Test DVD / Une fille en or, réalisé par Jean-Luc Gaget

UNE FILLE EN OR réalisé par Jean-Luc Gaget, disponible en DVD le 7 août 2026 chez Nour Films.

Acteurs : Pauline Clément, Arthur Dupont, Émilie Caen, Loïc Legendre, Quentin Dolmaire, Karin Viard, Bruno Podalydès, Jean-Noël Brouté…

Scénario : Raphaële Moussafir & Jean-Luc Gaget

Photographie : Mathilde Cathelin

Musique : Frédéric Norel

Durée : 1h22

Année de sortie : 2026

LE FILM

Un jour, Clémence prend conscience que personne ne l’a jamais admirée. Bercée par les illusions d’une enfance chaotique, elle croise un certain Paul, petit patron autoritaire que rien ni personne n’impressionne. Elle se dit alors qu’il est temps pour elle de se poser la seule question qui vaille : « Et si je valais plus que je ne le crois ? ».

Jean-Luc Gaget (né en 1958) est un couteau Suisse. Scénariste, dialoguiste, romancier, monteur, acteur et réalisateur, il écrit pour les autres, de Fabien Onteniente (Tom est tout seul) à Blandine Lenoir (Aurore, Zouzou), mais surtout pour la cinéaste Sólveig Anspach, disparue en 2015. L’ombre de cette dernière (à qui le film est d’ailleurs dédié), avec laquelle il avait signé Back Soon, Queen of Montreuil, Louise Michel (pour la télévision), L’Effet aquatique (César du Meilleur scénario original) et le magnifique Lulu femme nue, plane sur Une fille en or, dans lequel on retrouve toute la folie et la fantaisie de Jean-Luc Gaget, qui repasse à son tour derrière la caméra. Petite bulle de savon, légère et pétillante, Une fille en or ne révolutionne certes pas la comédie française, mais s’inscrit dans un burlesque qui n’est pas sans rappeler les premières œuvres de Pierre Richard, à l’instar du Distrait ou Les Malheurs d’Alfred. Un aspect quasi-anachronique qui possède un charme fou, comme celui de ses deux interprètes principaux, avec tout d’abord la merveilleuse Pauline Clément, qui après ses apparitions remarquées dans Le Sens de la fête de Nakache & Toledano et Heureux gagnants de Maxime Govar, accède enfin en haut de l’affiche ici, comme dernièrement avec le triomphe de De la Comédie-Française de Martin Darondeau et Bertrand Usclat. C’est aussi le cas pour le trop rare (au cinéma du moins) Arthur Dupont (Bus Palladium, Normandie nue, Grand froid, la série Les Petits Meurtres d’Agatha Christie), parfait dans la peau du type psychorigide et bourré de tocs, personnage auquel il apporte une ambiguïté et donc une humanité qui le rendent très attachant. Si vous en avez l’occasion, assistez à la rencontre inattendue entre Paul et Clémence durant cette petite récréation de 80 minutes.

Lors de la réunion d’un groupe de soutien, Clémence prend conscience que personne ne l’a jamais admirée. Sa sœur Bianca, mariée, a mieux réussi. Lors de l’anniversaire de leur père, fêté chez Bianca, Clémence est la fille qu’on néglige. Le voisin maniaque, Paul – que l’on surnomme Paul Pot -, vient – une nouvelle fois -, excédé, se plaindre du bruit. Clémence est si gentille qu’elle laisse son appartement à un ami squatteur et vient vivre chez Bianca. Le père de Clémence et Bianca décède. Acceptant le piston que celui-ci lui avait proposé, Clémence découvre, lors de l’entretien d’embauche, que le patron n’est autre que Paul, qui l’engage… car un voyant lui a tiré les cartes, et lui a annoncé que cette candidate allait changer sa vie.

Clémence se dévoue pour les autres, au point de s’oublier et par ailleurs d’être oubliée par les autres, y compris par ses proches, dont son propre père, qui omet tout simplement de la remercier pour la fête organisée en l’honneur de son anniversaire. Tentant de se faire pardonner son père lui conseille de se recentrer sur elle-même, regrettant même qu’elle n’ait pas accepté un certain boulot, mais il lui dit qu’il la comprend car « le crédit à la consommation c’est horrible, aliénant, misérable, cynique, mais je ne sais pas pourquoi je te vois bien là-dedans ! ». Charmant. Si l’on ajoute à cela le décès de son père peu de temps après, son appartement squatté par son colocataire et plan cul quand il n’y a rien de mieux à trouver, Clémence est au bord de l’implosion. Après avoir participé à un groupe de travail sur l’estime de soi, parce qu’elle s’excuse toujours de tout, Clémence va prendre son courage à deux mains et passe un entretien d’embauche.

On pense aussi à l’univers d’Emmanuel Mouret, période Changement d’adresse, Un baiser, s’il vous plaît et Fais-moi plaisir !, avec cette petite succession de saynètes qui montrent Clémence dans son quotidien, qui bataille pour exister, pour s’affirmer, pour enfin trouver quelqu’un qui lui donnera confiance en elle et surtout croira en elle. Sa sœur Bianca (excellente Émilie Caen, vue dans Fêlés, Premières vacances et la trilogie Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?), fait tout ce qu’elle peut pour l’aider, y compris le compagnon de celle-ci, Bernard (Loïc Legendre, lui aussi aperçu dans la saga Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?), qui soutient sa belle-sœur entre deux vannes pourries. Outre Bernard et Bianca (oui oui), Clémence retrouve un ancien camarade d’école primaire (le génial Quentin Dolmaire) sur le site Copains d’avant, qui en pinçait beaucoup pour elle…quand elle se rend compte que c’est apparemment toujours le cas. Un peu trop même. Et là-dessus, Paul (Arthur Dupont donc), qui vient de se faire larguer par Virginie (oui oui encore), le voisin irascible de sa sœur, devient son nouveau boss.

Le scénario de Jean-Luc Gaget enchaîne « les petits malheurs de Clémence » sur un rythme soutenu, quelques caméos sont très sympas (Karin Viard, Bruno Podalydès, Jean-Noël Brouté), les dialogues bien écrits et drôles surtout, la photo est chaleureuse, l’ensemble bercé par des chansons pop italiennes écrites spécialement par le réalisateur (n’ayant pu obtenir les droits de tubes connus) et au final, Une fille en or est la comédie idéale si vous devez découvrir (il serait temps) le talent de la formidable Pauline Clément.

LE DVD

Après un discret passage dans les salles (33.000 entrées), Une fille en or a tout de même droit à une sortie en DVD chez Nour Films. La jaquette reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément est un petit montage de scènes coupées (3’35). Cela vaut surtout pour la séquence de l’entretien d’embauche, dont certains gags étaient restés sur le banc de montage.

Nous trouvons ensuite une interview de Pauline Clément, en compagnie d’Arthur Dupont (14’15). Les deux comédiens, visiblement très complices, s’expriment sur leur découverte personnelle du scénario, qu’ils avouent avoir lu d’une traite et avoir accepté dans la foulée. Ils parlent aussi de leur rencontre, de leur alchimie à l’écran, de leur collaboration avec Jean-Luc Gaget, des personnages, des thèmes et du reste du casting.

Place à Jean-Luc Gaget, qui lui aussi prend la parole à l’occasion de la sortie d’Une fille en or au cinéma (8’). Le réalisateur évoque son parcours, sa longue et précieuse association avec Sólveig Anspach, son goût pour les personnages décalés, le casting (dont sa découverte de Pauline Clément, qu’il ne connaissait pas) et la psychologie des personnages.

L’éditeur a eu la bonne idée de glisser un court-métrage réalisé par Jean-Luc Gaget en 1994, Le Bus (17’30). Pierre et Paul sont amis depuis quinze ans. Mais à quoi tient cette amitié ? Quelle est la nature de ce lien : affinité, dépendance, domination… ? Aujourd’hui, entre deux arrêts de bus, Paul qui a tant de mal à dire les choses, a décidé de parler afin de raser le mur invisible qui le sépare de Pierre. Mais qu’y-a-t-il derrière ce mur ? Formidablement interprété par Alain Beigel (alors futur metteur en scène et scénariste de Mille bornes, avec Emma de Caunes, Raoul dans les deux opus de La Boum) et Pierre-Loup Rajot (vu dans Garçon !, L’Été prochain), Le Bus impressionne par son dispositif, par l’excellence des dialogues et ses nombreuses fulgurances.

L’interactivité se clôt sur des images provenant des essais des comédiens (6’15) et sur un karaoké (« Diecimila anni ») de la chanson entonnée par Paul et Marianne, par ailleurs écrite par Jean-Luc Gaget.

L’Image et le son

L’éditeur livre un très beau master. La colorimétrie est vive et chatoyante, les teintes chaudes sont toujours agréables, le piqué est suffisamment acéré. Le cadre fourmille de détails, l’on se régale des séquences extérieures d’une belle clarté. Relief, précision, richesse des contrastes, définition au top, voilà un petit film bien servi.

Le spectateur a le choix entre les pistes Dolby Digital 5.1 et 2.0. Notre préférence va pour la première qui instaure un confort acoustique plus plaisant, une spatialisation musicale convaincante et des effets latéraux, certes peu foisonnants, mais appréciables. Les ambiances sont plaisantes, la balance frontale toujours dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. La piste stéréo est évidemment plus plate mais riche et remarquablement équilibrée. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Nour Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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