Test Blu-ray / Le Cerveau d’acier, réalisé par Joseph Sargent

LE CERVEAU D’ACIER (Colossus : The Forbin Project) réalisé par Joseph Sargent, disponible en DVD et Blu-ray le 9 mai 2017 chez Movinside

Acteurs : Eric Braeden, Susan Clark, Gordon Pinsent, William Schallert, Leonid Rostoff, Georg Stanford Brown, Willard Sage

Scénario : James Bridges d’après le roman de D.F. Jones

Photographie : Gene Polito

Musique : Michel Colombier

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Scientifique de renom, Charles A. Forbin met au point un super-ordinateur baptisé Colossus, chargé de contrôler l’arsenal nucléaire des États-Unis ainsi que celui de ses alliés, afin d’éviter toute erreur humaine. Alimenté par son propre réacteur nucléaire et installé au coeur d’une montagne, Colossus, une fois activé, détecte un autre super-ordinateur. On apprend bientôt qu’il s’agit de l’homologue soviétique de Colossus, baptisé Guardian. C’est là que les ennuis commencent…

Attention, chef d’oeuvre ! Méconnu, pourtant sublime et précurseur, Le Cerveau d’acierColossus : The Forbin Project s’apparente au chaînon manquant entre Point Limite de Sidney Lumet (1965) et 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (1968), rien de moins ! Ce film de science-fiction apocalyptique est réalisé par Joseph Sargent, de son vrai nom Giuseppe Danielle Sorgente (1925-2014), cinéaste éclectique à qui l’on doit L’Espion au chapeau vert (1966), deux épisodes en version longue mis bout à bout de la série Des agents très spéciaux, Les Pirates du métro (1974) ou bien encore l’inénarrable Dents de la mer 4 : La Revanche (1987). Le Cerveau d’acier est assurément son plus grand film et n’en finit pas d’impressionner par sa virtuosité, sa sécheresse de ton, son cadre, son intelligence et son interprétation, sans oublier la discrète et pourtant subtile composition de Michel Colombier.

Le docteur Charles Forbin a mis au point un super ordinateur qui va prendre en charge la gestion des défenses militaires américaines. Mais, seulement quelques minutes après sa mise en service dans des conditions réelles, la machine envoie un énigmatique message : «Il y a un autre système !». On apprend que Colossus fait allusion à un projet soviétique similaire : un superordinateur baptisé « Guardian » contrôlant l’armement nucléaire soviétique. Les deux ordinateurs demandent à être relié l’un à l’autre afin de pouvoir communiquer. Une connexion est établie et les ordinateurs commencent à échanger des messages utilisant un langage mathématique simple, chaque camp supervisant les communications à l’aide de moniteurs. Le contenu des messages finit par devenir de plus en plus complexe, jusqu’à présenter des principes mathématiques jusque là inconnus. Les deux ordinateurs finissent par adopter un langage binaire impossible à interpréter par les scientifiques. Alarmés, les chefs d’État américain et soviétique décident d’un commun accord d’interrompre la connexion. Colossus et Guardian exigent que la connexion soit rétablie, sinon « des mesures seront prises ». Leur demande étant ignorée, Colossus et Guardian décident l’un comme l’autre de lancer un missile nucléaire. Les deux pays rétablissent la connexion et Colossus intercepte à temps le missile soviétique. Toutefois, la connexion a été rétablie trop tard côté soviétique : le missile américain anéantit un complexe pétrolifère et une ville voisine. Impuissants, les scientifiques et responsables des deux camps assistent à un échange d’informations effréné entre les deux superordinateurs, lesquels annoncent ensuite avoir fusionné en une seule et unique entité infiniment plus performante, ayant choisi le nom de Colossus.

Sorti en 1970, Le Cerveau d’acier est adapté du roman de Dennis Feltham Jones écrit et publié en 1966. Film d’anticipation, Colossus : The Forbin Project se penche sur le sujet de l’intelligence artificielle si celle-ci devait échapper à l’homme qui l’a conçue. En prenant conscience de lui-même, l’ordinateur décide d’agir pour le bien de l’humanité, en ne tenant plus compte des avis de celui qui l’a créé, parfois en détruisant des milliers de vies pour en sauver des millions. Le Cerveau d’acier fait froid dans le dos avec ses décors grandioses et son caractère pessimiste.

Aujourd’hui mondialement connu pour sa participation aux Feux de l’amour depuis 1980, Victor Newman, Eric Braeden pardon, a certes peu tourné pour le cinéma, mais ses films demeurent marquants. Outre le Titanic de James Cameron, le comédien apparaît également dans Les 100 fusils de Tom Gries, Les Évadés de la planète des singes de Don Taylor, le sympathique La Coccinelle à Monte-Carlo de Vincent McEveety, ou bien encore L’Ambulance de Larry Cohen. Il est parfait et élégant dans Le Cerveau d’acier. Son charisme renvoie parfois à l’idée que l’on pouvait se faire d’un James Bond à la fin des années 1960. Ses confrontations (formidables et percutants dialogues) avec Colossus sont tendues du début à la fin, au départ protocolaires, puis de plus en plus intrigantes à mesure que l’ordinateur développe une personnalité, jusqu’à la fin quand Colossus ordonne d’installer des caméras (ses yeux) partout, y compris au sein même de l’habitat de Forbin. L’épilogue reste particulièrement sombre et désespéré, tandis que les merveilleux décors subjuguent dès la première séquence, celle où le spectateur fait connaissance avec Colossus et son complexe. Bien que froid en apparence, on s’attache également très vite au Dr Charles A. Forbin, ce concepteur d’un projet gouvernemental secret, très vite dépassé par les événements et qui doit se rendre à l’évidence : il a bel et bien créé un monstre qui lui a échappé, qui prend conscience de lui-même et qui s’est proclamé maître du monde. L’ordinateur est désormais prêt à tous les sacrifices, afin d’abolir la guerre et éradiquer la famine, la maladie et la surpopulation.

Cette relecture glaçante du mythe de Prométhée se nourrit des peurs engendrées par la Guerre Froide et la possibilité d’une Troisième Guerre mondiale et n’a souvent rien à envier aux grands films susmentionnés. D’autant plus que le film a sûrement inspiré James Cameron pour le Skynet de Terminator. Il est donc temps de réhabiliter ce Colossus : The Forbin Project, qui n’a absolument pas vieilli, à part peut-être dans les décors bien sûr, mais dont le sujet ambitieux et maîtrisé n’a jamais autant incité à la réflexion.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Cerveau d’acier, disponible chez Movinside dans une collection dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy, repose dans un boîtier classique classe de couleur noire. L’élégante jaquette saura immédiatement taper dans l’oeil des cinéphiles passionnés de SF, et des autres, puisqu’elle reprend l’un des visuels originaux. Le menu principal est tout aussi classe, animé et musical.

A l’instar des autres titres de cette merveilleuse collection, Le Cerveau d’acier, cette édition HD ne contient qu’un seul supplément, une présentation du film par le journaliste Marc Toullec (13’). L’ancien co-rédacteur en chef de Mad Movies ne manque pas d’inspiration et d’arguments pour défendre ce bijou qu’il situe dans son contexte. Toullec évoque le sujet, le roman original de Dennis Feltham Jones, les similitudes avec les deux premiers Terminator de James Cameron, tout en donnant quelques indications sur les carrières du réalisateur Joseph Sargent, du scénariste James Bridges et des comédiens, en se focalisant bien sûr sur Eric Braeden. Le tout accompagné d’anecdotes sur la production du film et les tentatives avortées d’un remake envisagé par Ron Howard avec Will Smith dans le rôle principal.

L’Image et le son

Grâce à un codec AVC de haute tenue, le Blu-ray du Cerveau d’acier proposé au format 1080p, permet aux spectateurs de redécouvrir totalement les incroyables décors du film. Si l’on excepte quelques séquences plus douces que d’autres ou au grain plus appuyé nous nous trouvons devant une image qui ne cesse de flatter les rétines. Issue d’une restauration solide, cette copie HD, d’une stabilité à toutes épreuves, est absolument indispensable et superbe. La propreté est indéniable, les couleurs retrouvent une vraie vivacité, le piqué est joliment acéré et les détails sont probants sur le cadre large. Le découpage est net et sans bavure, l’ensemble est homogène et d’une indéniable élégance, comme les contrastes. Revoir Le Cerveau d’acier, oeuvre rare et malheureusement souvent oubliée, dans ces conditions était pour ainsi dire inespéré.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage Dolby Digital 2.0 Mono. Pas de HD ici donc. Cependant, le confort acoustique est malgré tout assuré dans les deux cas. L’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont clairs, nets, précis, même si l’ensemble manque de vivacité sur la piste française. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Movinside / Universal / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Livre / Hollywood ne répond plus, par Olivier Rajchman (Editions Baker Street)

Si cela avait été Noël, Hollywood ne répond plus (Editions Baker Street), sorti le 18 mai 2017, se trouverait au pied du sapin de chaque cinéphile. Journaliste (Télé Star, Studio Ciné Live), auteur en 2010 d’une biographie croisée Delon / Belmondo : L’Etoffe des héros (Timée-éditions) et intervenant dans les suppléments de DVD/Blu-ray de Deux hommes dans la ville, Borsalino & Co, Trois hommes à abattre, Pour la peau d’un flic, Olivier Rajchman signe un vrai trésor pour les passionnés du septième art. 400 pages consacrées au tournage de Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz, comme l’indique une photo du couple Elizabeth Taylor / Richard Burton sur le visuel, mais aussi sur les derniers jours de Marilyn Monroe et le tournage colossal du Jour le plus long réalisé par Ken Annakin, Darryl F. Zanuck, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Gerd Oswald…surtout produit par Zanuck. Le titre de l’ouvrage d’Olivier Rajchman est malin et reflète la débâcle de la production de Cléopâtre, qui aurait pu tout ravager et emporter Hollywood dans un vrai raz-de-marée.

Pourquoi ces trois récits entrecroisés ? Parce que c’est précisément à ce moment précis que le monde du cinéma a failli imploser. Entre Marilyn Monroe en prise avec les réalisateurs qui s’impatientaient devant son manque de confiance et sa vie personnelle chaotique, Darryl F. Zanuck réfugié en France qui souhaitait redorer son blason d’ancien grand manitou d’Hollywood en adaptant à l’écran le roman de Cornelius Ryan, et le chemin de croix en Italie de Mankiewicz, dans les studios de Cinecittà, pour mettre en boite un film déjà maudit avant qu’il en reprenne les rênes, Olivier Rajchman utilise les monstres du cinéma pour en tirer comme un véritable thriller. Des monstres sans doute, dans tous les sens du terme, mais Rajchman montre également et surtout des êtres humains pris dans la tourmente, dans leurs problèmes personnels, dans leur ego surdimensionné aussi. Les rebondissements sont distillés au fil de 44 chapitres indiquant le lieu et la date de l’action qui est en train de se dérouler.

Cléopâtre est le couronnement suprême pour Elizabeth Taylor, sublimée à chaque plan, tandis que Marilyn, en quête du rôle qui aurait pu montrer au monde entier qu’elle n’était pas qu’une poupée glamour, se perd dans l’alcool, les amants passagers et les médicaments, jusqu’à Something’s Got to Give, son dernier film resté inachevé…et son dernier sommeil. On lit Hollywood ne répond plus comme un polar avec des protagonistes que l’on connaît, enfin surtout de ce qu’on connaît d’eux via le grand écran, tout en découvrant l’autre facette, celle derrière le strass. A partir d’un travail documenté exceptionnel, y compris des extraits inédits du journal de Joseph L. Mankiewicz (le livre propose quelques extraits), réalisé avec l’accord et même l’amitié de la fille du cinéaste, Alex Mankiewicz, qui signe également la préface, le journaliste nous raconte ces histoires palpitantes, ces portraits dressés d’hommes et de femmes dont les destins ont failli avoir la peau du système hollywoodien. Les trahisons, les démêlés, les coups bas sont dévoilés au grand jour, sans jugement, sans emphase, mais avec un percutant sens du récit et le désir de partager de cinéphile à cinéphile. Ce que l’on retient le plus d’Hollywood ne répond plus, une véritable mine d’or d’informations et qui démontre que la réalité est parfois aussi fascinante pour ne pas dire tragique que la fiction, c’est la façon dont Rajchman retrace l’incroyable épopée du tournage de Cléopâtre, film de tous les excès.

A l’époque jugé lourd, étouffant et bavard, le film de Mankiewicz est aujourd’hui considéré à juste titre comme un puissant chef d’oeuvre. On admire encore plus de nos jours le culot du réalisateur qui au lieu de privilégier l’action et les scènes de batailles s’est surtout concentré sur la complexité des personnages. Ou le drame intimiste le plus cher de l’histoire du cinéma. L’ampleur de la mise en scène n’étant qu’un subterfuge pour ne retenir que les dialogues, admirablement écrits et typiques de la griffe Mankiewicz, et ressentir la dimension humaine de cette histoire dense et implacable. Elizabeth Taylor, l’actrice aux yeux de velours, demeurera dans les mémoires comme étant LA Cléopâtre la plus éblouissante et sensuelle qu’il nous ait été donné de voir. Le film épique de Mankiewicz est une merveille cinématographique d’une suprême élégance, qui plonge le spectateur dans l’Antiquité durant 4 heures sans jamais susciter l’ennui. Comme Hollywood ne répond plus, dont on devient accro dès les premières pages, qui nous fait voyager dans le temps et aux quatre coins du monde, qui nous donne une occasion unique de côtoyer celles et ceux que l’on admire et que l’on continue d’admirer, à la fois acteurs et victimes placés dans un mauvais alignement des astres. L’Armageddon cinématographique était alors très proche, certains n’ont pas survécu à ce chaos, d’autres au contraire en sont sortis plus grands que jamais ou allaient tout simplement revivre. Mais une chose est sûre, Hollywood avait changé et une nouvelle ère commençait. L’âge d’or s’éteignait en emportant Marilyn, son plus beau joyau.

Quelques extraits du journal de Joseph L. Mankiwicz disponibles et reproduits avec l’autorisation des Editions Baker Street :

« Me sens épuisé et ‘migraineux’ à l’extrême. Pris conscience d’avoir avalé aujourd’hui Ritonex, Vitamines, Demerol, Bufferin, Empirin, Codeine, et autres ! »

« Je continue de penser que Z [Zanuck] veut tout prendre en charge mais seulement après que j’en aurai terminé avec les trois vedettes. »

« Le pronunciamiento d’Elizabeth : après 5 mois, c’est soit Fisher, soit Burton, ou elle se tuera. »

HOLLYWOOD NE RÉPOND PLUS

Olivier Rajchman

Préface d’Alex Mankiewicz

Parution : 18 mai 2017 • ISBN : 978-2-917559-47-5 • Prix TTC France : 21€ • 154 x 240mm • broché 416 pages

Crédits images : © 20th Century Fox / Editions Baker Street / Getty Images

Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Invasion des profanateurs, réalisé par Philip Kaufman

L’INVASION DES PROFANATEURS (Invasion of the body snatchers) réalisé par Philip Kaufman, disponible en DVD et Blu-ray le 25 avril 2017 chez Rimini Editions

Acteurs : Donald Sutherland, Brooke Adams, Leonard Nimoy, Jeff Goldblum, Veronica Cartwright, Art Hindle, Kevin McCarthy, Don Siegel, Tom Luddy

Scénario : W.D. Richter d’après le roman de Jack Finney

Photographie : Michael Chapman

Musique : Denny Zeitlin

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Elizabeth s’aperçoit un jour du comportement étrange de son ami. Puis, peu à peu, d’autres personnes se transforment ainsi bizarrement. Pendant leur sommeil, une plante fabrique leur double parfait, tandis que l’original disparaît.

L’Invasion des profanateursInvasion of the Body Snatchers de Philip Kaufman est bien plus qu’un simple remake du film culte réalisé par Don Siegel en 1956. C’est une fabuleuse relecture du livre original de Jack Finney paru en 1955 (mais publié en 1977 en France sous le titre Graines d’épouvante) qui s’inscrit dans le cinéma hollywoodien des années 1970 placé sous le signe de la paranoïa. De mystérieuses particules venues de l’espace arrivent sur la Terre. A San Francisco, Elizabeth Driscoll (Brooke Adams) cueille une fleur étrange sur un arbre de son quartier et tente de l’identifier, en vain. Intriguée, elle s’en ouvre à son compagnon, sans réussir à éveiller son intérêt. De plus en plus inquiète, Elizabeth se confie à Matthew Bennell (Donald Sutherland), son collègue de bureau au ministère de la Santé. Plus tard, lors d’une réception, Jack (Jeff Goldblum), un ami de Matthew, décide de rentrer chez lui se reposer. Quelques heures après, son épouse constate avec un légitime effroi qu’il s’est transformé en une énorme «cosse», semblable à un embryon.

Près de 40 ans après sa sortie, L’Invasion des profanateurs demeure une référence de la science-fiction. Anxiogène, sombre, le film malmène son audience du début à la fin. Le dénouement aura traumatisé plus d’un spectateur et fait toujours son effet, y compris sur celles et ceux qui connaissent pourtant l’épilogue du film. En transposant ce récit à San Francisco, le réalisateur Philip Kaufman, qui avait auparavant signé en 1972 La Légende de Jesse James avec Cliff Robertson et Robert Duvall (qui fait ici un étrange caméo au début du film dans le rôle du prêtre sur la balançoire), ainsi que le scénario de Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood en 1976, étend la folie et le danger de son invasion éponyme. Paradoxalement, cela renforce l’enfermement des personnages qui tentent de s’échapper. Cette ville extraordinaire et l’une des plus belles filmées au cinéma, s’apparente alors à un terrain de jeu dangereux, où les derniers êtres humains doivent fuir dans des rues souvent désertées. La tension est maintenue tout du long, l’attachement envers les personnages est trouble puisque chacun peut avoir été « répliqué » à un moment ou à un autre.

Le scénario de W.D. Richter, futur réalisateur des Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension (1984) et scénariste des Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin de John Carpenter (1986) est un bijou et réserve son lot de surprises. Du point de vue technique, outre la virtuosité de Philip Kaufman et la grande réussite des effets visuels, la photographie de Michael Chapman, l’un des plus grands chefs opérateurs de l’histoire du cinéma (Taxi Driver, Raging Bull, Le Fugitif), renforce cette impression de claustration qui se resserre à mesure que les personnages se voient obliger de courir sans cesse pour échapper aux griffes des envahisseurs. N’oublions pas la partition de Denny Zeitlin, la seule incursion au cinéma du compositeur, qui donne des frissons et envoûte toujours les spectateurs. Evidemment, nous retenons aussi et surtout la performance de comédiens immenses, dominés par un Donald Sutherland en état de grâce et qui passait de grands films en grands rôles, de M*A*S*H de Robert Altman, en passant par Klute d’Alan J. Pakula, Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg, 1900 de Bernardo Bertolucci ou bien encore Le Casanova de Fellini de Federico Fellini. Cependant, sa prestation n’éclipse jamais celle de ses partenaires, notamment une Brooke Adams intrigante et débarquant des Moissons du ciel de Terrence Malick, un Jeff Goldblum âgé de 25 ans et déjà pince-sans-rire, une Veronica Cartwright affrontait déjà des aliens avant celui de Ridley Scott, et surtout un Leonard Nimoy froid comme la glace, qui impressionne à chaque regard ou réplique. Deux apparitions de premier choix sont également au programme, celle de Don Siegel en personne, dans le rôle d’un chauffeur de taxi ambigu, et celle de Kevin McCarthy, premier rôle du film original, qui fait ici le lien avec L’Invasion des profanateurs de sépultures.

A la fois thriller, film d’horreur et de science-fiction, L’Invasion des profanateurs est aussi un film politique angoissant et redoutablement pessimiste, parfait reflet d’une Amérique post-Watergate, en manque de repère et livrée à elle-même, alors que le Siegel reflétait plutôt la peur héritée du maccarthysme. Les derniers êtres humains sont ici les derniers représentants de l’individualité et du libre-arbitre, qui doivent lutter pour préserver ce qu’il leur reste de plus cher, pour ne pas être dupliqué et remplacé par un être programmé, sans haine et sans amour, né dans une cosse, métaphore de la standardisation. Après cette fabuleuse adaptation, Abel Ferrara y reviendra en 1993 avec Body Snatchers, ainsi qu’Oliver Hirschbiegel en 2007 avec Daniel Craig et Nicole Kidman dans Invasion. Les profanateurs feront sûrement leur retour un jour ou l’autre…

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de L’Invasion des profanateurs, disponible chez Rimini Editions, repose dans boîtier classique de couleur noire. Le visuel de la jaquette est très élégant, jouant sur la duplicité du personnage joué par Donald Sutherland. Le menu principal est animé et musical. L’éditeur joint également un livret de 12 pages rédigé par Pascal Montéville et intitulé Invasion(s), que nous retrouvons au cours d’un des suppléments détaillés ci-dessous.

Nous commençons cette large interactivité par l’entretien avec Brooke Adams (9’-2016). Chaleureuse, drôle et visiblement ravie de partager ses souvenirs liés au tournage de L’Invasion des profanateurs, la comédienne entame cette interview en indiquant qu’elle ne connaissait pas le film de Don Siegel. La rencontre et le travail avec Philip Kaufman, la scène de nu, la psychologie des personnages, la collaboration avec ses partenaires de jeu, la photographie de Michael Chapman, Brooke Adams aborde tous ces sujets, sans oublier de nous refaire son « truc avec les yeux » qui a marqué tant de spectateurs.

Dans un module réalisé en 2007, le scénariste W.D. Richter, le réalisateur Philip Kaufman, le directeur de la photographie Michael Chapman, les comédiens Donald Sutherland et Veronica Cartwright reviennent à leur tour sur leur adaptation du livre de Jack Finney (15’). Ces intervenants mentionnent les thèmes du film, les partis pris, les différences avec le film de Don Siegel, le tournage à San Francisco et la surprise de la scène finale.

Ne manquez pas le segment intitulé Une invasion signée Jack Finney (28’), qui donne la parole à Pascal Montéville, enseignant en Sciences Politiques à School Year Abroad de Rennes et qui propose un formidable comparatif entre les films de Don Siegel et Philip Kaufman, mais également des films avec le roman original de Jack Finney, tout en évoquant rapidement les deux adaptations suivantes. Notre interlocuteur passe en revue les thèmes du livre et la façon dont les réalisateurs ont su chacun refléter le climat politique et social de leur époque. Vous en saurez beaucoup plus sur la publication de ce roman qui a su marquer l’histoire de la science-fiction des années 1950. Enfin, Pascal Montéville donne également son point de vue sur le film qui nous intéresse.

Les suppléments suivants sont uniquement disponibles sur l’édition Blu-ray :

On passe à l’interview du comédien canadien Art Hindle, l’interprète du Dr. Geoffrey Howell dans L’Invasion des profanateurs (25’). Aujourd’hui paumé dans les séries B et Z au cinéma et à la télévision, Art Hindle ne cache pas son enthousiasme à évoquer sa participation au film de Philip Kaufman, tout en rappelant qu’il avait également participé au classique Black Christmas (1974) de Bob Clark puis juste après dans Chromosome 3 de David Cronenberg (1979). Très attachant l’acteur parle de son amour pour la science-fiction depuis son enfance et se souvient également que sa mère cinéphile l’avait emmené voir la version de Don Siegel au cinéma. A son tour, Art Hindle aborde le travail avec Philip Kaufman, sa découverte du scénario, les partis pris, le travail du chef opérateur, son personnage, ses partenaires (avec un « Leonard Nimoy merveilleux », une « Brooke Adams formidable» et un « Donald Sutherland froid, distant et un peu dédaigneux »), tout en avouant que L’Invasion des profanateurs est le film sur lequel il a préféré travailler.

C’est ensuite au tour du scénariste W.D. Richter de se pencher sur son travail (16’). Comment transposer le roman original, sans copier le travail déjà effectué par Don Siegel dans sa version du livre de Jack Finney ? Comment le tournage s’est-il déroulé ? W.D. Richter répond à ces questions, tout en avouant que le script était modifié en permanence. Les thèmes, mais aussi les effets visuels, le choix des comédiens, l’apparition de Don Siegel et de Kevin McCarthy, ainsi que la fin tenue secrète jusqu’au dernier moment, y compris pour les acteurs, sont également passés au peigne fin.

Dernier bonus tout aussi indispensable de cette édition HD, celui de la rencontre avec le compositeur Denny Zeitlin (15’). Chose rare dans l’histoire du cinéma, notre interlocuteur, enseignant en psychanalyse n’a composé qu’une seule partition, celle de L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman ! L’intéressé explique comment il est arrivé sur ce projet et comment il a relevé le défi d’écrire la musique du film qui nous intéresse. S’il se dit toujours très fier d’avoir participé à L’Invasion des profanateurs, Denny Zeitlin revient sur la difficulté de cette tâche à laquelle il consacrait entre 18 à 22 heures par jour pendant 10 semaines. Ce documentaire se clôt sur une petite démo au piano, tandis que Denny Zeitlin indique avoir reçu de nombreuses propositions à la sortie du film, mais qu’il a poliment décliné pour se consacrer à sa véritable vie professionnelle.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce. Un très grand merci à Rimini Editions !

L’Image et le son

L’éditeur nous permet de redécouvrir L’Invasion des profanateurs dans de belles conditions techniques, même si les partis pris esthétiques du chef opérateur Michael Chapman, donnent constamment du fil à retordre au codec AVC. Quelques séquences nocturnes demeurent altérées avec des noirs poreux virant au bleu, une baisse de la définition avec des plans flous, un grain plus hasardeux et une gestion des contrastes déséquilibrée. En dépit de diverses scènes à la définition aléatoire et de sensibles fourmillements, la propreté est indéniable et le dépoussiérage conséquent, la copie demeure très appréciable, et l’apport HD (1080p) est loin d’être négligeable. Les séquences diurnes lumineuses sont bien restituées avec parfois un halo de lumière vaporeux fort plaisant. On découvre aussi un lot de détails inédits qui flatte la rétine, d’autant que le cadre est stable et superbement exploité.

Malgré ce qui est mentionné sur la jaquette, point de piste anglaise en 5.1 ! La version originale bénéficie d’un mixage Stéréo qui instaure un confort acoustique convaincant. Cette option séduisante permet à la composition enivrante de Denny Zeitlin de s’étendre convenablement afin de mieux plonger le spectateur dans l’atmosphère du film. Les effets annexes ne tombent jamais dans la gratuité ni dans l’artificialité. De plus, les dialogues ne sont jamais noyés, bien qu’ils auraient pu être un poil plus relevés. Même chose pour la balance frontale, qui assure correctement le spectacle, même si l’on pouvait cependant espérer un ensemble plus riche et dynamique. Les fans de la version française devront se contenter d’une piste mono qui fait ce qu’elle peut pour imposer ses ambiances, les dialogues et la musique. Dommage que les sous-titres français soient imposés sur la version originale. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel. Dans les deux cas, aucun souffle constaté.

Crédits images : © Rimini Editions / MGM / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Souffle de la violence, réalisé par Rudolph Maté

LE SOUFFLE DE LA VIOLENCE (The Violent Men) réalisé par Rudolph Maté, disponible en DVD et Blu-ray le 9 mai 2017 chez Sidonis Calysta

Acteurs : Glenn Ford, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson, Dianne Foster, Brian Keith, May Wynn

Scénario : Harry Kleiner d’après le roman de Doland Hamilton

Photographie : W. Howard Greene, Burnett Guffey

Musique : Max Steiner

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Vétéran de la Guerre de Sécession, John Parrish met son ranch en vente acheté il y a trois ans afin de se remettre de ses blessures, bien décidé à s’installer avec sa fiancée dans l’Est des Etats-Unis. Si la puissante famille Wilkison lui fait une offre, il la refuse, l’estimant ridiculement basse. Mais les Wilkison ne sont pas des gens auxquels on dit « non ». Pour faire plier Parrish, ils emploient les grands moyens. Ce qu’ils vont bientôt regretter…

Avant de passer à la mise en scène, le polonais Rudolf Mayer, plus connu sous le nom de Rudolph Maté (1898-1964) avait fait ses classes en tant que directeur de la photographie en travaillant avec Carl Theodor Dreyer sur La Passion de Jeanne d’Arc, Louise Brooks sur Prix de beauté, Fritz Lang sur Liliom, Leo McCarey sur la première version de Elle et lui, sans oublier Alfred Hitchcock sur Correspondant 17, René Clair sur La Belle ensorceleuse, Ernst Lubitsch sur To Be or Not To Be, Charles Vidor sur Gilda, jusqu’à La Dame de Shanghai d’Orson Welles en 1947. Réalisé en 1955, Le Souffle de la violenceThe Violent Men, demeure un de ses films les plus célèbres.

Réunissant un casting prestigieux composé de Glenn Ford, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson, Dianne Foster, Brian Keith et Richard Jaeckel, ce western entre classicisme et film noir possède plusieurs atouts dans son jeu pour qu’on s’y attarde. En 1870, dans l’Ouest américain. Installé depuis 20 ans dans une vallée, un gros propriétaire terrien, Lew Wilkison, agrandit continuellement son domaine en ruinant les petits fermiers des environs et en leur rachetant leurs terres à des prix dérisoires. Ceux qui refusent de lui céder sont brutalisés et même abattus par ses hommes. Lew, resté infirme à la suite d’une blessure, est encouragé dans son orgueil et sa tyrannie par sa femme, Martha, ambitieuse et cupide. Il trouve un terrain d’entente avec John Parrish pour racheter son ranch mais quand l’ami de ce dernier, le shérif Martin Kenner, est tué par un homme de main de Wilkison, c’est le début d’une guerre entre ranchers.

Si le travail à la réalisation de Rudolph Maté est moins reconnu que sa période en tant que chef opérateur, il n’en demeure pas moins que Le Souffle de la violence s’avère une belle réussite. Glenn Ford demeure une des meilleures incarnations du cowboy à l’écran. Aussi à l’aise au maniement de la pétoire qu’à cheval, merveilleux comédien dramatique au charisme flamboyant, on ne regarde pas Glenn Ford, on l’admire. La magie opère une fois de plus dans Le Souffle de la violence, d’autant plus que son personnage, comme tous les autres, n’est au final pas si attachant que cela. Une gageure pour Maté de nous faire accepter un cowboy, ancien militaire donc, qui n’aspire qu’à être tranquille, au point de ne pas intervenir lorsqu’un shérif se fait tirer dans le dos devant lui. John Parrish se dévoile par strate et l’on comprend alors que l’homme a connu la violence extrême sur le front, qu’il en est revenu sain et sauf en apparence, mais que les combats résonnent encore dans sa tête et qu’il reste tourmenté. Alors quand ses projets de partir dans l’est se voient contrecarrés, Parrish ne va pas avoir d’autres choix que d’avoir recours à ses méthodes militaires – ancien stratège de la cavalerie sudiste – pour affronter ses adversaires. Un peu comme s’il s’agissait du grand-père de Liam Neeson dans Taken quoi. Mais face à lui se joue un double et trouble jeu.

Martha Wilkison est mariée à un riche propriétaire terrien paralysé. Malgré son visible dévouement et sa douceur, la jeune femme entretient une relation avec le frère de son époux. Ambitieux, ces deux derniers parviennent à manipuler le mari de Martha afin d’étendre la propriété, en vue de se l’accaparer ultérieurement. Martha parvient à monter son mari contre Parrish. Il y a du film noir dans Le Souffle de la violence, impression renforcée par le jeu moderne et même la figure de Barbara Stanwyck, sans oublier celle d’Edward G. Robinson. Dix ans auparavant, les deux comédiens tenaient l’affiche du mythique Assurance sur la mort de Billy Wilder. Le Souffle de la violence se pose à la croisée des genres.

Rudolph Maté ponctue son film de quelques fulgurances à l’instar du règlement de comptes entre Parrish et Wade Matlock (Jaeckel, venimeux à souhait) dans le saloon, ou bien encore l’exécution d’un des hommes de Parrish, écartelé au lasso par les sbires menés par Matlock, avant d’être froidement exécuté. L’homme est un loup pour l’homme et porte la violence en lui. Si elle parvient à s’atténuer, elle ressurgit à la moindre occasion.

Tournée dans les merveilleux décors naturels de l’Arizona et des Alabama Hills en Californie capturés par deux chefs opérateurs, W. Howard Greene (Une étoile est née, Le Livre de la jungle) et Burnett Guffey (Tant qu’il y aura des hommes), marquée par la partition inspirée du prolifique Max Steiner, cette adaptation du roman Smoky Valley de Donald Hamilton publié en 1954 est très plaisante, divertissante, aussi généreuse dans l’action sèche que dans ses inattendus affrontements psychologiques.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Le Souffle de la violence, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.

Pas moins de trois présentations au programme de cette édition !

On commence évidemment par la plus longue, la plus passionnée et passionnante, la plus complète, celle de Bertrand Tavernier (30′). Le cinéaste et historien du cinéma avoue d’emblée avoir réévalué Le Souffle de la violence avec un plaisir non dissimulé. S’il avait loué la qualité du scénario dans son ouvrage 50 ans de cinéma américain coécrit avec Jean-Pierre Coursodon, Bertrand Tavernier trouvait la mise en scène de Rudolph Maté très médiocre. Dans son mea culpa, l’historien évoque la beauté de la photographie, mais aussi celle du cadre, la violence sèche, les décors naturels, la musique de Max Steiner, la complexité des personnages, le casting, le décalage des archétypes. Encore une belle et grande leçon de cinéma.

Après cet entretien, les deux suivants font ce qu’ils peuvent pour apporter de nouveaux éléments qui pourraient intéresser les spectateurs. Comme d’habitude, Patrick Brion (9′), commence par réaliser un petit tour d’horizon du western l’année où le film qui nous intéresse est sorti sur les écrans. Cette manie commence à devenir bien redondante, d’autant plus que cette année avait déjà été passée en revue par l’intéressé sur d’autres titres, mais heureusement, nous arrivons à glaner quelques informations, notamment sur la psychologie des personnages. Comme bien souvent ces derniers temps, Patrick Brion évoque deux ou trois points “très intéressants” sans forcément les aborder et les approfondir, ce qui est un peu frustrant.

C’est ensuite au tour de François Guérif de présenter Le Souffle de la violence (9′). C’est sa spécialité, l’éditeur et critique de cinéma, directeur de la collection Rivages/Noir, nous parle tout d’abord du roman Smoky Valley et plus particulièrement de son auteur Donald Hamilton, créateur du personnage Matt Helm, plusieurs fois adapté au cinéma. Selon Guérif, ses westerns demeurent moins connus, malgré l’adaptation de The Big Country, Les Grands espaces par William Wyler. Cette analyse du film de Rudolph Maté est précise et complète bien celle de Bertrand Tavernier.

L’interactivité se clôt sur une galerie d’affiches.

L’Image et le son

Ce master HD s’avère de bonne qualité. Le générique reste cependant marqué par un grain beaucoup plus appuyé et des points blancs. La colorimétrie fait peur avec ses teintes délavées et ses fourmillements. Heureusement, cela s’arrange dès la fin des credits. Le piqué est soudain ferme, les détails appréciables sur le cadre large, les contrastes sont denses et le Technicolor retrouve une certaine vivacité. Seules les séquences sombres resteront moins définies avec quelques effets de pompage, des visages cireux et lisses. En dépit de décrochages sur les fondus enchaînés, du lissage parfois exagéré du grain original et d’une restauration qui semble datée, ce Blu-ray du Souffle de la violence tient ses promesses et de nombreuses scènes tirent profit de cette élévation HD. Signalons également que cette édition Blu-ray demeure pour l’instant une exclusivité mondiale !

L’éditeur ne propose pas un inutile remixage 5.1, mais encode la versions anglaise en DTS-HD Master Audio Stéréo et la piste française en Mono. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, mais dont les voix paraissent bien confinées et peu ardentes, sans parler de la pauvreté des effets annexes. Elle n’arrive pas à la cheville de la version originale, évidemment plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Columbia Pictures / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Clan des irréductibles, réalisé par Paul Newman

LE CLAN DES IRREDUCTIBLES (Sometimes a Great Notion) réalisé par Paul Newman, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 2 mai 2017 chez Elephant Films

Acteurs : Paul Newman, Henry Fonda, Lee Remick, Michael Sarrazin, Richard Jaeckel, Linda Lawson

Scénario : John Gay d’après le roman “Sometimes a Great Notion” de Ken Kesey

Photographie : Richard Moore

Musique : Henry Mancini

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Les Stamper sont une famille de bûcherons vivant dans une petite ville de l’Oregon. Le village est en faillite et les autres bûcherons entrent en grève. Mais Hank Stamper pousse sa famille à poursuivre le travail, ce qui provoque l’animosité des autres…

En 1971, Paul Newman signe Le Clan des irréductibles, son deuxième long métrage en tant que metteur en scène après Rachel, Rachel (1968) et avant le merveilleux De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites (1972). Bien que le cinéaste l’ait ensuite renié après avoir remplacé Richard A. Colla qui avait commencé à réaliser le film, mais qui s’est désisté en plein tournage en raison de divergences artistiques avec l’acteur principal, Sometimes a Great Notion s’avère une véritable pépite cachée au sein de la filmographie déjà impressionnante de Paul Newman, également producteur avec son associé John Foreman.

Ce film magnifique est l’adaptation du livre engagé et militant de Ken Kesey, l’auteur de Vol au-dessus d’un nid de coucou. En mettant sa mise en scène au service de l’histoire et des comédiens, sans effets ostentatoires, Paul Newman réalise un très grand film mélancolique marqué par ses thèmes de prédilection, la jeunesse perdue, les idéaux qui se sont envolés, les rapports père/fils, le quotidien social tourmenté et la solitude d’une famille tout en dressant un constat amer social, économique et politique de l’entrée des Etats-Unis dans les années 70 après la guerre du Vietnam. Reposant sur un casting quatre étoiles (et aux yeux bleus), dont le cinéaste lui-même, Henry Fonda, Lee Remick, Richard Jaeckel, Michael Sarrazin, Le Clan des irréductibles démontre une fois de plus le grand directeur d’acteurs qu’était Paul Newman. Entre sensibilité à fleur de peau et bouillonnements intérieurs, le récit dévoile la richesse des personnages, leurs tourments, leurs secrets, à travers des non-dits, des regards, des conversations avortées. Mais Le Clan des irréductibles subjugue également par son ton quasi-documentaire du quotidien d’une famille de bûcherons sur le chantier d’abattage (ou symboles d’une Amérique qui s’effondre), de 4h30 du matin jusqu’à la tombée de la nuit.

Au milieu des immenses forêts de l’Oregon, les Stamper, bûcherons de père en fils, possèdent une entreprise indépendante d’abattage de bois. Henry (Henry Fonda), le chef de famille, décide, avec son fils Hank (Paul Newman) et son gendre Joe Ben (Richard Jaeckel, nommé à juste titre pour l’Oscar du meilleur second rôle masculin), de ne pas s’associer au mouvement de grève lancé par les bûcherons syndiqués de la ville de Wakonda pour défendre leur activité contre l’arrivée d’un conglomérat. Les Stamper se heurtent alors à l’hostilité de la population alentour. Lorsque Leeland (Michael Sarrazin, découvert dans On achève bien les chevaux), le second fils d’Henry, débarque dans la demeure familiale après dix ans d’absence (une séquence qui fait écho à l’ouverture du premier Rambo), il admet difficilement cette situation, d’autant plus que sa présence fait remonter à la surface de pénibles souvenirs familiaux. De son côté, Viv (Lee Remick, magnétique), la femme de Hank et sensible au charme de Leeland, supporte de plus en plus mal la domination brutale des hommes de la maison et pense peut-être quitter la maison. Malgré les épreuves et les menaces, les liens du clan Stamper se resserrent à travers la lutte qui l’oppose aux grévistes.

Paul Newman plonge ses personnages – qu’il ne ménage pas et qui n’inspirent pas forcément la sympathie – au milieu de paysages sublimes, les montre en plein travail à travers une mise en scène sans cesse inspirée, délicate, caressante. Soutenu par la magnifique photographie du chef opérateur Richard Moore (Virages), le metteur en scène instaure un spleen qui lui est propre et qui prendra tout son essor dans De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites. Il y a du John Ford chez Paul Newman – on pense alors à Qu’elle était verte ma vallée ou bien encore aux Raisins de la colère avec Henry Fonda qui fait le lien – qui montre également la violence et les risques du métier de manière frontale, à l’instar de cette séquence hallucinante où un arbre se fend et entraîne avec lui Henry et Joe Ben. Quand ce dernier, probablement empalé sur un tronc flottant, se retrouve à la merci de la montée des eaux et que Hank tente de l’en sortir, le suspense est à son comble. Cette scène très difficile est déconseillée aux âmes sensibles. Un extraordinaire moment de mise en scène et d’émotions. On se dit d’ailleurs que c’est peut-être une des plus grandes séquences dramatiques jamais tournées.

Sur la superbe composition d’Henry Mancini, la beauté et la violence des dialogues, ce diamant brut, pudique, psychologique, brutal, complexe et pourtant non dépourvu d’humour cynique et d’espoir, qui s’impose de minute en minute, de scène en scène, est à redécouvrir de toute urgence.

LE BLU-RAY

Le Clan des irréductibles est disponible en combo Blu-ray-DVD chez Elephant Films. Le test de l’édition HD a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

En guise de suppléments, outre une galerie de photos, un lot de bandes-annonces et les credits du Blu-ray, Elephant Films convoque Sophie Serbinide, journaliste à SFR Sport, ainsi que son confrère Charles Alf Lafon de So Film. Dans ces entretiens croisés, les deux journalistes proposent un portrait de Paul Newman (15’). L’homme engagé, le mari, le père, l’acteur, le réalisateur, le sportif, toutes ces facettes sont abordées en un petit quart d’heure plutôt plaisant qui donne envie de se refaire une petite rétrospective consacrée à ce monstre hollywoodien.

L’Image et le son

Que dire si ce n’est que nous nous trouvons devant une remarquable restauration du film de Paul Newman. On oublie rapidement les deux ou plans plus flous ou grumeleux, car dès la première séquence, le master HD du Clan des irréductibles en met plein la vue et permet d’apprécier la sensationnelle photographie du chef opérateur Richard Moore ainsi que les extraordinaires paysages naturels de l’Oregon. Le piqué est constamment ciselé, la texture du grain toujours palpable, la luminosité chronique (mention spéciale aux scènes d’abattage) et les détails omniprésents aux quatre coins du cadre large. Les contrastes affichent également une solidité à toutes épreuves sur les scènes nocturnes et diurnes, le relief est indéniable, la colorimétrie est chatoyante et la profondeur de champ impressionnante. Un lifting de très grande classe.

Le Clan des irréductibles est disponible en version originale et française DTS-HD Master Audio 2.0. La première instaure un confort acoustique plaisant avec une délivrance suffisante des dialogues, des effets annexes convaincants et surtout une belle restitution de la musique. La piste française se focalise souvent sur les voix au détriment des ambiances environnantes, même si le doublage est particulièrement réussi. Les deux options acoustiques sont propres et dynamiques.

Crédits images : © Elephant Films / Universal / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Castagne, réalisé par George Roy Hill

LA CASTAGNE (Slap Shot) réalisé par George Roy Hill, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 2 mai 2017 chez Elephant Films

Acteurs : Paul Newman, Strother Martin, Michael Ontkean, Jennifer Warren, Lindsay Crouse, Jerry Houser

Scénario : Nancy Dowd

Photographie : Victor J. Kemper

Musique : Elmer Bernstein

Durée : 2h03

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Reggie Dunlop est l’entraîneur, célèbre mais malchanceux, de l’équipe de hockey sur glace de Charleston. Ses protégés, les Chiefs, accumulent les défaites. Malgré l’état désastreux de ses finances, Joe McGrath, le manager, engage les trois frères Hanson. Véritables brutes montées sur patins, les Hanson font merveille dès qu’ils sont autorisés à quitter le banc de touche. Ils commencent par massacrer discrètement leurs adversaires à coups de crosse, avant de voler vers une victoire que l’équipe concurrente, décimée, n’est plus en état de leur disputer. L’un de leurs coéquipiers, Braden, ne partage guère leur conception du sport, mais Reggie et McGrath doivent se rendre à l’évidence : la méthode des frères Hanson est la plus efficace…

Après Butch Cassidy et le Kid (1969) et L’Arnaque (1973, Oscar du meilleur réalisateur), le cinéaste George Roy Hill (1921-2002) et le comédien Paul Newman s’associent pour un troisième et dernier tour de piste avec La Castagne aka Slap Shot en version originale. Cette fois, la piste est glacée puisque le metteur en scène d’Abattoir 5 (1972), La Kermesse des aigles (1974) et du Monde selon Garp (1982) envoie son acteur fétiche sur une patinoire. Risée du public, les Chiefs sont une équipe de troisième ordre qui stagne dans les bas-fonds du classement de la Ligue fédérale de hockey. Parallèlement, la principale usine de Charlestown fermera bientôt, emportant avec elle le club et ses 10.000 employés. Dunlop, jouant le tout pour le tout, fait d’abord croire au déménagement de l’équipe en Floride afin de stimuler ses joueurs. Malgré le désastre économique que représente cette fermeture, les ouvriers assurant jusque-là un maigre soutien financier, les dirigeants de l’équipe engagent trois nouveaux joueurs, les frères Hanson, qui sont de véritables brutes. Leur venue incite Reggie à prôner un style de jeu violent et agressif, au grand plaisir des spectateurs qui ne demandent que ça.

Chers spectateurs, bienvenus dans une comédie sportive jubilatoire ! Si le terme sauvage feel good movie n’était pas encore inventé à l’époque, La Castagne serait aujourd’hui considéré comme tel s’il venait de sortir sur les écrans. D’ailleurs, le film de George Roy Hill n’a pas pris une ride et demeure un fabuleux moment de cinéma et de rigolade. En racontant les déboires d’une médiocre équipe de hockey des ligues mineures, les Chiefs de Charlestown ligue fictive inspirée par la North American Hockey League, avec leur joueur-entraîneur qui prend de la bouteille et ses équipiers tous plus allumés les uns que les autres, le réalisateur signe un film formidable et enthousiasmant du début à la fin. A sa sortie, La Castagne a été largement critiqué pour ses dialogues décomplexés jugés vulgaires, mais dans l’ensemble, l’énergie dévastatrice du film a été louée de toute part. Sur un rythme enlevé, George Roy Hill suit cette équipe de bras cassés qui s’apparente plus à des grands gamins survoltés qui règlent leurs comptes dans un bac à sable où tous les coups sont permis qu’à une véritable armada de joueurs de hockey sur glace.

En constatant que les bastons leur amènent une nouvelle popularité, les joueurs s’en donnent à coeur joie, attendant le coup de sifflet (parfois non) pour se jeter sur leurs adversaires, tout aussi avides qu’eux de donnes des coups de crosses bien sentis. Mais à côté de cela, le cinéaste dresse également le portrait d’hommes et de femmes, simples habitants d’une petite ville industrielle au bord de la ruine, qui tentent de survivre avec bonne humeur et optimisme, malgré leurs déboires sentimentaux pour certains et les défilés de mode minables qu’on leur impose pour faire de la pub. On s’attache immédiatement à cette équipe menée par un Paul Newman au sommet, à qui le look des années 1970 va comme un gant, entre cuir et fourrure, cols pelle à tarte et lunettes fumées, aussi à l’aise dans ses scènes dramatiques que sur la glace après un entraînement intensif de près de deux mois. A ses côtés, se démarque également Michael Ontkean, plus connu sous le nom du Sheriff Harry S. Truman de la série Twin Peaks, lui-même ancien joueur de hockey. N’oublions pas la présence de véritables joueurs engagés pour l’occasion comme Jeff et Steve Carlson qui interprètent deux des frères Hanson, le troisième étant tenu par…Dave Hanson.

Devenu un vrai film culte, tout d’abord au Canada puis dans le reste du monde, cette satire irrévérencieuse sur l’évolution du sport à la fin des années 70 a connu deux suites tardives destinées au marché de la vidéo en 2002 et 2008. Mais c’est aussi et avant tout LA référence du genre.

LE BLU-RAY

La Castagne est disponible en combo Blu-ray-DVD chez Elephant Films. Le test de l’édition HD a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Journaliste à SFR Sport, Sophie Serbini réalise une excellente présentation de La Castagne, tout en évoquant le hockey sur glace, le sport lui-même puis le sujet abordé au cinéma (16’). Dynamique et dans son élément, Sophie Serbini évoque la collaboration de Paul Newman avec George Roy Hill, les thèmes de La Castagne, mais aussi l’histoire du hockey sur glace, de sa naissance au Canada jusqu’à sa renommée mondiale, les grands noms qui se sont illustrés dans ce sport et son évolution. Notre interlocutrice mentionne également les autres films avec le hockey sur glace comme sujet principal à l’instar deux suites de La Castagne (dont nous parlons dans la critique), Les Petits championsThe Mighty Ducks (produit par Disney), sans oublier Les Boys, gigantesque succès du cinéma québécois, qui avait donné du fil à retordre à Titanic en récoltant quasiment autant au box-office en 1997 ! Un triomphe qui a donné suite à 4 autres volets et une série télévisée.

Nous retrouvons Sophie Serbini dans le segment suivant, ainsi que son confrère Charles Alf Lafon de So Film. Dans ces entretiens croisés, les deux journalistes proposent un portrait de Paul Newman (15’). L’homme engagé, le mari, le père, l’acteur, le réalisateur, le sportif, toutes ces facettes sont abordées en un petit quart d’heure plutôt plaisant qui donne envie de se refaire une petite rétrospective consacrée à ce monstre hollywoodien.

Une fois n’est pas coutume, l’éditeur joint un commentaire audio. Disponible en version originale sous-titrée en français, l’exercice est ici réalisé par “les frères Hanson”. Attention, parmi les trois comédiens, seuls deux sont vraiment frères, Jeff et Steve Carlson (respectivement les n°18 et n°17 dans le film), accompagnés de Dave Hanson (le n°16) qui campe le troisième de la fratrie dans La Castagne. Véritables joueurs professionnels, les trois sportifs se remémorent le tournage du film, même si de nombreux silences entrecoupent leurs interventions. Souvent potaches, se marrant de leur interprétation, les trois complices ont finalement peu de choses à dire sur le film et c’est bien dommage. Deux heures qui passent lentement et qui n’apportent rien il faut bien être honnête, à part savoir que tel magasin n’existe plus, qu’un tel est mort, que ce gymnase existe encore aujourd’hui…

En revanche, vous en saurez sans doute plus sur la production de La Castagne à travers la petite vidéo qui convie une fois de plus « les frères Hanson » (5’). Les trois sportifs parlent du casting, de leur participation au film, du succès de La Castagne et du travail avec Paul Newman.

L’interactivité se clôt sur une galerie de bandes-annonces de films disponibles chez Elephant Films, sans oublier une galerie de photos.

L’Image et le son

Elephant Films livre un master HD (1080p, AVC) de haute qualité. Les partis pris esthétiques du mythique directeur de la photographie Victor J. Kemper (Un après-midi de chien, Husbands, Le Dernier nabab) trouvent en Blu-ray un nouvel écrin et se voient entièrement respectés. Point ou peu de réducteur de bruit à l’horizon, le grain est présent tout en étant discret, la colorimétrie retrouve un certain éclat et le piqué est probant. Le format original est conservé, la profondeur de champ fort appréciable. Notons tout de même quelques plans flous, divers mouvements de caméra qui entraînent quelques pertes de la définition, des séquences sombres moins précises avec des noirs tirant sur le bleu et des visages légèrement rosés ou cireux. Néanmoins, l’encodage AVC demeure solide et la propreté est indéniable.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage DTS-HD Master Audio 2.0. Le confort acoustique est largement assuré dans les deux cas. L’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont clairs, nets, tout comme la musique très bien délivrée. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. La piste française, moins naturelle que son homologue, place peut-être les voix trop en avant par rapport aux ambiances annexes, mais cela demeure anecdotique. Chose amusante, l’éditeur joint également une piste québécoise absolument tordante, qui était déjà disponible sur le DVD.

Crédits images : © Elephant Films / Universal / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Virages, réalisé par James Goldstone

VIRAGES (Winning) réalisé par James Goldstone, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 2 mai 2017 chez Elephant Films

Acteurs : Paul Newman, Joanne Woodward, Robert Wagner, Richard Thomas, David Sheiner, Clu Gulager, Barry Ford

Scénario : Howard Rodman

Photographie : Richard Moore

Musique : Dave Grusin

Durée : 2h03

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Frank Capua est un grand pilote de course. Passionné par son métier, il délaisse Elora, la séduisante employée d’un bureau de location de voitures, qu’il vient d’épouser et avec laquelle il a passé une lune de miel en Californie. Celle-ci, désespérée par le désintérêt de son mari et livrée à elle-même, décide de le tromper avec son plus âpre concurrent, Luther Erding, tandis que Frank est confronté à divers incidents techniques qui le relèguent au bas du classement. C’est pendant les essais de la course d’Indianapolis, où il sait qu’il va jouer sa carrière s’il ne remonte pas la pente, que Frank apprend la trahison de son épouse…

Virages ou Winning en version originale, réalisé par James Goldstone, dont le film le plus célèbre reste Le Toboggan de la mortRollercoaster (1977), sort la même année que Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill. Après Luke la main froide de Stuart Rosenberg, Paul Newman est l’un des comédiens les plus demandés à Hollywood à la fin des années 1960. Il vient d’ailleurs de créer sa propre maison de production avec son complice John Foreman et de signer son premier film en tant que réalisateur, Rachel, Rachel, interprété par sa femme Joanne Woodward. Attiré par le sport automobile, il jette son dévolu sur le scénario d’Howard Rodman, qui venait de signer Un shérif à New YorkCoogan’s Bluff de Don Siegel. Virages s’avère un drame sportif qui combine à la fois la crise d’un couple nouvellement marié et l’effervescence du milieu de la course automobile.

Amateur de ce sport, Paul Newman désire réaliser lui-même les séquences de courses et s’entraîne pour cela aux côtés de pilotes confirmés et professionnels comme Bob Sharp et Lake Underwood. Cette expérience de haut niveau décuple la passion de l’acteur pour le volant, qui n’aura de cesse d’y revenir tout au long de sa vie, jusqu’à participer à de véritables courses comme les 24 heures du Mans en 1979 au volant d’une Porsche et même à créer sa propre écurie de voitures sur les circuits américains dans les années 1980. Aux scènes de courses automobiles réalisées pour le film, le cinéaste James Goldstone inclut des séquences tirées d’une véritable édition des 500 miles d’Indianapolis, celle de 1966 qui avait été marquée par un terrible carambolage au premier tour. Mais Virages n’est pas seulement un film sur ce milieu sportif, mais aussi et surtout un drame sur un homme qui ne peut s’épanouir qu’au volant.

La victoire n’est même plus grisante pour Frank Capua, star des circuits automobiles auquel il ne manque plus à son palmarès que la fameuse coupe de l’Indianapolis 500. Atteindre la première place est devenu un plus pour ce pilote confirmé, qui se renferme aussitôt qu’il sort du baquet de son engin. Un soir, après une soirée de beuverie, il rencontre par hasard Elora (Joanne Woodward, lumineuse), employée dans une entreprise de location de voitures. Célibataire, vivant avec sa mère et son fils de 15 ans, Elora n’a pas le temps de penser à sa propre personne. Elle paraît même étonnée que cet homme s’intéresse à elle. Alors qu’il la raccompagne, Capua embrasse la jeune femme. Elle se confie à lui et parle de sa solitude. Quelques jours plus tard, le couple se marie et Capua adopte le fils d’Elora. Mais très vite, l’appel du volant et de la course est plus fort que tout. Capua retourne à ses habitudes et délaisse petit à petit Elora. Jusqu’à ce que cette dernière tombe dans les bras de son plus grand rival, Luther Erding (Robert Wagner). Capua les surprend. L’homme reste froid, imperturbable, ne dit rien et part. De son côté, Charley (Richard Thomas, le Bill Denbrough de la minisérie Ça de 1990), le fils d’Elora, abandonné par son vrai père, a pris Capua comme modèle et souhaite rester avec lui. Encouragé par Charley, Capua décide de prendre sa revanche en battant Erding à la prochaine édition des 500 miles d’Indianapolis.

Les amateurs de sports mécaniques risques d’être quelque peu décontenancés par Virages, car même si le film est ponctué ici et là de scènes de courses, il faut véritablement attendre 1h20 pour être véritablement plongés dans le domaine. Aidé par un montage atypique et malin, marqué par de lents fondus enchaînés qui caressent presque les personnages, puis par un montage beaucoup plus syncopé qui reflète l’animation bouillonnante et les flots d’adrénaline sur le circuit, James Goldstone signe un superbe drame, à la fois intimiste et spectaculaire, lumineux et crépusculaire. Le portrait d’un homme qui n’arrive pas à être heureux en dehors de sa passion, qui ne parvient pas à établir de liens sociaux en dehors des circuits automobiles comme le montre cette séquence où Capua, qui a la possibilité de rentrer chez lui pour passer un peu de temps avec son épouse, préfère profiter de ce moment libre pour réaliser quelques tours de circuit au volant de sa voiture personnelle, le sourire s’épanouissant sur son visage.

Le titre français Virages est par ailleurs bien trouvé puisque le film, souvent très mélancolique, est avant tout l’histoire d’un homme qui à force d’éviter et de contourner ce que la vie avait de plus beau à lui offrir, a fini par se retrouver seul et déconnecté de la réalité. James Goldstone a préféré laisser une chance à Capua, même si la fin reste ouverte. ViragesWinning, demeure un film étrangement méconnu par rapport au Mans (1971) avec Steve McQueen, mais s’avère un drame magistralement interprété et réalisé de main de maître.

LE BLU-RAY

Virages est disponible en combo Blu-ray-DVD chez Elephant Films. Le test de l’édition HD a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Le premier segment de l’interactivité s’avère la présentation du film par Charles Alf Lafon, journaliste à So Film (12). Visiblement peu habitué à l’exercice, notre interlocuteur peine à rendre intéressante ce module. Un peu figé, le journaliste évoque la grande passion de Paul Newman pour la course automobile et replace Virages dans la filmographie du comédien. Charles Alf Lafon s’éparpille, passe du coq à l’âne et finalement on ne retient finalement pas grand-chose de cette intervention.

Nous retrouvons Charles Alf Lafon dans le segment suivant, ainsi que sa consœur Sophie Serbini de SFR Sport. Dans ces entretiens croisés, les deux journalistes proposent un portrait de Paul Newman (15’). L’homme engagé, le mari, le père, l’acteur, le réalisateur, le sportif, toutes ces facettes sont abordées en un petit quart d’heure plutôt plaisant qui donne envie de se refaire une petite rétrospective consacrée à ce monstre hollywoodien.

Cette section se clôt sur un lot de bandes-annonces, une galerie de photos et les credits de l’édition.

L’Image et le son

Superbe ! Entièrement restauré, Virages fait désormais peau neuve en Blu-ray. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce lifting lui sied à ravir. Tout d’abord, la copie affiche une propreté incontestable, aucune scorie n’a survécu à l’attention des restaurateurs, la clarté HD et la colorimétrie pimpante flattent les rétines. Dès la fin du générique d’ouverture, marqué par un grain plus prononcé, les contrastes trouvent une fermeté inédite, le piqué est renforcé et les noirs plus denses, les détails sur les décors et les costumes abondent, tandis que les effets de transition (lents fondus enchaînés) n’entraînent pas de décrochages. Certes, quelques plans peuvent paraître plus doux en matière de définition, à l’instar des images d’archives provenant des véritables courses d’Indianapolis, avec de sensibles fourmillements et flous intempestifs, mais jamais le film de James Goldstone n’avait jusqu’alors bénéficié d’un tel traitement de faveur.

Virages est disponible en version originale et française DTS HD Master Audio 2.0. La première instaure un confort acoustique plaisant avec une délivrance suffisante des dialogues, des effets annexes convaincants et surtout une belle restitution de la musique. La piste française se focalise souvent sur les voix au détriment des ambiances environnantes et de la composition de Dave Grusin (Les Trois Jours du condor, Tootsie). Les deux options acoustiques sont propres et dynamiques.

Crédits images : © Elephant Films / Universal / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Comment claquer un million de dollars par jour, réalisé par Walter Hill

COMMENT CLAQUER UN MILLION DE DOLLARS PAR JOUR (Brewster’s Millions) réalisé par Walter Hill, disponible en DVD et combo Blu-ray+DVD le 14 décembre 2016 chez Elephant Films

Acteurs : Richard Pryor, John Candy, Lonette McKee, Stephen Collins, Jerry Orbach, Pat Hingle, Hume Cronyn

Scénario : Herschel Weingrod, Timothy Harris d’après le roman « Brewster’s Millions » de George Barr McCutcheon

Photographie : Ric Waite

Musique : Ry Cooder

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

A New York, Montgomery Brewster apprend qu’il vient d’hériter d’un grand-oncle inconnu. Mais une clause du testament stipule que toute sa fortune, soit trois cents millions de dollars, ne lui reviendra que s’il réussit à dépenser en trente jours, trente millions de dollars. En cas d’échec, l’argent de l’héritage reviendra à Granville et Baxter, deux financiers. Brewster accepte de tenir le pari et devient incroyablement prodigue, malgré les conseils de ses amis, qui lui suggèrent de faire fructifier son bien. Grâce à ses facéties, Brewster passe de l’anonymat à la gloire. Pour atteindre son but, il se lance ensuite dans la course à la mairie de New York et incite les électeurs à ne voter pour aucun candidat…

En 1968, Walter Hill commence sa carrière en tant que réalisateur de seconde équipe sur L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison puis sur le non moins mythique Bullitt de Peter Yates. Quatre ans plus tard il signe le scénario de Guet-Apens de Sam Peckinpah, d’après le roman de Jim Thompson, qui témoigne de son attrait pour la représentation de la violence sans fioritures. Il signe sa première mise en scène en 1975, Le Bagarreur, dans lequel il dirige Charles Bronson et James Coburn. Son quatrième long métrage, Le Gang des frères James, lui permet d’aborder un nouveau genre, celui du western, à travers l’histoire du gang James-Younger et leurs célèbres attaques de trains et de banques jusqu’à la tuerie de Northfield (Minnesota). Suivent Sans retour et surtout 48 heures, son plus grand succès. Avec ce film, Walter Hill montre qu’il est évidemment à l’aise dans les scènes d’action, mais aussi dans celles de pure comédie. Après l’échec non mérité de Streets of Fire (Les Rues de feu), un de ses films les plus atypiques, le cinéaste se voit proposer Comment claquer un million de dollars par jourBrewster’s Millions, d’après le roman de George Barr McCutcheon publiée en 1902.

Le livre avait déjà fait l’objet de plusieurs adaptations. La première en 1914, coréalisée par Cecil B. DeMille, une autre en 1921 avec le célèbre Roscoe ‘Fatty’ Arbuckle, avant d’être à nouveau transposé en 1926 avec cette fois-ci un personnage féminin au centre de l’intrigue. Au total, sept adaptations verront le jour avant celle de Walter Hill, dont une du prolifique Allan Dwan en 1945 avec Dennis O’Keefe et encore une autre par Sidney J. Furie avec Jack Watling en 1961. Sur un scénario de Herschel Weingrod et Timothy Harris, les deux auteurs du merveilleux Un fauteuil pour deux de John Landis, Walter Hill signe une comédie percutante, menée à un train d’enfer, à la fois dans l’air du temps, tout en s’inspirant du genre qui fleurissait dans le cinéma américain dans les années 1950.

Monty Brewster, un joueur de base-ball de troisième zone jouant à Hackensack, est un jour convié à un rendez-vous dans le cabinet d’avocats Granville & Baxter à Manhattan. Il apprend que son grand-oncle fortuné Rupert Horn, qu’il ne connaissait pas, est décédé et qu’il est son seul héritier. A la clé : 300 millions de dollars ! Mais il y a une condition, une clause difficile à remplir : pour pouvoir toucher l’héritage, il doit d’abord dépenser 30 millions de dollars en 30 jours, sans rien acquérir, et sans rien dire à qui que ce soit ! Il se lance alors dans des dépenses effrénées, le faisant passer pour un fou. Le cinéaste utilise la ville de New York comme un véritable terrain de jeu où il lâche et laisse ses personnages s’agiter dans tous les sens. A la fois comédie de mœurs et burlesque, Comment claquer un million de dollars par jour découle d’Un fauteuil pour deux dans la forme, mais également dans ses thèmes qui reflètent la politique américaine reaganienne, où le billet vert est roi, où la réussite sociale prévaut sur tout le reste.

Mis en scène entre les deux mandats successifs de Ronald Reagan, Comment claquer un million de dollars par jour allie à la fois l’étude sociale toujours d’actualité (ou comment un inconnu peut devenir célèbre s’il est riche) au divertissement, la politique au buddy movie. Jusqu’alors habitué aux polars et au western, Walter Hill filme sa comédie comme un film d’action, où les punchlines remplacent les coups de feu. Pour cela, il peut faire entièrement confiance à ses deux stars, Richard Pryor, roi du stand-up alors au sommet de sa gloire au cinéma, et le formidable John Candy, devenu incontournable depuis 1941 de Steven Spielberg, The Blues Brothers de John Landis et Splash de Ron Howard. Le duo fait des étincelles et porte le film dont le rythme effréné n’a d’égal que la tchatche des deux comédiens. A ceux-ci s’ajoutent le charme de Lonette McKee, les tronches formidables de Pat Hingle et d’Hume Cronyn, l’apparition de Rick Moranis et toute une ribambelle de seconds rôles déjà vus maintes fois au cinéma et qui pourraient intégrer la rubrique « On ne sait jamais comment ils s’appellent ».

Véritable tour de force comique, ouragan de gags déjantés, averse de dialogues percutants mis en valeur par la musique de Ry Cooder et saupoudré d’une aura à la Capra, Comment claquer un million de dollars par jour ne bénéficie pas du même statut culte que d’autres comédies du même genre en France et mérite donc d’être sacrément réévalué.

LE BLU-RAY

Comment claquer un million de dollars par jour est disponible en combo Blu-ray-DVD chez Elephant Films. Très beau visuel. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément en dehors de bandes-annonces originales de films disponibles dans le catalogue de l’éditeur.

L’Image et le son

L’image de la précédente édition SD sortie en 2002 chez Universal n’avait pas été restaurée et manquait cruellement d’éclat. Pour son passage inespéré en HD sous la houlette d’Elephant Films, Comment claquer un million de dollars par jour se refait une petite beauté et dès le générique, on perçoit le travail effectué puisque les tâches qui émaillaient les credits ont ici purement et simplement disparu. L’ensemble est plus riche et lumineux, la netteté plus évidente, la gestion du grain plus équilibrée et les fourmillements stabilisés grâce au codec AVC. La colorimétrie retrouve également une certaine vivacité qu’on ne lui connaissait pas, les costumes s’en trouvent rajeunis. Seul le piqué demeure peu pointu sur les séquences sombres et tamisées, les contrastes un peu légers et la profondeur de champ limitée.

Comment claquer un million de dollars par jour est disponible en version originale et française DTS-HD Master Audio 2.0. La première instaure un confort acoustique plaisant avec une délivrance suffisante des dialogues, des effets annexes convaincants et surtout une belle restitution de la musique. La piste française se focalise souvent sur les voix au détriment des ambiances environnantes, même si le doublage est particulièrement réussi. Les deux options acoustiques sont propres et dynamiques.

Crédits images : © Elephant Films / Universal / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Mécanique de l’ombre, réalisé par Thomas Kruithof

LA MÉCANIQUE DE L’OMBRE réalisé par Thomas Kruithof, disponible en DVD et Blu-ray le 17 mai 2017 chez M6 Vidéo

Acteurs : François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila, Simon Abkarian, Alba Rohrwacher, Philippe Resimont

Scénario : Thomas Kruithof, Yann Gozlan

Photographie : Alex Lamarque

Musique : Grégoire Auger

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Deux ans après un burn-out, Duval, au chômage, se voit contacter par un mystérieux employeur pour retranscrire des écoutes téléphoniques. Aux abois financièrement, il accepte sans poser de questions sur la finalité de cette organisation. Ce travail simple, s’il lui permet de reprendre pied dans sa vie, va néanmoins le placer très vite au cœur d’un complot politique et le plonger malgré lui dans le monde impitoyable des services secrets.

Comme chaque année ou presque, le nouveau François Cluzet arrive dans les salles. Et c’est un peu comme le Beaujolais nouveau. On sait quelle couleur ça a, que ça n’a jamais le goût de vin, que c’est parfois amer en bouche ou au contraire trop doux, que ça peut donner des brûlures d’estomac à force d’en abuser, mais on y goûte quand même pour voir la qualité de ce nouveau cru. C’est encore une fois pareil pour La Mécanique de l’ombre, premier long métrage de Thomas Kruithof après un court intitulé Rétention. Il y a de bonnes choses dans ce film, notamment un Denis Podalydès froid comme la glace et qu’on a rarement vu comme ça. Mais il y a aussi de mauvais points, qui finissent par peser dans la balance.

Duval sort de deux ans d’inactivité. Après une grosse dépression, l’homme s’est retrouvé au chômage, sans parvenir à sortir la tête de l’eau. Aussi, quand il est contacté par un mystérieux homme d’affaires, accepte-t-il immédiatement sa proposition : retranscrire, contre une belle rémunération, des écoutes téléphoniques. Mais Duval, qui ne s’était pas posé beaucoup de questions sur la finalité de sa mission, comprend bientôt que celle-ci le place au cœur d’un inquiétant complot politique. La Mécanique de l’ombre, c’est le croisement entre Conversation secrète de Francis Ford Coppola et l’univers de John le Carré. Ce thriller s’inspire librement de plusieurs crises ou complots, avérés ou supposés, qui ont eu lieu en France ces trente dernières années : la crise des otages du Liban dans les années 80, les carnets de Ziad Takieddine ou encore le soupçon d’instrumentalisation des services secrets à des fins politiques qui flotte dans l’actualité du pays. Sur la thématique de la paranoïa, Thomas Kruithof emprunte également aux films d’espionnage, notamment ceux dont les récits se situent durant la Guerre Froide.

Si son film est réussi sur la forme avec une photographie quasi-monochrome du chef opérateur Alex Lamarque (Sheitan, Les Seigneurs), le fond reste malheureusement creux et l’interprétation figée, neurasthénique, avec un François Cluzet complètement éteint qui murmure ses répliques. On a même parfois l’impression qu’il s’endort au milieu d’une phrase. Sami Bouajila traverse le film les mains dans les poches et la mâchoire serrée, Simon Abkarian s’en sort bien, tandis que la géniale Alba Rohrwacher ne sert à rien, tout juste de remplissage entre deux scènes où Cluzet tape à la machine à écrire ou sur sa cafetière pour faire du café, tout en gardant la même expression fermée du début à la fin, sans jamais inspirer l’empathie. Thomas Kruithof compose de jolis cadres et l’esthétique est léchée, mais pour rien. On s’ennuie, beaucoup, dès le premier acte et rien ne rattrapera le coup. On ne croit pas une seule seconde aux rebondissements ou à cette histoire d’homme ordinaire plongé malgré lui dans une histoire extraordinaire, au sein même des coulisses du pouvoir politique et des services secrets. Aucune tension, la mécanique du titre tourne à vide et a finalement raison de notre patience, surtout que le film ne va pas en s’arrangeant, jusqu’à un dénouement complètement raté. Un pétard mouillé, une camomille coupée au Lexomil.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Mécanique de l’ombre, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé, sobre et musical.

Si le film laisse perplexe, l’entretien avec le réalisateur Thomas Kruithof s’avère absolument passionnant (34’). Ce dernier ne manque pas d’arguments pour présenter et défendre son film sous tous les angles. Nous nous en étions rendu compte avant d’écouter cette interview, Conversation secrète de Francis Ford Coppola est son film de chevet. Thomas Kruithof aborde ensuite la genèse de La Mécanique de l’ombre, les thèmes du film (la lutte d’un homme contre le système), l’évolution du scénario, les références littéraires (John le Carré, Ian Fleming), le casting, le travail avec les comédiens, les partis pris (les couleurs, les décors, la photographie) et ses intentions, sans oublier la collaboration avec le compositeur Grégoire Auger. En toute honnêteté cette présentation nous donne envie de revoir le film pour, peut-être, le reconsidérer.

M6 Vidéo nous permet également de découvrir le court-métrage Rétention, réalisé par Thomas Kruithof en 2012 (15’). Un centre de rétention en France. Mathilde (Anne Azoulay) bataille chaque jour pour défendre les droits d’étrangers qui y sont enfermés. Arrive Yuri (Miglen Mirtchev), ukrainien sans papiers. Commence alors une course contre la montre pour Mathilde, qui va tenter d’empêcher son expulsion. Un film tendu, quasi-documentaire et coup de poing.

L’Image et le son

Bien que le film soit passé relativement inaperçu dans les salles, M6 Vidéo prend soin du thriller de Thomas Kruithof et livre un master HD au format 1080p, irréprochable et au transfert immaculé. Respectueux des volontés artistiques originales, la copie se révèle un petit bijou technique alliant des teintes chaudes, ambrées et dorées (les scènes dans le bar et chez Clément), puis plus monochrome et métallique le reste du temps, le tout étant soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, la colorimétrie est joliment laquée, le relief omniprésent et les détails foisonnants sur le cadre large. Un service après-vente remarquable.

Le spectateur a le choix entre les pistes DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. Notre préférence va pour la première qui instaure un confort acoustique percutant, une spatialisation musicale convaincante et des effets latéraux probants. Les ambiances naturelles sont présentes, la balance frontale est toujours dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. La piste stéréo est évidemment plus plate, mais riche et remarquablement équilibrée.

L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Océan Films / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Nemesis, réalisé par Albert Pyun

NEMESIS réalisé par Albert Pyun, disponible en DVD et Blu-ray le 21 avril 2017 chez Metropolitan Vidéo

Acteurs : Olivier Gruner, Tim Thomerson, Cary-Hiroyuki Tagawa, Merle Kennedy, Yuji Okumoto, Marjorie Monaghan, Nicholas Guest, Vincent Klyn, Thom Mathews

Scénario : Rebecca Charles

Photographie : George Mooradian

Musique : Michel Rubini

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Los Angeles, 2026. Les USA et le Japon ne font plus qu’un. Une technologie avancée en cybernétique a développé la possibilité de remplacer n’importe quel morceau de corps. Alex Rain est un flic cyborg qui traque des terroristes. A moitié détruit et rafistolé après une attaque, il s’enferme dans sa solitude et quitte la police. Mais son supérieur Farnsworth le retrouve et le force à accepter une ultime mission dangereuse. En lui plaçant une bombe à retardement au coeur de son système.

Pour beaucoup d’amateurs de cinéma Bis, Albert Pyun (né en 1954), est le réalisateur de Cyborg (1989) avec Jean-Claude Van Damme. Depuis son premier long métrage, le film d’heroic-fantasy L’Epée sauvage (1982), le metteur en scène américain né à Hawaii est devenu un spécialiste du cinéma d’action tourné avec des moyens souvent dérisoires, mais une imagination débordante. On compte aujourd’hui à son palmarès plus de 50 séries B d’action et de science-fiction, parmi lesquelles Nemesis (1992) et ses suites, Kickboxeur 2 : Le Successeur (1991), un Captain America (1990) considéré comme un des pires films de tous les temps (merci la Cannon), Explosion imminente (2001) avec Steven Seagal, Tom Sizemore et Dennis Hopper ou bien encore Adrénaline (1996) et Mean Guns (1997) avec Christophe(r) Lambert.

Nemesis est assurément l’un des sommets de la carrière d’Albert Pyun. Un succès qui a engendré trois suites : Nemesis 2 : Nebula (1995), Nemesis 3 : Time Lapse (1996) et Nemesis 4 : Death Angel (1996), réalisés par Albert Pyun lui-même. Dans ce film fantastique (le genre hein), le réalisateur ne se gêne pas pour piller Terminator 2 : Le Jugement dernier de James Cameron – jusqu’à la réplique I’ll be back et même les bruitages de l’exosquelette – avec une pincée de RoboCop de Paul Verhoeven et de Blade Runner de Ridley Scott. Evidemment avec un budget largement moins conséquent, la virtuosité en moins, une gratuité effarante, mais avec une intarissable générosité afin d’offrir aux spectateurs le meilleur divertissement possible, Albert Pyun réussit son pari, à savoir livrer un spectacle bourrin et hautement réjouissant.

Drôle, souvent involontairement c’est vrai, Nemesis enchaîne les fusillades bien grasses, mais jubilatoires, les punchlines provenant d’une cour de maternelle (« T’es qu’un salopard de flic ! » « Et toi une salope de terroriste ! »), avec quelques nanas topless (sculpturale Deborah Shelton, vue dans Body Double), des courses-poursuites à la pelle, des effets spéciaux (animation en stop-motion) et des maquillages qui fleurent bon le système D, la peinture à l’eau et le plastique fondu. A tout cela s’ajoute le charisme improbable du comédien français Olivier Gruner (peu aidé par la coupe mulet dans une scène mémorable), qui pour citer Peur sur la ville joue un personnage « Rien dans la tête, tout dans les muscles ». Tout en abdos et dépourvu d’expressions faciales, l’ancien militaire avait le parfait profil pour jouer un organisme cybernétique recouvert de peau humaine qui a donc le corps d’un chippendale et la tête d’un Guerrier du Bronx. Heureusement, il est aidé par des comédiens plus solides comme Cary-Hiroyuki Tagawa (le Shang Tsung de Mortal Kombat) et Tim Thomerson (Trancers).

« En 2026 après Jésus-Christ », Cité des Anges. Le Japon et les USA ont fusionné politiquement et économiquement. Alex (Olivier Grunner donc) est un policier assassin mi-homme mi-machine, dont les membres totalement carbonisés (ça doit faire mal) ont été remplacés par des organes robotisés. Il agit pour le compte d’une version futuriste du LAPD pour exécuter plusieurs résistants dont une meneuse, Rosaria. Il tente de quitter le LAPD et devient un délinquant sans envergure effectuant des petits boulots pour la pègre. Le robot a le blues. Cependant, ses responsables refusent de le laisser libre et, dès lors qu’ils ont besoin de lui, vont le traquer. Alex est sommé d’exécuter une dernière mission consistant en l’assassinat des chefs de la résistance. Il découvre alors que les résistants ne se battent pas contre le contrôle du gouvernement sur la vie de la population, mais pour l’avenir de l’humanité. C’est beau, c’est con, mais qu’est-ce que c’est bon !

Les amateurs de science-fiction et de films à androïdes ne devront pas bouder Nemesis s’ils ne l’ont jamais vu, car Albert Pyun a beau bénéficier d’un budget très limité, le metteur en scène ne recule devant rien pour amuser son audience, quitte à tout faire péter au détriment de la sécurité de ses comédiens environnés de produits toxiques. L’histoire tourne rapidement en rond, mais nous ne sommes pas là pour ça. Avec sa photographie rouge orangée, Albert Pyun installe une atmosphère « futuriste » en allant tourner dans un terrain vague et une usine abandonnée, en plaçant des explosifs partout et en envoyant ses acteurs courir, y compris des nanas en minijupe, talons hauts et grosse pétoire à la main, où bon leur semble et tant pis s’ils se font brûler en passant le long des décors en feu, cela rajoute un réalisme bienvenu.

Nemesis, c’est entre la série B et la série Z, une série BZ décomplexée cyberpunk qui explose du début à la fin, qui bouge dans tous les sens, qui ose des choses sur le plan technique y compris des plans-séquences, qui se sert sur les succès du moment, qui digère ses références et qui les restitue dégoulinant de suc gastrique. C’est acide, pas très bon pour la santé, comme un McDo, mais on l’avale quand même, ça fait du bien sur le moment et on en demande pas plus.

LE BLU-RAY

Nemesis est enfin disponible chez Metropolitan Vidéo. L’éditeur n’a pas fait les choses à moitié pour les amateurs du cinéma d’Albert Pyun – il y en a et c’est tant mieux – puisque Nemesis est accompagné de Mean Guns pour une séance double-programme ! A la manière de ses récentes sorties consacrées à Jean-Claude Van Damme avec les Blu-ray qui réunissaient Black EagleL’Arme absolue + Full Contact d’un côté et The Order + Le Grand tournoi de l’autre, deux films d’Albert Pyun se trouvent donc réunis sur la même galette. Le test de Mean Guns est d’ores et déjà disponible sur notre site. Une fois le disque inséré, un menu animé et musical nous propose de sélectionner directement le film, la langue et le supplément désiré.

Pour cette sortie de Nemesis en Blu-ray, l’éditeur joint un petit making of d’époque (7’), constitué de nombreuses images de tournage, du plateau, de la préparation des cascades et des explosions, mais aussi d’interviews de l’équipe (sauf Albert Pyun). Promotionnel mais rigolo, ce documentaire renvoie à l’époque avant l’avènement des images de synthèse et montre tout le travail des artisans et animateurs.

L’Image et le son

Qui dit Metropolitan dit qualité au rendez-vous. L’éditeur soigne le master HD (1080p) de Nemesis, qui était jusqu’alors inédit en DVD en France. Un lifting numérique a été effectué, avec un résultat probant. L’encodage AVC est de haute tenue et la promotion HD indéniable. Les détails sont appréciables sur le cadre large, le piqué et la clarté sont aléatoires mais plus nets sur les séquences diurnes, la colorimétrie spécifique du chef opérateur George Mooradian, fidèle collaborateur du réalisateur, retrouve une nouvelle jeunesse et les contrastes affichent une petite densité inattendue. L’ensemble est propre, stable en dehors du générique aux inévitables fourmillements, les quelques rares scories aperçues demeurent subliminales, et le grain est respecté.

Deux versions au programme en ce qui concerne l’acoustique, deux pistes DTS HD Master Audio 2.0. Au jeu des comparaisons, la version française est beaucoup moins dynamique que son homologue, tant au niveau des dialogues que des fusillades. Privilégiez évidemment la version originale, même si les dialogues français valent leur pesant dans les punchlines. La piste anglaise est donc beaucoup plus dynamique et restitue mieux le fracas des affrontements. Notons qu’en version française, une voix féminine assure la narration en parlant d’Alex à la troisième personne, alors que ce dernier est bien le narrateur en anglais.

Crédits images : © Metropolitan Vidéo / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr