Test DVD / Le Cri des gardes, réalisé par Claire Denis

LE CRI DES GARDES réalisé par Claire Denis, disponible en DVD le 19 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Isaach de Bankolé, Matt Dillon, Mia McKenna-Bruce, Tom Blyth…

Scénario : Claire Denis, Suzanne Lindon & Andrew Litvack, d’après la pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès

Photographie : Éric Gautier

Musique : Tindersticks

Durée : 1h45

Année de sortie : 2026

LE FILM

Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux Blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier.

Après le Nicaragua dans Stars at Noon, Claire Denis revient en Afrique, continent où elle a passé les douze premières années de sa vie et où elle a déjà tourné, au Cameroun pour son premier long-métrage Chocolat (1988) et White Material (2009). Cette fois, direction le Sénégal où elle adapte – avec Suzanne Lindon et Andrew Litvack – la pièce de théâtre Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès (1948-1989), écrite en 1979, que la réalisatrice avait découvert en 1983 à l’occasion de sa transposition au théâtre des Amandiers de Nanterre par Patrice Chéreau. Subjuguée par cette pièce interprétée à l’époque par Michel Piccoli, Myriam Boyer et Philippe Léotard, Claire Denis avait toujours pensé l’adapter elle-même au cinéma, suite à une promesse faite au dramaturge avant d’être emporté par le sida. Il aura donc fallu attendre plus de quarante ans pour que ce projet se concrétise et pour cela elle retrouve Isaach de Bankolé pour la quatrième fois, acteur qu’elle avait d’ailleurs découvert en 1987 dans la pièce de théâtre Dans la solitude des champs de coton du même Bernard-Marie Koltès. La boucle est ainsi bouclée quelque part. Le Cri des gardes est un véritable western, avec comme lieu principal un chantier entouré de grillage qui ferait office de poste fortifié, où les deux personnages principaux, que l’on peut voir comme le cowboy et l’Indien, se font face à l’entrée du camp, où le dialogue s’installe (ou essaye de le faire), où les tensions s’exacerbent. Chez Claire Denis, la nuit est reine, révèle tout, les peurs, l’innommable, l’obscurité ne saurait dissimuler le mensonge. Séparé par une grille qui tranche dans le ciel d’encre, Alboury (Isaach de Bankolé) et Horn (Matt Dillon), prennent place comme s’ils se trouvaient dans un confessionnal à ciel ouvert, ou alors est-ce au purgatoire ? Dans une unité de lieu, de temps et d’action, Claire Denis installe un malaise qui va crescendo, jusqu’à la révélation, pour aller vers l’espoir de rédemption, l’absolution peut-être. Claire Denis brouille les pistes, ici imprégnées de terre rouge, navigue entre différents genres, mais plonge encore ses protagonistes, déracinés pour la plupart, plantés dans une culture qu’ils ne comprennent pas et qui reprend ses droits. À près de 80 ans, Claire Denis affiche une envie folle de cinéma et Le Cri des gardes s’impose comme une nouvelle réussite à son palmarès.

En Afrique de l’ouest, un chantier de travaux publics est dirigé par deux expatriés : Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur. Les deux hommes partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte qui est réservée aux Blancs. Leone, la compagne de Horn, arrive d’Europe. Un soir, un homme nommé Alboury s’introduit par effraction et exige qu’on lui rende le corps de son frère, mort sur le chantier.

Quel plaisir de revoir Matt Dillon comme ça ! Un roc puissant, qui dévoile ses fêlures par strates, ses hésitations, ses angoisses. Après Alice Winocour (le somptueux Proxima) et Jessica Palud (Maria, dans lequel il jouait Marlon Brando), le comédien immortalisé par Francis Ford Coppola (Outsiders, Rusty James) et Gus Van Sant (Drugstore Cowboy, Prête à tout), sans oublier les frères Farrelly bien sur (Mary à tout prix – There’s Something About Mary), qui a désormais passé le cap des soixante ans, domine la distribution dans Le Cri des gardes. Face à lui, Isaach de Bankolé n’est évidemment pas en reste, mais son personnage est pour ainsi dire « réduit » à un mirage, une apparition quasi-fantômatique, devant qui Horn va perdre ses moyens, se livrer petit à petit. Moins Alboury lui parle, plus Horn est décontenancé par cet homme en costume qui fait le planton, demande en boucle qu’on lui confie la dépouille de son frère, apparemment victime d’un accident du travail. Mais Horn détient la vérité et la glaçante détermination d’Alboury va le mettre face à lui-même.

Au milieu de nulle-part, la violence naît, même s’il n’y a pas un mot plus haut que l’autre. Tout reste poli, courtois, élégant même (Horn qui invite Alboury à venir rencontrer son amie), mais la sécheresse demeure derrière le vernis brillant des échanges. C’est alors qu’entre en scène un autre expatrié, un jeune ingénieur, adjoint de Horn, Cal, incarné par l’excellent Tom Blyth, que l’on avait découvert en Coriolanus Snow dans Hunger Games : La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur. En dépit des efforts de Horn, Cal, à fleur de peau, va perdre petit à petit de sa prestance et devoir se libérer d’un poids devenu trop lourd à porter.

Magnifiquement photographié par Éric Gautier (Avec amour et acharnement, La Vérité, Ceux qui m’aiment prendront le train), Le Cri des gardes est aussi un cri du coeur, celui d’une artiste dont l’oeuvre dense et hétéroclite a en réalité toujours eu le même noyau central, la quête de la vérité.

LE DVD

Les films de Claire Denis peinent à attirer les foules dans les salles de cinéma…Son opus avec Robert Pattinson (High Life) avait rassemblé 36.000 spectateurs, Stars at Noon seulement 21.000 et Le Cri des gardes a encore fait moins (19.000 entrées)…Après un détour chez AdVitam, le dernier film de Claire Denis arrive chez Blaq Out, uniquement en DVD. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

L’éditeur joint deux interviews comme bonus. La première donne la parole à Claire Denis (20’). La réalisatrice s’exprime sur la pièce de théâtre Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès, qu’elle avait vu en 1983 au théâtre des Amandiers de Nanterre. Elle se souvient de sa rencontre avec le dramaturge, par l’intermédiaire d’Isaach de Bankolé, qu’elle avait dirigé dans Chocolat et qui jouait dans une autre pièce de l’auteur (« très particulier, qui parlait du monde de façon très belle et lyrique »). Claire Denis s’exprime sur sa promesse faite à Bernard-Marie Koltès, avant son décès, de transposer au cinéma Combat de nègre et de chiens. La longue gestation et la mise en route de ce qui deviendra alors Le Cri des gardes sont ensuite les sujets abordés, tout comme le casting, les conditions de tournage, ses intentions et les partis-pris (l’utilisation de la langue anglaise, une fin différente) et son rapport personnel avec l’Afrique (elle a grandi sur ce continent jusqu’à ses 12 ans).

Le second entretien se déroule avec Isaach de Bankolé (13’). Le comédien revient à son tour sur son travail et surtout son amitié avec Bernard-Marie Koltès, qui l’avait dirigé au théâtre et qui souhaitait qu’il interprète un jour le personnage d’Alboury. Il dissèque l’art du dramaturge « qui souhaitait montrer que les mots masquaient l’envie de ne pas communiquer ». Les thèmes du Cri des gardes sont ensuite passés au peigne fin, tout comme les conditions de tournage (dans l’ordre chronologique), le travail avec Claire Denis et son amitié avec Matt Dillon (avec lequel il souhaitait travailler depuis toujours).

L’Image et le son

Dommage de ne pas bénéficier du Cri des gardesen Haute-Définition. Malgré tout, cette édition SD en met souvent plein la vue. Blaq Out prend soin du film de Claire Denis et restitue les partis pris avec minutie, notamment le travail sur les ombres et les clairs-obscures, avec des noirs très denses et des sources de lumière qui rendent les visages blafards. Les détails sont précis, le piqué incisif. Un très beau master.

La piste Dolby Digital 5.1 permet à l’enivrante composition de Tindersticks de s’étendre et de créer une aura particulière qui berce doucement les spectateurs. Les effets sont essentiellement frontaux. Vous pouvez donc sélectionner la Stéréo, qui s’en tire également très bien, avec une bonne dynamique et des effets percutants.

Crédits images : © Blaq Out / Haut et Court / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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