Test Blu-ray / Les Anges de la nuit, réalisé par Phil Joanou

LES ANGES DE LA NUIT (State of Grace) réalisé par Phil Joanou, disponible en DVD et Blu-ray le 5 novembre 2019 chez Rimini Editions

Acteurs :  Sean Penn, Ed Harris, Gary Oldman, Robin Wright, John Turturro, Burgess Meredith, R.D. Call, Joe Viterelli, John C. Reilly, Deirdre O’Connell…

Scénario : Dennis McIntyre

Photographie : Jordan Cronenweth

Musique : Ennio Morricone

Durée : 2h15

Année de sortie : 1990

LE FILM

Après plusieurs années d’absence, Terry Noonan revient dans le quartier newyorkais de Hell’s Kitchen, fief des irlandais. Il y retrouve Jackie Flannery, ses amis d’enfance et Kathleen, son amour de jeunesse. La guerre avec la mafia italo-américaine bat son plein.

En septembre 1990, sortent quasiment simultanément sur les écrans américains Miller’s Crossing de Joen Coen, Les Affranchis de Martin Scorsese et King of New York d’Abel Ferrara. Trois grands classiques instantanés. Derrière ces mastodontes reconnus et systématiquement couverts de louanges aujourd’hui, se cache pourtant un autre trésor insoupçonné, un polar dissimulé, un thriller exceptionnel que les cinéphiles du monde entier n’ont eu de cesse de (re)découvrir et de réhabiliter. Il s’agit des Anges de la nuitState of Grace, réalisé par Phil Joanou. Ce diamant noir empreint de classicisme, qui pue la clope et la bière tiède, apparaît comme l’un des derniers témoignages d’un genre alors en pleine mutation dans la dernière partie du XXè siècle. Comme un baroud d’honneur, un dernier rappel, un chant du cygne. Magistralement interprété – quel casting – et mis en scène, Les Anges de la nuit est un chef d’oeuvre absolu et viscéral.

Après douze longues années d’absence, Terry Noonan revient, bien malgré lui, à Hell’s Kitchen, quartier irlandais le plus mal famé de New York. Il y retrouve immédiatement Jackie Flannery, son ami d’enfance, qui l’introduit dans la bande de son frère Frankie, et la belle Kathleen, son premier amour, qui n’a que mépris pour les combines de ses frères. En cheville depuis quelque temps avec un redoutable mafioso, Frankie exerce un racket sur tout le quartier. Terry est aujourd’hui policier, ce que tous ignorent. Il a pour mission de piéger la bande de Frankie. Mais très rapidement, le jeune homme se retrouve partagé entre son devoir et ses racines…

Phil Joanou vient du clip vidéo et devient un proche du groupe U2 dans les années 1980. On lui doit entre autres les clips de Bad (album The Unforgettable Fire) et One Tree Hill (album The Joshua Tree). Une collaboration qui le conduit à réaliser le film documentaire Rattle and Hum, qui suit la tournée triomphale de U2 durant le Joshua Tree Tour aux Etats-Unis, sur lequel il expérimente le traitement de l’image, entre couleur et N&B. Un échec critique et commercial, qui devait renforcer la nouvelle aura du groupe sur le sol de l’Oncle Sam, mais qui ne restera en réalité que dix jours dans les salles américaines. Parallèlement, Phil Joanou signe un premier long métrage, 3 heures, l’heure du crimeThree O’Clock High (1987), comédie avec Annie Ryan, qui passe totalement inaperçue. Il est néanmoins repéré par les pontes d’Orion Pictures, qui souhaitent lui confier les rênes des Anges de la nuit, vaguement inspiré par l’histoire d’un gang mafieux irlandais à New York. La société de production lui laisse carte blanche. Le jeune metteur en scène de 28 ans accepte, bien décidé à montrer ce qu’il a sous le capot. Sean Penn, valeur montante remarquée dans Bad Boys (1983) de Rick Rosenthal, Le Jeu du faucon (1985) de John Schlesinger et surtout Comme un chien enragé (1986) de James Foley et Outrages (1989) de Brian De Palma est choisi par Orion Pictures, pour porter le film, persuadé que le jeune comédien est une grande star en devenir. Le scénariste Dennis McIntyre meurt subitement et son travail est alors repris par David Rabe, ami intime de Sean Penn et scénariste d’Outrages. Du côté du casting, le britannique Gary Oldman, trente ans, est remarqué pour sa remarquable interprétation de Sid Vicious dans Sid et Nancy d’Alex Cox et celle non moins virtuose dans Prick up your ears de Stephen Frears. Les Anges de la nuit marquera ses débuts dans le cinéma américain et l’acteur se verra proposer immédiatement après le rôle de Lee Harvey Oswald dans le JFK d’Oliver Stone et celui du comte Dracula dans le film de Francis Ford Coppola. Même s’il désirait prendre du repos après le tournage harassant d’Abyss, Ed Harris rejoint State of Grace, en remplacement de Bill Pullman, qui a décliné la proposition. Le rôle principal féminin est contre toute attente confié à Robin Wright, révélation de Princess Bride de Rob Reiner. Et ils sont tous époustouflants.

Les Anges de la nuitState of Grace est une œuvre à la croisée de plusieurs genres. A la fois film-noir tout droit tiré des années 1940-50, nouvel Hollywood avec ses têtes d’affiche méconnues et foncièrement contemporain avec sa violence graphique, le film de Phil Joanou est à la fois héritier d’un cinéma classique et pourtant tourné vers l’avenir. Le cinéaste traite la ville de New York comme un personnage à part entière, non pas comme une simple toile de fond, comme s’il pressentait le grand nettoyage auquel le maire Rudy Giuliani allait s’atteler dès son arrivée à la mairie de la ville en 1994. C’est un monde qui disparaît, dans lequel certains se débattent pour survivre et surtout pour tenir quelques quartiers de la ville. C’est ici le cas de la fratrie Flannery, ici merveilleusement incarnée par Ed Harris (Frankie, le frère aîné, glaçant, impitoyable, regard d’acier), Gary Oldman (Jackie, le second, imprévisible, violent, survolté, psychopathe) et Robin Wright (Kathleen, à part, douce, qui travaille en tant que réceptionniste).

Les temps ont changé, Frankie travaille pour le compte de Borelli – la trogne légendaire de Joe Viterelli – et doit constamment rendre des comptes en se rendant dans le quartier de Little Italy. C’est à ce moment-là que débarque Terry Noonan, interprété par Sean Penn, grain de sable qui va lentement enrayer la machine qui commençait alors à gripper. Non seulement la communauté irlandaise, vivant chichement dans le quartier de Hell’s Kitchen, a dû se rabaisser en jouant les hommes de main, mais les caïds sont désormais touchés de l’intérieur, comme une gangrène qui ronge progressivement leurs liens, leurs espoirs et l’avenir de chacun. A ce titre le personnage de Frankie est très dangereux, n’hésitant pas à s’en prendre à ses amis d’enfance (John C. Reilly dans un de ses premiers rôles) et même à sa propre famille, pour continuer à toucher sa part du gâteau. Il doit alors composer avec son frère Jackie, constamment à fleur de peau, l’adrénaline coulant dans les veines, prêt à prendre la pétoire à la moindre étincelle. Frankie se méfie aussi du retour de Terry dans son quartier d’enfance, ami d’enfance de Jackie, qui semble vouloir intégrer ses affaires.

Il y a quelque chose de foncièrement pourri au royaume des Flannery, même si, et c’est là le miracle, on ne peut s’empêcher de trouver certains personnages attachants (Terry souffre de sa mission, car il aime Jackie comme son propre frère), humains, paumés dans leur complexité, dans une vie qu’ils n’ont pas forcément choisie. Et c’est là qu’interviennent également le génie du chef opérateur Jordan Cronenweth (Blade Runner, Peggy Sue s’est mariée), avec ses contrastes qui parviennent à illuminer la pierre précieuse dans l’anthracite, et celui d’Ennio Morricone, dont la composition souligne délicatement, progressivement, le destin tragique, sombre et désespéré – bref shakespearien – des protagonistes.

Un thème qui renvoie parfois à celui d’Il était une fois en Amérique, avec lequel State of Grace possède d’ailleurs de nombreux points communs. Polar violent, drame familial, thriller psychologique, avec une touche de western et même de gunfight tout droit tirée du cinéma HK dans la scène finale, Les Anges de la nuit foudroie, passionne, prend aux tripes, émeut du début à la fin, durant ces 135 sublimes minutes.

LE BLU-RAY

Les Anges de la nuit était jusqu’à présent relégué en fond de catalogue chez MGM / United Artists, dans une édition DVD complètement minimaliste. Quinze ans plus tard, Rimini Editions corrige enfin cette injustice en proposant State of Grace dans une nouvelle édition DVD, mais surtout en Haute-Définition ! La jaquette, très élégante, est glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Critique de cinéma au journal Le Monde, Samuel Blumenfeld propose une formidable présentation et analyse des Anges de la nuit (47’). L’invité de Rimini Editions passe en revue la genèse de State of Grace, la situation de la ville de New York dans les années 1980 et sa représentation dans le film de Phil Joanou. Pour Samuel Blumenfeld, Les Anges de la nuit est comme qui dirait « la queue de comète de l’âge d’or du cinéma américain ». Il en vient ensuite au casting, à la mise en scène proprement dite, aux partis pris. Il évoque également les personnages, les conditions de tournage, la musique d’Ennio Morricone et la sortie du film. C’est absolument passionnant et largement conseillé si comme nous, vous avez eu le coup de foudre pour ce chef d’oeuvre.

Les propos de Samuel Blumenfeld sont excellemment approfondis et complétés par Phil Joanou (22’30). Le réalisateur semble visiblement très heureux de parler de son second long métrage. Même chose que pour le critique du Monde, Phil Joanou revient sur tous les aspects des Anges de la nuit. De la genèse à son arrivée sur le projet, en passant par l’écriture des personnages, le casting, les conditions de tournage, sa rencontre avec Ennio Morricone, la photographie, la sortie (seulement trois semaines à l’affiche…) et sa reconnaissance tardive grâce aux multiples diffusions à la télévision, le cinéaste partage ses nombreux souvenirs. Le tout est parfois illustré par des storyboards, des photos de plateau ou celles provenant d’une longue scène coupée (12 minutes au bas mot) en début de film dans laquelle jouait Michael Gambon et dont ne subsistent que…les mains coupées dans le frigo de Gary Oldman. Un prologue qui avait rebuté les spectateurs durant les projections-tests.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Ce nouveau transfert Haute Définition permet de redécouvrir Les Anges de la nuit dans un master enfin digne de ce nom. Cette élévation HD offre un nouveau lifting à la colorimétrie stylisée, qui à cette occasion retrouve une nouvelle clarté, notamment sur les séquences diurnes. Si la gestion du grain demeure aléatoire et plus altérée sur les séquences sombres, au moins la patine argentique est respectée sans réduction de bruit, les détails et le piqué impressionnent avec un joli rendu des visages des comédiens. Certains points blancs ont échappé à la restauration, mais les poussières, scories, griffures et tâches en tous genres ont été éradiqués. Enfin une copie qui rend justice au film de Phil Joanou, devenu très prisé par les cinéphiles et dont l’attente est enfin récompensée.

La version originale bénéficie d’un remixage DTS-HD Master Audio 5.1. Cette option acoustique séduisante permet à la splendide composition d’Ennio Morricone d’environner le spectateur pour mieux le plonger dans l’atmosphère du film. Les effets latéraux ajoutés ne tombent jamais dans la gratuité, à l’instar des bruits de la circulation dans les rues encombrées de New York, les ambiances naturelles. De plus, les dialogues ne sont jamais noyés et demeurent solides, la balance frontale assurant de son côté le spectacle acoustique, riche et dynamique. Mais que les puristes se rassurent, un excellent mixage DTS-HD Master Audio 2.0 est également disponible. Cette piste se révèle d’ailleurs plus percutante et propre que son homologue, la version française disposant également d’un encodage DTS-HD Master Audio 2.0 aux dialogues mis plus en avant.

Crédits images : © Orion Pictures Corporation / MGM / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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