Test Blu-ray / Les Imposteurs, réalisé par Nicholas Meyer

LES IMPOSTEURS (The Deceivers) réalisé par Nicholas Meyer, disponible en DVD et Blu-ray le 23 août 2022 chez Rimini Editions.

Acteurs : Pierce Brosnan, Shashi Kapoor, Saeed Jaffrey, Helena Michell, Keith Michell, David Robb, Tariq Yunus, Jalal Agha…

Scénario : Michael Hirst, d’après le roman de John Masters

Photographie : Walter Lassally

Musique : John Scott

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

En 1825, l’Inde est ravagée par les Thugs, une confrérie d’assassins adorateurs de Kali. Ils sèment le chaos et la peur dans tout le pays : meurtres, vols ou encore sacrifices humains. Le capitaine William Savage, administrateur en Inde pour la Compagnie britannique des Indes orientales, va tenter de mettre fin à leurs agissements. Il décide se déguiser en Indien pour infiltrer les Thugs.

Avec la série Les Enquêtes de Remington Steele, l’irlandais Pierce Brosnan connaît un succès international, qui va s’étirer au fil de quatre saisons, de 1982 à 1985. C’est à partir de 1986 que le nom du comédien revient fréquemment quand on évoque celui qui pourrait remplacer Roger Moore…aussi bien dans la peau de Simon – Le Saint – Templar que dans celle de James Bond. Seulement voilà, une cinquième saison non prévue de Remington Steele est finalement commandée par la NBC et Pierce Brosnan doit rempiler, laissant la place tant convoitée à Timothy Dalton. C’est là qu’il se tournera progressivement vers le cinéma, avec le ronflant Nomads de John McTiernan, suivi de près par Le Quatrième Protocole The Fouth Protocol de John Mackenzie. Mais l’un de ses rôles les plus étonnants demeure sans doute celui qu’il tient dans Les Imposteurs The Deceivers (Christopher Reeve et Treat Williams avaient été courtisés avant lui), réalisé par Nicholas Meyer, alors romancier (The Seven-Per-Cent Solution, L’Horreur du West End) et scénariste (Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express, Star Trek 4 : Retour sur Terre), qui s’était lancé dans la mise en scène en 1979 avec C’était demain Time after Time, interprété par Malcolm McDowell, David Warner et Mary Steenburgen, puis Star Trek 2 : La Colère de Khan Star Trek: The Wrath of Khan trois ans plus tard. Les Imposteurs n’est pas un film d’aventure comme on pouvait l’imaginer, mais s’apparente plutôt à un thriller historique, car adapté de faits réels, inspiré par une société secrète d’assassins qui a sévi en Inde au début du 19e siècle. Et comme nous l’indique un panneau en introduction, il s’agit aussi du récit « de l’homme qui les a démasqués ». Pierce Brosnan se donne à fond dans ce rôle foncièrement ambigu, et malgré son charisme lisse (son regard est ici éteint par des lentilles de couleur marron), s’en sort bien dans un film parfois brutal, dont la cruauté contraste avec la beauté des décors naturels. Une bonne découverte.

Le film se déroule donc en Inde en 1825. Le pays est ravagé par les Thugs, un culte adorateur de Kali (dans l’hindouisme, la déesse de la préservation, de la transformation et de la destruction), également connu sous le nom de « Deceivers », qui commettent des vols et des meurtres rituels. Le capitaine William Savage, un honorable administrateur de district de la Compagnie des Indes orientales, est informé par ses sujets à Madhia des raids meurtriers des Thugs, et consterné, ouvre une chasse à l’homme contre eux. Il parvient à capturer un Thug nommé Hussein et à gagner sa coopération, mais pour avoir agi de sa propre initiative, l’officier en chef et beau-père de Savage, le colonel Wilson, adhérant obstinément au protocole de la Compagnie, rejette son rapport et le relève de ses fonctions. Chagriné mais déterminé, Savage décide de se déguiser en un hors-la-loi indigène emprisonné, Gopal le Tisserand, puis parvient à être introduit dans le culte Thug par Hussein, seule sa femme Sarah étant au courant de son plan. Il est accepté et, après une période d’entraînement, il se voit contraint de participer à leurs raids. Un jour, cependant, le véritable Gopal apparaît à la forteresse, se révélant comme un Thug, et afin d’éviter d’être exposé, Savage est obligé de le tuer. Cela éveille en lui une fascination sombre et extatique pour le meurtre. Savage découvre également que certains responsables de la Compagnie des Indes orientales sont au courant des activités des voyous mais les laissent traverser leurs districts en échange d’une part de leur pillage. Craignant pour la sécurité de Savage, Hussein s’enfuit pour informer Sarah de la situation de son mari; mais les infiltrés Thugs de la Compagnie les entendent et capturent Hussein avant qu’il ne puisse retourner à la forteresse.

C’est une histoire d’infiltration originale, qui reprend les codes d’un sous-genre bien balisé, mais transposés dans un contexte singulier, comme Donnie Brasco de Mike Newell, Les Anges de la nuit State of Grave de Phil Joanou, Cruising La Chasse de William Friedkin, Infernal Affairs d’Andrew Lau et Alan Mak, et donc bien sûr Les Infiltrés The Departed de Martin Scorsese, en se focalisant sur un jeune officier anglais et collecteur d’impôts, qui se fait passer pour un Indien (nous sommes en Inde Britannique), afin d’intégrer une mystérieuse secte de zinzins (pléonasme), qui tuent et pillent ceux qui croisent leurs routes, sous couvert de la déesse Kali. La confrérie des Thugs avait déjà été traitée au cinéma, en 1984 dans Indiana Jones et le Temple maudit de Steven Spielberg et en 1959 dans Les Étrangleurs de Bombay de Terence Fisher. Mais le film de Nicholas Meyer est en fait l’adaptation du roman Qu’un sourire si proche de John Masters, publié en 1952, d’après un scénario de Michael Hirst, futur créateur et producteur exécutif des séries à succès The Tudors et Vikings, ainsi que le producteur des Borgias. Même s’il n’avait sans doute pas autant les coudées franches qu’aujourd’hui, certaines séquences des Imposteurs, un temps envisagé par Stanley Donen et Stephen Frears, restent impressionnantes par leur violence frontale, et par l’étonnante absence d’humour. Sans révéler le final, on ssent que la barbarie dans laquelle Savage (un nom prédestiné…) a été plongé, laissera de profondes cicatrices et perturbera sa conscience à vie.

Aux côtés de Pierce Brosnan, se démarque l’acteur anglo-indien Saeed Jaffrey, dans le rôle d’Hussein, vu dans Les Cavaliers The Horsemen (1971) de John Frankenheimer, Le Vent de la violence The Wilby Conspiracy (1975) de Ralph Nelson, Gandhi (1982) de Richard Attenborough, La Route des Indes A Passage to India (1984) de David Lean, qui vole la vedette à chaque apparition. Mention spéciale aussi à la belle photographie de Walter Lassally, lauréat d’un Oscar en 1965 pour Zorba le Grec, qui relève le niveau d’une mise en scène quelque peu télévisuelle, pour ne pas dire trop plate de Nicholas Meyer. Malgré quelques bémols, le sujet des Imposteurs est passionnant et le propos est évidemment toujours aussi brûlant d’actualité.

LE BLU-RAY

Inédit en DVD, Les Imposteurs débarque en édition Standard et en Blu-ray chez Rimini Editions. Très beau visuel. La jaquette est glissée dans un boîtier classique de couleur noire. Le menu principal est animé et musical.

Seule la bande-annonce du film est proposée en guise de supplément…

L’Image et le son

Rimini Editions reprend le même master HD sorti aux Etats-Unis chez Cohen Media Group (le logo est d’ailleurs conservé en début de programme) en novembre 2021. La restauration numérique est convenable, pas extraordinaire non plus (diverses poussières et rayures subsistent), mais dans l’ensemble la copie est propre, les couleurs fraîches, la clarté éloquente, les détails riches (bien qu’aléatoires) et la texture argentique préservée. C’est en revanche plus délicat sur les scènes sombres et tamisées, au grain plus « grumeleux » et au piqué émoussé. Blu-ray au format 1080p.

Pas de version française sur ce titre, nous ne trouvons que la piste anglaise au format DTS-HD Master Audio 2.0. Ce mixage s’en sort bien, en privilégiant le très beau score de John Scott (Full Contact de Sheldon Lettich, Randonnée pour un tueur de Roger Spottiswoode, Greystoke, la légende de Tarzan de Hugh Hudson, Le Continent oublié de Kevin Connor). Les voix sont aussi solidement restituées. Les sous-titres ne sont pas imposés.

Crédits images : © Masters Film Productions Limited / Cohen Film Collection / Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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