Test Blu-ray / La Croisière du Navigator, réalisé par Buster Keaton

LA CROISIÈRE DU NAVIGATOR (The Navigator) réalisé par Buster Keaton, disponible le 16 juin 2020 en DVD et Combo Blu-ray+DVD chez Elephant Films.

Acteurs : Buster Keaton, Kathryn McGuire, Frederick Vroom…

Scénario : Clyde Bruckman, Jean C. Havez, Joseph A. Mitchell

Photographie : Byron Houck, Elgin Lessley

Musique : Robert Israel (2015)

Durée : 1h05

Année de sortie : 1924

LE FILM

Un couple loufoque composé de Rollo Treadway, un aristocrate fainéant, et de la roturière Betsy se retrouve seul à bord d’un navire à la dérive alors que la demoiselle a récemment écarté une demande en mariage du jeune homme. Dès lors, ils s’organisent pour survivre loin de leurs domestiques et du confort, enchaînant les situations rocambolesques jusqu’à jeter l’ancre près des côtes d’une île pas si déserte qu’elle n’y paraît.

En 1924, la même année que Sherlock Junior, Buster Keaton crée l’événement avec La Croisière du NavigatorThe Navigator, film qui fera de lui une véritable star et qui fera notamment un carton auprès des jeunes spectateurs. Même ceux qui ne sont pas forcément des grands passionnés du comédien, ont forcément déjà vu cette célèbre photographie, qui d’ailleurs n’est pas tirée du film, où Buster Keaton, arborant un uniforme de matelot, observe l’horizon à la jumelle, le corps souple et semblant défier les lois de la gravitation. C’est dire la portée de La Croisière du Navigator ! S’il ne s’agit pas de la plus grande comédie du cinéaste, le film de Buster Keaton, mêlant humour, burlesque et aventures reste un savoureux tour de force presque un siècle après sa sortie, où l’acteur se démène une fois de plus et livre quelques numéros impressionnants d’acrobatie dont lui seul avait le secret.

Rollo Treadway a fait préparer tous les détails de son voyage de noces, mais il lui manque un élément important… il n’a pas encore demandé Patsy O’Brien en mariage ! Après le refus catégorique de la jeune femme, Rollo décide alors de partir seul en croisière. La veille du départ il s’installe tranquillement dans sa cabine, mais à son réveil, pas un seul membre de l’équipage à bord du Nagivator, à la dérive au milieu de l’océan. Le hasard jouant souvent des tours, il va finir par rencontrer le seul autre passager… la jeune Patsy ! Ils vont alors tenter de s’organiser dans ce navire bien trop grand pour eux en attendant d’être secouru, mais nos jeunes amis ne sont pas au bout de leurs surprises !

Une fois n’est pas coutume, Buster Keaton interprète un jeune homme de bonne famille. Du pain béni pour l’acteur âgé de 29 ans, puisqu’il en profite pour égratigner les fils à papa qui n’ont jamais rien fait de leurs dix doigts et qui utilisent la voiture (avec chauffeur évidemment) pour traverser la rue. La Croisière du Navigator c’est comme qui dirait un récit d’émancipation, mais aussi une éducation sentimentale, comme un roman français du XIXè revisité et trituré par le biais de l’humour. Au fil de cette croisière inattendue, c’est surtout le chemin parcouru par Rollo qui nous intéresse. Alors que le personnage est incapable de se faire cuire un œuf, celui-ci sera bien forcé d’apprendre à s’en sortir seul, même si le destin les a réunis lui et la femme qu’il convoitait. Par ailleurs, cette dernière, qui répond au doux nom de Patsy (Kathryn McGuire, peu épargnée elle aussi par les éléments naturels), n’est pas mieux lotie que lui. Rollo n’est pas allé loin pour la dénicher, puisqu’il s’agit de sa voisine. De là à croire que Rollo, qui décide de se marier un beau matin après avoir aperçu de sa fenêtre un couple d’amoureux dans la rue, est allé chercher le coeur de la première venue…mais le film ne s’attarde pas sur ce point. La Croisière du Navigator dresse le portrait de deux inadaptés, qui se sont contentés d’avoir des gens à leur service depuis leur plus tendre enfance, sans jamais chercher à comprendre la vie et ses rouages.

La Croisière du Navigator est ce qu’on pourrait appeler un sea-movie, un road-movie en pleine mer quoi, les protagonistes évoluant malgré-eux dans cette prison forcée. Les jours passent, les habitudes se prennent dès le lever. Rollo et Patsy cohabitent, sans forcément vivre ensemble une histoire d’amour, même si leurs ombres semblent évoquer le contraire, et devront faire preuve de courage quand leur bagne flottant s’égare au large des côtes d’une île peuplée de cannibales, qui vont très vite s’en prendre à leur énorme embarcation.

Buster Keaton est parfait dans le rôle du riche héritier insouciant, paresseux et oisif, qui deviendra un homme, et même un aventurier, capable de transformer une cuisine rudimentaire, lieu qui lui était cauchemardesque à son arrivée, en habitation moderne digne d’un architecte, à partir de poulies, de leviers et de ficelles ingénieusement disposées, offrant le meilleur confort à ses habitants. La Croisière du Navigator regorge de scènes cultes, comme celle de la réparation de l’hélice, obligeant Rollo à plonger en scaphandre. Les gags s’enchaînent sur un rythme toujours soutenu, les intertitres sont rares, les situations offrent à Buster Keaton -véritablement déchaîné malgré son visage de pierre – l’occasion de réaliser quelques prouesses physiques hallucinantes. Sa mise en scène, cosignée avec Donald Crisp ne cesse d’impressionner, surtout en ce qui concerne les scènes aquatiques, tout simplement fabuleuses, et la chorégraphie des gags visuels, à l’instar de la longue poursuite sur le pont entre Rollo et Patsy au moment de leur embarcation, ou du tableau accroché derrière le hublot.

Alors même s’il n’atteint pas l’immense réussite de Sherlock Junior ou du Mécano de la « General », pour ne citer que ceux-là, La Croisière du Navigator demeure un grand classique indispensable et intemporel, pour les petits et pour les grands.

LE BLU-RAY

Après Les Fiancées en folie, édité en janvier 2019, Elephant Films revient à Buster Keaton en concoctant trois éditions DVD+Blu-ray (ou uniquement en DVD) de Sherlock Junior, La Croisière du Navigator et Le Dernier Round. Le combo est très élégant et la jaquette réversible propose l’affiche originale en guise de visuel. Le menu principal est fixe et musical.

L’éditeur donne la parole à Nachiketas Wignesan, qui enseigne l’Histoire du cinéma et l’Analyse de films à l’Université de Paris III et Paris I, ainsi que dans des écoles de cinéma (26’). L’invité d’Elephant Films replace La Croisière du Navigator dans la carrière de Buster Keaton (son quatrième long métrage et après plus d’une trentaine de courts-métrages), avant d’analyser certaines séquences du film – « avec lequel Buster Keaton trouve un ton, un genre et un style personnels qui vont le différencier de ses confrères » – qui nous intéresse aujourd’hui. Une présentation pointue et intelligente, qui permettra à beaucoup de redécouvrir les œuvres de Buster Keaton sous un nouvel angle. Enfin, Nachiketas Wignesan revient sur l’immense succès du film.

L’interactivité se clôt sur quelques notes concernant la restauration et diverses bandes-annonces.

L’Image et le son

Le projet Keaton a été lancé en 2015 par la Cineteca di Bologna et Cohen Film Collection, afin de restaurer les films de Buster Keaton entre 1920 et 1928. Ici, dix éléments ont été inspectés et analysés. Six d’entre eux de la Cohen Film Collection et un du Centre national du cinéma et de l’image animée ont été numérisés et comparés. Un positif de secours de troisième génération de la Cohen Film Collection a finalement été sélectionné pour la restauration de La Croisière du Navigator et scanné en 4K. La restauration a été effectuée par le laboratoire de l’Immagine Ritrovata et achevée en juin 2017. Comme l’indique un carton, la version proposée ici comporte des images additionnelles délibérément ajoutées lors de la restauration, afin de rendre le film exploitable en vidéo, dans la mesure où les films muets étaient tournés dans des vitesses d’image non standards. Ce master présente donc une duplication d’image (une toutes les secondes), selon la volonté de la Cohen Film Collection. Les musiques ont d’ailleurs été composées et synchronisées sur cette version. Du jargon technique, mais soyez rassurés, cela ne se ressent pas à l’écran. La propreté de l’image est tout simplement ébouriffante, même si diverses rayures verticales subsistent, mais pour une œuvre qui a près d’un siècle, l’ensemble est miraculeux. Les contrastes sont plutôt concis, les blancs parfois un peu brûlés certes, mais nous n’avions jamais vu La Croisière du Navigator dans de telles conditions. Les scènes aquatiques sont un peu plus problématiques avec un piqué moins acéré, mais la définition reste de haut niveau, même si moindre que pour Sherlock Junior si l’on doit comparer les deux éditions HD.

Le spectateur a le choix entre une piste 2.0 et 5.1. Cette dernière propose une écoute plus étendue de la composition de Robert Israel, enregistrée en 1995. Il ne s’agit pas d’une réelle spatialisation, mais plutôt d’un bonus acoustique agréable. Toujours est-il que le confort est également assuré par la version 2.0 qui suffit amplement à La Croisière du Navigator. Les intertitres anglais sont évidemment sous-titrés en français.

Crédits images : © Elephant Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Sherlock Junior, réalisé par Buster Keaton

SHERLOCK JUNIOR (Sherlock Jr.) réalisé par Buster Keaton, disponible le 16 juin 2020 en DVD et Combo Blu-ray+DVD chez Elephant Films.

Acteurs : Buster Keaton, Kathryn McGuire, Joe Keaton, Erwin Connelly, Ward Crane…

Scénario : Clyde Bruckman, Jean C. Havez, Joseph A. Mitchell

Photographie : Byron Houck, Elgin Lessley

Musique : Timothy Brock (2015)

Durée : 0h44

Année de sortie : 1924

LE FILM

Projectionniste dans un modeste cinéma, un homme rêve de devenir un grand détective. Un jour, tandis qu’il rend visite à la demoiselle de ses pensées pour lui offrir une bague, son rival dérobe la montre du père, la place chez un prêteur sur gages puis glisse le billet dans la poche du pauvre amoureux. Celui-ci se met à jouer les détectives amateurs. Confondu, il est chassé de la maison…

Remarqué à la fin des années 1910 dans une multitude de courts-métrages aux côtés de la star Roscoe “Fatty” Arbuckle, Joseph Frank Keaton Junior, dit Buster Keaton (1895-1966), enfant de la balle (ses parents étaient acteurs de cabaret), commence à mettre en scène et à interpréter ses propres films dès 1920. Il crée ainsi le personnage de Malec, qu’il déclinera à plusieurs reprises, y compris pour son premier long métrage Ce crétin de MalecThe Saphead, pour lequel il confie la réalisation à Herbert Blaché. Voulant conserver la mainmise sur ses films, Buster Keaton est crédité en tant que co-metteur en scène dès 1923 avec Les Trois ÂgesThe Three Ages, aux côtés d’Edward F. Cline. Même chose pour Les Lois de l’hospitalitéOur Hospitality, signé la même année, mais cette fois aux côtés de John G. Blystone. Parallèlement à ses courts-métrages, Buster Keaton souhaite néanmoins conquérir le grand écran, à l’instar de ses principaux concurrents et déjà stars, Charles Chaplin et Harold Lloyd. En 1924, il mise alors beaucoup sur Sherlock Junior Sherlock, Jr., comédie, mais aussi grand spectacle visuel qui utilise les effets spéciaux de l’époque, pour faire passer son personnage principal à travers un écran de cinéma. Bien avant La Rose pourpre du CaireThe Purple Rose of Cairo (1985) de Woody Allen et Last Action Hero (1993) de John McTiernan, Sherlock Junior jouait avec la magie du septième art en effaçant la frontière tendue entre deux mondes, celui où un protagoniste qui a du mal à joindre les deux bouts dans la réalité, peut devenir un héros quasi-invulnérable dans la fiction. Buster Keaton signe ici l’un de ses chefs d’oeuvres, qui n’a pas pris une seule ride, un modèle de comédie que l’on pourrait qualifier de fantastique, mais aussi une fantastique comédie dans laquelle le comédien-réalisateur livre une performance hors-normes, le tout ponctué par de remarquables exploits physiques et des cascades ahurissantes.

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Test Blu-ray / Phil Tippett, des rêves et des monstres, réalisé par Alexandre Poncet et Gilles Penso

PHIL TIPPETT, DES RÊVES ET DES MONSTRES réalisé par Alexandre Poncet et Gilles Penso, disponible en DVD et Blu-ray le 27 mai 2020 chez Carlotta Films.

Acteurs : Phil Tippett, Joe Dante, Jon Davison, Dennis Muren, Paul Verhoeven.…

Scénario : Gilles Penso, Alexandre Poncet

Musique : Alexandre Poncet

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Véritable héritier de Ray Harryhausen, Phil Tippett a imaginé et réalisé les créatures les plus mémorables du cinéma hollywoodien des quarante dernières années : de Jabba le Hutt et les AT-AT de Star Wars, le tyrannosaure de Jurassic Park, ED-209 de RoboCop et les insectes géants de Starship Troopers. Ses collaborations avec George Lucas, Steven Spielberg et Paul Verhoeven ont marqué à jamais le genre fantastique et l’inconscient collectif. Ce film vous invite à redécouvrir une oeuvre exceptionnelle.

Il y a quelques mois, nous vous avions longuement parlé et même disséqué le documentaire Le Complexe de Frankenstein. Pendant trois ans, de 2013 à 2015, Gilles Penso, monteur, scénariste, journaliste (L’Ecran Fantastique et Sonovision) et Alexandre Poncet, journaliste (Mad Movies, Freneticarts qu’il a co-fondé en 2008), monteur, compositeur, avaient produit et réalisé ce film sensationnel sur les créatures au cinéma, mais aussi et surtout sur ceux qui se cachaient derrière ces monstres avec lesquels chacun a grandi et développé son propre univers. Huit ans après Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux, écrit et réalisé par Gilles Penso, produit par Alexandre Poncet et cinq ans après Le Complexe de Frankenstein, les deux complices ont décidé de se concentrer cette fois sur une figure emblématique des effets spéciaux et du cinéma fantastique, Phil Tippett (né en 1951). Vous êtes prêts pour un nouveau voyage formidable et passionnant au pays de l’imaginaire, du génie et de la création ? Alors ne manquez pas Phil Tippett, des rêves et des monstres !

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Test DVD / Alien Crystal Palace, réalisé par Arielle Dombasle

ALIEN CRYSTAL PALACE réalisé par Arielle Dombasle, disponible en DVD le 12 mai 2020 chez Epicentre Films.

Acteurs : Arielle Dombasle, Nicolas Ker, Michel Fau, Asia Argento, Joséphine de La Baume, Theo Hakola, Julian de Gainza, Joana Preiss…

Scénario : Florian Bernas, Arielle Dombasle, Jacques Fieschi, Nicolas Ker

Photographie : Elie Girard

Musique : Nicolas Ker

Durée : 1h37

Année de sortie : 2018

LE FILM

Un savant manipulateur d’âmes imprégné d’ésotérisme, tente de recréer le couple idéal selon le mythe platonicien d’Aristophane, celui de l’androgyne, un être complet qui fut coupé en deux et condamné à errer inlassablement à la recherche de sa part manquante, l’amour parfait. Il semble avoir repéré de nouveaux sujets pour son expérience : Dolorès Rivers, romantique cinéaste underground, et son miroir inversé, Nicolas Atlante, chanteur de rock fou et vénéneux. Le magnétisme opère, le diable s’en mêle, les crimes se succèdent…

Vous n’êtes pas prêts…Alien Crystal Palace est un film dont on ne revient pas entier. On y laisse beaucoup de choses durant 97 minutes. Une partie de son âme, de ses fonctions vitales et cognitives. A la fin, si vous y arrivez, vous espérez que ce que vous venez de voir n’est pas un aperçu de ce qui nous attend tous au moment où l’on rendra notre dernier souffle. Un effet d’agonie, de paralysie cérébrale, comme si tous vos organes s’atrophiaient. Et c’est magique. Il serait faux de croire qu’Arielle Dombasle en est à son coup d’essai derrière la caméra. En réalité, Alien Crystal Palace est le quatrième long métrage réalisé par l’actrice, chanteuse et scénariste franco-américaine, après Chassé-croisé (1982), Les Pyramides bleues (1988) et Opium (2013). Entre-temps, parallèlement à sa carrière de comédienne, Arielle Dombasle aura également signé quelques documentaires, ainsi qu’un épisode de la série X-Femmes en 2008. Actrice souvent frappadingue, dans le bon sens du terme, qui a souvent fait le bonheur des aficionados du cinéma d’Eric Rohmer, de Perceval le Gallois (1978), sa première apparition au cinéma, en passant par Le Beau mariage (1982), Pauline à la plage (1983) et L’Arbre, le Maire et la Médiathèque (1993), Arielle Dombasle fait partie de ces artistes extravagants dont on aime la folie douce et poétique. Il est donc impossible de détester Alien Crystal Palace, un Objet Filmique Non Identifié, un clip kitsch et stroboscopique, certains diront « coloscopique » certes, un patchwork inégal, plombant, surréaliste, mais aussi vraiment drôle, involontairement ou pas on ne le saura sans doute jamais, mais qui vaut le détour puisqu’Arielle Dombasle propose ici une véritable expérience de cinéma. Sans déconner. Un vrai et grand nanar de luxe.

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Test Blu-ray / Les Mutinés du Téméraire, réalisé par Lewis Gilbert

LES MUTINÉS DU TÉMÉRAIRE (H.M.S. Defiant) réalisé par Lewis Gilbert, disponible en DVD et Blu-ray le 2 juin 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Alec Guinness, Dirk Bogarde, Maurice Denham, Nigel Stock, Richard Carpenter, Peter Gill, David Robinson, Robin Stewart…

Scénario : Nigel Kneale, Edmund H. North d’après le roman de Frank Tilsley

Photographie : Christopher Challis

Musique : Clifton Parker

Durée : 1h41

Année de sortie : 1962

LE FILM

En 1797, pendant les guerres napoléoniennes, l’équipage du Téméraire, un navire anglais voguant en Méditerranée, se révolte, indigné par la cruauté du second, le lieutenant Paget, et, malgré les tentatives d’apaisement, se rend hors-la-loi.

Quand on évoque le nom de Lewis Gilbert (1920-2018), les cinéphiles pensent immédiatement à ses opus de la saga James Bond, On ne vit que deux foisYou Only Live Twice (1967), L’Espion qui m’aimaitThe Spy Who Loved Me (1977) et Moonraker (1979). En fait, avant d’en venir à l’agent 007, le réalisateur britannique avait déjà plus de vingt ans de carrière derrière lui et près de 25 longs métrages à son actif, ainsi que divers documentaires. Citons pêle-mêle Vainqueur du cielReach for the Sky (BAFTA du meilleur film britannique en 1957), Visa pour Hong KongFerry to Hong Kong (1959) avec Curd Jürgens et Orson Welles, ou bien le très célèbre Coulez le Bismarck !Sink the Bismarck ! (1960) avec Kenneth More. Avant On ne vit que deux fois, Lewis Gilbert avait aussi mis en scène le formidable H.M.S. Defiant, également connu sous le titre de Damn the Defiant !, soit Les Mutinés du Téméraire dans nos contrées. Adapté du roman Mutiny de Frank Tilsley, ce grand film d’aventures témoigne du solide bagage technique du réalisateur, ce qui l’a sûrement aidé plus tard pour qu’Harry Saltzman et Albert R. Broccoli décident de lui confier les trois budgets pharaoniques des épisodes de James Bond susmentionnés. Filmé comme un véritable huis clos tendu du début à la fin, Les Mutinés du Téméraire est aussi l’occasion d’admirer la confrontation de deux monstres sacrés du cinéma britannique, Alec Guinness et Dirk Bogarde, exceptionnels.

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Test Blu-ray / Hell Night, réalisé par Tom DeSimone

HELL NIGHT réalisé par Tom DeSimone, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Linda Blair, Vincent Van Patten, Peter Barton, Kevin Brophy, Jenny Neumann, Suki Goodwin, Jimmy Sturtevant, Hal Ralston…

Scénario : Randy Feldman

Photographie : Mac Ahlberg

Musique : Dan Wyman

Durée : 1h40

Année de sortie : 1981

LE FILM

Pour leur initiation, quatre nouveaux membres d’une association étudiante doivent passer la nuit dans un vieux manoir abandonné. Douze ans plus tôt, le propriétaire du manoir a tué sa famille avant de se donner la mort. Selon la légende, un membre de la famille aurait survécu et hanterait le manoir.

Alors que Black Christmas (1974) de Bob Clark et surtout Halloween : La Nuit des masques (1978) de John Carpenter ont entraîné moult ersatz, plagiats, copies éhontées, plus souvent pour le pire que pour le meilleur, d’autres films – hors franchises du style Vendredi 13 – ont réussi à tirer leur épingle du jeu au point de devenir cultes avec les années et de rester chéris par les cinéphiles et adeptes de séries B horrifiques. Le Bal de l’horreurProm Night de Paul Lynch et Terror TrainLe Monstre du train de Roger Spottiswoode, tous deux interprétés par Jamie Lee Curtis, Happy Birthday To Me de J. Lee Thompson et Carnage The Burning de Tony Maylam, sont encore cités aujourd’hui comme des petites références et des modèles d’un genre qui n’a eu de cesse de muter ou de s’alimenter lui-même. Alors que le genre bat son plein en 1981, débarque sur les écrans Une nuit en enfer, connu également sous le titre Une nuit infernale, bref Hell Night, réalisé par un certain Tom DeSimone (né en 1939), metteur en scène venu du milieu pornographique où il officiait alors sous le pseudonyme de Lancer Brooks. Prenant en main le film Hell Night, le cinéaste est bien décidé à montrer ce qu’il a sous le capot du point de vue technique, d’autant plus qu’il détient un atout de taille avec la présence au générique de Linda Blair, révélée huit ans auparavant dans L’Exorciste de William Friedkin. Hell Night se révèle un petit film d’épouvante très sympathique, qui parvient à faire oublier ses maladresses grâce à un indéniable savoir-faire, une très belle photographie et au charisme de sa comédienne principale, poupée de porcelaine très attachante et à laquelle on s’identifie sans aucune difficulté.

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Test Blu-ray / Emanuelle et les derniers cannibales, réalisé par Joe d’Amato

EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES (Emanuelle e gli ultimi cannibali) réalisé par Joe d’Amato, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre le 7 juillet 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Laura Gemser, Gabriele Tinti, Nieves Navarro, Donald O’Brien, Percy Hogan, Mónica Zanchi, Annamaria Clementi, Geoffrey Copleston…

Scénario : Romano Scandariato, Joe D’Amato

Photographie : Joe D’Amato

Musique : Nico Fidenco

Durée : 1h29

Année de sortie : 1977

LE FILM

Travaillant dans un hôpital psychiatrique, Emanuelle découvre un étrange signe tribal tatoué sur le ventre d’une jeune fille. Cette dernière pourrait bien avoir été en contact avec une tribu de mangeurs d’hommes, pourtant supposés disparus de la région. Intriguée, Emanuelle décide de se rendre dans la forêt amazonienne pour y percer le mystère. Elle va y découvrir que les cannibales sévissent toujours, avides de chair fraîche et de boyaux fumants…

Aaaaah Emanuelle, à ne pas confondre avec Emmanuelle (avec deux M donc) puisqu’il fallait faire attention au copyright, mais bel et bien Emanuelle ou plus précisément Black Emanuelle pour ceux qui auront entre autres connu, comme l’auteur de ces mots, la troisième partie de soirée du dimanche sur M6 dans les années 1980-1990. Petits coquins. Suite au triomphe international d’Emmanuelle en 1974, réalisé par Just Jaeckin, avec huit millions d’entrées rien qu’en France où le film restera plus de douze ans à l’affiche, certains producteurs ont de la suite dans les idées. Evidemment, le pays que ce succès affole est l’Italie. Si Erika Blanc avait été la première à interpréter le personnage dans Moi, EmmanuelleIo, Emmanuelle (1969), la comédienne l’ayant véritablement immortalisé, au point de devenir une icône érotique, demeure la sublimissime Laura Gemser. L’actrice et costumière – même si on la connaît mieux dévêtue – italienne d’origine indonésienne incarnait déjà une masseuse dans Emmanuelle l’antivierge (ou Emmanuelle 2), avant de se voir confier le rôle-titre la même année, 1975 donc, dans Black EmanuelleEmanuelle nera, ou Black Emanuelle en Afrique, de Bitto Albertini. C’est une explosion. Désormais, Mae Jordan, dite Emanuelle, reporter-photographe devient aussi célèbre que son modèle néerlandais Sylvia Kristel. Née en 1950, Laura Gemser interprétera Emanuelle dans une dizaine de longs-métrages, dont Black Emanuelle en Amérique Emanuelle in America, Black Emanuelle autour du monde Emanuelle, Perché violenza alle donne ? et Viol sous les tropiquesEmanuelle e gli ultimi cannibali, tous les trois réalisés en 1977 par Joe D’Amato. Ce dernier est sans nul doute l’un des épisodes les plus ahurissants, inclassables et étonnants de la saga Black Emanuelle. Mélange d’érotisme, forcément, et de gore avec des séquences bien dégueulasses, Emanuelle et les derniers cannibales reste une grande référence pour les amateurs de cinéma Bis, mais aussi pour certains réalisateurs comme Eli Roth qui n’a cessé de l’évoquer lors de la promotion de son génial Green Inferno (2013).

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Test Blu-ray / Vij ou le diable, réalisé par Konstantin Ershov & Georgiy Kropachyov

VIJ OU LE DIABLE (Viy) réalisé par Konstantin Ershov & Georgiy Kropachyov, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre le 6 juin 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Leonid Kuravlyov, Natalya Varley, Aleksey Glazyrin, Nikolay Kutuzov, Vadim Zakharchenko, Pyotr Vesklyarov, Vladimir Salnikov, Dmitriy Kapka…

Scénario : Konstantin Ershov, Georgiy Kropachyov, Aleksandr Ptushko d’après la nouvelle de Nikolay Gogol

Photographie : Viktor Pishchalnikov, Fyodor Provorov

Musique : Karen Khachaturyan

Durée : 1h16

Année de sortie : 1967

LE FILM

Trois jeunes séminaristes quittent leur monastère pour partir en vacances. La nuit, ils se font héberger par une fermière qui se révèle être une sorcière. Khoma l’empoigne et la laisse pour morte, après qu’elle se soit transformée en jolie jeune fille. Sous la pression de la famille, le recteur oblige Khoma à passer trois nuits auprès de la défunte afin de prier pour son âme. Il va vivre trois nuits d’épouvante jusqu’à l’apparition de VIY, le démon et maître des Gnomes…

Consacrez 80 minutes de votre temps pour aller à la découverte de Vij ou le diable, ou bien encore Viy, remarquable film fantastique soviétique, adapté d’une nouvelle de Nikolay Gogol et réalisé – sur le papier – par Konstantin Ershov et Georgiy Kropachyov en 1967. En réalité, cet immense succès critique et populaire qui avait attiré plus de trente millions de spectateurs à sa sortie, est en très grande partie mise en scène par Alexandre Ptouchko (1900-1973), cinéaste (Le Conte du tsar Saltan), scénariste, producteur, dessinateur, sculpteur, marionnettiste, directeur artistique, peintre, créateur d’effets spéciaux et directeur de la photographie, ancien journaliste, décorateur de théâtre et acteur. Ce spécialiste russe de l’animation que l’on surnommait le Walt Disney soviétique, ce qui était aussi injuste que réducteur, lauréat du Lion d’Argent au Festival de Venise pour Le Tour du monde de Sadko (1953), était réputé pour son univers immensément poétique, remplit de magie, de couleurs, de féerie et de charme. Appelé en renfort durant la conception de Vij ou le diable, Alexandre Ptouchko reprend les choses en main, délaisse ce que les deux étudiants en cinéma voulaient imposer à l’écran, autrement dit un mélange d’érotisme et de mysticisme, pour se recentrer sur la nouvelle originale de Gogol, qui avait déjà inspiré Le Masque du démonLa Maschera del demonio de Mario Bava en 1960. Le résultat à l’écran est bluffant et l’on retrouve une fois de plus le monde unique d’Alexandre Ptouchko, même s’il reste crédité uniquement au scénario, aux effets visuels et à la direction artistique. Vij ou le diable demeure un merveilleux conte fantastique.

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Test DVD / Signal, une aventure dans l’espace, réalisé par Gottfried Kolditz

SIGNAL, UNE AVENTURE DANS L’ESPACE (Signale – Ein Weltraumabenteuer) réalisé par Gottfried Kolditz, disponible en DVD le 2 juin 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Piotr Pawlowski, Evgeniy Zharikov, Gojko Mitic, Alfred Müller, Helmut Schreiber, Irena Karel, Soheir El-Morshidy, Karin Ugowski…

Scénario : C.U. Wiesner d’après le roman de Carlos Rasch

Photographie : Otto Hanisch

Musique : Karl-Ernst Sasse

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Au XXIème siècle, l’équipage d’un vaisseau spatial en mission ne donne plus aucun signe de vie à sa base terrienne. Cette coupure fait suite à une pluie d’astéroïdes qui l’a potentiellement réduit à néant. Une sonde est envoyée afin de le retrouver. De mystérieux signaux sont ainsi captés : l’équipage serait-il toujours vivant? Ou bien s’agirait-il d’un message extraterrestre ?

Il y a beaucoup moins de choses à dire sur Signal, une aventure dans l’espaceSignale – Ein Weltraumabenteuer que sur L’Etoile du silenceDer schweigende Stern (1960) de Kurt Maetzig. Réalisé par un certain Gottfried Kolditz (1922-1982), ce film de science-fiction allemand est produit par le même studio, la DEFA, studio d’État de la République démocratique allemande, en partenariat avec la Pologne. Dix ans se sont écoulés depuis ce grand succès, mais étrangement, aucun autre film du genre n‘avait suivi. Après L‘Etoile du silence, le tristement célèbre « mur de protection antifasciste » a été érigé à Berlin. Forcément, la propagande s‘est renforcée, ainsi que la censure, le contrôle sur la vie culturelle, la vie. Si Signal, une aventure dans l’espace reprend pour ainsi dire les mêmes composantes que L‘Etoile du silence, le film de Gottfried Kolditz ne réserve plus aucune surprise et ne propose rien de bien enthousiasmant. De plus, le rythme est lent, les acteurs rivalisent de non-charisme et il ne se passe absolument rien durant les longues 90 minutes. Demeurent les effets spéciaux, très beaux, évidemment largement inspirés par ceux de 2001, l’Odyssée de l’espace 2001: A Space Odyssey, sorti deux ans auparavant, dont le ton, les intentions et les partis pris sont instantanément devenus des modèles à suivre. Pour résumer, Signal, une aventure dans l’espace, adapté du roman Asteroidenjaeger (littéralement “Chasseurs d‘astéroïdes“) de Carlos Rasch (1961), est LA réponse germano-polonaise au chef d‘oeuvre de Stanley Kubrick, toutes proportions gardées, bien entendu.

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Test DVD / L’Etoile du silence, réalisé par Kurt Maetzig

L’ÉTOILE DU SILENCE (Der schweigende Stern) réalisé par Kurt Maetzig, disponible en DVD le 31 mai 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Yôko Tani, Oldrich Lukes, Ignacy Machowski, Julius Ongewe, Mikhail N. Postnikov, Kurt Rackelmann, Günther Simon, Hua-Ta Tang…

Scénario : Jan Fethke, Wolfgang Kohlhaase, Günter Reisch, Günther Rücker, Alexander Stenbock-Fermor d’après le roman de Stanislas Lem

Photographie : Joachim Hasler

Musique : Andrzej Markowski

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Un élément d’origine inconnue, découvert après un tremblement de terre, attire l’attention des scientifiques. Il s’agit d’une bande magnétique en provenance de la planète Venus comportant un message hostile à l’égard des habitants de la Terre. Une équipe de savants appartenant aux principales nations du monde est envoyée vers la planète mystérieuse pour aller à la rencontre du peuple vénusien. Mais, à peine débarqués, les spationautes découvrent un monde dévasté.

Oh ! Un film de science-fiction allemand des années 1960 ! C’est assez rare pour être signalé, d’autant plus que L’Etoile du silenceDer schweigende Stern, également connu sous ses titres d’exploitation internationale First Spaceship on Venus ou encore Planet of the Dead, The Silent Star, Spaceship Venus Does Not Reply conserve encore un charme dingue. Produit par la DEFA, studio d’État de la République démocratique allemande, en partenariat avec la Pologne, L’Etoile du silence s’inspire bien sûr des films américains du genre qui pullulaient, mais agrémentés à la sauce communiste. Le résultat est étonnant, car si le film de Kurt Maetzig (1911-2012) véhicule forcément cette idéologie, c’est sans bourrage de crâne et en privilégiant avant tout le spectacle cinématographique. Et de ce point de vue nous ne sommes pas déçus. Der schweigende Stern n‘a absolument rien de honteux. La mise en scène est inventive, les effets visuels très réussis et l‘ensemble bénéficie d‘une véritable dynamique de groupe puisque “l‘Internationale“ étant prônée, L‘Etoile du silence est un film choral où chinois, allemands, polonais, africains, indiens et bien d‘autres s‘entraident sans cesse durant leur voyage spatial qui les mènera jusqu‘à Vénus. Des partis pris qui annonçaient alors les séries télévisées à venir, et qui renvoient d‘ailleurs aux shows galactiques contemporains. C‘est dire si Der schweigende Stern, inspiré d‘un roman de Stanislas Lem (Solaris) publié en 1951, est un vrai bon film de SF vintage.

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