Test Blu-ray / Lune de miel, réalisé par Patrick Jamain

LUNE DE MIEL réalisé par Patrick Jamain, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Nathalie Baye, John Shea, Richard Berry, Marla Lukofsky, Michel Beaune, Peter Donat, Alf Humphreys, Cec Linder…

Scénario : Patrick Jamain & Philippe Setbon

Photographie : Daniel Diot

Musique : Robert Charlebois

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Une femme d’origine française à Manhattan est sur le point d’être renvoyée vers son pays à cause de ses relations avec un trafiquant de drogue récemment arrêté. Elle décide de passer par une agence pour réaliser un mariage « en blanc » avec un étranger qu’elle est supposée ne jamais rencontrer. Mais son nouvel « époux » ne l’entend pas de cette oreille et prend les choses au sérieux…

Nous sommes au mitan des années 1980 et depuis le début de la décennie, Nathalie Baye a déjà remporté trois Césars. Deux de la meilleure actrice dans un second rôle pour Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard et Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre, sans oublier celui de la meilleure actrice pour La Balance de Bob Swaim. Les succès s’enchaînent, Beau-père de Bertrand Blier, Le Retour de Martin Guerre, J’ai épousé une ombre, Rive droite rive gauche…Et pourtant, rétrospectivement, c’est à partir de Lune de miel que la comédienne va entamer sa traversée du désert, qui durera jusqu’à 1999 et le triomphe inattendu de Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall. Ainsi, Lune de miel restera le film qui a le mieux fonctionné jusqu’à ce comeback inespéré, pour lequel elle sera d’ailleurs à nouveau nommée aux Césars. Pour l’heure, Lune de miel, co-production franco-québécoise, est réalisée par Patrick Jamain (1944-2023). Ce dernier signe ici son second long-métrage, douze ans après son premier coup d’essai, le fort recommandable L’Affaire Crazy Capo (à redécouvrir séance tenante, dispo dans la collection Make My Day ! de Jean-Baptiste Thoret, n°77) et restera son ultime travail pour le cinéma, avant que Patrick Jamain bifurque définitivement vers la télévision (on lui plusieurs dizaines d’épisodes de Navarro), pour laquelle il officiera jusqu’à la fin des années 2000. Lune de miel est un thriller tourné en partie à New York, on ne compte plus le nombre de plans où l’on voit Nathalie Baye déambuler dans les rues de la Grosse Pomme et repose sur un scénario écrit par l’excellent Philippe Setbon (Détective de Jean-Luc Godard, Les Fauves de Jean-Louis Daniel). Cette histoire de nana paumée dans la Ville qui ne dort jamais permet à Nathalie Baye de jouer une partie du film en langue anglaise, ce qu’elle aura peu l’occasion de faire dans sa carrière, à part dans Arrête-moi si tu peuxCatch Me if You Can (2002) de Steven Spielberg et une poignée d’autres films au cours des années 1990. Le rôle avait été écrit pour une comédienne plus jeune, ce que Philippe Setbon a déclaré par la suite, et l’on comprend mieux les réactions qui peuvent paraître exagérées ou le comportement parfois incompréhensible du personnage de Cécile. Néanmoins, Nathalie Baye s’en tire bien et son face-à-face avec le flippant John Shea fonctionne du début à la fin. Excellemment mis en scène, Lune de miel, peu diffusé par la suite et difficilement trouvable, est une sacrée (re)découverte.

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Test Blu-ray / Les Voiles écarlates, réalisé par Alexandre Ptouchko

LES VOILES ÉCARLATES (Alye parusa) réalisé par Alexandre Ptouchko, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Anastasiya Vertinskaya, Vasiliy Lanovoy, Yelena Cheremshanova, Aleksandr Lupenko, Ivan Pereverzev, Sergey Martinson, Nikolay Volkov, Sergei Romodanov…

Scénario : Aleksei Nagornyj & Aleksandr Yurovsky, d’après le roman d’Aleksandr Grin

Photographie : Gennadi Tsekavyj & Viktor Yakushev

Musique : Igor Morozov

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Dans un petit village, le marin Longrin élève seul sa fille Assol depuis la mort de sa femme, fabriquant pour vivre des petits bateaux en bois. Les deux sont la risée de tout le pays depuis qu’Assol raconte qu’un ermite, Aigle, lui a prédit que le capitaine d’un bateau aux voiles écarlates viendrait la chercher. Bien loin de là, le jeune Arthur vit dans le château de sa famille. Il y déteste l’ambiance aristocratique et rêve d’aventures en mer. Chassé par son père, il s’engage comme mousse.

Difficile de rebondir après le somptueux Sampo, le jour où la Terre gela ! Alexandre Ptouchko vient d’avoir soixante ans quand il entreprend l’adaptation des Voiles écarlates, roman d’Alexandre Grine, publié en 1923, un des plus grands succès de l’auteur russe, considéré comme étant le représentant du réalisme romantique. Le cinéaste parvient à intégrer naturellement ce récit, en apparence moins magique que ses œuvres précédentes, dans sa filmographie et convie une fois de plus les spectateurs à un voyage au pays de l’imaginaire. Les Voiles écarlatesAlye parusa sort en 1961 et offre au réalisateur un nouveau triomphe, en attirant plus de 22 millions de spectateurs en Russie, quand bien même la critique et le public s’avèrent plus réservés, beaucoup reprochant entre autres les différences, de ton surtout, avec le livre original. Certes, Alexandre Ptouchko se permet quelques digressions qui renvoient à son surnom de « Walt Disney russe », comme lorsqu’Assol se retrouve dans la forêt où un faon boit dans un cours d’eau, tandis que la jeune femme parle au soleil et aux arbres comme Blanche-Neige, mais cela fonctionne et approfondit le personnage. Merveilleusement photographié par Gennadi Tsekavyj et Viktor Yakushev, déjà à l’oeuvre sur Sampo, Les Voiles écarlates demeure un très grand spectacle pour toute la famille, qui conserve encore un charme rétro inoxydable et qui se déguste comme quand on écoutait ses parents enfant avant le passage du marchand de sable.

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Test Blu-ray / Une nuit de réflexion, réalisé par Nicolas Roeg

UNE NUIT DE RÉFLEXION (Insignificance) réalisé par Nicolas Roeg, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 février 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Michael Emil, Theresa Russell, Tony Curtis, Gary Busey, Will Sampson…

Scénario : Terry Johnson, d’après sa pièce de théâtre

Photographie : Peter Hannan

Musique : Stanley Myers & Hans Zimmer

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Une nuit new-yorkaise de 1953. Dans une chambre d’hôtel, la plus grande actrice américaine rencontre le scientifique le plus connu au monde. Elle lui expose sa théorie de la relativité. On y croise aussi un sénateur suintant et paranoïaque ainsi qu’un mari joueur de baseball jaloux. Le souvenir de la bombe atomique à Hiroshima. Des enfances meurtries. Le futur. Les temps qui se confondent.

Nicolas Roeg (1928-2018) a fait ses classes en tant que directeur de la photographie sur Le Masque de la Mort Rouge de Roger Corman en 1964, puis sur des films aussi prestigieux que Le Docteur Jivago de David Lean ou encore Fahrenheit 451 de François Truffaut. Il passe à la mise en scène au début des années 70 avec Performance coréalisé avec Donald Cammell. Le réalisateur britannique a toujours su se démarquer avec un cinéma onirique, loin de tout naturalisme, en mettant en exergue l’étrangeté du réel. C’est le cas de Ne vous retournez pas, son chef-d’oeuvre sorti en 1973, pierre angulaire et synthèse de sa carrière, adapté d’une nouvelle de Daphné du Maurier (Les Oiseaux, Rebecca) intitulée Pas après minuit. L’Homme qui venait d’ailleurs The Man who fell to Earth (1976), Enquête sur une passion Bad Timing (1980) et Eureka (1983) sont de véritables expériences cinématographiques et sensorielles. Avec Insignificance ou Une nuit de réflexion en France, son septième long-métrage, le cinéaste s’empare de ce qui était à l’origine une pièce de théâtre écrite par Terry Johnson, jouée au Royal Court Theatre de Londres en 1982, avec Judy Davis dans le rôle de « l’Actrice ». La pièce avait été inspirée au dramaturge, après avoir appris qu’une photo dédicacée d’Albert Einstein avait été retrouvée parmi les affaires de Marilyn Monroe après sa mort. L’idée de leur rencontre a piqué sa curiosité, ce qui a conduit à une réflexion sur la nature de la célébrité. C’est ce qui a intéressé Nicolas Roeg, qui a demandé à Terry Johnson d’adapter lui-même sa propre pièce. Le réalisateur se penche sur l’image renvoyée par les stars ou assimilées, sur ce que ces personnes connues représentaient, sur le fait que ce fantasme contrastait avec ce qu’elles étaient réellement. Si l’action se déroule au début des années 1950 (discrète, mais élégante reconstitution au début du film), rien n’a changé 75 ans plus tard. Nicolas Roeg et Terry Johnson souhaitent explorer les différences entre ce que ces personnes étaient vraiment et les qualités que les autres leur attribuaient, en retirant ainsi leur aspect divin à ces « monstres ». Certes, Une nuit de réflexion n’a pas pour objectif d’être réaliste, d’ailleurs, il semblerait que la rencontre entre Albert et Norma Jean n’ait jamais eu lieu, mais jouer avec ces deux icônes permet « d’imaginer » ce qui aurait pu se passer dans cette chambre où ils se seraient retrouvés face à face. Ou fesse à fesse. Mais au fait, de quoi ça parle Une nuit de réflexion ?

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Test Blu-ray / Tir à vue, réalisé par Marc Angelo

TIR À VUE réalisé par Marc Angelo, disponible en Blu-ray le 17 mars 2026 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Sandrine Bonnaire, Laurent Malet, Jean Carmet, Michel Jonasz, Michel Stano, Pierre Londiche, Eric Picou, Salah Teskouk…

Scénario : Yves Mourot

Photographie : Charles Van Damme

Musique : Gabriel Yared

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Salem, qui, par hasard, l’a vu dans ses oeuvres, donne à la police un faux signalement et commence sa propre enquête. Richard vole ensuite une moto et agresse un pompiste. Alors que Richard s’apprête à agresser un touriste dans le métro, il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent le seul témoin, un vieux maghrébin connu de leur service.

On connaissait Yves Angelo, éminent directeur de la photographie (Baxter, Nocturne indien, Tous les matins du monde, Germinal) et réalisateur (Le Colonel Chabert), lauréat de trois César, mais on ne savait pas que son frère Marc était officiait également dans le milieu du cinéma. Après avoir assisté Yves Boisset sur Le Prix du danger et Pierre Schoendoerffer sur Le Crabe-Tambour, celui-ci fait ses débuts comme metteur en scène et scénariste avec Tir à vue, qui sera son unique long-métrage. Un polar sorti en septembre 1984, quelques jours avant Les Ripoux de Claude Zidi, année qui verra le triomphe de Marche à l’ombre (qui trônera sur la première marche du podium), d’Indiana Jones et le temple maudit de Steven Spielberg, d’Amadeus de Milos Forman, tandis que Jean-Paul Belmondo apparaîtra deux fois dans le top dix avec Les Morfalous et Joyeuses Pâques. Le genre se porte bien avec Rue barbare (plus de deux millions d’entrées), L’Addition de Denis Amar (1,2 million d’entrées), Un été d’enfer de Michaël Schock (1,1 million), Canicule (1 million), Liste noire d’Alain Bonnot (proche du million de spectateurs), Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen (865.000 entrées), L’Arbalète de Sergio Gobbi (700.000 entrées). Mais Tir à vue aura du mal à se faire une place parmi toutes ces sorties (un peu plus de 350.000 entrées) et reste encore aujourd’hui méconnu, pour ne pas dire oublié. Pourtant, ce coup d’essai derrière la caméra de Marc Angelo ne manque pas de qualités, à savoir un casting alléchant, une violence graphique assumée, l’ensemble doublé d’un témoignage sur le Paris au début des années 1980. Forcément, le film demeure marqué par quelques tics propres au genre, repris par la suite dans moult séries télévisées estampillées TF1, du style Navarro ou Julie Lescaut, mais Tir à vue reste un bon divertissement à l’ancienne, qui montrait que le réalisateur en avait sous le capot. S’il fera l’essentiel de sa carrière à la télévision, il signera entre autres Bob le magnifique, remake TV du chef d’oeuvre de Philippe de Broca, avec Antoine de Caunes et Clotilde Courau, Marc Angelo gardera un pied dans le septième art en devenant réalisateur de seconde équipe auprès d’Alexandre Arcady (Dernier été à Tanger, L’Union sacrée) et Diane Kurys (La Baule-les-Pins, Après l’amour).

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Test Blu-ray / Exit 8, réalisé par Genki Kawamura

EXIT 8 réalisé par Genki Kawamura, disponible en DVD & Blu-ray le 4 février 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Kazunari Ninomiya, Yamato Kōchi, Naru Asanuma, Kotone Hanase, Nana Komatsu…

Scénario : Kotake Create, Genki Kawamura & Hirase Kentaro, d’après le jeu vidéo Exit 8

Photographie : Keisuke Imamura

Musique : Shōhei Amimori & Yasutaka Nakata

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un homme piégé dans un couloir de métro cherche la sortie numéro 8. Pour la trouver, il faut traquer les anomalies. S’il en voit une, il fait demi-tour. S’il n’en voit aucune, il continue. S’il se trompe, il est renvoyé à son point de départ. Parviendra-t-il à sortir de ce couloir sans fin ?

Présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2025, Exit 8 est l’adaptation d’un jeu vidéo éponyme sorti en 2023 et qui reprend le même principe d’une personne piégée dans une station de métro, cherchant désespérément la sortie. Réalisé par Genki Kawamura (né en 1979), également producteur (Le Garçon et la bête, Your Name, Les Enfants du temps) et scénariste reconnu, remarqué avec son premier long-métrage (N’oublie pas les fleurs), Exit 8 s’empare de quelques codes issus du jeu vidéo, à l’instar de plans-séquences filmés en caméra subjective (toute l’introduction), peu d’interaction avec l’environnement, des changements du personnage principal. Ce qui a de quoi décontenancer lorsque le public est peu habitué à ce genre de narration. Toutefois, Exit 8 happe d’emblée le spectateur avec la présentation originale du personnage principal et l’exposition du décor, quasi-unique, dans lequel se déroulera l’intrigue. L’auteur de ces mots allait écrire « l’action », mais il n’y en a pas vraiment dans Exit 8, qui joue plutôt sur l’attente et l’angoisse qui en découle. Solide directeur d’acteurs comme il l’avait démontré dans son précédent film, Genki Kawamura aborde frontalement le genre fantastique teinté d’horreur, même si Exit 8 est aussi et avant tout un film dramatique, dans lequel un homme se retrouve à un carrefour de sa vie, au sens propre comme au figuré. L’allégorie et la métaphore sont reines dans cette seconde œuvre redoutablement anxiogène et immersive. Si quelques digressions s’avèrent peu utiles à la compréhension, et qui finissent d’ailleurs par alourdir le propos, Exit 8 est un sacré tour de force, une réelle expérience de cinéma, qui n’en finit jamais de retourner le ciboulot. Une grande réussite.

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Test Blu-ray / La Petite, réalisé par Louis Malle

LA PETITE (Pretty Baby) réalisé par Louis Malle, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 14 février 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Brooke Shields, Keith Carradine, Susan Sarandon, Frances Faye, Antonio Fargas, Matthew Anton, Diana Scarwid, Barbara Steele…

Scénario : Louis Malle & Poly Platt

Photographie : Sven Nykvist

Musique : Gerald Wexler

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

1917, Nouvelle-Orléans, dans l’une des maisons de tolérance du quartier chaud de Storyville. Après avoir assisté à l’accouchement de Hattie, sa mère prostituée, la jeune Violet fait la connaissance de Bellocq, un artiste qui arrache à la patronne de l’établissement où elle vit l’autorisation d’y photographier ses pensionnaires. Bien que celui-ci se lie d’amitié avec Violet, il n’en garde pas moins ses distances avec elle.

La Petite ou Pretty Baby est le premier film américain de Louis Malle (1932-1995). Après la polémique qui a accompagné la sortie de Lacombe Lucien, pour lequel le cinéaste était accusé (aussi bien par la droite que par la gauche) de légitimer les actions d’un collabo, Louis Malle commence à recevoir quelques propositions provenant d’outre-Atlantique. Avant cela, il signe l’étrange Black Moon, coproduit avec l’Allemagne de l’Ouest, qui déconcerte le public et se solde par un échec cuisant dans les salles, par ailleurs le premier du réalisateur. Celui-ci reçoit alors une offre sérieuse de la Paramount, qui lui accorde les « pleins pouvoirs » et carte blanche pour sa première aventure aux États-Unis. Ce sera donc La Petite, d’après un scénario de l’éclectique Polly Platt, tour à tour costumière (Les Anges sauvages de Roger Corman et sur quelques films de son mari Peter Bogdanovich), productrice et autrice (La Cible). Polly Platt développe l’idée du film après avoir rencontré Louis Malle et appris son amour pour la musique jazz de la Nouvelle-Orléans, qui faisait partie intégrante de Storyville, quartier historique du centre-ville, au début du 20e siècle. Platt base son récit sur la vie d’une jeune fille forcée à la prostitution par sa mère, racontée dans le livre de l’historien Al Rose de 1974, Storyville, New Orleans: Being an Authentic Illustrated Account of the Notorious Red-Light District, ainsi que sur la vie du photographe Ernest Bellocq, qui a photographié diverses prostituées de la Nouvelle-Orléans au début du 20e siècle à la même période. Suite à sa performance remarquée dans Taxi Driver, le studio souhaite ardemment confier le rôle de Violet à Jodie Foster. Cependant, Malle rejette l’idée, estimant que le rôle ne pouvait être interprété que par une jeune fille de 12 ans, alors que Foster en avait 14. Brooke Shields, jeune mannequin qui avait fait ses débuts au cinéma l’année précédente dans Alice, Sweet Alice, fait la rencontre de Louis Malle et de la scénariste du film, au cours de laquelle ils lui posent principalement des questions sur sa vie. Afin de s’assurer que la jeune fille était capable de comprendre le sujet, Louis Malle et Polly Platt lui demandent également si elle sait ce qu’est la prostitution. Brooke Shields de répondre qu’elle avait grandi à New York et avait observé des prostituées à Times Square. La Petite ne serait rien sans l’extraordinaire composition de la jeune comédienne. Louis Malle, visiblement fasciné par sa photogénie, la filme sous tous les angles (ce qui lui sera reproché) et s’avère quasiment de tous les plans, ou tout du moins de toutes les scènes. Sublime objet de cinéma, La Petite est un véritable voyage dans le temps, marqué par la beauté incommensurable de la photographie signée par le virtuose Sven Nykvist (Le Facteur sonne toujours deux fois, Le Locataire, L’Oeuf du serpent, Persona), qui sur le papier a tout pour instaurer le malaise, mais qui se révèle être un chef d’oeuvre bienveillant, ambitieux, sulfureux évidemment, mais suprêmement élégant et surtout passionnant.

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Test 4K UHD / Gamera – Les Années Showa – Partie 1

GAMERA / GAMERA CONTRE BARUGON / GAMERA CONTRE GYAOS (Daikaiju Gamera – Daikaiju ketto: Gamera tai Barugon – Daikaiju kuchusen: Gamera tai Gyaosu) réalisés par Noriaki Yuasa & Shigeo Tanaka, disponibles en Blu-ray & 4K Ultra HD – Coffret collector limité le 25 février 2026 chez Roboto Films.

Acteurs : Eiji Funakoshi, Harumi Kiritachi, Junichiro Yamashita, Yoshiro Uchida, Michiko Sugata, Yoshiro Kitahara, Jun Hamamura, Kenji Oyama, Kojiro Hongo, Kyoko Enami, Yuzo Hayakawa, Takuya Fujioka, Koji Fujiyama, Sho Natsuki, Ichiro Sugai, Kichijiro Ueda, Reiko Kasahara, Naoyuki Abe, Taro Marui, Yukitaro Hotaru, Yoshiro Kitahara, Sho Natsuki…

Scénario : Niisan Takahashi

Photographie : Nobuo Munekawa, Michio Takahashi & Akira Uehara

Musique : Tadashi Yamauchi & Chuji Kinoshita

Durée : 1h21, 1h40 & 1h27

Date de sortie initiale : 1965, 1966 & 1967

LES FILMS

Gamera – Daikaijū Gamera (1965) : Des avions militaires russes chargés de bombes nucléaires s’écrasent au Pôle Nord. L’explosion atomique réveille Gamera, un monstre préhistorique ressemblant à une tortue qui se nourrit de chaleur et commence à attaquer les villes pour se recharger. L’armée tente désespérément de trouver une solution pour en venir à bout.

Gamera contre Barugon Daikaijū kettō: Gamera tai Barugon (1966) : Une petite île dans le sud du Pacifique. Quatre aventuriers trouvent une opale. L’un seul survit aux dangers de la jungle et ramène la pierre précieuse au Japon. Bientôt, les scientifiques découvriront qu’il s’agit en fait d’un oeuf de lézard. Soumis aux radiations, le petit animal se transforme en monstre géant. Surnommé « Barugon », il émet une raie de lumière destructrice et attaque le pays. Gamera, un autre géant qui s’est échappé de sa prison spatiale, revient sur Terre afin d’aider les humains dans leur combat…

Gamera contre Gyaos Daikaijū kūchūsen: Gamera tai Gyaosu (1967) : Une éruption volcanique réveille un monstre ailé assoiffé de sang nommé Gyaos. Alors que tous les plans de l’armée – qui utilisaient la lumière du soleil comme arme pour détruire la bête – tombent à l’eau, Gamera tente une fois de plus de défendre le Japon.

Gamera, ou la réponse de la Daiei à la Toho. Depuis 1954, Godzilla ou Gojira pour les intimes, déferle sur les écrans. Monstre expiatoire, icône populaire, symbole du trauma collectif japonais dix ans après les bombes qui ont ravagé Nagasaki et Hiroshima, Godzilla marque l’émergence d’un genre à lui tout seul, le Kaigu eiga, «  le cinéma de monstre  », qui allait engendrer près de trente suites dans lesquelles Godzilla sera confronté à Mothra, Hedora, Gigan, Megalon, Mecanik Monster, Biollante, King Ghidorag, Mechagodzilla, Space Mechagodzilla, Destroyah, Megaguirius. Pacific Rim de Guillermo Del Toro et Cloverfield de Matt Reeves lui doivent tout. Dix ans plus tard, la Daiei décide de s’y coller également. Doté d’un budget moyen, Gamera, largement inspiré par le film Le Monstre des temps perdusThe Beast from 20,000 Fathoms d’Eugène Lourié (1953), connaîtra un succès sans précédent. Dernier Kaiju eiga à avoir été tourné en N&B, ceci afin d’économiser au maximum, cette première aventure mettant en scène la tortue de 60 mètres de haut, sera surtout un triomphe auprès du jeune public, l’un des personnages principaux étant justement un enfant (souvent plus malin que les scientifiques et les militaires), pensant que le monstre est son animal devenu gigantesque, après avoir été exposé à des radiations. Un mythe est né aussi et Gamera engendrera une douzaine de suites jusqu’en 2006, ainsi qu’une série animée en 2023 et un jeu vidéo sur Super Nintendo dans les années 1990. Chacun des trois premiers opus, Gamera, Gamera contre Barugon (ou Les Monstres attaquent) et Gamera contre Gyas, rend compte de l’évolution des studios, des goûts des spectateurs, mais aussi des questions sociales qui animent le Japon d’alors. Si le troisième est souvent loué pour la réussite de l’adversaire de Gamera, Gyas donc, le second volet qui voit affronter la tortue géante à Barugon est sans doute le plus réussi du lot. Néanmoins, cette superproduction ne connaîtra pas le même succès que le premier film, ayant même du mal à rentabiliser sa mise de départ. Les productions suivantes seront indéniablement plus modestes, mais n’en restent pas moins divertissantes. En l’état, découvrir les trois premiers épisodes de la franchise Gamera est un vrai plaisir, surtout dans leur version entièrement restaurée 4K, qui donnent un nouvel éclat à ces divertissements rétros et au charme désuet.

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Test Blu-ray / Escape From the 21st Century réalisé par Li Yang

ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY (Cong 21 Shi Ji an Quan Che Li) réalisé par Li Yang, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 février 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Zhang Ruoyun, Yang Song, Zhu Yanmanzi, Elane Zhong, Leon Lee, Wu Xiaoliang, Wen Zhengrong, Shi Liang…

Scénario : Li Yang

Photographie : Saba Mazloum

Musique : Hu Xiao’ou

Durée : 1h38

Année de sortie : 2024

LE FILM

En 1999, trois adolescents se retrouvent plongés dans des déchets chimiques qui leur confèrent une capacité unique : lorsqu’ils éternuent, leur conscience voyage 20 ans dans le futur. C’est pour eux le début d’une vertigineuse aventure dont l’enjeu n’est ni plus ni moins que la survie du monde…

Il y a des films dont les « pitchs » (goût fraise, les meilleurs) font envie quand on les lit. C’est le cas pour Escape from the 21st Century, le premier long-métrage réalisé en solo par le cinéaste Yang Li. Puis, le générique envoie du lourd et l’on se dit que la promesse va être tenue. Le film démarre (voix de journaliste grolandais) « Et là, c’est le drame ! ». Si beaucoup ont toujours eu beaucoup de mal à rester plus de deux heures devant un film de Michael Bay, dites-vous qu’à côté de Yang Li, le réalisateur d’Armageddon et de Transformers c’est Robert Bresson. C’est bien simple, on ne comprend rien, absolument plus rien, alors que le film n’a commencé que depuis…cinq minutes. Et cela n’ira pas en s’arrangeant. Sur un montage frénétique, débridé (non, n’y voyez aucun jeu de mots qui pourrait être mal interprété), hystérique, les images se succèdent comme si un individu atteint de la maladie de Parkinson s’emparait d’une télécommande pour zapper et échapper à Quotidien et TBT9. Si vous avez moins de vingt piges (ce qui est loin d’être le cas si vous lisez cette critique, vous seriez déjà passé à autre chose), vous y trouverez peut-être votre compte. 25 ans à la rigueur, après quelques shots de vodka. Si vous avez atteint la trentaine, il est fort possible que vous ressentiez quelques relâchements du sphincter. Au-delà, ce n’est même plus permis. Vos yeux se révulsent, votre bouche se met en O et laisse couler la bave à gros bouillons, vos muscles sont tétanisés et vous tentez par tous les moyens possibles d’arrêter le massacre. Vous voilà prévenus…

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Test DVD / Les Tourmentés, réalisé par Lucas Belvaux

LES TOURMENTÉS réalisé par Lucas Belvaux, disponible en DVD le 17 janvier 2026 chez UGC.

Acteurs : Niels Schneider, Ramzy Bédia, Linh-Dan Pham, Déborah François, Mahé Boujard, Baptiste Germain, Jérôme Robart, Estelle Luo…

Scénario : Lucas Belvaux, d’après son roman

Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Frédéric Vercheval

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. « Madame », veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu…

Après l’excellent Des hommes, sorti en 2021, le cinéaste belge Lucas Belvaux revient au cinéma avec Les Tourmentés, adaptation de son propre roman publié en 2022 et récompensé par le prix Régine-Deforges. Et c’est une nouvelle et grande réussite à inscrire à son palmarès. Rétrospectivement, une seule fausse note apparaît dans une filmographie quasi-parfaite, en l’occurrence 38 témoins (2012), tandis que ses autres longs-métrages font indubitablement partie de ce qui se fait de mieux dans le cinéma francophone. Suite à sa trilogie Un couple épatant, Cavale, Après la vie, sortie en 2003, le réalisateur ne cessera d’explorer les thèmes du mensonge, de la lâcheté, du couple, de la peur, des souvenirs, de la culpabilité, et Les Tourmentés ne déroge pas à la règle. Ce qu’il y a de fascinant chez Lucas Belvaux, c’est sa virtuosité à passer d’un genre à l’autre, tout en suivant une même ligne directrice, en explorant encore et toujours les sujets inépuisables qui le fascinent, l’obsèdent, l’inspirent. En lisant l’histoire, on pense indéniablement aux Chasses du comte Zaroff, nouvelle de Richard Connell (The Most Dangerous Game -1924), adaptée en 1932 Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. Lucas Belvaux s’inspire plutôt de l’atmosphère de cette histoire et s’intéresse à ce qu’il y a derrière, ou plutôt à l’âme, à la psyché perturbée de ses personnages. Certes, le récit joue sur la tension, entretenue jusqu’à la fameuse chasse attendue, mais que l’on ne verra pas, soyez prévenus d’entrée de jeu. Car l’essentiel est ailleurs. Triple parcours initiatique, Les Tourmentés se focalise sur trois protagonistes principaux, qui ont plus ou moins vendu leur âme au diable et qui tentent malgré tout de survivre dans ce bas monde, tant qu’ils l’arpentent encore malgré eux. Grosse claque, Les Tourmentés n’a pourtant connu aucun engouement dans les salles, au point que Lucas Belvaux a connu le pire score de sa carrière (52.000 entrées, ouch). Si vous deviez donner une deuxième chance à un seul film de 2025, accordez-la aux Tourmentés s’il vous plaît !

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Test DVD / Roofman, réalisé par Derek Cianfrance

ROOFMAN réalisé par Derek Cianfrance, disponible en DVD le 16 janvier 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Channing Tatum, Kirsten Dunst, Peter Dinklage, Juno Temple, Ben Mendelsohn, Uzo Aduba, Emory Cohen, LaKeith Stanfield…

Scénario : Derek Cianfrance & Kirt Gunn

Photographie : Andrij Parekh

Musique : Christopher Bear

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

L’histoire vraie de Jeffrey Manchester, le voleur de McDonald’s qui a vécu dans un Toys ‘R Us pendant six mois.

Roofman, parfois exploité en France sous le titre Un voleur sur le toit, est une incroyable histoire vraie prise en main par Derek Cianfrance. Le réalisateur, révélé en 2010 avec Blue Valentine, porté aux nues par la critique avec The Place Beyond the Pines deux ans plus tard, avait déçu (euphémisme) en 2016 avec Une vie entre deux océansThe Light Between Oceans, avant de revenir avec une mini-série, chef d’oeuvre instantané et définitif, I Know This Much Is True, dans laquelle Mark Ruffalo interprétait deux frères jumeaux, rôle(s) qui lui avai(en)t valu le Golden Globe. Derek Cianfrance délaisse le spleen de ses précédents longs-métrages, avec Roofman, quand bien même subsiste une mélancolie dans l’itinéraire et le destin de son personnage principal, Jeffrey Manchester, qui a donc réellement existé. Tout ce qui est narré est dingue, mais vrai. Et c’est Channing Tatum qui incarne cet anti-héros en or, certainement le plus beau rôle du comédien. Il en a fait du chemin depuis Sexy DanceStep Up de Anne Fletcher, c’était d’ailleurs il y a vingt ans et peu misaient alors sur ses capacités d’acteur. Pourtant, les propositions intéressantes se sont multipliées, chez Michael Mann (Public Ennemies), Steven Soderbergh (Piégée, Magic Mike, Effets secondaires, Logan Lucky), Bennett Miller (Foxcatcher), Quentin Tarantino (Les Huit Salopards), les frères Coen (Ave, César!). S’il n’a jamais vraiment cassé la baraque au box-office avec un film qu’il portait sur ses épaules, les deux G.I. Joe, 21 Jump Street et sa suite, Jupiter : Le Destin de l’univers, White House Down ayant tous été de beaux succès, mais sans plus, Channing Tatum n’a eu de cesse d’étonner et conserve une cote de sympathie qui ne s’est jamais démentie. C’est encore le cas dans Roofman, dans lequel il crève l’écran comme jamais auparavant. Tour à tour drôle et pathétique, il compose un fabuleux personnage, un pauvre type revenu de l’armée, un oublié du rêve américain, qui a composé avec ce qu’il avait (un don d’observation hors du commun), pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Comédie-dramatique qui rappelle celles de l’âge d’or hollywoodien, Roofman subjugue du début à la fin et s’avère un magnifique portrait de mec lambda (ou presque), reflet d’une Amérique malade où ses habitants survivent comme ils le peuvent, avec les moyens du bord. Un immense coup de coeur.

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