Test Blu-ray / Les Hussards, réalisé par Alex Joffé

LES HUSSARDS réalisé par Alex Joffé, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Bourvil, Bernard Blier, Georges Wilson, Louis de Funès, Alberto Bonucci, Giovanna Ralli, Carlo Campanini, Giani Esposito, Virna Lisi…

Scénario : Pierre-Aristide Bréal, Alex Joffé & Gabriel Arout, d’après la pièce de Pierre-Aristide Bréal

Photographie : Jean-Serge Bourgoin

Musique : Georges Auric

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Au cours de la campagne d’Italie, le brigadier Le Gouce et le soldat Flicot perdent leurs montures aux abords d’un village. Pour se justifier devant leurs supérieurs, les deux hommes prétendent avoir été attaqués par un franc-tireur. Cet événement provoque l’arrestation de plusieurs otages, le prétendu franc-tireur étant en fuite. L’un des otages doit être fusillé le soir même si le coupable n’est pas retrouvé. Les deux hussards – bons bougres – sont désespérés des conséquences de leur mensonge et tentent, par un audacieux stratagème, de sauver les Italiens. Mais dans l’intervalle, les chevaux rejoignent le bivouac. Le capitaine condamne les deux hussards à la peine capitale pour leur coupable négligence en campagne. En vain, les Italiens reconnaissants font leur possible pour sauver Le Gouce et Flicot.

La carrière du réalisateur Alex Joffé (1919-1995) tourne essentiellement autour de Bourvil, avec lequel il collaborera à six reprises : Les Hussards (1955, 2,9 millions d’entrées), Fortunat (1960, 3,3 millions), Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville (1961, 1,8 million), Les Culottes rouges (1962, 2 millions), La Grosse Caisse (1965, 1,8 million) et Les Cracks (1968, 2,9 millions). Tous de grands succès populaires, tout comme le reste de la filmographie du metteur en scène, à qui l’on doit également Les Fanatiques (1957) avec Pierre Fresnay et Du rififi chez les femmes (1959) avec Robert Hossein et Roger Hanin. Pour leur première association, le cinéaste et Bourvil se lancent dans la comédie de guerre, qui n’est pas sans annoncer La Grande guerre La Grande guerra (1959) de Mario Monicelli, avec Alberto Sordi Vittorio Gassman. En effet, Alex Joffé livre une œuvre antimilitariste adaptée de la pièce éponyme de Pierre-Aristide Bréal, créée en 1953, manie avec dextérité l’humour noir et l’ironie qui seront souvent liées à la comédie italienne. On y retrouve un côté grinçant plutôt rare de ce côté des Alpes, ce qui a pu déconcerter quelque peu une partie des spectateurs à la sortie du film. En dehors de quelques extérieurs, par ailleurs très beau, qui plantent le décor principal de l’action, le tournage s’est essentiellement déroulé à Lagny-sur-Marne (en Seine-et-Marne) et dans les studios de Boulogne, où le village a été reconstitué. Les Hussards se révèle être un quasi-huis clos à ciel ouvert, puisque le récit ne sortira plus de cette petite bourgade « italienne » une fois nos deux trublions débarqués. Mais ce n’est pas pour autant que la réalisation demeure statique, bien au contraire. Les Hussards est une comédie parfois sombre, menée tambour battant (et trompette), qui ne s’arrête pas une seconde, qui passe d’un quiproquo à l’autre, alors que la situation change sans arrêt pour Le Gouce (Bernard Blier) et Flicot (Bourvil), qui se retrouvent en fâcheuse posture parce que le second était pris d’une envie pressante. Assez mal connu, peu diffusé à la télévision (en raison de son côté « historique » peut-être), Les Hussards est un spectacle étonnant, dans lequel les deux monstres du cinéma français s’affrontent, s’engueulent, se battent même, mais s’allient et deviennent même amis (ce qui n’était apparemment pas le cas sur le plateau) devant l’idiotie de l’armée. Un divertissement humaniste, drôle, beau à regarder, que demander de plus ?

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Test Blu-ray / Meurtre à Montmartre, réalisé par Gilles Grangier

MEURTRE À MONTMARTRE réalisé par Gilles Grangier, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD le 30 mars 2022 chez Pathé.

Acteurs : Michel Auclair, Paul Frankeur, Giani Esposito, Annie Girardot, Lucien Nat, Gib Grossac, Franck MacDonald, Philippe Dumat…

Scénario : Gilles Grangier & René Wheeler, d’après le roman de Michel Lenoir

Photographie : Jacques Lemare

Musique : Jean Yatove

Durée : 1h32

Année de sortie : 1956

LE FILM

Le marchand d’art Marc Kelber croit faire l’affaire du siècle quand il achète un tableau de Gauguin à Jacques Lacroix, un prétendu collectionneur. Mais quand il découvre que ce dernier est un escroc qui lui a vendu un faux, Kelber est bien décidé à se venger. Il retrouve alors Lacroix et ses complices, le peintre faussaire Watroff et sa compagne et modèle Viviane. Mais plutôt que de leur faire payer leur arnaque, il décide finalement d’y prendre part…

Habitué aux gros succès populaires depuis ses débuts dans les années 1940 comme Le Cavalier noir, Jo la Romance, Amour et compagnie et Trente et quarante avec Georges Guétary, L’Aventure de Cabassou avec Fernandel, Leçon de conduite avec Odette Joyeux, Par la fenêtre avec Bourvil, Gilles Grangier va petit à petit et momentanément délaisser la comédie pour se diriger vers des films plus dramatiques. L’une des étapes les plus marquantes de son illustre carrière reste sa rencontre avec Jean Gabin, avec lequel il tourne pour la première fois en 1953 pour La Vierge du Rhin, d’après le roman de Pierre Nord. Les deux hommes collaboreront à douze reprises. Le réalisateur démontre qu’il peut alors offrir autre chose aux spectateurs qu’un film musical ou des divertissements légers du samedi soir et c’est finalement dans un registre plus grave qu’il va trouver un second souffle, mais aussi s’épanouir derrière la caméra. Entre Le Sang à la tête, merveilleuse adaptation du roman de Georges Simenon, et Le Rouge est mis, Gilles Grangier se tourne vers un autre fidèle comédien, le grand Paul Frankeur, qui l’accompagne depuis 1950 (Au p’tit Zouave) et qu’il retrouvera sur Jeunes mariés (1953), Le Sang à la tête (1956), Le Rouge est mis (1957), Le Désordre et la Nuit (1958), Archimède le clochard (1959), Le Gentleman d’Epsom (1962), Le Voyage à Biarritz (1962, même si non crédité), Maigret voit rouge (1963), sans oublier la mini-série Max le débonnaire diffusée en 1967. Paul Frankeur, c’est souvent celui dont on ne sait pas forcément le nom dans un film. C’est un mécanicien, un bonimenteur, un patron de bistrot, un cordonnier, un réparateur de lignes électriques, un inspecteur ou un commissaire, un reporter, un aubergiste, un coiffeur, un cafetier, un coiffeur, un brigadier de gendarmerie, un contrôleur SNCF, un curé…et l’on se souvient pourtant toujours de lui. Meurtre à Montmartre, précédemment sorti au cinéma sous le titre Reproduction interdite, mais qui avait été rebaptisé par une production déçue par les résultats du film au box-office (ce qui avait irrité Gilles Grangier, étant donné que l’action se déroule à Montparnasse et non pas sur la butte, ce à quoi on lui avait rétorqué que « Meurtre à Montparnasse aurait été un titre trop long ») est l’un des rares films où Paul Frankeur tient le haut de l’affiche. Si l’on peut citer aussi Premières Armes (1950) de René Wheeler et Passion (1951) de Georges Lampin, il porte sur ses épaules Meurtre à Montmartre, en étant quasiment de toutes les scènes. Et il est admirable dans cette transposition d’un roman de Michel Cade (sous le nom de Lenoir), où Gilles Grangier dresse le portrait d’un galeriste, qui va malgré-lui tombé dans le crime, pour pouvoir subsister et offrir à sa jeune épouse un train de vie confortable. S’il n’est assurément pas le film le plus célèbre du cinéaste, Reproduction interdite (puisqu’on peut l’appeler ainsi) est un vrai bijou sombre et pessimiste, qui s’offre enfin à nous en copie entièrement restaurée.

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