Test Blu-ray / Le Salaire de la violence, réalisé par Phil Karlson

LE SALAIRE DE LA VIOLENCE (Gunman’s Walk) réalisé par Phil Karlson, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 1er juillet 2022 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Van Heflin, Tab Hunter, Kathryn Grant, James Darren, Mickey Shaughnessy, Robert F. Simon, Edward Platt, Ray Teal.…

Scénario : Frank S. Nugent, d’après une histoire originale de Ric Hardman

Photographie : Charles Lawton Jr.

Musique : George Duning

Durée : 1h37

Date de sortie initiale: 1958

LE FILM

Lee Hackett, rancher brutal, à la limite de la violence, a deux fils qu’il essaie d’éduquer à son image. Il a pleinement réussi avec l’aîné d’entre eux, puisque ce dernier est accusé de meurtre. En revanche, le plus jeune prend le contre-pied de son père, allant jusqu’à être attiré par la sœur de la victime. Pour Lee, les temps commencent à changer et les deux frères vont devoir s’opposer.

Nous avons déjà dit tout le bien que l’on pensait de Phil Karlson à travers nos chroniques d’On ne joue pas avec le crime 5 Against the House (1955) et du Quatrième homme Kansas City Confidential (1952), bon pas celle de Ben (1972), la suite de Willard (Daniel Mann, 1971), on vous l’accorde. Mais il s’agit aussi de l’auteur de L’Assaut des jeunes loups Hornet’s Nest (1970) avec Rock Hudson et Sylva Koscina, Un direct au coeur Kid Galahad (1962) avec Elvis Presley, Les Frères Rico The Brothers Rico (1957) avec Richard Conte et adapté de Georges Simenon, L’Inexorable enquête – Scandal Sheet (1952) avec Broderick Crawford…on pourrait continuer comme ça longtemps, tant la filmographie de Phil Karlson (1908-1985) regorge de pépites. Très prolifique et éclectique, allant jusqu’à tourner 20 films dans les années 1940, le réalisateur connaît réellement son heure de gloire la décennie suivante, avec une prédilection pour le film noir. Si les sixties sont sans doute moins marquantes, cela ne l’empêche pas de diriger encore les plus grands acteurs, Richard Widmark, Fredric March, Ben Gazzara, Robert Mitchum, et même Dean Martin dans deux de ses quatre aventures de l’agent Matt Helm. Phil Karlson est partout, explore tous les genres, y compris le western, qu’il abordera à une dizaine de reprises, du Gagnant du Kentucky Black Gold (1947) à La Poursuite des tuniques bleues A Time for Killing (1967) avec Glenn Ford, en passant par L’Étalon sauvage Thunderhoof (1948), La Ruée sanglante They Rode West (1954)…Celui qui nous intéresse aujourd’hui s’intitule Le Salaire de la violence Gunman’s Walk et sera l’avant-dernière incursion du cinéaste dans le Grand Ouest Américain. Et assurément l’une de ses meilleures, voire sa plus grande. Western – dit psychologique – inoubliable, Le Salaire de la violence est un opus bouleversant, shakespearien en diable, voire biblique diront certains avec cette relecture d’Abel et Caïn, furieusement pessimiste, d’une impressionnante sécheresse, désespéré, qui fait penser à La Fureur de vivre Rebel Without a Cause de Nicholas Ray sorti trois ans auparavant. On termine la projection en larmes et on défie quiconque de résister à l’intense et extraordinaire prestation de Van Heflin.

Lee Hackett est un rude cow-boy au caractère combatif et souvent violent. Veuf, il vit dans son ranch avec ses deux fils, très différents l’un de l’autre. Le premier, Davy, est un être doux et timide qui refuse catégoriquement toute forme de violence. Le second, Ed, semble marcher davantage sur les traces de son père. C’est un jeune homme brutal qui n’hésite pas à se placer de plus en plus en dehors de la loi. Un jour, la tragédie éclate. Lors d’une bagarre, Ed tue le frère de la fiancée de Davy, une jeune métisse. Lee ne veut pas croire en la culpabilité de son fils, mais doit, en fin de compte, se rendre à l’évidence…

S’il est impeccable et si l’on pense tout d’abord suivre le personnage de Davy interprété par James Darren (qui venait de camper un des Frères Rico chez Phil Karlson et que l’on reverra dans Les Canons de Navarone de J. Lee Thompson), très vite le récit se focalise sur Ed, le fils élevé « à l’ancienne », qui contrairement à son frangin ne jure que par la violence pour défendre ses intérêts, pour s’imposer. Elle accompagne son quotidien, la suit partout, s’exprime à chacun de ses déplacements, par l’utilisation systématique de son flingue, alors que les armes sont désormais prohibées. Mais Ed a été élevé par un homme important, le seigneur de la ville, Lee Hackett, celui qui l’a pour ainsi dire bâtie, qui ne saurait être perturbé par la loi, qui comme on nous l’indique au détour de la plus célèbre réplique du film « la loi est arrivée après Hackett ». Le patriarche, qui a toujours tenu son ranch d’une main de fer, est sans doute allé trop loin dans son éducation virile, où le plus important est de dégainer le premier, de viser juste, d’être le meilleur, pour être respecté. Si Davy est devenu un jeune homme paisible, parfois au grand désespoir de son père, surtout quand il s’intéresse soudainement à une jeune métisse Sioux, Ed est une vraie bombe à retardement, sur le point d’exploser, pour l’instant seulement bridé par Lee, qui commence à ne plus savoir comment le maîtriser. C’est alors que Ed franchit le point de non- retour. La famille Hackett va voler en éclats.

Ed est solidement incarné par Tab Hunter (1931-2018). Dans les années 1950, il est l’un des acteurs les plus en vue, devient un sex symbol au même titre que James Dean, mais se fait une spécialité des personnages innocents à la belle gueule d’ange blond. Gendre idéal par excellence, ce qui lui vaudra d’être très souvent critiqué, il tournera pourtant avec Joseph Losey, Raoul Walsh, William A. Wellman, Sidney Lumet, Robert Rossen, Jacques Tourneur, John Huston et Stuart Heisler. Des années avant de faire son coming-out et de connaître un second souffle en collaborant avec John Waters (Polyester), Tab Hunter impressionne dans Le Salaire de la violence dans la peau d’Ed, élevé à la dure avec les codes d’un monde disparu. Tandis que son frère Davy lui est diamétralement opposé et que leur père tente malgré-lui d’accepter que « les temps on changé » (ce qu’on lui dit à plusieurs reprises), Ed ne cherche même pas à changer son mode de vie et se voit submerger par ses émotions et une brutalité (teintée de racisme) qui le dépasse chaque fois. Jusqu’à la faute irréparable. Sur cette distribution, trône l’impérial Van Heflin, une fois de plus sensationnel, que nous avions évoqué dans nos articles sur Les Tueurs de San Francisco de Ralph Nelson et L’Étreinte du destin de George Sherman, qui aura aussi marqué les cinéphiles dans 3H10 pour Yuma de Delmer Daves, Ceux de Cordura de Robert Rossen, Le Cri de la victoire de Raoul Walsh, Le Rôdeur de Joseph Losey et tellement d’autres. Il est à la fois impitoyable et déchirant dans Le Salaire de la violence.

Gunman’s Walk est un triple portrait croisé, un triptyque où les trois panneaux jointifs seraient peints d’une main de maître par Phil Karlson et Frank S. Nugent, légendaire scénariste de John Ford (Le Massacre de Fort Apache, Le Fils du désert, La Charge héroïque, La Prisonnière du désert…), magnifiquement photographié par Charles Lawton Jr. (La Dernière fanfare, Le Relais de l’or maudit, L’Homme de l’Arizona, Le Destin est au tournant) et bercé par la composition de George Duning (La Peine du talion, L’Heure du crime). Un des westerns les plus complexes, poignants et sombre des années 1950.

LE BLU-RAY

Le Salaire de la violence faisait déjà partie du catalogue Sidonis Calysta depuis 2010, date de sa première édition DVD en France. Juillet 2022, le film de Phil Karlson débarque dans une nouvelle mouture Standard, mais aussi en Combo Blu-ray + DVD dans la collection Silver de l’éditeur. Le menu principal est animé et musical.

Dans un premier temps, Sidonis reprend l’intervention de Bertrand Tavernier (25’) et celle de Patrick Brion (6’), réalisées pour le DVD de 2010. Attention aux spoilers, puisque la fin y est chaque fois mentionnée.

Tatav mettait en valeur « un des meilleurs westerns de Phil Karlson, dont il était très fier, car il avait fait pleurer Harry Cohn, le boss de la Columbia […] un western relativement ambitieux ». Bertrand Tavernier évoquait ensuite le scénariste Frank S. Nugent (ancien critique du New York Times et scénariste fétiche de John Ford), la psychologie des personnages et la violence de leurs rapports, le casting (gros plan sur Tab Hunter et Van Heflin), la dynamique émotionnelle du film, l’influence du film noir dans le traitement des protagonistes et même dans la mise en scène (atmosphère oppressante, l’utilisation des contre-plongées) et la tiède réception du Salaire de la violence à sa sortie. Enfin, l’historien du cinéma et réalisateur terminait cet entretien en indiquant que Gunman’s Walk « fait partie des quatre ou cinq westerns sous-estimés des années 1950 ».

Comme d’habitude plus concis, Patrick Brion donne son avis sur ce western psychologique, voire selon-lui psychanalytique de Phil Karlson, en revenant lui aussi sur la carrière de Tab Hunter et sur celle de Van Heflin. L’historien du cinéma fait un petit tour rapide de la filmographie du réalisateur, avant d’explorer un peu plus la psychologie des personnages.

Pour cette sortie 2022, Sidonis Calysta a tout naturellement demandé à Jean-François Giré de présenter Le Salaire de la violence (20’). Cette fois encore, nous noterons les grandes similitudes avec l’intervention de Bertrand Tavernier, parfois même au mot près. Les thèmes sont donc très proches, les redites importantes, même si Jean-François Giré y commente plus de scènes du film.

L’interactivité se clôt sur une fausse bande-annonce de deux minutes, composée en réalité d’un montage de trente secondes d’images du film, uniquement musical, et répété quatre fois de suite !

L’Image et le son

Comme bien souvent, la copie présentée par Sidonis Calysta a déjà quelques heures de vol. Cela se voit notamment au niveau des couleurs, quelque peu fanées, du piqué qui manque singulièrement de mordant. Le master est propre (des poussières demeurent), le cadre large plaisant, les détails appréciables, surtout sur les gros plans. Si la compression n’est pas optimale, ce Blu-ray au format 1080p s’en tire bien, honorablement du moins, l’ensemble surpasse l’ancienne édition DVD et ce sur tous les points.

En VF comme en VO (avec sous-titres français non imposés), les mixages DTS-HD Master Audio 2.0 (point de remixage superflu à l’horizon), l’écoute demeure fort appréciable, avec une excellente restitution de la musique, des effets annexes et des voix très fluides et aérées. Léger souffle constaté dans la langue de Molière, mais rien de gênant. Le changement de langue n’est pas verrouillé.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Columbia / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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