Test Blu-ray / La Femme de, réalisé par David Roux

LA FEMME DE réalisé par David Roux, disponible en DVD & Blu-ray le 20 août 2026 chez Jour2Fête.

Acteurs : Mélanie Thierry, Éric Caravaca, Arnaud Valois, Jérôme Deschamps, Jérémie Renier, Sarah Le Picard, Jeanne Rosa, Lila Gueneau…

Scénario : David Roux & Gaëlle Macé, d’après le roman Son nom d’avant d’Hélène Lenoir

Photographie : Aurélien Marra

Musique : Quentin Sirjacq

Durée : 1h35

Année de sortie : 2026

LE FILM

Marianne est mariée avec Antoine, avec lequel elle a eu une fille, Laure, adolescente, et un garçon, Tim, encore petit. Dans la demeure de son beau père, qui vient d’enterrer sa femme, elle se réfugie dans les bras de son beau frère, Franck, et se garde bien de se mêler des questions de succession. Une certaine tension s’installe d’ailleurs entre son mari et l’une de ses deux belles-sœurs, Lili, qui trouve qu’Antoine décide de tout sans consulter personne. Alors qu’elle ne voulait pas s’installer dans la maison, Marianne se retrouve à s’occuper de son beau père, qui la prend pour une domestique. Et quand surgit dans leur vie un photographe qu’elle a croisé par le passé, elle va devoir faire des choix…

Nous étions sans nouvelle du réalisateur David Roux (né en 1977), dont le premier long-métrage L’Ordre des médecins nous avait particulièrement enthousiasmés en 2019. Deux bonnes nouvelles. La première c’est qu’il fait enfin son retour derrière la caméra. Quant à la seconde, La Femme de est une nouvelle réussite. Il adapte le roman d’Hélène Lenoir, Son nom d’avant et dresse le portrait d’une femme de 40 ans, qui arrive à un carrefour de son existence, qui se résume à incarner l’épouse dévouée la meilleure mère, en la ramenant le moins possible, dans une famille bourgeoise et catholique de province, dans laquelle son mari, le fils aîné, s’impose une fois de plus face à ses cadets au moment de la mort de leur mère, quand bien même leur père est encore en vie. David Roux se place dans la droite lignée de Claude Chabrol, tout comme Sébastien Marnier le faisait en 2022 avec L’Origine du mal, dans le genre drame social se déroulant dans un cadre feutré, loin de l’agitation de la grande ville. Il offre à Mélanie Thierry l’un de ses plus beaux rôles (on a l’impression de dire cela à chacun de ses films), comme dernièrement La Chambre de Mariana et La Douleur d’Emmanuel Finkiel et La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet. Passionné par le mélodrame hollywoodien des années 1950 comme ceux de Douglas Sirk (All I Desire, Le Secret magnifique), le cinéaste observe son personnage principal piégé dans sa cage dorée, souvent perdue au milieu d’une immense pièce, observant par la fenêtre, rêvant peut-être de s’évader, de s’envoler. Formidable objet de cinéma à disséquer sur le plan formel, magnifiquement photographié par Aurélien Marra (Un monde merveilleux), La Femme de confirme le talent d’un metteur en scène précieux, sur lequel il faudra désormais compter.

Voilà Marianne aujourd’hui : femme d’un riche industriel, enviée et admirée, épouse modèle et mère de famille dévouée. Elle va avoir 40 ans et le confort de la vaste demeure familiale a lentement refermé sur elle son piège impitoyable. Prisonnière d’un inextricable réseau d’obligations sociales, familiales et conjugales, complice de son propre effacement, elle a, sans même s’en apercevoir, renoncé à elle-même. Alors, quand resurgit l’ombre de son passé, une brèche s’ouvre. Une autre vie serait-elle possible ? Et à quel prix ?

« Elle avait fini par te considérer comme sa fille…C’est pas si formidable, crois-moi ! »

L’ennui finit par étouffer, même si les espaces sont grands, que la hauteur de plafond est immense, que les larges baies vitrées donnent sur un jardin qui s’étend à perte de vue. C’est là, dans cette demeure que Marianne tente de faire bonne figure, d’accepter ce qu’on lui conseille (ce qu’on lui ordonne surtout, mais en y mettant les formes) de faire. Comme si elle ne s’occupait pas déjà de tout, elle doit désormais veiller sur son beau-père, patriarche de la famille de son mari, pris entre deux rendez-vous en Angleterre. Marianne a le visage éteint, le bleu de ses yeux est couleur de mauvais temps, elle fume beaucoup, encaisse, beaucoup. Lili, sa belle-sœur au tempérament révolté, accuse les siens d’avoir « tué » sa mère. Antoine, le fils, riche industriel, désire racheter la maison. Marianne, qui est sa femme, ne le souhaite pas. Il veut quand même le faire. Les autres s’étant absentés, Marianne et Bob, son beau-frère, se retrouvent dans une pièce et s’étreignent. Ils ont en réalité une liaison secrète. Les journées passent ainsi.

Clairement, d’entrée de jeu, Marianne n’est pas à sa place et l’on se demande si elle l’a été un jour. Un flashback dévoile que sa relation avec son mari a changé le jour où elle a donné naissance à une fille, alors son époux espérait un fils, pour perpétuer le nom. Un fils qui viendra tout de même quelques années plus tard, mais la gangrène était déjà installée, les relations avaient changé, probablement de façon irréversible.

« Rien ne change jamais dans ces familles-là ! Ils m’ont ensevelie, je me suis laissée engloutir… »

David Roux soigne sa mise en scène, chaque plan est pensé de façon quasi-mathématique avec la place de Marianne, de plus en plus effacée, mais qui trouve tout de même les moyens de reprendre sa respiration, goulée d’air qui lui permettra d’aller de l’avant, enfin, de penser à elle. Une question de survie. Si l’on ajoute à cela un homme mystérieux qui surgit de son passé (Jérémie Rénier, impeccable) comme un mirage, sa propre fille qui en vient à déclarer que sa mère est morte en la mettant au monde, sans oublier les nouvelles « corvées » qui lui sont confiées, ce sont plusieurs gouttes d’eau qui font déborder le vase. Marianne se révèle par strates, s’avère froide, voire glaciale au premier abord, mais ses fêlures se dévoilent et finalement le personnage est montré comme un grain de sable qu’on aurait placé de force dans une machine très (trop) bien huilée.

Si elle fait partie de cette famille, sa présence reste grinçante et les rouages commencent à gripper. Son avis ne compte pas, même si elle s’oppose à certaines décisions, ce qui a été décidé par son mari (Éric Caravaca, impressionnant) doit se faire comme il l’a décidé. Mais Marianne a des ressources insoupçonnées, qui la sortiront de sa léthargie, de son anesthésie, en restant digne, tandis que la caméra l’observe, la frôle avec une infinie délicatesse. On serait étonné de ne pas voir la fascinante Mélanie Thierry à la prochaine cérémonie des César, aux côtés d’Adèle Exarchopoulos pour Garance et Monia Chokri pour Si tu penses bien, ce qu’elle mériterait encore une fois haut la main. Les paris sont ouverts.

LE BLU-RAY

En dépit de sa discrète sortie dans les salles (à peine 100.000 entrées), La Femme de bénéficie d’une sortie en DVD et même en Blu-ray chez Jour2Fête. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Ne manquez pas l’entretien avec le scénariste et réalisateur David Roux (28’). Voilà sans doute l’une des meilleures interviews que vous trouverez en bonus cette année. Calme, posé, le cinéaste revient sur tous les aspects de La Femme de, à savoir sa découverte et l’adaptation du roman Son nom d’avant d’Hélène Lenoir (« un livre exigeant formellement, à l’écriture ambitieuse »), la psychologie du personnage principal (« qui n’avait pas forcément besoin d’être sympathique pour inspirer de l’empathie »), ses partis-pris, les points communs avec son premier long-métrage L’Ordre des médecins (« un personnage qui prend conscience que le monde dans lequel il vivait est en train de basculer »), les thèmes du film (« comment une conscience finit par s’éveiller »). David Roux évoque ensuite le casting, indiquant ne pas penser aux comédiens durant la phase d’écriture, puis que son désir de tourner avec Mélanie Thierry lui est venu après avoir vu La Douleur d’Emmanuel Finkiel. Le metteur en scène parle du photographe Bernard Plossu, dont le travail l’a beaucoup inspiré, notamment pour la mélancolie qui se dégage de ses photographies. Dans la partie plus technique, il explique le choix du cadre 1.66 (et non en Scope comme il l’avait envisagé au départ), l’utilisation de vieilles optiques anamorphiques, qui créent des flous quasi-spectraux. En ce qui concerne ses références, David Roux mentionne Memory de Michel Franco, dont le dispositif l’avait fasciné, ou comment faire le moins de plans possibles, limiter les gros plans, trouver la bonne distance, pour se rapprocher du personnage aux moments opportuns. Enfin, la musique (« qui permet d’entrer dans la psyché de Marianne ») est aussi abordée. Nous avions encore d’autres notes, mais en dire plus serait inutile, précipitez-vous sur cette vraie leçon de cinéma.

L’Image et le son

Jour2fête sort l’un de ses titres forts en HD, La Femme de. Ce master HD s’en tire avec une grande élégance, avec une superbe restitution de la photo riche et disons-le superbe du chef opérateur Aurélien Marra, alliant les teintes chaudes avec les gammes plus froides et éthérées. Le piqué est acéré comme la lame d’un scalpel, y compris sur les plans plus sombres, les détails sont riches aux quatre coins du cadre, ainsi que sur les visages des comédiens, la gestion des contrastes est solide, les scènes en extérieur diurnes sont magnifiques et dignes du support.

La belle musique composée par Quentin Sirjacq est admirablement délivrée et spatialisée par le mixage DTS-HD Master Audio 5.1. Les voix des comédiens s’imposent sans mal sur la centrale, toujours clairs et distincts. Quelques ambiances naturelles parviennent à percer sur les latérales sur les séquences en extérieur, la balance gauche-droite est dynamique. La stéréo contentera ceux qui ne sont malheureusement pas équipés sur les arrières et demeure percutante. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Jour2Fête / Eliane Antoinette, Reboot Film / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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