Test Blu-ray / Colossal, réalisé par Nacho Vigalondo

COLOSSAL réalisé par Nacho Vigalondo, disponible en Blu-ray & DVD le 8 juillet 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Anne Hathaway, Jason Sudeikis, Austin Stowell, Tim Blake Nelson, Dan Stevens, Hannah Cheramy, Nathan Ellison…

Scénario : Nacho Vigalondo

Photographie : Eric Kress

Musique : Bear McCreary

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Gloria est une jeune new-yorkaise sans histoire. Mais lorsqu’elle perd son travail et que son fiancé la quitte, elle est forcée de retourner dans sa ville natale où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. Au même moment, à Séoul, une créature gigantesque détruit la ville, Gloria découvre que ses actes sont étrangement connectés à cette créature. Tout devient hors de contrôle, et Gloria va devoir comprendre comment sa petite existence peut avoir un effet si colossal à l’autre bout du monde…

Depuis sa sortie expédiée, pour ne pas dire bâclée, Colossal est devenu un film culte pour de nombreux spectateurs. Doté d’un budget d’une quinzaine de millions de dollars, le quatrième long-métrage du réalisateur espagnol Nacho Vigalondo (né en 1977) est arrivé devant les yeux du public par d’autres intermédiaires que les écrans de cinéma, en Blu-ray et DVD chez TF1 Studio, ou en E-Cinéma. Nommé en 2005 à l’Oscar du court-métrage pour 7:35 de la mañana, le cinéaste se fait très vite remarquer avec son coup d’essai, Timecrimes (2007), film fantastique qui reprend le thème du voyage dans le temps et ses paradoxes. Sa particularité ? Celle de traiter deux thèmes, ou plutôt deux genres en un seul opus. S’ensuivent Extraterrestre (2010), une histoire d’amour sur fond d’invasion alien, Open Windows (2014) avec Elijah Wood et une certaine Sasha Grey (nous ferons une recherche plus tard pour en savoir plus sur elle), puis c’est là que débarque Colossal, avec rien de moins qu’Anne Hathaway, alors entre le succès du Nouveau stagiaire de Nancy Meyers et le triomphe d’Ocean’s 8 de Gary Ross. Difficile à promouvoir ou à appréhender, cette comédie-dramatique fantastique semble encore aujourd’hui avoir le cul entre deux chaises et vaut surtout pour son caractère inclassable, que l’on pourrait présenter comme un “cousin” de Quelques minutes après minuit A Monster Calls de Juan Antonio Bayona, sorti étonnamment la même année et avec lequel Colossal possède quelques étonnants points communs. Mais ce dernier ne possède pas la virtuosité du premier et s’avère même maladroit dans sa mise en scène, ainsi que dans sa direction d’acteurs, avec Anne Hathaway qui paraît perdue, au point d’en faire souvent trop. Cela n’empêche pas Colossal d’être sympathique et attachant dans son côté nawak.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Colossal, réalisé par Nacho Vigalondo »

Test Blu-ray / Un aller simple, réalisé par José Giovanni

UN ALLER SIMPLE réalisé par José Giovanni, disponible en DVD & Blu-ray le 21 juillet 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Jean-Claude Bouillon, Maurice Garrel, Rufus, Nicoletta, Ottavia Piccolo, Paola Pitagora, Jean Gaven, Alain Mottet…

Scénario : José Giovanni, d’après le roman The Chair for Martin Rome de Henry Edward Helseth

Photographie : Pierre-William Glenn

Musique : François de Roubaix

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

À la suite du meurtre d’un policier lors d’une attaque de banque ratée, un truand entame une cavale à travers la Belgique pour échapper à la police, rétablir la vérité sur un crime passé qu’il n’a pas commis et protéger son amie des manœuvres d’un avocat véreux.

Suite aux succès du Rapace (1968) et de Dernier domicile connu (1970), José Giovanni délaisse le cinéma « pour les autres », pour se consacrer pleinement à son activité de metteur en scène. C’est ainsi qu’il décide d’adapter un roman de l’auteur américain Henry Edward Helseth, The Chair for Martin Rome, publié en France en 1950 dans la mythique collection Série Noire. Chose étonnante, le livre avait déjà été l’objet d’une transposition à Hollywood en 1948, sous le titre Cry of the City (ou La Proie en version française), par Robert Siodmak, avec Victor Mature,Richard Conte, Shelley Winters et Debra Paget, rien que ça. Point de casting étincelant dans la mouture de José Giovanni et Un aller simple sera finalement tenu par le jeune Jean-Claude Bouillon, qui deviendra célèbre par la suite pour avoir campé le commissaire Valentin dans la série télévisée Les Brigades du tigre, de 1974 à 1983, au fil d’une trentaine d’épisodes. Après Made in USA (1966) de Jean-Luc Godard, dans lequel il faisait ses débuts devant la caméra, et Tout peut arriver (1969), premier long-métrage de Philippe Labro, le comédien se voit confier le premier rôle dans ce thriller méconnu qui témoigne du talent de José Giovanni comme réalisateur, en pleine possession de ses moyens, brillant formaliste et directeur d’acteurs. Un aller simple est assurément une curiosité doublée d’une réelle découverte, qui annonce l’un de ses chefs d’oeuvres à venir, Deux Hommes dans la ville, qui sortira deux ans plus tard.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Un aller simple, réalisé par José Giovanni »

Test Blu-ray / Rue Málaga, réalisé par Maryam Touzani

RUE MÁLAGA réalisé par Maryam Touzani, disponible en DVD & Blu-ray le 7 juillet 2026 chez Ad Vitam.

Acteurs : Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane, María Alfonsa Rosso, Sanae Regragui, Miguel Garcés, La Imén, Tarik Rmili…

Scénario : Nabil Ayouch & Maryam Touzani

Photographie : Virginie Surdej

Musique : Freya Arde

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l’a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d’une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.

Maryam Touzani est tout d’abord remarquée pour son travail comme scénariste pour Much Loved (2015), réalisé par son compagnon Nabil Ayouch, interdit dans les salles marocaines par les autorités du pays en raison de son sujet brûlant, la prostitution. Elle se lance à son tour derrière la caméra pour signer son premier long-métrage comme réalisatrice, Adam, sélectionné au Festival de Cannes dans la section Un certain regard et qui remporte plus d’une vingtaine de prix dans le monde. Elle devient également la première femme marocaine à prétendre à l’Oscar en 2020. Elle revient sur la Croisette en 2022, toujours dans la même section, pour y présenter cette fois Le Bleu du caftan, qui se penche sur la vie d’un homme marié et homosexuel dans le Maroc répressif d’aujourd’hui, film qui lui vaut d’être récompensée par le prix FIPRESCI. Avec Rue Málaga elle rend hommage à sa grand-mère, tourne pour la première fois en espagnol et situe son récit à Tanger, où elle est née et a passé une bonne partie de sa jeunesse, comme beaucoup d’espagnols ayant fui le régime franquiste, qui se sont installés dans ce port marocain, pour ne plus jamais en repartir. Qui de mieux que la grande Carmen Maura pouvait le mieux incarner cette force et cette vitalité d’une « jeune » femme de 80 printemps ? Encore très active, la comédienne qui aura tourné sept fois avec Pedro Almodóvar, qui détient encore à ce jour le record du plus grand nombre de prix Goya de la meilleure actrice principale (qu’elle a obtenu à trois reprises) et qui fête bientôt ses soixante ans de carrière trouve incontestablement l’un de ses plus beaux rôles dans Rue Málaga, dans lequel elle est pour ainsi dire de toutes les scènes, de tous les plans, où elle crève l’écran une fois de plus. Maryam Touzani la filme sous tous les angles, capture sa peau, ses rides, ses tâches en gros plans, célèbre la vieillesse, la vie qui reste, l’amour, y compris la sexualité. Et c’est superbe.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Rue Málaga, réalisé par Maryam Touzani »

Test 4K UHD / The Drama, réalisé par Kristoffer Borgli

THE DRAMA réalisé par Kristoffer Borgli, disponible en DVD, Blu-ray & 4K UHD le 7 août 2026 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Zendaya, Robert Pattinson, YaYa Gosselin, Alana Haim, Mamoudou Athie, Sydney Lemmon, Hannah Gross, Hailey Gates…

Scénario : Kristoffer Borgli

Photographie : Arseni Khachaturan

Musique : Daniel Pemberton

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Emma Harwood et Charlie Thompson s’apprêtent à s’unir pour la vie. Lors d’une ultime dégustation du menu de leur mariage, accompagnés d’un couple d’amis, les tourtereaux décident de s’avouer la pire crasse qu’ils aient commis de leur vie. L’aveu d’Emma va tellement choquer son futur mari que leur mariage pourrait être compromis…

Il nous avait subjugué avec Dream Scenario en 2023 en offrant par la même occasion à Nicolas Cage l’un de ses meilleurs rôles depuis au moins vingt ans, le cinéaste norvégien Kristoffer Borgli récidive avec son troisième long-métrage et son second réalisé pour le compte du studio A24. The Drama confirme plusieurs points. Premièrement, la place désormais importante, pour ne pas dire incontournable de la société A24 au sein de l’industrie cinématographique américaine (Backrooms, Marty Supreme, Pour l’éternité, Heretic, Iron Claw). Ensuite, que Kristoffer Borgli est assurément l’un des metteurs en scène les plus passionnants du moment. Enfin, que Zendaya n’a pas démérité sa place parmi les jeunes actrices adulées aujourd’hui et que Robert Pattinson est devenu incontestablement l’un des plus grands comédiens. Autant dire que la réussite de The Drama est totale et a tout pour devenir un futur classique. On est subjugué à la fois par la beauté, le talent et l’alchimie du couple star (également à l’affiche de L’Odyssée de Christopher Nolan et de Dune : Part Three de Denis Villeneuve), Zendaya n’ayant sans doute jamais été aussi bien filmée, tandis que son partenaire crève une fois de plus l’écran et signe l’une de ses plus impressionnantes prestations. À l’origine, le réalisateur n’avait visiblement pas envisagé The Drama comme une comédie romantique ou même un film de mariage. Kristoffer Borgli voulait aborder avant tout cet équilibre fragile entre le bonheur et la détresse qu’un homme et une femme traversent au fil de leur relation, ainsi que les inévitables compromis, qui charpentent un couple. On se souviendra longtemps de ce dîner entre amis où chaque convive s’exprime sur ce qu’ils ont pu faire de plus odieux au cours de leur existence, certains aveux étant évidemment plus graves que d’autres, dont un qui va jusqu’à remettre un mariage. The Drama n’est pas un film sympathique (ou quand le sourire désarmant devient carnassier), mais terriblement humain, où les protagonistes laissent paraître leurs failles et doivent apprendre à communiquer pour aller de l’avant. Un vrai bijou de scénario, d’une élégance folle, merveilleusement interprété, The Drama est un immense coup de coeur.

Continuer la lecture de « Test 4K UHD / The Drama, réalisé par Kristoffer Borgli »

Test Blu-ray / Aucun autre choix, réalisé par Park Chan-wook

AUCUN AUTRE CHOIX (Eojjeolsuga eobsda) réalisé par Park Chan-wook, disponible en DVD & Blu-ray le 11 juin 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Lee Byung-Hun, Son Ye-jin, Cha Seung-Won, Park Hee-soon, Lee Sung-min, Yeom Hye-ran, Oh Dal-su, Woo Seung Kim…

Scénario : Park Chan-Wook, Lee Kyoung-mi, Lee Jahye & Don McKellar, d’après le roman Le Couperet de Donald Westlake

Photographie : Kim Woo-hyung

Musique : Cho Young-wuk

Durée : 2h15

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Yoo Man-soo, ingénieur dans une usine à papier depuis 25 ans, est soudainement licencié. Il cherche alors à tout prix un nouvel emploi, pour protéger sa femme Mi-ri et leurs deux enfants. Il tente surtout de garder leur maison familiale qu’il avait rachetée avec beaucoup de difficultés. Il n’a d’autre choix que de préparer sa propre guerre contre les potentiels candidats d’une offre d’emploi dans une usine japonaise.

Alors celle-là, on ne s’y attendait pas ! Park Chan-wook livre une nouvelle adaptation du roman Le Couperet The Ax (publié en 1997), déjà transposé en 2005 par Costa-Gavras, mais à laquelle il pensait visiblement depuis le début des années 2000. S’il dédie son film à ce dernier, le réalisateur Coréen s’offre comme qui dirait une récréation avec sa propre version. Nous sommes ici en pleine fable sociale, une satire où Park Chan-wook décide une fois de plus de pousser les curseurs à fond pour illustrer son propos, avec cet homme, chômeur de longue durée, acculé financièrement, qui en vient à éliminer, autrement dit de faire passer de vie à trépas, les postulants les plus sérieux aux mêmes emplois que lui. Le cinéaste réduit le nombre de concurrents à trois (au lieu de six chez Costa-Gavras) et donc de nouvelles victimes potentielles dans Aucun autre choix, qui parvient à être à la fois fidèle au chef d’oeuvre de Donald Westlake et en même temps différent du film de Costa-Gavras. Mais il n’est pas interdit de préférer la première mouture et de trouver le temps long (euphémisme) devant Aucun autre choix, d’autant plus que l’attachement que l’on pouvait tout de même avoir pour le personnage joué par José Garcia il y a plus de vingt ans, n’est pas le même que pour celui, pourtant brillamment incarné par Lee Byung-hun (Joint Security Area, Trois Extrêmes, Le Bon, la Brute et le Cinglé, Squid Game). Dans le roman, l’écrivain y allait déjà à fond dans le cynisme et l’ironie, partis-pris conservés par Costa-Gavras dans sa version, qui flirtait avec le surréalisme, tout en restant les pieds bien ancrés sur terre, ce qui faisait ressortir son propos implacable. Park Chan-wook n’est pas connu pour sa subtilité et Aucun autre choix va encore plus loin, ce qui dessert évidemment sa critique sociale. On retrouve plus ou moins les mêmes situations cocasses, dues la plupart du temps à la maladresse de notre antihéros, car on ne s’improvise pas assassin du jour au lendemain (thème que Westlake a par ailleurs décliné à plusieurs reprises, comme dans Le Contrat), mais une fois lancé, difficile, voire impossible de reculer. On regarde Aucun autre choix avec un ennui poli après pourtant une très bonne installation, mais le rythme tend à s’essouffler rapidement et il n’est pas aisé de rester concentrer jusqu’au bout de ces (longues) 135 minutes.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Aucun autre choix, réalisé par Park Chan-wook »

Test Blu-ray / Stella, réalisé par Laurent Heynemann

STELLA réalisé par Laurent Heynemann, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 3 février 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Nicole Garcia, Thierry Lhermitte, Jean-Claude Brialy, Charles Denner, Victor Lanoux, Gérard Desarthe, Djelloul Beghoura, Hubert Saint-Macary, Robin Renucci…

Scénario : Laurent Heynemann & Pierre Fabre

Photographie : Jean-Francis Gondre

Musique : Philippe Sarde

Durée : 1h40

Date de diffusion initiale : 1983

LE FILM

Pour Yvon, peu importe qui détient le pouvoir. Alors, pour sauver de la déportation Stella, la femme de sa vie, il entre au service de la Gestapo. À la fin de la guerre, il sauve sa peau de justesse et la retrouve enfin. Mais il sait qu’il reste à la merci d’une dénonciation… Pour s’en sortir, il continue d’utiliser les méthodes des collabos : trahisons et corruption. Il tente de fuir vers l’Espagne, mettant Stella dans une situation impossible…

Laurent Heynemann. Ce nom ne vous dit peut-être rien, pourtant celui-ci, né en 14948, a dirigé certains monstres du cinéma français (Michel Piccoli, Michel Galabru, Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Jeanne Moreau) dans des films, aujourd’hui quelque peu oubliés, mais dont les titres font ressurgir quelques souvenirs fugaces aux cinéphiles, comme Le Mors aux dents (1979), Il faut tuer Birgitt Haas (1981), Les Mois d’avril sont meurtriers (1986) et La Vieille qui marchait dans la mer (1991). Ancien assistant d’Yves Boisset (R.A.S., Folle à tuer) et de Bertrand Tavernier (L’Horloger de Saint-Paul, Que la fête commence), oui et de Philippe Clair aussi hein (Le Grand Fanfaron), Laurent Heynemann détient un sacré bagage technique et passe derrière la caméra en 1977 avec La Question, interdit aux moins de 18 ans à sa sortie, puisque traitant ouvertement et frontalement de l’usage de la torture durant la guerre d’Algérie. Passionné d’histoire, le réalisateur l’est aussi de politique, deux éléments qui deviendront récurrents au fil de son œuvre, au cinéma, comme à la télévision (René Bousquet ou le Grand Arrangement, Accusé Mendès France, Laval, le collaborateur). Après avoir parlé du terrorisme allemand dans Il faut tuer Birgit Haas, il évoque la collaboration – sujet ô combien tabou – dans son quatrième long-métrage, Stella. Le cinéaste, tout d’abord pressenti pour mettre en scène Docteur Petiot avec Michel Serrault (l’acteur refusera de tourner avec Laurent Heynemann et ne fera le film que sept ans plus tard avec Christian de Chalonge), s’investit finalement dans un récit inspiré par un court extrait tiré du livre Tu trahiras sans vergogne (1970) écrit par Philippe Aziz. Ce qui a tapé dans l’oeil (et dans le coeur du metteur en scène), c’est comment un homme, bien sous tous rapports, décide, pour faire libérer la femme qu’il aime et qui arbore l’étoile jaune depuis plusieurs semaines dans le camp de Compiègne, de s’engager dans la Gestapo durant l’été 1944, alors que la Deuxième Guerre mondiale est sur le point de se terminer. Nous en sommes en plein mélodrame romanesque et malgré quelques couacs, notamment le fait de placer l’intrigue en août 1944 alors qu’il est évident que les prises de vues ont été faites en hiver, Stella est un très beau film, magistralement interprété (et quel casting!), une romance parfois au bord de l’emphase, mais qui se retient toujours à temps pour ne pas déborder. Devenu rare et même recherché par beaucoup de cinéphiles, Stella est désormais disponible en DVD et en Blu-ray chez LCJ Éditions & Productions.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Stella, réalisé par Laurent Heynemann »

Test Blu-ray / Un simple accident, réalisé par Jafar Panahi

UN SIMPLE ACCIDENT (Yek tasadef sadeh) réalisé par Jafar Panahi, disponible en DVD et Blu-ray le 2 juin 2026 chez Memento Distribution.

Acteurs : Vahid Mobasseri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten, Majid Panahi, Mohamad Ali Elyasmehr, Delnaz Najafi, Georges Hashemzadeh…

Scénario : Jafar Panahi

Photographie : Amin Jafari

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

En panne après avoir heurté au volant un animal, un homme est aidé par Omid et Vahid. Entendant sa voix et sa claudication, Vahid panique. Le lendemain, il l’enlève, l’emmène dans le désert avec son van, creuse une tombe, puis observe sa prothèse : il identifie “Eghbal la Guibole” qui le tortura en prison. L’homme proteste si fort que Vahid doute. Il l’enferme dans son van et va demander à Salar, un ami intellectuel, son avis. Épouvanté, Salar l’aiguille vers Shiva, photographe de mariage qu’il trouve en séance avec un couple, Goli et Ali. Or, Goli et Shiva furent aussi les victimes d’Eghbal. Elles doutent ; ils filent voir Hamid, malgré les réserves d’Ali. Hamid tâte la prothèse : c’est leur bourreau.

Bien sûr que la Palme d’or attribuée à Un simple accident, onzième long-métrage de Jafar Panahi (né en 1960) est un geste politique, même si personnellement, on l’aurait plutôt attribué à Valeur sentimentale de Joachim Trier. Mais après tout, l’art est politique et le film qui nous intéresse aujourd’hui n’a pas démérité ce prix prestigieux, qui participera d’ailleurs à son exploitation plus large à travers le monde et donc à faire résonner son message dans les coins les plus reculés. Le « pitch » est rapide. Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe. Là-dessus, Jafar Panahi jongle avec les genres et ce en dépit des conditions drastiques des prises de vues, puisque son film a été, une fois de plus, réalisé clandestinement. Raison pour laquelle, comme pour Taxi Téhéran, beaucoup de scènes se déroulent dans le véhicule principal, ici un van qui peut contenir tous les personnages que le destin a réunis autour d’un seul homme, celui qui les torturait. On pense à Incendies (2010) de Denis Villeneuve, inspiré de la pièce de théâtre éponyme de Wajdi Mouawad, sauf que le cinéaste n’hésite pas à placer, contre toute attente, un peu d’humour ici et là, soupapes nécessaires face à un sujet ô combien difficile et anxiogène. Avec Un simple accident, qui rappelle parfois La Jeune fille et la mort Death and the Maiden (1994) de Roman Polanski, Jafar Panahi montre que la vengeance n’est pas un plat qui se mange froid, mais un plat qui ne se mange pas, que l’homme, même celui qui a connu la pire violence, sera toujours capable de résilience et trouvera les forces d’affronter la barbarie.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Un simple accident, réalisé par Jafar Panahi »

Test Blu-ray / La Guerre des prix, réalisé par Anthony Dechaux

LA GUERRE DES PRIX réalisé par Anthony Dechaux, disponible en DVD et Blu-ray le 21 juillet 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Jonas Bloquet, Aurélia Petit, Yannick Choirat, Camille Moutawakil, Catherine Vinatier, Grégoire Oestermann, Chad Chenouga…

Scénario : Anthony Dechaux, Maël Piriou, Benjamin Charbit & Mathilde Belin

Photographie : Pierre Dejon

Musique : Benjamin Grossman

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se retrouve propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d’un système impitoyable. L’envers du décor de la grande distribution.

Devant La Guerre des prix, on ne peut s’empêcher de penser qu’il serait peut-être temps de décerner un César de la meilleure actrice à Ana Girardot. Elle en a fait du chemin cette comédienne apparue en 2010 dans l’excellent Simon Werner a disparu… de Fabrice Gobert et qui compte depuis près d’une trentaine de longs-métrages à actif. S’il lui manque assurément un grand succès au box-office, quand bien même elle avait participé au biopic Cloclo de Florent-Emilio Siri en 2012 (ça remonte déjà), la comédienne a toujours été impressionnante, parfaite, juste, dans tous les registres. C’est encore le cas dans La Guerre des prix, remarquable premier long-métrage de l’acteur et donc nouveau réalisateur Anthony Dechaux, dans lequel elle est quasiment de toutes les scènes, pour ne pas dire de tous les plans, où son immense talent et sa beauté incomparable enflamment l’écran. On pourrait placer La Guerre des prix entre Au nom de la terre d’Edouard Bergeon, Petit paysan d’Hubert Charuel et La Terre des hommes de Naël Marandin. Et la réussite est totale. Le film est mené comme un thriller et le metteur en scène parvient à captiver les spectateurs en évitant le jargon hermétique qui aurait pu en laisser plus d’un sur le carreau. On est littéralement happé du début à la fin dans cette spirale infernale qui fait partie d’un quotidien que nous ignorons, et qui pourtant régit plus ou moins notre vie de tous les jours, avec des « requins-tueurs » qui décident ce qu’on doit manger ou non. Effrayant, fascinant et implacable !

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / La Guerre des prix, réalisé par Anthony Dechaux »

Test Blu-ray / La Maison des femmes, réalisé par Mélisa Godet

LA MAISON DES FEMMES réalisé par Mélisa Godet, disponible en DVD & Blu-ray le 8 juillet 2026 chez Pathé.

Acteurs : Karin Viard, Lætitia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Pierre Deladonchamps, Juliette Armanet, Jean-Charles Clichet, Laurent Stocker, Aure Atika, Jeanne Rosa, Amandine Dewasmes, Marie Matheron…

Scénario : Mélisa Godet & Catherine Paillé

Photographie : Fabien Faure

Musique : Audrey Ismaël

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

À la Maison des femmes, entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner dans leur reconstruction les femmes victimes de violences. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent, redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions et une énergie inépuisable.

Que voilà un premier long-métrage prometteur ! À l’origine de ce film, il y a un témoignage diffusé à la radio en 2016, celui de la gynécologue obstétricienne Ghada Hatem, qui venait de créer La Maison des Femmes à Saint Denis, structure associative venant en aide aux femmes victimes de violences physiques et sexuelles. Mélisa Godet n’a jamais oublié cette intervention. Venue de l’INA, puis chargée de développement au sein des Productions du Trésor, elle devient coscénariste (Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal), puis signe enfin son premier film comme metteuse en scène, sobrement et tout simplement intitulé La Maison des femmes. Véritable film choral, la jeune réalisatrice s’entoure de magnifiques comédiennes, Karin Viard (la soixantaine épanouie), Lætitia Dosch (éblouissante), Eye Haïdara (radieuse), Oulaya Amamra (lumineuse), Juliette Armanet (poignante) et Aure Atika (impériale), pour ne citer que les plus célèbres, sans oublier les actrices incarnant les victimes et les trois acteurs principaux, Pierre Deladonchamps, Jean-Charles Clichet et Laurent Stocker, qui ne sont pas oubliés dans ce typhon où toute la distribution est logée à la même enseigne. Humaniste, sans jamais tomber dans le pathos ou le tire-larmes gratuit, d’utilité publique, réalisé avec autant de force que de pudeur, La Maison des femmes est un drame solaire, une batterie chargée à bloc d’optimisme, mené à cent à l’heure, bouleversant, mais aussi drôle, où le spectateur rit avec les personnages pour décompresser entre deux récits poignants de femmes meurtries dans leur corps, dans leur chair, dans leur âme. Si l’on pense forcément et indubitablement au somptueux Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry, avec lequel il détient de nombreux points communs, La Maison des femmes demeure l’un des plus beaux films français de l’année 2026.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / La Maison des femmes, réalisé par Mélisa Godet »

Test Blu-ray / Christy, réalisé par David Michôd

CHRISTY réalisé par David Michôd, disponible en DVD & Blu-ray le 17 juillet 2026 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Sydney Sweeney, Ben Foster, Merritt Wever, Katy O’Brian, Ethan Embry, Coleman Pedigo, Jess Gabor, Chad Coleman…

Scénario : Mirrah Foulkes & David Michôd

Photographie : Germain McMicking

Musique : Antony Partos

Durée : 2h15

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Au début des années 90, Christy Martin se découvre par hasard un talent pour la boxe. Elle accède rapidement au titre de championne du monde et domine le circuit pendant près d’une décennie. Mais entre un mari violent et une mère castratrice, son combat le plus difficile sera celui de l’affirmation de son homosexualité…

Non seulement Sydney Sweeney est probablement l’actrice la plus sexy aujourd’hui, mais elle se permet surtout d’être avant tout une excellente comédienne doublée d’une productrice ambitieuse. Avec les deux cartons successifs de Tout sauf toi (220 millions de dollars de recettes, 600.000 entrées en France) et de La Femme de ménage The Housemaid (près de 400 millions de dollars amassés dans le monde, 4,5 millions de spectateurs dans nos contrées), elle sait comment mener sa barque, y compris à la télévision (Euphoria). Mais c’était sans compter aussi le cinéma moins « grand public », à l’instar du remarquable Immaculée Immaculate de Michael Mohan, qui a ravi les amateurs de frissons. Christie, qu’elle coproduit également, appartient à la seconde catégorie. Sydney Sweeney se glisse dans la peau de Christy Martin aka The Coal Miner’s Daughter (la fille du mineur de charbon), figure légendaire de la boxe professionnelle, qui a officié sur le ring entre la fin des années 1980 et le début des années 2010. Christy est donc un biopic, une histoire vraie, celle d’une sportive débarquée de nulle part, qui s’est emparée du titre WBC féminin des super mi-moyens en 2009. C’est une Sydney Sweeney métamorphosée, dissimulant son regard bleu laser sous des lentilles sombres, le cheveu filasse et décoloré, la peau grasse, qui a pris du poids et du muscle, afin de coller à son modèle, autant avec les gants aux poings que dans son morne quotidien où elle subissait la violence de son compagnon et entraîneur. Classique dans son déroulé, Christy est pourtant un formidable spectacle doublé d’un drame psychologique souvent éprouvant, où la violence va crescendo, jusqu’à l’explosion finale, inattendue, qui met particulièrement mal à l’aise et laisse un goût de fer dans la bouche. Brillamment interprété par la star qui a de bon gènes, mais aussi par l’extraordinaire Ben Foster (le meilleur acteur de sa génération), monstrueux en mentor-bourreau sadique, Christy s’est soldé par un échec aussi cuisant qu’injustifié, l’un des plus gros de l’année 2025 avec à peine 2,5 millions de billets verts recueillis dans le monde, pour une mise de départ de 15 millions de dollars. Il est plus que conseillé de lui donner enfin la chance qu’il mérite.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Christy, réalisé par David Michôd »