaines de blessés et une centaine de morts après, nous arrivons à Prague, pour se confronter à une famille « comme les autres », les Homolka. Le deuxième film réalisé par Jaroslav Papousek (1929-1995), après Le Plus bel âge Nejkrásnejsí vek sorti l’année précédente, jusqu’alors scénariste attiré de Miloš Forman (L’As de pique, Les Amours d’une blonde et Au feu, les pompiers !) et d’Ivan Passer (Éclairage intime) s’apparente à une adaptation cinématographique d’un Jeu des 7 familles tchèques, avec le grand-père (qui lit le journal et boit de la bière chaude) et la grand-mère (qui s’occupe de tout et de tous), mariés depuis 35 ans, leur fils (qui voudrait retrouver l’innocence de ses jeunes années, tout en précisant qu’il n’a jamais trouvé ses parents « normaux »), leur bru (qui a pris du poids et qui espérait devenir danseuse) et leurs petits-fils (incarnés par les jumeaux de Miloš Forman), observés avec l’oeil d’un entomologiste lors d’un pique-nique à la campagne ou dans leur environnement naturel, un appartement pragois, où tout le monde se débat pour (sur)vivre ou pour en faire le moins possible, comme si le but était d’hiberner, tout en conservant un maximum de liberté. Ecce Homo Homolka sera un tel phénomène qu’il connaîtra deux suites, Hogo fogo Homolka (1971) et Homolka a tobolka (1972), toutes les deux écrites et mises en scène par Jaroslav Papousek. N’hésitez pas et partez à la rencontre de cette smala bien allumée.

C’est un beau dimanche ensoleillé, dans une forêt en banlieue de Prague. Un jeune couple batifole en pleine nature tandis que la famille Homolka tout entière, des grands-parents aux petits enfants, s’installe au bord de l’eau. Les jumeaux jouent, leur mère, qui rêvait d’être ballerine, danse entre les arbres tandis que les bières flottent bien au frais… Hélas, retour à la maison, mais le pire est encore à venir : la télé est cassée. C’est une journée idyllique jusqu’à ce qu’elle vire à l’orage… !

Les Homolka ont toujours eu le sens du devoir !

Le néoréalisme italien et ses films emblématiques tels que Le Voleur de bicyclette (1948), Rome, ville ouverte (1945), Allemagne année zéro (1948), Umberto D. (1952), Europe 51 (1952), Sciuscia (1946) et bien d’autres, ont laissé de nombreuses traces dans le cinéma mondial et ce même si le mouvement s’est éteint depuis maintenant quinze ans. Impossible de ne pas y penser dans Ecce Homo Homolka, également influencé par la comédie transalpine en vigueur depuis Le Pigeon I soliti ignoti (1958) de Mario Monicelli. Nous rencontrons la famille Homolka alors que celle-ci vient perturber un couple de jeunes amoureux en train de batifoler dans la forêt. Mais le calme, auquel inspire tout un chacun (« car c’est la santé ! »), est rompu par un appel à l’aide provenant d’on ne sait où. Terminé de s’extasier devant la nature, de se tremper dans le petit cours d’eau, finie la sieste d’après-repas, tout le monde ramasse son barda, prend ses cliques et ses claques, remonte dans la bagnole et regagne Prague à fond la caisse. Et en voyant toute la ribambelle de voitures sur la route, la famille Homolka n’est visiblement pas la seule à avoir eu la même idée. C’est que personne ne souhaite avoir d’ennuis, et puis cette femme en détresse saura bien se débrouiller seule…Quelle belle entrée en matière ! Le ton est donné, Jaroslav Papousek maniera l’ironie avec décontraction et virtuosité, tout au long de ces 80 minutes. Par la suite, les portes claqueront, ou plutôt non, elles seront verrouillées, ce qui est finalement assez rare dans le vaudeville, genre auquel pourrait en fait être relié Ecce Homo Homolka par son dispositif presque théâtral avec un décor quasi-unique, ou tout simplement pour son unité de lieu, de temps et d’action.

On suit avec un sourire non dissimulé les divers affrontements qui animent ces trois générations (d’autant plus que les personnages sont interprétés pour la plupart par d’épatants acteurs non-professionnels), en plongeant dans leur quotidien, où tous voudraient pouvoir vivre dans leurs bulles respectives, un espoir contrecarré par la proximité systématique et une peur du lendemain que l’on sent constamment sous-jacente. Les humeurs s’échauffent, on s’envoie des arguments peu agréables à la figure, on se trimballe en slip en se foutant des autres, on passe sa colère en s’en prenant aux édredons du lit fait au carré par la matriarche (car il n’y a rien de plus humiliant que de faire un lit), ça bouillonne chez les Homolka ! Les rancoeurs, les espoirs déçus, le temps qui passe, un crucifix accroché de travers, la télévision qui tombe en panne, tout est prétexte pour allumer la mèche. Sans compter le voisin qui s’amuse avec le klaxon de sa belle voiture, bref quel beau week-end !

Heureusement, tout se terminera sur une danse quelque peu forcée sur l’Hymne à la joie de Beethoven, titre qui contraste avec l’expression des visages de cette chère famille. Une succulente comédie grinçante qui fait encore son effet et qui donne sérieusement envie de découvrir les deux autres épisodes !

LE DVD

Ecce Homo Homolka fait partie d’une nouvelle vague de films tchèques éditée par Malavida, constituée également de Happy End (1967) d’Oldrich Lipský et de Fin août à l’hôtel Ozone (1967) de Jan Schmidt. Une magnifique collection, dont chaque objet prend la forme d’un Digipack à deux volets, aux visuels parfaitement reconnaissables et soignés. Celui d’Ecce Homo Homolka est baigné de couleur bleue. Beaucoup d’éléments à lire sur le packaging, notamment une présentation du réalisateur et quelques notes sur le film lui-même. N’oublions pas le livret de 12 pages, comprenant un texte et des analyses de Jean-Gaspard Páleníček, écrivain, poète, dramaturge, pianiste, compositeur, comédien, metteur en scène, commissaire d’expositions et traducteur des écrivains tchèques, qui revient entre autres sur Ecce Homo Homolka, la carrière de Jaroslav Papousek, le contexte du cinéma tchèque, sans oublier les acteurs du film. Le menu principal est fixe et musical. Tirage limité à 1000 exemplaires.

Aucun supplément…Dommage…

L’Image et le son

L’éditeur annonce un master restauré, dans son format respecté 1.66. Une copie aux blancs souvent brûlés, à tel point que les sous-titres, de couleur blanche (et incrustés sur l’image, donc inamovibles), ont parfois du mal à ressortir. L’ensemble est stable, quelques raccords de montage et des rayures restent visibles, la texture argentique est conservée, mais la gestion des contrastes demeure aléatoire.

Rien à redire sur le confort acoustique. L’écoute est propre et dynamique, les dialogues bien posés et l’environnement musical appréciable. Pas de souffle parasite, ni de craquements.

Crédits images : © Malavida / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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