Test DVD / Dites-lui que je l’aime, réalisé par Romane Bohringer

DITES-LUI QUE JE L’AIME réalisé par Romane Bohringer, disponible en DVD le 8 avril 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Romane Bohringer, Clémentine Autain, Eva Yelmani, Richard Bohringer, Dominique Frot, Philippe Rebbot, Liliane Sanrey-Baud, Josiane Stoléru…

Scénario : Romane Bohringer & Gábor Rassov

Photographie : Bertrand Mouly

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Romane Bohringer décide d’adapter le livre de Clémentine Autain consacré à sa mère. Rapidement, la comédienne et réalisatrice se rend compte que cette histoire résonne beaucoup en elle…

C’est un projet évidemment personnel auquel nous convie la comédienne Romane Bohringer (née en 1973). Moins exposée depuis les années 2010 (on peut tout de même citer le superbe Renoir de Gilles Bourdos), l’actrice n’a pourtant jamais arrêté de tourner, pour le cinéma, comme pour la télévision. Elle passe derrière la caméra en 2018 avec L’Amour flou, qu’elle coréalise avec son ex-compagnon Philippe Rebbot, inspiré par leur propre vécu, un succès qui sera ensuite décliné sous forme de série télévisée. Roman Bohringer revient à la mise en scène avec Dites-lui que je l’aime, titre repris du film de Claude Miller sorti en 1977 et cela n’est pas anodin. En effet, au générique, aux côtés de Gérard Depardieu, Miou-Miou et Claude Piéplu, on trouvait la comédienne Dominique Laffin (1952-1985), espoir et feu follet du cinéma français, souvent vue comme une « Dewaere au féminin », qui en l’espace de cinq ou six ans jouera entre autres dans Les Petits Câlins de Jean-Marie Poiré, Tapage nocturne de Catherine Breillat, Pipicacadodo de Marco Ferreri, de Claude Sautet et La Femme qui pleure de Jacques Doillon, qui lui vaut d’être nommée pour le César de la meilleure actrice. Dominique Laffin meurt subitement d’une crise cardiaque le 11 juin 1985, dans son appartement du Faubourg Saint-Antoine à Paris, où elle est retrouvée dans sa baignoire. Elle venait d’avoir 33 ans. Pourquoi Romane Bohringer a-t-elle empruntée ce titre ? Parce que Dominique Laffin était la mère de Clémentine Autain, femme politique, qui en 2019 écrit un ouvrage éponyme consacré à sa mère, à leur relation et à son deuil précoce. Une histoire qui bouleverse alors Romane Bohringer, dont la mère, Marguerite Bourry, dite Maggy Bohringer, née à Saïgon d’un père corse et d’une mère vietnamienne — abandonne le foyer lorsqu’elle a neuf mois. Quand Maggy Bohringer mourra, elle aura 36 ans. En lisant le livre Dites-lui que je l’aime, l’actrice y voit de nombreux échos avec sa propre histoire, décide de transposer ce roman, qui petit à petit va donner naissance à un mélange de fiction et de documentaire. D’où ce caractère quelque peu hybride, qui décontenance dans une première partie où la réalisatrice elle-même a l’air de chercher où elle veut en venir, surtout quand elle se met en scène elle-même avec Clémentine Autain. Le côté autofiction est un peu brinquebalant, mais le film trouve ensuite sa vitesse de croisière et en dehors de quelques digressions inutiles, Dites-lui que je l’aime s’avère une œuvre souvent bouleversante.

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Test Blu-ray / Ave Maria, réalisé par Jacques Richard

AVE MARIA réalisé par Jacques Richard, disponible en DVD & Blu-ray le 15 janvier 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Anna Karina, Féodor Atkine, Isabelle Pasco, Pascale Ogier, Dora Doll, Bernard Freyd, Philippe Castelli, Balthazar Clémenti…

Scénario : Jacques Richard & Paul Gégauff

Photographie : Dominique Brenguier

Musique : Jorge Arriagada

Durée : 1h44

Date de diffusion initiale : 1984

LE FILM

Ursula, 15 ans, subit dans un petit village de la France profonde, une éducation morale et religieuse fanatique. Dans la vaste demeure, baptisée « Sainte oeuvre » par Adolphe Eloi, un prêtre défroqué, Ursula sera jugée par les membres de la secte villageois.

Soyons honnêtes d’emblée, si Ave Maria avait parlé de lui avant même sa sortie, c’est en raison de son affiche, qui avait déclenché quelques polémiques. Sur celle-ci, Isabelle Pasco, à peine 18 ans (et juste avant Hors-la-loi de Robin Davis), est seulement vêtue d’un pagne et surtout crucifiée, la poitrine découverte, photographie réalisée par Bettina Rheims qui allait entraîner quelques procès pour injure ou diffamation envers une religion. Le réalisateur Jacques Richard sera d’ailleurs poursuivi par la Fraternité Saint-Pie-X et par près d’une dizaine d’autres associations catholiques, qui demandaient l’interdiction pure et simple de l’affiche. La justice donnera finalement raison aux plaignants et l’affiche sera interdite sur la voie publique. Mais au-delà de ce scandale (identique à celui que connaîtra aussi l’affiche de Larry Flynt de Milos Forman en 1996), Ave Maria est un excellent long-métrage, un drame psychologique à la frontière du fantastique, un récit que n’aurait pas renié un certain Stephen King. Car Ave Maria, mis en scène par Jacques Richard (né en 1954), traite du fanatisme religieux, celui qui gangrène les campagnes les plus reculées, qui abuse des âmes sensibles, qui les suce jusqu’à la moelle. En dehors de quelques digressions et diverses baisses de rythme, Ave Maria reste une œuvre OVNI dans le cinéma français et peut encore aujourd’hui perturber et décontenancer une bonne partie du public, plus de quarante ans après sa sortie.

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Test 4K UHD / Traqué, réalisé par William Friedkin

TRAQUÉ (The Hunted) réalisé par William Friedkin, disponible en DVD & Combo 4K Ultra HD + Blu-ray le 21 avril 2026 chez L’Atelier d’Images.

Acteurs : Tommy Lee Jones, Benicio Del Toro, Connie Nielsen, Leslie Stefanson, John Finn, José Zúñiga, Ron Canada, Mark Pellegrino…

Scénario : David Griffiths, Peter Griffiths & Art Monterastelli

Photographie : Caleb Deschanel

Musique : Brian Tyler

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2003

LE FILM

L.T. Bonham, un ex-entraîneur des forces spéciales, vit retiré dans les forêts de l’Oregon. Lorsqu’un agent du FBI vient lui demander de l’aide sur une affaire de meurtres perpétrés sur des chasseurs dans la forêt de l’Oregon, il accepte de se rendre sur les lieux du crime. L.T. a l’intuition que ces assassinats ne peuvent avoir été commis que par un seul homme : Aaron Hallam, un de ses anciens élèves, le meilleur. S’engage bientôt un redoutable jeu du chat et de la souris.

Au début des années 2000, tout va bien pour le réalisateur William Friedkin (1935-2023). Après la grande déconvenue de Jade (1995) au box-office (10 millions de dollars de recettes, pour un budget 5 fois supérieur), le cinéaste se refait une santé avec L’Enfer du devoir Rules of engagement. Ce grand succès est rapidement suivi par celui de la ressortie de L’Exorciste dans sa version intégrale. William Friedkin revient rapidement derrière la caméra pour Traqué The Hunted, conçu pour le compte de la Paramount Pictures, studio alors tenu par Sherry Lansing, première femme à diriger un studio Hollywoodien et qui n’est autre que l’épouse du metteur en scène. Belle production de 55 millions de dollars, Traqué n’emballe pas le public et le film connaît un échec relatif avec seulement 34 millions de billets verts amassés sur le sol de l’Oncle Sam et à peine onze millions dans le reste du monde. The Hunted sera le dernier film de studio de William Friedkin. Longtemps considéré comme un sous-Rambo, Traqué est pourtant un formidable opus de l’auteur de French Connection, du Convoi de la peur Sorcerer, de La ChasseCruising et de Police fédérale, Los AngelesTo Live and Die in L.A.. S’il n’aura jamais l’aura de ces monuments, The Hunted est un sacré tour de force et démontrait une fois de plus que William Friedkin en avait encore sacrément sous le capot à l’aube de ses soixante printemps.

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Test Blu-ray / Valeur sentimentale, réalisé par Joachim Trier

VALEUR SENTIMENTALE (Affeksjonsverdi) réalisé par Joachim Trier, disponible en DVD et Blu-ray le 3 mars 2026 chez Memento Distribution.

Acteurs : Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning, Anders Danielsen Lie, Jesper Christensen, Lena Endre, Cory Michael Smith…

Scénario : Joachim Trier & Eskil Vogt

Photographie : Kasper Tuxen

Musique : Hania Rani

Durée : 2h08

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

À la mort de leur mère, Agnès et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, celui-ci propose à Nora, comédienne de théâtre confirmée, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux.

En l’espace de cinq longs-métrages, Reprise (Nouvelle donne) (2006), Oslo, 31 août (2011), Back Home (2015), Thelma (2017) et Julie (en 12 chapitres), le dano-norvégien Joachim Trier est devenu l’un des réalisateurs européens (pour ne pas dire internationaux) les plus importants de sa génération. Né en 1974 à Copenhague, le cinéaste, qui avait explosé il y a quinze ans avec son somptueux second opus, foudroie une fois de plus avec son dernier film en date, Valeur sentimentaleSentimental Value, ou bien encore Affeksjonsverdi, pour lequel il retrouve la magnifique Renate Reinsve, précédemment récompensée au Festival de Cannes par le prix d’interprétation féminine pour Julie (en 12 chapitres). Également sélectionné en compétition officielle sur la Croisette, Valeur sentimentale est reparti avec le Grand Prix du Jury, même si on lui aurait remis personnellement la Palme d’or. Car c’est un nouveau sommet dans l’oeuvre magistrale de Joachim Trier, qui se penche sur l’héritage émotionnel et culturel, sur la notion du foyer, avec comme épicentre une maison familiale qui regorge de souvenirs, de rancoeurs, de témoignages, de secrets, où la mémoire des murs subsiste. Joachim Trier fait de la maison un personnage à part entière, une matrice, dans laquelle les générations se sont succédé. C’est dans cette habitation que l’émotion, la sensibilité, les fantasmes, les regrets, la colère, la tristesse se sont transmis. Avec son fidèle coscénariste Eskil Vogt, le metteur en scène multiplie les points de vue et s’éloigne de ses partis-pris habituels, une narration dite chorale, qui peut tout d’abord intriguer, voire déstabiliser les spectateurs habitués à la grammaire de Joachim Trier, qui s’en tire de façon virtuose. Les comédiens sont extraordinaires, à fleur de peau, bouleversants, en premier lieu Renate Reinsve, récompensée à de nombreuses reprises pour sa prestation, qui l’a même portée jusqu’aux Oscars en 2026. Chef d’oeuvre instantané, lauréat (entre autres) du BAFTA du Meilleur film en langue étrangère et par l’Oscar du Meilleur film International.

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Test DVD / La Petite cuisine de Mehdi, réalisé par Amine Adjina

LA PETITE CUISINE DE MEHDI réalisé par Amine Adjina, disponible en DVD le 7 avril 2026 chez Pyramide Vidéo.

Acteurs : Younès Boucif, Clara Bretheau, Hiam Abbass, Gustave Kervern, Malika Zerrouki, Birane Ba, Lou-Adriana Bouziouane, Laurent Stocker…

Scénario : Amine Adjina

Photographie : Sébastien Goepfert

Musique : Amine Bouhafa

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Mehdi, cuisinier au restaurant Baratin, et Léa, serveuse dans ce même établissement, sont collègues et amants. Ils vivent ensemble et songent à prendre ensemble la succession du patron bientôt à la retraite. Les parents de Léa sont prêts à leur donner un coup de main,. Léa voudrait rencontrer Fatima la mère de Mehdi. Ce dernier, paniquant à l’idée de la réaction de sa mère à la découverte de la fiancée qu’il lui avait cachée demande à son amie Souhila de feindre d’être sa mère.

Comme le nom du restaurant où officie le personnage principal l’indique, Mehdi va se retrouver dans une spirale infernale de mensonges, histoire selon lui d’arrondir les angles. La Petite Cuisine de Mehdi est donc celle qui symbolise le beau métier de ce jeune homme arrivé à un carrefour de son existence (partagée entre deux cultures, deux identités), mais aussi ce qu’il trafique, avec les ingrédients mis à portée de main, pour faire en sorte que sa vie personnelle ne soit pas trop impactée par la tournure des événements. Ce premier long-métrage écrit et réalisé par Amine Adjina, qui a aussi été comédien, s’avère très attachant, non seulement par sa simplicité, mais aussi par sa fraîcheur et l’excellence de sa distribution. Celle-ci est portée par Younès Boucif, comédien qui petit à petit fait son trou dans le cinéma français et que l’on avait déjà vu dans Les Magnétiques de Vincent Maël Cardona, la série Drôle sur Netflix, le superbe Le Ravissement d’Iris Kaltenbäck et même aux côtés de Laura Dern et de Liam Hemsworth dans la comédie romantique Lonely Planet de Susannah Grant. Il est ici en haut de l’affiche et porte merveilleusement bien cette comédie douce et amère très prometteuse menée sans aucun temps mort et marquée par de belles répliques qui fusent. Une belle surprise.

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Test Blu-ray / Romance, réalisé par Catherine Breillat

ROMANCE réalisé par Catherine Breillat, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Caroline Ducey, Sagamore Stévenin, François Berléand, Rocco Siffredi, Reza Habuhossein, Ashley Wanninger, Emma Colberti, Fabien de Jomaron…

Scénario : Catherine Breillat

Photographie : Giorgos Arvanitis

Musique : Raphäel Tidas & DJ Valentin

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1999

LE FILM

Une jeune femme, Marie, vit avec son compagnon, Paul, une relation frustrante sur les plans émotionnel et sexuel. Elle a une relation sexuelle avec Paolo, un homme rencontré dans un bar. Son désir d’apaiser sa frustration la conduit ensuite à une série de relations, souvent éphémères, jusqu’à entamer un rapport sadomasochiste avec un homme plus âgé.

Avec Romance, Catherine Breillat connaît son plus grand succès public avec près de 350.000 entrées. Aujourd’hui pourtant, le film s’avère l’un des plus critiqués, pour ne pas dire rejetés de la part des spectateurs. Si ce sixième long-métrage de la cinéaste a surtout bénéficié d’un phénomène de curiosité, qui a poussé les spectateurs à découvrir cet opus dans les salles, il est dur de nos jours d’émettre un bon avis, d’autant plus que celui-ci se trouve entaché par la déclaration en 2024 de son actrice principale, Caroline Ducey (par ailleurs très bien), qui accuse la réalisatrice (qui l’a aussi dirigée dans l’excellent Une vieille maîtresse) d’avoir organisé un viol sur le tournage et de l’avoir manipulée. Catherine Breillat a démenti les propos de la comédienne, qui affirmait que son actrice avait été prévenue que les scènes de sexe ne seraient pas simulées. Si l’on reste concentré sur le film proprement dit, difficile de ne pas rire devant Romance avec ses dialogues pompeux que l’on penserait élaborés en intelligence artificielle (les répliques sont idéales pour une partie de Kamoulox entre amis), le jeu embarrassé de Rocco Siffredi, qui se demande quels propos il est en train dé-bite-r, sans oublier les apparitions de François Berléand, dont le personnage entreprend d’éduquer Marie au bondage. La chair est souvent triste chez Catherine Breillat, exposée comme des morceaux barbaque sur l’étalage d’un boucher-charcutier, dans le but d’essayer de comprendre pourquoi on en fait tout un foin, pourquoi c’est bon, pourquoi « on ne pense qu’à ça ». Rétrospectivement, Romance est une fausse route pour son auteure, qui se perd ici dans tous les clichés, dans ses névroses personnelles, au point que ce drame psychologique mute involontairement en comédie…

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Test Blu-ray / Papa est en voyage d’affaires, réalisé par Emir Kusturica

PAPA EST EN VOYAGE D’AFFAIRES (Otac na sluzbenom putu) réalisé par Emir Kusturica, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 15 décembre 2025 chez Malavida Films.

Acteurs : Miki Manojlovic, Mira Furlan, Mustafa Nadarevic, Moreno D’e Bartolli, Amer Kapetanovic, Mirjana Karanovic, Predrag Lakovic, Pavle Vuisic…

Scénario : Abdulah Sidran & Emir Kusturica

Photographie : Vilko Filac

Musique : Zoran Simjanovic

Durée : 2h16

Date de sortie initiale: 1985

LE FILM

Sarajevo. Juin 1950, peu après la rupture Tito-Staline qui crée des tensions dans la société yougoslave. Mesa, un mari volage, mais attaché à sa famille et amoureux de sa femme Sena, est dénoncé pour une plaisanterie par une maîtresse délaissée et envoyé par son propre beau-frère en camp de travail. Pour les protéger, sa femme Sena dit à leurs enfants que Papa est en voyage d’affaires. À défaut de retour, une visite sur « son lieu de travail » est bientôt possible…

Aux côtés de Francis Ford Coppola (Apocalypse Now et Conversation secrète), Bille August (Pelle le Conquérant et Les Meilleures intentions), Shohei Imamura (La Ballade de Narayama et L’Anguille), les frères Dardenne (Rosetta et L’Enfant), Michael Haneke (La Pianiste et Le Ruban Blanc), Ken Loach (Le Vent se lève et Moi, Daniel Blake) et Ruben Östlund (The Square et Sans filtre), Emir Kusturica, fait partie de ces réalisateurs récompensés à deux reprises par la convoitée Palme d’Or. Dix ans avant Underground, le réalisateur yougoslave, alors âgé de 30 ans, devait être consacré pour la première fois pour Papa est en voyage d’affaires, alors que concourraient face à lui Birdy d’Alan Parker, Le Baiser de la femme araignée d’Héctor Babenco, Pale Rider, le cavalier solitaire de Clint Eastwood, Adieu Bonaparte de Youssef Chahine, Une nuit de réflexion de Nicolas Roeg, sans compter la présence de Jean-Luc Godard, Ted Kotcheff, Mario Monicelli, Dino Risi, Peter Bogdanovich, Paul Schrader, Claude Chabrol, André Téchiné…du beau monde quoi. Papa est en voyage d’affaires n’est que le second long-métrage du metteur en scène, sorti quatre ans après son premier coup d’essai, Te souviens-tu de Dolly Bell ?, lauréat du Lion d’or de la première œuvre à la Mostra de Venise en 1981, doublé du Prix de la Fédération internationale de la presse cinématographique. Autant dire qu’Emir Kusturica a toujours été porté par la critique et habitué des prix. Il y a comme un parfum de cinéma italien dans Papa est en voyage d’affaires, avec cette radiographie d’une famille perdue dans la Yougoslavie communiste des années 1950, après la rupture avec l’URSS. Indéniablement, il nous manque certains codes, certaines références, culturelles, sociales, politiques, pour apprécier encore aujourd’hui pleinement ce film qui pourtant fait toujours le bonheur de la critique, surtout française, et des cinéphiles les plus pointus. S’il n’est évidemment pas déplaisant dans toute sa première partie, l’intérêt du film s’émousse dès que le père quitte son « lieu de travail ». Demeurent les acteurs, tous formidables et une belle reconstitution, mais on ne peut nier que l’ennui s’installe assez souvent, d’autant plus que le rythme est très lent. Papa est en voyage d’affaires reste une curiosité quand on se penche sur les films « palmés », mais se révèle trop hermétique sur de nombreux aspects.

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Test Blu-ray / La Ragazza, réalisé par Luigi Comencini

LA RAGAZZA (La Ragazza di Bube) réalisé par Luigi Comencini, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 28 avril 2026 chez Tamasa Distribution.

Acteurs : Claudia Cardinale, George Chakiris, Marc Michel, Dany París, Monique Vita, Carla Calò, Emilio Esposito…

Scénario : Luigi Comencini & Marcello Fondato, d’après le roman de Carlo Cassola

Photographie : Gianni Di Venanzo

Musique : Carlo Rustichelli

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

En 1945, en Toscane, Mara fait la connaissance de Bube, un partisan qui vient rendre visite à son père. Ils tombent amoureux et se fiancent mais ne peuvent se voir qu’épisodiquement. Bube qui a tué un brigadier et son fils est contraint de s’enfuir à l’étranger. Le temps passe et Mara rencontre Stefano qui un jour lui demande de l’épouser. Elle hésite puis apprend que Bube vient d’être expulsé de son pays d’accueil et arrêté à la frontière.

Placé entre l’exceptionnel Le CommissaireIl Commissario et plusieurs films à sketches (Pour trois nuits d’amour, Ma femme et Les Poupées), La Ragazza ou La Ragazza du Bube en version originale, rend compte du caractère à la fois romantique et engagé du réalisateur Luigi Comencini (1916-2007). Si l’on devait rapprocher ce film d’un autre opus du cinéaste, ce serait indéniablement Un vrai crime d’amourDelitto d’amore (1974), plus méconnu certes, mais qui contient pour ainsi dire les mêmes éléments. La Ragazza est ni plus ni moins l’un des plus beaux, l’un des plus grands, l’un des films plus personnels de Luigi Comencini. Le réalisateur découvre le roman éponyme de Carlo Cassola, prix Strega en 1960 et en tombe littéralement amoureux, au point d’en acheter lui-même les droits. Forcément éloigné de ses comédies habituelles, y compris de ses « études de moeurs » qui l’ont rendu célèbre (les deux premiers volets de Pain, Amour, Maris en liberté, Les Surprises de l’amour, À cheval sur le tigre), le metteur en scène a également souvent montré un côté sombre, voire désespéré de l’âme humaine (La Traite des blanches), quitte à mélanger humour et gravité pour que le message « passe » auprès du public, comme un autre de ses chefs d’oeuvre, La Grande pagailleTutti a casa (1960). Mais avec La Ragazza, coécrit avec Marcello Fondato (Histoire d’aimer, Attention on va s’fâcher…, Les Complexés) il désire aborder pleinement et au premier degré une histoire d’amour teintée de politique et donc liée à l’Histoire de son pays au moment de la Libération. Raison pour laquelle les financiers ont été quelque peu frileux et ont dans un premier temps rejeté le projet de Luigi Comencini, qui réussira tout de même à monter financièrement son film grâce à Franco Cristaldi. Le producteur de Mario Monicelli (Un héros de notre temps, Le Pigeon, Les Camarades), Luchino Visconti (Nuits blanches), Francesco Rosi (Le Défi, Salvatore Giuliano) permet au maestro de concrétiser La Ragazza, qui connaîtra un immense succès dans le monde entier, avec notamment près de cinq millions d’entrées en Italie et offre à Claudia Cardinale l’un des rôles les plus emblématiques de son illustre carrière. Capolavoro.

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Test Blu-ray / Le Criminel aux abois – Nowhere to Go, réalisé par Seth Holt & Basil Dearden

LE CRIMINEL AUX ABOIS (Nowhere to Go), réalisé par Seth Holt & Basil Dearden, disponible en combo Blu-ray/DVD le 29 avril 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : George Nader, Maggie Smith, Bernard Lee, Geoffrey Keen, Bessie Love, Harry H. Corbett, Andree Melly, Michael Collins…

Scénario : Donald MacKenzie, d’après son roman

Photographie : Paul Beeson

Musique : Dizzy Reece

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Paul Gregory s’apprête à voler à Harriet Jefferson, la précieuse collection de pièces anciennes et rares de son mari défunt. Par une suite de malentendus, Gregory finit par se croire « doublé » par quelqu’un qu’il croyait son allié. Le temps qu’il réalise son erreur, il est trop tard.

Quand on s’intéresse à Nowhere to Go, plus connu en France sous son titre Le Criminel aux abois, on constate que deux réalisateurs sont crédités. Il y a tout d’abord l’éminent Basil Dearden (1911-1971), sur lequel nous sommes déjà revenus à l’occasion de nos articles consacrés à Khartoum, Au coeur de la nuit, Un si noble tueurThe Gentle Gunman et The Ship that Died of Shame. Le second metteur en scène à la barre est Seth Holt (1923-1971), habituellement monteur (De l’or en barre, Tortillard pour Tietfield, La Loterie de l’amour et La Bataille des sexes) qui signera le formidable Hurler de peurTaste of Fear (1961), thriller dramatico-psychologique, ainsi Confession à un cadavre The Nanny (1965), tous les deux pour le compte de la Hammer. Si Seth Holt est cité en premier, il y a fort à parier que Le Criminel aux abois doit plus au second, dont l’efficacité et la virtuosité, qui ont souvent été prouvées, sont ici évidentes à plusieurs reprises. C’est le cas pour l’incroyable séquence d’ouverture, celle de l’évasion de prison, cinq minutes sans aucun dialogue (ou presque, juste quelques bribes avec les matons), une vraie leçon de cadrage, de montage, de rythme. Si la suite du film n’aura pas la même puissance, il n’en reste pas moins que Nowhere to Go demeure un superbe exercice de style, qui oscille entre le film de casse et de cavale, et qui marque aussi la première apparition au cinéma d’une des plus grandes comédiennes britanniques, Maggie Smith.

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Test Blu-ray / La Condition, réalisé par Jérôme Bonnell

LA CONDITION réalisé par Jérôme Bonnell, disponible en DVD et Blu-ray le 7 avril 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Swann Arlaud, Galatea Bellugi, Louise Chevillotte, Emmanuelle Devos, Pierre Philippe, Aymeline Alix, François Chattot, Camille Rutherford, Jonathan Couzinié…

Scénario : Jérôme Bonnell, d’après le roman de Léonor de Récondo

Photographie : Pascal Lagriffoul

Musique : David Sztanke

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Nous sommes au début du vingtième siècle. Céleste est bonne chez un couple de bourgeois à la campagne. Dans cette maison quelque peu étouffante tenue par André, notable respecté et se voulant respectable, se joue un jeu de pouvoir dont les femmes font les frais. Par un biais inattendu, Victoire, la femme d’André, et Céleste, vont être amenées à se rapprocher…

À l’occasion de la sortie de Chère Léa en DVD & Blu-ray en avril 2022, l’auteur de ces mots rédigeait une déclaration d’amour au cinéma de Jérôme Bonnell. Quatre ans plus tard, pour l’arrivée de La Condition dans les bacs, les mots pourraient être les mêmes. Ce huitième long-métrage aura permis au réalisateur de se refaire une petite santé après l’échec de son précédent film, passé inaperçu avec seulement 44.000 entrées. La Condition est l’adaptation libre – une première pour Jérôme Bonnell – du roman Amours de Léonor de Récondo, magnifique manifeste féministe porté par la grâce de ses trois acteurs principaux, Swann Arlaud, Galatéa Bellugi et Louise Chevillotte. Ce drame en costumes, jamais poussiéreux, mais au contraire furieusement moderne, rend compte encore et toujours de l’inspiration sans limite du cinéaste quand celui-ci prend les femmes comme héroïnes de ses histoires. L’auteur du Chignon d’Olga (2002), des Yeux clairs (2010), de La Dame de trèfle (2010), sans oublier les merveilleux Le Temps de l’aventure (2013) et À trois on y va (2015), se penche sur la relation tumultueuse et surtout violente entre les personnages, en mettant en relief la « bonne conscience » masculine qui dissimule en réalité une agressivité permanente, qui se déchaîne sur les femmes, qui quant à elles doivent accepter d’être dominée, d’être au service, soumise aux pulsions, au désir de ces messieurs. Jérôme Bonnell s’intéresse aux rapports de pouvoirs et donc à l’opposition des sexes, en s’attachant ici à deux femmes opposées sur le plan social, qui contre toute attente réussissent à s’unir face au même croque-mitaine, magistralement interprété par l’immense Swann Arlaud, qui signe une fois de plus une prestation digne de tous les éloges. Assurément, La Condition est un sommet dans la carrière de Jérôme Bonnell, et disons-le, un de ses chefs d’oeuvre.

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